Alamo 1836
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Le siège d'ALAMO (23 février - 5 mars 1836)

L'épisode du siège d' el ALAMO est diversement apprécié selon que l'on consulte les sources américaines (pléthore de détails) ou mexicaines (relative discrétion); un seul coup d'oeil sur la bibliographie peut aider à la compréhension de cet état de fait... si vous lisez aussi bien l'Anglais et l'Espagnol !

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BIBLIOGRAPHIE :


1. A. Ray STEPHENS, William M. HOLMES : Historical Atlas of Texas. UNIVERSITY OF OKLAHOMA PRESS, 1989. (le plan de la mission fortifiée, ci-dessous, est la carte 25 de cet ouvrage)

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1. Maurice EZRAN : Histoire du Texas. L'HARMATTAN, 1996. 299p.

2. Leon C. METZ : Roadside History of Texas. Montana: MOUNTAIN PRESS PUBLISHING COMPANY, 1994. 448p.

3. James T. DeSHIELDS : Border Wars of Texas. STATE HOUSE PRESS, 1993. 394p.

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1. Gerald E. POYO (ed.) : Tejano Journey, 1770-1850. UNIVERSITY OF TEXAS PRESS, 1996. 186p.

2. Angela MOYANO PAHISSA : La pérdida de Texas. PLANETA/ Espejo de Mexico, 1991. 149p.

3. José C. VALADES : Mexico, Santa Anna y la guerra de Texas. DIANA, 1979. 280p.

4. José C. VALADES : Breve historia de la guerra con los Estados Unidos. DIANA, 1993. 133p.

5. Documentos transcritos sobre la colonizacion de Texas. INSTITUTO NACIONAL DE ANTROPOLOGIA E HISTORIA/ Cuaderno de trabajo 61, 1986. 60p.

6. Documentos sobre la colonizacion de Texas, 1820-1835. INSTITUTO NACIONAL DE ANTROPOLOGIA E HISTORIA/ Cuaderno de trabajo 69, 1989. 99p.

7. Documentos sobre la colonizacion de Texas, 1826-1832. INSTITUTO NACIONAL DE ANTROPOLOGIA E HISTORIA/ Cuaderno de trabajo 70, 1989. 86p.

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1. Walter LORD : A Time to Stand: The Epic of the Alamo. UNIVERSITY OF NEBRASKA PRESS/ Bison Book, 1978. 255p.

2. Timothy M. MATOVINA : The Alamo Remembered: Tejano Accounts and Perspectives. UNIVERSITY OF TEXAS PRESS, 1995. 146p.

3. Albert A. NOFI : The Alamo and the Texas War for Independence. DA CAPO PRESS, 1994. 222p.

4. Mary Deborah PETITE : 1836 facts about the Alamo & the Texas war for independence. SAVAS/ Facts about, 1999. 171p.

5. Lon TINKLE : 13 Days to Glory: The Siege of the Alamo. TEXAS A&M UNIVERSITY PRESS, 1985-1999. 255p.

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1. David J. WEBER (ed.) : Foreigners in their Native Land: Historiacl Roots of the Mexican Americans. UNIVERSITY OF NEW MEXICO PRESS, 1973-1992. 288p.

2. Arnoldo DE LEON : They Called Them Greasers: Anglo Attitudes toward Mexicans in Texas, 1821-1900. UNIVERSITY OF TEXAS PRESS, 1983. 153p.

3. David MONTEJANO : Anglos and Mexicans in the Making of Texas, 1836-1986. UNIVERSITY OF TEXAS PRESS, 1992. 383p.

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ALAMO IN THE MOVIES :

1. Paul F. ANDERSON : The Davy Crockett Craze. Special contribution from the collection of MURRAY H. WEISSMANN, 1996. 167p.

2. Donald CLARK, Christopher ANDERSEN : John Wayne's The Alamo: The Making of the Epic Film. MIDWEST PUBLISHING, 1995. 172p.

3. Frank THOMPSON : Alamo Movies. WORDWARE PUBLISHING, 1991. 127p.


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FILMOGRAPHIE (extrait de ma Thèse) :

1835 : Le Texas se proclame indépendant.

1995 : "James Michener's Texas" de Richard LANG (TLF).

1836, 23/2-6/3 : Siège et prise du Fort d'Alamo.

1953 : "The Man from the Alamo" de Budd BOETTICHER.
1955 : "Davy Crockett, King of the Wild Frontier" de Norman FOSTER.
"The Last Command" de Frank LLOYD.
1960 : "The Alamo" de John WAYNE.
1987 : "The Alamo: 13 Days to Glory" de Burt KENNEDY (TLF).

1845, 29 décembre : Le Texas entre dans l'Union.

1952 : "Lone Star" de Vincent SHERMAN.

1968-1973 : Présidence de Richard NIXON.

1969 : "Viva Max !" de Jerry PARIS.

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On peut s'étonner du peu de films consacrés à l’époque de la lutte des Texans anglo-saxons contre le pouvoir mexicain, par comparaison avec le lyrisme qui parcourt encore certaines pages d'historiens américains concernant Alamo (1). Cette discrétion aurait-elle un rapport avec la virulence des propos anti-américains des historiens mexicains, particulièrement à ce sujet ? Il faut sans doute chercher les éléments de la réponse dans la direction des causes du relatif échec de "The Alamo" de John WAYNE, que nous tenterons de cerner plus loin avec un maximum de nuances.

En 1955, "Davy Crockett, King of the Wild Frontier", une production Walt DISNEY réalisée sous la première forme d’un “serial” télévisé par Norman FOSTER, "created a nationwide phenomenon", pour reprendre l'expression de MALTIN (2), au point qu'on lui donna un complément - le film se clôturait, en effet, sur le "drame d'Alamo" et, par conséquent, sur la mort du héros - "Davy Crockett and the River Pirates", avec la même équipe en 1956. Le phénomène national en question, très rapidement devenu “international”, s’est manifesté par la multiplication des gadgets à l’effigie de CROCKETT ou de disques dont la Ballade (“L’homme qui n’a jamais faim, soif, peur”, etc...) reste sur les lèvres même des plus jeunes tant elle fut et reste popularisée dans les émissions de DISNEY Channel (3).
On est donc en droit de se demander si la “mode Crockett” n’a pas éclipsé la problématique nationaliste de l’épisode “Alamo”, les spectateurs n’y voyant que le dernier acte courageux d’un héros sympathique à de nombreux autres points de vue.

