Actualité - Décembre 2000

 

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Crises et conflits agitent la scène politique nationale.

Entretien avec le représentant de CONIC (coordination des organisations indigènes et paysannes)                                         

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CRISES ET CONFLITS AGITENT LA SCENE POLITIQUE NATIONALE

Une série de crises a frappé la scène politique guatémaltèque ces derniers mois. Ni le pouvoir exécutif, ni le pouvoir législatif ne sont pas épargnés.

La crise causée par la manœuvre frauduleuse de députés du Front républicain guatémaltèque-FRG pour modifier la Loi sur les boissons alcoolisées et gazeuses, marque le début d’une lutte houleuse pour la destitution de ces derniers. L’instabilité politique guette.

Le retour de personnages et de tactiques du passé aux premières loges, font craindre une résolution de ces problèmes, non pas par le rétablissement d’un État de droit, mais par la rupture constitutionnelle.

Protestation "les mardis de septembre" . Les organisations de défenses des Droits de l'Homme manifestent face au congrès pour demander la demission de Rios Mont et des députés ayant falsifiés la loi.

 

Une série de crises a frappé la scène politique guatémaltèque ces derniers mois. Ni le pouvoir exécutif, ni le pouvoir législatif ne sont pas épargnés.

La crise causée par la manœuvre frauduleuse de députés du Front républicain guatémaltèque-FRG pour modifier la Loi sur les boissons alcoolisées et gazeuses, marque le début d’une lutte houleuse pour la destitution de ces derniers. L’instabilité politique guette.

Le retour de personnages et de tactiques du passé aux premières loges, font craindre une résolution de ces problèmes, non pas par le rétablissement d’un État de droit, mais par la rupture constitutionnelle.

De plus, la désillusion pourrait être le terme qui qualifie le mieux le sentiment général sur l’incapacité du gouvernement à tenir la moindre de ses promesses électorales. Les accords de paix restent lettre morte. Le mécontentement populaire commence à se faire entendre, alors qu’en matière de sécurité et d’économie (emploi, hausse des prix...), la situation ne fait qu’empirer.

L’hétérogénéité de l’exécutif semble s’être accentuée ces dernières semaines, rendant difficile, voire impossible, l’établissement de politiques gouvernementales suivies. Deux camps, aux prises de positions souvent contradictoires, sont déjà bien identifiés: celui des amis du Président “Portillistes” et celui des proches du général Rios Montt “Rios montistes”. L’influence d’autres groupes d’intérêts, proches de personnalités du parti au pouvoir ou de généraux, se fait actuellement sentir.

Les affrontements internes semblent être monnaie courante, dans un gouvernement où les raccommodements ministériels sont fréquents .

Le dernier en date a porté à la tête du Ministère de l’Intérieur, Byron Barrientos, une personnalité extrêmement controversée pour sa participation à la direction des services secrets pendant la période la plus répressive du conflit armé interne. Il fut relevé de ses fonctions militaires en 1989 pour avoir participé au coup d’État contre le premier président civil du Guatemala, Vinicio Cerezo.

Cette nomination s’est accompagnée d’une série de changement aux directions des institutions de l’intérieur (police, prison, migration....). Le nouveau Ministre de l’intérieur y a placé des hommes proches de ses intérêts. Ces changements sont de très mauvais présage pour les transformations nécessaires à démilitarisation des institutions de l’Intérieur et pour le futur des relations entre la société civile et l’État.

La confrontation avec les organisations de défense des droits de l’homme ne s’est pas fait attendre, puisque quelques semaines après sa nomination, Byron Barrientos tenait des discours incendiaires contre une supposée campagne de déstabilisation dirigée par des militants de ces organisations. Ce discours sonne comme une justification du climat d’insécurité vécu par les militants du mouvement social ces dernières semaines. En effet, plusieurs militants ont été suivis et/ou menacés, voire assassinés et plusieurs sièges de bureaux ont été dévalisés.