Analyse de l'épisode final du film de 1955 (ma V.O., s.t.néerl., dure 88') :

(Nous commençons au Running Time : 59') Alors qu'ils ont pris un bateau sur le Mississippi, Crockett (Fess PARKER) apprend à son compagnon Georgy Russell (Buddy EBSEN) que le Texas a proclamé son indépendance (le 2 mars 1836) et que le général Santa Anna veut s'y opposer; il compte s'y rendre. Ils rencontrent au bar un joueur professionnel d'origine russe (surprenant, pour l'époque, à cet endoit du territoire américain !; voir : "Harvard Encyclopedia of American Ethic Groups", pp. 885-887) qui se déclare honoré de faire un bout de chemin avec un homme aussi célèbre.
(R.T.: 62') Après qu'on nous ait montré leur cheminement sur l'habituelle carte, sur fond de la Ballade de Davy Crockett, les trois hommes arrivent au Texas. Ils distinguent des feux comanches, Indiens que le joueur assimile à des "Cosaques des Plaines" ! Ils croisent un Comanche (Nick CRAVAT) qui, chassant, tombe sur un terrier de chien de prairie; ils le soignent.
Ils rencontrent des paysans mexicains qui leur apprennent que Santa Anna a pris San Antonio de Béjar, que les Texans se sont repliés dans la Mission d'El Alamo de l'autre côté de la rivière, mais que de nombreuses patrouilles mexicaines rendent le passage difficile. Ils se signent lorsqu'ils voient partir les "pauvres gringos"...
(R.T.: 67') Survient une patrouille. Chevauchée à travers les plaines texanes, saut par-dessus un ravin. Traversée des lignes mexicaines.
(R.T.: 68') Arrivée à El Alamo. Travis -mais son nom n'est pas cité -les accueille; leur chef est Jim Bowie, l'inventeur du célèbre "Bowie's Knife". Il est alité et fiévreux. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés mais se connaissent de réputation et s'estiment. En confidence, Bowie ne cache pas la situation désespérée du fort : presque plus de nourriture ni de munitions, encerclement complet; il n'a reçu que 32 hommes en réponse à son appel et n'a aucune nouvelle de la ville de Goliad; il espérait un renfort plus important que les quatre nouveaux arrivés, mais la présence de Davy Crockett ne peut que remonter leur moral à tous.
(R.T.: 71') Le Tennessee-man gage qu'avec sa "Betsy" (son fusil) et le "Bowie's Knife", ils ne peuvent être vaincus. Ainsi, les deux hommes sont-ils simplement identifiés par leur légende, symbolisée par leur arme respective...
Le fort reçoit un ultimatum de Santa Anna : ils ont le choix entre se rendre et mourir.
(R.T.: 72') L'attaque commence immédiatement, de nuit. Pour Crockett, la Chance se trouve dans les mains de la Providence; ce en quoi Travis croit également.
Les rations sont très maigres; le joueur propose à un défenseur un "quitte ou double" qui est accepté; il n'arrive pas à déterminer sous quel dé se trouve le haricot et perd ainsi son repas; l'Indien fait le même pari et gagne; le joueur n'a plus qu'à manger... le haricot.
(R.T.: 75') Russell se rend compte que Crockett était informé de la situation du fort mais ne l'a pas prévenu; fâché, il se rend auprès de Bowie et se fait expliquer le chemin vers Goliad. Il a 150 km à faire pour chercher du secours. Il traverse les lignes mexicaines au galop.
(R.T.: 77') Crockett, excellent tireur, abat les servants d'une pièce d'artillerie qui les canardait de loin. Retour de Russell : il n'y aura pas de renfort. On prévient les assiégés et Bowie qui est amené dans la cour, toujours alité. Santa Anna dispose maintenant de 5.000 hommes.
(R.T.: 80') Travis trace une ligne sur le sol avec son sabre : ceux qui veulent rester sont invités à franchir cette ligne dans sa direction. Tous passent, à commencer par Crockett et Russell, suivis par Bowie, par l'Indien et par le joueur qui ferme dignement la marche.
Les feux du camp de Santa Anna luisent au loin. Dernière nuit. Davy chante une ballade du Tennessee, reprise par Russell, puis par les autres; Bowie écoute depuis son lit.
(R.T.: 83') L'armée de Santa Anna attaque : canons, échelles, uniformes bleus des Mexicains qui sont peu nombreux à l'écran bien que leur flot soit incessant. Le drapeau mexicain aux trois couleurs avec la date de 1824 flotte sur le fort, de plus en plus déchiré par les coups de feu.
Les assiégés, à court de munitions, combattent au couteau, avec la crosse de leur fusil, avec des tomahawks même...
(R.T.: 86') Mort de l'Indien, puis de Travis atteint d'une balle alors qu'il ferraillait.
(R.T.: 87') L'ennemi enfonce la porte. Mort du joueur, puis de Russell qui parvient à tirer une dernière salve de canon en s'effondrant. Bowie tue plusieurs soldats à coup de révolver, puis à l'aide de son poignard, avant d'être cloué sur son lit à coups de bayonnettes.
(R.T.: 88') Crockett est entouré. Fondu sur le héros en train de se battre : le fait qu'on ne montre pas sa mort le fait vraiment entrer dans la légende, que confirme le dernier refrain de sa Ballade : il a combattu pour la Liberté.

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Dès 1950, John WAYNE cherche à raconter plus particulièrement l'épisode héroïque final, conformément à son tempérament patriotique américain bien connu; c’est ainsi que Henri VEYRIER écrit : “... à ses yeux, la défense du Fort Alamo, en 1836, face à des troupes mexicaines bien plus nombreuses, constituait l’un des épisodes les plus glorieux de l’histoire des Etats-Unis. Comme l’explique le texte du générique, ce fut un moment où les Américains durent choisir entre la résignation devant l’oppresseur et le combat de la liberté.” (4). Le producteur de la compagnie "Republic Pictures" l'éconduit et met en chantier "The Last Command" qui sera réalisé par Frank LLOYD et William WITNEY en 1955, sur un scénario de Warren DUFF; MALTIN nous en dit que c'est un "Elaborate, sweeping account of the battle of the Alamo, hampered by tedious script. Story centers on wandering adventurer Jim Bowie (Sterling HAYDEN), who is galvanized by Mexicans threats again Texas. All the historical Alamo set-pieces are here..." (5); HALLIWELL, lapidaire, parle d’un “Reasonably interesting Western on a subject which has often figured but seldom worked.” (6) et HARDY : "Duff's screenplay plays fast and loose with the facts in usual Hollywood fashion. Hayden, as Bowie, is a personal friend of Naish's Santa Anna who counsels moderation when other Texas settlers argue for a rebellion against Mexico. But he ends up leading a small group, including Crockett (Hunnicutt), in a fight to the death in the Alamo." (7). En fait, il présente déjà des scènes spectaculaires qui annoncent le grand film épique du Duke.

C'est finalement en 1960 qu'avec "The Alamo" John WAYNE (8) transforme le fait d'armes en mythe (9); du moins était-ce l'intention du producteur-réalisateur-vedette. Mais le film "accoucha d'un flop immérité. Wayne, ruiné, dut se remettre d'arrache-pied au travail. Le film obtint en 1960 l'Oscar de la meilleure bande sonore. Une bien maigre récompense pour onze nominations." (10); le film figure toutefois sur la liste des "Top-Grossing Westerns" ayant rapporté 4 millions de dollars et plus (11), ce qui peut s'expliquer dans la mesure où l'échec immédiat aurait été compensé à la longue, notamment par la vente aux télévisions (12).

Deux questions s'imposent évidemment :
Comment John Wayne a-t-il conçu son sujet, pour transformer une défaite militaire en "victoire morale" ?
Pourquoi cela n'a-t-il pas marché (du moins, immédiatement) ?

Pour répondre à la première question, il faut analyser le film:

Dès le générique, le ton est donné : la silhouette du fort d'El Alamo sert de toile de fond tandis que retentit le "De guello". C'est un air que les cinéphiles connaissent bien, pour l'avoir longuement entendu l'année précédente dans "Rio Bravo" d'Howard HAWKS; joué à la trompette -déjà ! -dans le bar, près du bureau du shérif (John WAYNE), il signifiait que la lutte qui s'annonçait serait sans merci; depuis 1959, nous savons également que cet avertissement lancinant vient du siège d'Alamo, celui-là même que le "Duke" allait bientôt - enfin - tourner.

Deux cartons explicatifs précèdent immédiatement le début du récit proprement dit; on peut y lire :
1. "In the year of our Lord, 1836, Texas which has known many flags, was then under the colors of Mexico. Although its inhabitants were made up of settlers from far countries and all parts of the United States, they were Mexican citizens all."
2. "Generalissimo Santa Anna was creeping North across Mexico toward them, crushing all who opposed his tyrannical rule. They now faced the decision that all men in all times must face... the eternal choise of men... to endure oppression or to resist."
Maintenant que l'auteur nous a livré le message général de son film, l'action peut commencer...

Elle s'ouvre avec l'arrivée de Sam Houston (Richard BOONE) à San Antonio de Béjar (prononcé dans la version française "BeXar", provenant de la double orthographe du nom - à la manière mexicaine : "x" et à la manière espagnole: "j"); la cité est pavoisée aux trois couleurs - vert, blanc et rouge - du Mexique; après avoir donné l'accolade à un "compatriote" mexicain, il y rencontre le colonel William Travis (Laurence HARVEY), alors que le colonel Jim Bowie (Richard WIDMARK) est "souffrant" (c'est-à-dire ivre)... D'emblée, nous savons que les deux futurs défenseurs d'El Alamo ne s'entendent pas; il est vrai que Travis est guindé, et qu'il reproche à Bowie de ne défendre le Texas que pour sauvegarder les importants intérêts -nous apprendrons plus tard qu'il possèderait deux millions d'acres -qu'il a dans la région et qu'il a déjà renforcés par son mariage avec la fille d'un riche propriétaire mexicain. Houston a reçu des Anglo-texans le commandement d'une armée du Texas... qui reste à mettre sur pied; il a donc besoin de temps et c'est Travis qui doit le lui donner; voilà donc le contexte stratégique posé à son tour. Pour ce faire il ne dispose que de trente-sept réguliers, alors que Bowie commande une centaine de volontaires; le rapport de forces entre ces deux personnalités est ainsi également établi : le premier reçoit une mission officielle, mais a besoin des hommes du second pour la mener à bien. Houston déclare être prêt à remettre l'avenir du Texas dans l'une et l'autre de leurs mains et ajoute pour Travis "il n'est pas impossible que le sort du Texas se trouve effectivement dans vos mains très bientôt"; le spectateur connaît ainsi clairement les enjeux de l'action qui va suivre...
En sortant, le général salue affectueusement le vieux Noir Jethro (Jester HAIRSTON), l'esclave de Bowie; si nous sommes bien dans une société esclavagiste, semble nous dire WAYNE, on n'en est pas moins humain, ce qui réduit à néant les "prétentions" de Santa Anna de refuser cette institution sur le territoire mexicain.

La fortification de la Mission en ruines se poursuit, notamment par l'installation de canons (pourtant laissés sur place par le général mexicain Cos, après sa défaite devant Bowie, celle-là même qui a justifié l'ivresse du Texan). Le fort est surmonté des couleurs mexicaines augmentées de la date 1824 (celle de la Constitution que les Anglo-Texans prétendent défendre contre le général-tyran). Arrive Jim Bowie qui doute de l'efficacité d'une résistance dans ce fort délabré, face aux sept mille hommes aguerris de Santa Anna. Trois Mexicains, dont l'Alcade de San Antonio de Béjar, apportent des nouvelles de l'armée qui se dirige vers eux; Travis croit devoir rabrouer ces hommes et s'en explique maladroitement à son second, le capitaine Dickinson (Ken CURTIS), affirmant ne pouvoir se permettre de laisser connaître à "la racaille" qui défend El Alamo le réel danger qui s'approche irrésistiblement : il doit les tromper s'il veut les garder !