Autre confrontation, est celle qui existe entre le gouvernement et le patronat. Selon certain analyste, le président Portillo serait appuyé par un secteur économique dit émergent, qui entrerait lui-même en opposition avec le secteur économique plus traditionnel, dont le CACIF s’est fait le porte-parole. Depuis le début de son mandat, le président Portillo a du céder à quasiment toutes les exigences du CACIF, payant pour chacune de ses capitulations un lourd coup politique.

L’opposition du CACIF s’est accentuée lors de la mise en place du Pacte fiscale. Ce Pacte fut approuvé par le gouvernement et de très nombreuses associations en mai dernier. Pour être mis en place, il doit se concrétiser par des décrets et des lois, élaborées actuellement par la chambre des députés.

L’intervention directe du patronat au sein du congrès a pu se faire sentir dans la manœuvre frauduleuse des députés pour modifier le décret pour la Loi des boissons alcoolisées et gazeuses. Les taxes sur ces boissons ont été modifiées illicitement, lors de la transcription du décret. Cette manœuvre est un véritable bafoument des règles du jeu démocratique.

Cette altération a été découverte par des députés de l’opposition et rendue publique. Rapidement, différentes associations, avocats et analystes se sont rassemblés pour exiger une solution juridique. L’éclaircissement de ce fait, la levée de l’immunité des 20 députés impliqués, et le jugement de cet acte par une cours compétente sont nécessaires. Depuis septembre, tout les mardi, ont lieu des rassemblements pour la Justice et la Démocratie, pour demander aux 21 députés de se soumettre à la justice.

Sur l‘autre bord de l‘échiquier politique, la gauche elle aussi est prise dans la tourmente.

Démissions et luttes intestines, allégrement portées par les médias sur le devant de la scène publique, rendent difficilement envisageable à court terme, l’unité dont aurait besoin la gauche guatémaltèque pour créer un véritable front d’opposition. Seul le mouvement social semble réagir, comme cela s’est traduit récemment par les manifestations pour la Justice et la Démocratie ou par les massives manifestations paysannes du 10 et 12 octobre.

E N T R E T I E N

Entretien avec Justo Mendoza de CONIC (Coordination nationale indigène et paysanne). Septembre 2000.

Du 10 au 12 octobre des milliers d’hommes et de femmes ont participé à des marches de protestation, répondant à l’appel des organisations paysannes: CNOC (Coordination des organisations paysannes), CUC (Comité d’Unité paysanne) et CONIC. Venus de tout le pays, souvent pieds nus, avec des enfants sur les épaules, et seulement quelques tortillas dans un sac pour le repas, ils ont bloqué des routes et réalisé une grande marche vers la capitale du pays. Ils s’agissaient de rappeler les difficultés des paysans et de faire connaître leurs demandes et propositions en matière de conflits de terre, d’accès à la propriété terrienne, de salaires pour les ouvriers agricoles et de développement rural

Ces journées se termineront tragiquement dans région de Solola par la mort d’un paysan assassiné par balle.

Ces mobilisations massives auront eu des résultats positifs. Symboliquement, le 12 octobre ne sera plus le Jour de la Race, mais la Journée nationale de la réconciliation et de la pluriculturalité. Des discussions sont engagées entre la CNOC et différentes institutions gouvernementales, discussions qui bénéficieront d’une médiation internationale.

Quelques jours avant ces mobilisations, nous rencontrions Justo Mendoza, responsable de la principale organisation paysanne du pays, la CONIC:

CG : Les conflits pour l‘accès à la propriété terrienne sont ils en voie de résolution?

JM : Il y a toujours de nombreux problèmes de conflits de terre. Ce sont en général des problèmes de terres limitrophes ou des terres communales. CONIC gère en ce moment 90 conflits de terre. Ces dossiers sont entre les mains de CONTIERRA, l’instance gouvernementale chargée de résoudre les problèmes de terre. Mais cette institution n’a quasiment pas avancé. Par exemple dans la région Ixil, il y a une « finca » (ndt: exploitation agricole de grande dimension) très grande « La Perla ». Le propriétaire Luis Arena que l’on nomme aussi le « Tigre de l’Ixcan » a profité de la guerre et de la fuite des gens pour s’approprier une grande quantité de terre. Or sur cette « finca » sont installés quatre villages qu’il voudrait expulser. Ce problème a été signalé à CONTIERRA dès la signature de la paix, et rien n’a été fait depuis.