(Running Time : 20') Arrive le "colonel" - eh oui, encore un ! -Crockett (John WAYNE), précédé du "prêcheur" (Hank WORDEN) et du jeune Smitty (Frankie AVALON); Davy ne serait pas venu à El Alamo depuis quinze ans et s'est donc égaré... Les plaines texanes que nous découvrons sont riches d'une herbe grasse, idéale pour le bétail. Les Tennessee-men se réjouissent d'être arrivés en ces lieux où ils sont venus pour chasser; ils se rendent bruyamment à la cantina de Béjar. Beekeeper (Chil WILLS), un des compagnons "fort-en-gueule" de Crockett, chante "Tennessee Babe" pour les Texans.
Survient Travis, qui aborde le "colonel" avec sa rudesse habituelle; après un intermède "comique" avec un de ses hommes - ce qui marque son caractère bon enfant face à son cérémonieux interlocuteur -, Davy déclare ne pas souhaiter faire état de ce titre militaire; Travis désire tenir un discours aux Tennessee-men, afin de leur expliquer les raisons pour lesquelles ils devraient combattre à ses côtés : brimades du "tyran" Santa Anna, interdiction de commercer avec les Etats-Unis, etc...; Crockett lui rappelle que ses hommes sont venus pour chasser et pour boire et qu'ils ont déjà subi ses propres discours électoraux; puis il se lance lui-même dans des considérations édifiantes concernant la notion de "République" dont Houston, Austin et Travis veulent faire leur mode de gouvernement : "c'est un de ces mots qui réchauffent le coeur", dit-il en conclusion.

Petit intermède galant avec une jeune Mexicaine (Linda CRISTAL), qu'un opportuniste local, "ami" de Santa Anna, souhaite épouser pour récupérer son bien. Crockett déclare à Flaca qu'il n'a jamais supporté que quelqu'un impose à une autre personne de faire ce qu'elle ne souhaite pas : allégorie évidente du refus du Texas d'obéir au généralissime... Au cours d'une brève lutte avec les sbires de l'importun, Davy fait la connaissance de Bowie qu'il reconnaît à son "Bowie's Knife"; celui-ci loue les qualités du Mexique -sans le général-président, bien entendu.
Sur les indications de Flaca, les deux hommes vont récupérer des munitions que l' "affreux" a cachées dans la crypte de l'église et qui seront si utiles aux "défenseurs du Texas".

(R.T.: 50') Brève apparition de Santa Anna et de son armée, arborant le drapeau aux trois couleurs mais orné d'un aigle aux ailes déployées (on peut se demander si le public s'y est retrouvé dans cette série d'étendards tricolores que seuls des détails distinguaient !).
Crockett dicte à Flaca une lettre soi-disant à lui adressée par le général-président; son but est de faire croire à ses compagnons qu'ils sont insultés et de les décider ainsi à combattre aux côtés des Texans (remarquons que, après celui de Travis, c'est le deuxième mensonge qui permet de donner des défenseurs à El Alamo !)...
Crockett apporte les munitions au fort; le capitaine Dickinson lui présente sa femme Suzanne (Joan O'BRIEN), qui est aussi la cousine de Travis, et sa fille. Le commandant du fort leur transmet l'information -secrète, bien entendu -selon laquelle le colonel Fannin approcherait avec un renfort de mille hommes. Bowie ne croit pas à la défense du fort et prône la guérilla : "Tranche, taille et court" est sa formule, son idée étant de faire perdre de cinquante à cent hommes à Santa Anna chaque fois que son armée traverse un cours d'eau. Travis préfère les "réguliers" aux volontaires-miliciens moins disciplinés. Au cours d'un bref intermède, Davy plaisante des récits plus ou moins légendaires qui circulent à son propos; ce qui préfigure la formule de "The Man Who Shot Liberty Valance" de FORD en 1962 : "When the legend becames reality, print the legend !".

Les vingt-trois Tennessee-men paraissent peu soucieux d'aider les Texans dont les problèmes leur semblent mineurs; Crockett demande alors à Flaca de leur traduire la pseudo-lettre de Santa Anna : ils y sont traités d'intrus et le généralissime leur accorde quelques heures pour déguerpir sous peine d'être châtiés (ce que certains confondent visiblement avec "châtrer", au moins dans notre version française). Ils se rebiffent et décident que ce général n'a pas à leur dire ce qu'ils ont à faire; Crockett dévoile la supercherie, mais ajoute qu'il n'a fait que transcrire la pensée du Mexicain. Ses compagnons arrivent à le "convaincre" de rester ! Il se retire avec Flaca et se lance - au son de "Green Leaves of Autumn" -dans de nouvelles considérations morales sur la beauté de la nature que Dieu a créée, d'un arbre majestueux en particulier semblable à celui sous lequel Adam et Eve se sont aimés (et qui symbolise l'arbre de Vie ou de la Liberté), et sur l'éternelle lutte du Bien et du Mal; Davy a cherché toute sa vie une Cause, il a trouvé celle de la Liberté : il veut combattre le Mal, personnifié par Santa Anna. Il demande à la jeune femme de fuir, sa présence pouvant être plus utile ailleurs.

(R.T.: 70') Après s'être fait reconnaître par la sentinelle ("gag" répétitif, symbolisant l'éternelle discipline tatillonne de Travis !) Crockett et ses compagnons entrent dans El Alamo, accompagnés de Bowie qui préconise toujours sa méthode, à la rage du commandant qui ne peut s'empêcher de faire acclamer ces "patriotes qui ont parcouru quinze cents miles pour les aider à l'heure du péril". Davy rencontre Jocko (John DIERKES), du Tennessee, et sa femme aveugle (Veda Ann BORG); acheté, il n'a pas voté jadis pour Crockett et son épouse le lui reproche mélodramatiquement (cette scène, après tant d'autres, nous fait penser que tout est fait pour parer Crockett de toutes les vertus; mais il peut y avoir loin du "saint" au "mythe"...).
Presque en même temps, l'avant-garde de l'armée de Santa Anna arrive à Béjar; ses hommes arrachent brutalement sa chemise blanche à un paysan devant la foule soudain terrorisée, et la fichent sur une baïonnette pour aller lire une déclaration aux assiégés; l'ultimatum n'est pas terminé, que le commandant du fort allume placidement la mèche de son plus gros canon à l'aide de son cigare; la réponse ne peut être plus claire, mais la manière épate Bowie et Crockett. Travis espère que Fannin arrivera avec les renforts avant que le généralissime ne soit personnellement sur place avec ses canons; cet espoir laisse Bowie perplexe.

Une patrouille texane est attaquée et annonce un canon de douze à quinze pieds de long; alors que Travis rétorque que de tels engins n'existent qu'en Europe, un coup de la pièce envoie un boulet au centre du fort. Lorsque les assiégés répliquent, il faut se rendre à l'évidence : leur artillerie a une portée moindre. Bowie et Crockett décident de sortir de nuit - à l'insu de Travis - pour détruire cet atout mexicain. L'opération réussit (c'est une séquence assez spectaculaire), mais le commandant reproche vertement son insubordination à Bowie qui, outré, annonce son départ pour le lendemain - appuyé par son domestique noir Jethro. Davy n'est pas impressionné et Travis lui explique son plan : El Alamo se trouve entre Santa Anna et Houston et, tant que la place tiendra, le général texan aura du temps pour lever son armée. Une fois de plus, le spectateur sait exactement où il en est dans le déroulement de l'action.

Crockett obtient par ruse - il le saoûle ! - que Bowie renonce à son projet. Le lendemain, celui-ci reçoit nuitamment un message lui annonçant la mort de sa femme; après une nouvelle intervention maladroite, Travis lui présente ses condoléances.
La situation empire au fort : toute la réserve de viande est gâtée et la dysenterie règne. En une autre séquence spectaculaire (qui doit beaucoup à l'expérience des westerns du réalisateur-vedette - on pense à "Red River" qu'il a tourné avec Howard HAWKS en 1948) le "duo de choc" ramène un troupeau de boeufs... du camp mexicain. Crockett et Bowie envoyent le jeune Smitty prévenir Houston de la situation; ils savent qu'il aura besoin de plusieurs jours pour remplir sa mission. Ils reviennent poursuivis par l'ennemi; cette fois encore, Travis donne la preuve de son courage et de son sang-froid, ce qui contribue à l'humaniser quelque peu : il combat le dernier et, comme un cavalier fonce sur lui, se retourne, tire posément, fait mouche et rentre sans hâte dans le fort.
(R.T.: 113') Immédiatement après, Santa Anna arrive en personne. Les défenseurs d'El Alamo savent qu'il a fait deux ans de guerre et maté une révolution avec ses hommes qui sont donc bien entraînés. Un héraut vient présenter les excuses du généralissime : il vient d'apprendre la présence de femmes et d'enfants dans la Mission et propose leur évacuation. Elle donne lieu à deux scènes d'émotion : la femme du capitaine Dickinson refuse de quitter son mari, à la fierté de celui-ci; Jocko ne peut abandonner son épouse aveugle, mais celle-ci le renvoie énergiquement au combat (ces deux interventions "viriles" sont d'un type assez rare dans le western pour être épinglées).

(R.T.: 120') L'assaut final peut commencer (tous ses moments sont spectaculaires; quatre mille figurants ont reçu, avant le tournage, une formation militaire spéciale à cet effet !).
Au son des trompettes, les Mexicains amènent une impressionnante batterie de canons. La première attaque -immédiate, malgré ce qu'on peut lire dans l'ouvrage de l'historien José Valadés (voir plus loin) - ne porte que sur le mur nord. Les pertes sont effroyables et la journée se termine avec la levée des morts et des blessés; les hommes de Crockett témoignent de leur admiration pour leurs assaillants : "Ce n'est pas mal que des hommes n'hésitent pas à aller à la mort, parce qu'ils croyent défendre un idéal." (phrase qui ne manque pas de piquant dans la mesure où, effectivement, les Mexicains défendaient l'intégrité de leur territoire face à l'impérialisme anglo-saxons; cette fois encore, le réalisateur montre ainsi sans ambiguïté quelle est sa lecture des faits).

Travis annonce pour le lendemain l'arrivée des cinq cents hommes de Fannin; Bowie constate qu'il en avait annoncé le double. Survient un lieutenant (Patrick WAYNE) qui annonce la destruction de la colonne de secours. Crockett et Bowie décident de partir avec leurs hommes dont ils se savent responsables.
Travis les remercie pour les dix jours de répit qu'ils ont donné à Houston; ils ont acquis le droit de partir la tête haute; lui, reste avec ses hommes. L'un après l'autre, Bowie blessé, ses compagnons, puis Crockett et les siens, descendent de cheval et vont se ranger aux côtés de Travis dont le courage a forcé leur admiration.

(R.T.: 130') Smitty arrive au campement de Huston. Après qu'il ait remis son message, un lieutenant lui propose de se restaurer et de se reposer; "Non. Il faut que je retourne à Alamo." ! Le général apostrophe alors ses officiers et donne ce gosse en exemple, lorsque leurs recrues se plaindront encore : "Le Texas ne devra jamais oublier le sacrifice des 187 Texans qui vont mourir à Alamo pour nous faire gagner du temps." (si, après ça, quelque spectateur n'avait pas encore compris le message...).

(R.T.: 135') Dernière nuit (celle du 5 mars 1836). Ultimes états d'âme (au son de "Green Leaves of Autumn", repris par les choeurs) des défenseurs d'El Alamo; ils savent qu'ils mourront le lendemain. Plusieurs professions de foi proclament la victoire inéluctable du Bien sur le Mal (Santa Anna sera effectivement vaincu le 21 avril), ou les vraies qualités pour lesquelles il faut se battre : "l'honnêteté, le courage et l'amour". Jim Bowie remet sa lettre d'affranchissement à son vieux Jethro et lui conseille de partir; mais le Noir lui rétorque : "Si je suis libre maintenant, c'est que j'ai le droit de décider où aller. C'est pour ça que vous vous battez, n'est-ce pas ? Eh bien, dans ce cas, je crois que je vais rester...".