Le 31 mars dernier CONIC a remis une série de propositions au gouvernement, dont certaines pour résoudre ce cas. Aujourd’hui nous attendons toujours une réponse. C’est du problème de la terre que surgit l’extrême pauvreté, le chômage, l’immigration interne et externe, la délinquance. Les gens doivent trouver des moyens de survivre, de travailler.

Quelles sont les conditions de vie dans les « fincas » ?

Le problème du travail dans les « fincas » reste inchangé . Le salaire minimum n’a pas augmenté durant le gouvernement Arzu et encore moins avec le gouvernement Portillo. La situation salariale de la femme est encore plus difficile. Son salaire est bien moins régulier et moins élevé que celui d’un homme. Les enfants de huit à dix ans qui travaillent, quant à eux, ne sont pas rémunérés, on considère qu’ils aident leurs parents. Certes, il y a des inspecteurs du travail, mais ils ne se déplacent jamais dans les champs, et se contentent de visiter les bureaux. Ils ne contrôlent pas réellement les conditions de travail, les horaires, les attentions médicales, le respect des conditions de sécurité. Beaucoup d’ouvriers réalisent des fumigations d’insecticides sans se protéger, par manque d’informations ou de précautions.

Quelles sont les avancées des accords de paix au niveaux de la terre ?

Les accords de paix ont soulevé pour nous beaucoup d’espérance. Cependant leur mise en œuvre en est restée au niveau opératif, avec la création de différentes instances chargées du problème de la terre (CONTIERRA, MAGA, INTA), et n’a pas été réellement mis en pratique. De plus il y a eu de nombreux changements de personnel au sein des instances, ce qui a ralenti considérablement leur travail. Il en est de même pour les commissions paritaires, comme celles relatives à la réforme éducative ou aux langues indigènes. Pour nous il est important de reconnaître toutes les langues, et on ne peut pas en privilégier une par rapport aux autres. Il est clair que les institutions ont peur que les mayas acquièrent des connaissances, ils sont habitués à avoir une main d’œuvre bon marché.

On parle de représentation indigène au gouvernement. Mais les quelques indigènes qui sont au gouvernement n’ont pas de réel pouvoir de décision.

Pour nous le problème de la terre ne se résoudra pas par des crédits. D’un part parce que les taux d’intérêt sont très hauts, 12 % dans le cas de la Loi du Fonds de Terre, 20% dans une banque. D’autre part parce que de nombreux paysans se sont endettés pour acheter leur terre et tant qu’ils n’ont pas remboursé ils n’ont qu’un titre provisoire, qui n’a aucune valeur officielle. De plus ils ne sont pas à l’abri d’intempérie, de catastrophe naturelle qui détruisent leurs récoltes. Si ils ne peuvent pas rembourser, on risque de leur reprendre leur terre.

Cela c’est produit avec Mitch, les communauté ont du acheté du maïs.

La loi du Fonds de Terre avait prévu une assistance technique, mais ceci n’a pas été réalisée.

Des communautés de réfugiés ou de déplacés ont acheté des terres épuisées par des récoltes de cotons ou autres, qui ne seront pas rentables avant plusieurs années.

Pour nous, il est nécessaire de renforcer notre organisation au niveau national, car nous pensons qu’il y a un grand danger pour les paysans, tant qu’il n’y aura pas de politique agraire dans le pays.

Pour CONIC, il est impératif d’inclure dans la politique agraire la notion de droit historique à la terre. Jusqu'à présent c’est idée a toujours été refusée par le gouvernement sous prétexte que cela va à l’encontre de la loi sur la propriété privée.

Une idée se pourrait être que « les finqueros » qui n’ont pas d’argent pour augmenter le salaire minimum journalier offrent une compensation aux paysans avec de la terre. Cela a déjà fonctionné avec quelques communautés.

Face au silence du gouvernement à nos questions de mars dernier nous allons organiser une grande marche des paysans le 12 octobre prochain. Nous avons malheureusement l’expérience que nous devons manifester, bloquer les routes, pour obtenir une réponse.

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