(R.T.: 139') 6 mars 1836 : Le "De guello" retentit pour la première fois depuis le générique, joué par les trompettes mexicaines; les tambours battent... (cette dernière bataille est particulièrement spectaculaire). Soudain, un silence absolu; les drapeaux claquent au vent. Santa Anna (Ruben PADILLA), pour la première fois cadré en gros plan, donne le signal; trompettes; l'attaque est lancée sur tous les fronts. Les pertes sont énormes des deux côtés, c'est une véritable boucherie. Les canons mexicains crachent la mort en rafales. Les plans se rapprochent, les morts d'El Alamo sont personnalisées :
(R.T.: 147') Travis combat le sabre à la main; touché par une balle, il brise son arme et tombe; les Mexicains avancent sur son corps. Le capitaine Dickinson meurt peu après.
Le flot des Mexicains est de plus en plus pressant, comme une marée humaine qui renverse par vagues serrées et multicolores tous les vains obstacles des défenseurs.
Le mur nord s'effondre.
(R.T.: 150') Crockett, entouré d'ennemis, est transpercé par une lance; il parvient à lancer un brûlot dans la réserve de poudre et disparaît dans l'explosion.
(R.T.: 151') Bowie, blessé, est alité et se bat avec son célèbre couteau, avant d'être transpercé par les baïonnettes, en même temps que le fidèle Jethro qui s'est jeté sur son corps pour le protéger.
Les Mexicains trouvent Suzanne Dickinson, sa fille et un enfant Noir cachés sous une bache.
Le fort est en ruine, une trompette solitaire joue le "De guello".
Smitty n'arrive que pour voir les trois seuls rescapés sortir parmi les soldats vainqueurs. Le silence est revenu, oppressant.
Santa Anna fait sonner les trompettes; ses hommes présentent leurs armes en hommage pour cette résistance; lui-même se découvre et salue Suzanne, qui passe avec les enfants et rejoint Smitty, alors que les choeurs entonnent l'hymne texan.
Ils partent tous les quatre vers le soleil couchant.

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Le film présente une double gradation :

Sur le plan humain, les tensions entre les trois chefs occupent une partie importante du temps, peut-être dans le but de renforcer la scène de réconciliation muette de la 125è minute; hélas, la multiplication de ces signes de rivalité ne renforce pas la sympathie du spectateur pour des personnages qui lui restent distants, à l'exception toutefois de Crockett qui bénéficie seul d'un éclairage constamment positif. Il n'empêche que la personnification des trois morts entraîne une certaine émotion, pourtant due essentiellement à la vigueur de la dernière séquence toute entière.

Sur le plan de la facture, l'action est au départ lente, diluée, entrecoupée de brèves scènes d'actions au comique très "westernien" : le spectateur se trouve ainsi en terrain connu. Les raids texans -crypte, destruction du canon, vol du bétail -sont de plus en plus importants et spectaculaires. Mais John WAYNE semble avoir réservé l'essentiel de ses forces pour l'attaque finale en deux grandes vagues, entrecoupées par la nuit de veille qui procure un bref répit avant la boucherie finale : l'assaut du fort est un véritable moment épique, d'une densité extraordinaire pour ses quinze minutes. Le final est chargé d'émotion, malgré son côté traditionnellement "pompier" (on en trouve l'équivalent dans toute l'histoire du western depuis "Stagecoach" et "Young Mr Lincoln", tous deux de John FORD en 1939) : choeurs et soleil couchant.

John WAYNE a pris la peine de toujours situer l'action, dont le contexte immédiat est rappelé à plusieurs reprises. On arrive, (trop ?) lentement, à s'identifier à cette "Cause" dont les aspects "moraux", très (trop ??) manichéens, devaient inspirer les Américains du fait de leur implication "religieuse" - la lutte quasi biblique du Bien et du Mal. Cependant, WAYNE tombe souvent dans un "prêchi-prêcha" qu'on retrouvera dans "The Green Berets", le deuxième film - toujours d'inspiration "patriotique" et favorable cette fois à l'intervention américaine au Vietnam -, réalisé par le "Duke" en 1968.

On aura noté de nombreuses divergences de détails avec le film de Norman FOSTER. Cependant, c'est la facture qui différencie le plus ces deux oeuvres : la première est sobre, discrètement "légendaire", sans effet particulier, et l'identification avec le héros Davy Crockett est aisée; la deuxième est ambitieuse, haute en couleurs, spectaculaire, son scénario est fouillé -peut-être trop... Il nous paraît particulièrement représentatif que la fin de Crockett soit plus mythique dans la version de FOSTER, parce qu'elle n'est pas montrée : le mythe, c'est souvent l'imagination qui le forme, jamais une démonstration...


Reste à répondre à la deuxième question; la lecture des critiques devrait nous permettre de comprendre ce qui a pu provoquer la réserve du public :

On lit dans la revue "Variety" :
"The Alamo"... has a good measure of mass appeal in its 192 minutes (notre version française ne fait que 155'). But to get it, producer-director-star John Wayne has loaded the telling of the tale with happy homilies on American virtues and patriotic platitudes under life-and-death fire which smack of yesteryear theatricalism rather than the realism of modern battle drama.
Obviously Wayne and James Edward Grant who penned the original screenplay, had an entertainment, not a history lesson, in mind. But in their zeal to reproduce a colorful, homespunt account of what went on in the course of those 13 remarkable days in 1836, they have somehow shrouded some of the fantastic facts of the original with some of the frivolous fancies of their re-creation.
In spite of the painstaking attempts to explore the characters of the picture's three principal heroes (Bowie, Crockett, Travis), there is an absence of emotional feeling, of a sense of participation. It is almost as if the writer is willing to settle for the popular conception of familiar heroes such as Davy Crockett and Jim Bowie as sufficient explanation of their presence and activities..." (13).

A cet article contemporain déjà plein d'enseignements, ajoutons la critique du "Second Virgin Film Guide" qui annonce une "Sprawling, ponderous history lesson that re-creates the defense of the Alamo in 1836 Texas...", avant de mettre le doigt sur le problème qui avait déjà titillé le chroniqueur de 1960 : "The result is an old-fashioned patriotic movie and a rousing epic that performed poorly at the box office, perhaps because it chronicled one of America's most famous military losses. All the pontificating about the joys of freedom becomes irritating..." (14); ainsi, le public américain n'aurait vu dans le film que le récit d'une défaite...

Le suisse Freddy BUACHE résume assez bien cette impression lorsqu'il écrit que "L'oeuvre se situe beaucoup plus près du western et du show que de l'épopée; les sinuosités de l'intrigue suivent le tracé simpliste du feuilleton conçu pour un public dont l'âge mental se situe au-dessous de dix ans;..." - mais n'est-ce pas celui de l'Américain moyen auquel ce film s'adresse d'abord ? - "la psychologie des personnages n'obéit qu'à des schémas conventionnels destinés à glorifier les notions abstraites de Devoir, d'Honneur, de Courage, c'est-à-dire les vertus militaires générales sans les enraciner dans un contexte réaliste précis. On parvient mal à replacer ce fait d'armes dans son exacte situation historique et politique.". L'analyse nous montre combien cette affirmation est erronée : à plusieurs reprises l'importance stratégique du fort et l'impératif de donner du temps à Sam Houston sont clairement énoncés. "L'auteur, qui n'a jamais caché ses opinions réactionnaires..., ne prend pas la peine de montrer que cette guerre fut de conquête plutôt que de libération et que ses héros furent des aventuriers colonialistes, non des soldats défendant un patrimoine commun;...". Il paraît toutefois évident que telle n'était pas l'intention du réalisateur qui a plutôt conçu dès le départ -ainsi que l'indiquent ses deux cartons initiaux - un film "patriotique" célébrant la légitimité de cette "résistance anglo-texane devant le tyran Santa-Anna", vision d'ailleurs bien plus proche de son tempérament conservateur bien connu ! "John Wayne flatte l'esprit de sacrifice "en soi", il idéalise les rapports antagonistes des états-majors rivaux; et l'horreur des combats, qu'il illustre pourtant avec un luxe de détails sanguinolents, ne sert que de contrepoint mettant mieux en évidence le caractère chevaleresque des ennemis. Le récit baigne souvent dans la démagogie sentimentale : l'ivrogne, l'officier hautain, le tendre bourru, tous meurent en braves pour une cause qui n'est pas vraiment la leur;..." (15).
Phil HARDY est plus nuancé : "... The Alamo is one of the most direct of Hollywood's epics. At times the film's patriotism is overwhelming... but the strong cast and the simple dramatics of the situation more than compensate for this..." (16).

Ces critiques sont en partie justifiées, mais n'expliquent pas entièrement le peu de succès populaire (au moins immédiat) du film... à la limite, au contraire !
Rappelons qu'il coûta la bagatelle de 12 millions de dollars, pour quatre-vingt-un jours de tournage, avec la participation de quatre mille figurants; et qu'il obtint des nominations aux Oscars du Meilleur film, du Meilleur Second rôle masculin (Chill WILLS), de la Meilleure photographie (William H. CLOTHIER), du Meilleur montage (Stuart GILMORE), de la Meilleure musique (Dimitri TIOMKIN), de la Meilleure chanson (TIOMKIN et Paul Francis WEBSTER); "The Alamo" a obtenu l'Oscar de la Meilleure bande sonore.

Dans "Le Western", Patrick BRION nous paraît avoir mieux appréhendé les intentions du réalisateur-vedette qui a effectivement voulu "porter à l'écran le siège du fort Alamo, l'une des pages de gloire de l'histoire américaine" (17); l’auteur rapporte que, selon WAYNE, "C'est un sacré bon film, une vraie page d'histoire américaine, le genre de films dont les gens ont besoin, plus que jamais." et BRION ajoute en contrepoint : "Mais le public, qui a toujours préféré les victoires aux défaites, boudera partiellement le film, qui ne récupérera son coût de production que beaucoup plus tard, grâce à sa vente à la télévision." (18).

 Lire :1. Matt S. MEIER, Feliciano RIVERA: Dictionary of Mexican American History, et en particulier l’article “Alamo” pp. 9-10; 2. Walter LORD: A Time to Stand: The Epic of the Alamo, 1961.
2 MALTIN: Movie and Video Guide 1994, SIGNET BOOK, 1993, p.288.
3 Voir l'étonnant ouvrage Paul F. ANDERSON: The Davy Crockett Craze, WALT DISNEY COMPANY, 1996 sur le "marchandizing" établi autour de ce téléfilm.
4 Allan EYLES: John Wayne, Ed. VEYRIER, 1983, p.127
5 MALTIN 1994, p.699.
6 HALLIWELL's Film and Video Guide 13th edition, HARPER COLLINS, 1998, p.439.
7 Phil HARDY: The Western, AURUM FILM ENCYCLOPEDIA, 1991, p.239.
8 Ronald L. DAVIS : Duke: The Life and Image of John Wayne. UNIVERSITY OF OKLAHOMA PRESS, 1998; chap. 10: “Metaphor for America” pp. 220-235
9 L’épopée de cette réalisation fait l’objet de l’ouvrage de Donald CLARK et Christopher ANDERSEN: John Wayne’s The Alamo: The Making of the Epic Film, MIDWEST PUBLISHING, 1994; lire également Scott EYMAN: Print the Legend: The Life and Times of John Ford, SIMON & SCHUSTER, 1999, pp. 479-481 à propos de la "contribution" de FORD à la mise en scène.
10 Jean-Marc BOUINEAU, Alain CHARLOT, Jean-Pierre FRIMBOIS: Cent westerns, MARABOUT, 1989, p.20.
11 W. WRIGHT: Sixguns & Society: A Structural Study of the Western, UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS, p.31.
12 Patrick BRION, Le Western, LA MARTINIERE, 1992, p.304.
13 VARIETY Movie Guide 1994, HAMLYN, 1993, p.12.
14 Second VIRGIN Film Guide 1994, BASELINE, 1993, p.14.
15 Freddy BUACHE: Cinéma américain: 1955-1970, L'AGE D'HOMME, 1985, p.377.
16 WESTERN AURUM, op. cit., p.274.
17 BRION: op. cit., p.303.
18 Idem, p.304.


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ICONOGRAPHIE :

Merci d'attendre, avec patience, que le dernier "PLAN DE BATAILLE" télécharge; il en vaut la peine.

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EXTRAIT DE MA THESE DE DOCTORAT (en cours) :

Pour correctement situer les éléments du problème, nous devons étudier parallèlement les historiographies américaine et mexicaine :

a) Les préliminaires :

Si nous lisons l'analyse du problème texan telle que la donne encore Page SMITH en 1981 dans le quatrième volume de son "A People's History of the Ante-Bellum Years", nous y trouvons un discours patriotique fort semblable à celui du film de John WAYNE; il écrit en effet : "Competing with the presidential election for public interest were the events in Texas. Americans had been infiltrating the vast, virtually unpopuled regions of Mexican Texas, sometimes encouraged by the Spanish and as often rebuffed and harassed. With the coming of the Mexican Revolution and the liberal constitution of 1824, modeled after the American Constitution, the American settlers in Texas had enjoyed a brief honeymoon, exchanging assurances of mutual respect and affection with successive governments. If Mexico was to be a federation of states on the American model,... Texans could be secure in the possession of their vast ranches and give allegiance as cheerfully to the government of Mexico as they had given allegiance to the United States. But that dream was soon dissipated..." (); autrement dit, tant que les Mexicains semblaient établir des structures "à l'Américaine", les Texans anglo-saxons étaient heureux; mais ils n'étaient pas prêts à accepter les institutions nationales du nouvel Etat. SMITH nous en fournit la raison essentielle : "Most infuriating to Texans was Bustamante's (2) edict banishing slavery from all Mexican states. Soon the region swarmed with Mexican soldiers who were as high-handed as their president." (3). En 1833, le général(issime) SANTA ANNA prend le pouvoir; "Austin assured Santa Anna that the American settlers in Texas did not wish to separate the region from Mexico." (4); AUSTIN demande même au Général-président l'admission du Texas dans l'Union mexicaine, dont il fait déjà partie de Droit ! Sa demande est ignorée par le nouveau président; "Stephen Austin took the request to the new President, Santa Anna, and when Santa Anna made no response Austin incautiously wrote to some of his fellow Texans urging them to form a state regardless of the wishes or actions in Mexico."; en possession d'une copie de cette lettre, le Président ordonne l'arrestation d'Austin, ce que Pale SMITH dénonce comme un acte dictatorial : "The Texans reacted by creating revolutionary commitees of safety and correspondence and by preparing to resist Santa Anna by force if necessary..." et, avec une certaine mauvaise foi, il précise que "A convention of Texans that met in October, 1835, debated whether to declarate Texas independent or to pledge loyalty to the liberal Mexican Constitution of 1824. Thirty-three delegates voted to adhere to the constitution and fifteen voted for independence. Texas would join forces with any other Mexican state that was determined to resist a dictatorial central government. A provisional government was formed with Samuel Houston chosen as major general of the military forces of the state, and generous allotments of land were promised to all lovers of freedom who would join Texas in their struggle for justice and republican government." (5). Que d'ambiguïtés dans ce qu'il faut bien appeler une "sécession"! Rappelons qu'une attitude semblable des Etats esclavagistes du Sud des Etats-Unis amènera une réaction armée du Président "nordiste" LINCOLN en 1861; or, la plupart des historiens américains considèrent cette intervention comme simplement "unioniste"... Il est évident que l'action des Texans ressemble fort à une conquête - à peine déguisée - de territoire; relevons, enfin, que ces "combattants pour la "liberté" entendent maintenir avant tout l'esclavage contre les lois mexicaines.
Autant de faits qui ne paraissent pas avoir frappé monsieur Smith...

La suite de son étude est également pleine d'instructions sur cette vision des événements : "The Texans reacted by calling a convention that met in March, 1836, and drafted a declaration of independence which listed the indignities they had suffered at the hands of the Mexican government, among them the fact that they had been denied freedom of worship (6), been ordoned to surrender their arms, and had their soil invaded and their legislature disbanded." (7).

L'esprit du film de John WAYNE est directement inspiré de ce type d'analyse, déjà controversé à la sortie de l'ouvrage.

D'autres études sont, en effet, plus critiques :
Parcourons d'abord le premier volume de "The National Experience" des historiens BLUM, McFEELY et consorts, publié pour la première fois en 1963; ils commencent par situer la problématique texane dans des termes plus objectifs : "The first area outside the United States to which settlers moved in substancial numbers was Texas. Mexico, after winning its independence from Spain in 1821, twice rejected American offers to buy this sparsely settled province; but during the 1820s it welcomed Americans who would submit to its jurisdiction and abide by its laws." (8); nous avons donc bien affaire à une colonisation clandestine. Notons que l'argument américain cité par Pale SMITH pour occuper ce territoire, "the vast, virtually unpopulated regions of Mexican Texas" (9) est fort semblable à celui qui servait déjà aux Anglo-saxons depuis deux siècles pour s'emparer des territoires indiens; quant aux colons, BLUM et ses collègues nous disent que "Most of the immigrants were Southern speculators, yeoman farmers, and small slaveholders who were attracted by the rich lands suitable for cotton culture and available for few cents an acre. By 1830 eastern Texas had been occupied by nearly 20.000 whites and 1.000 Negro slaves from the United States." (10) et, contrairement aux affirmations de SMITH, les auteurs de la "National Experience" écrivent que "The Mexican government soon had cause to regret its hospitality, for the American settlers had no intention of giving their allegiance to a nation whose culture was so different from their own." (11). Ce que confirme Ronald TAKAKI dans le chapitre "Foreigners in their native land" de son très intéressant "A Different Mirror. A History of Multicultural America." : "During the 1820s, Americans crossed the Mexican border, settling in a territory known as Texas. Many of them were slaveholders from the South in search of new lands for cotton cultivation. President John Quincy Adams tried to purchase Texas for a million dollars in 1826, but Mexico refused the offer." (12); et de citer le journal du lieutenant José Maria Sanchez, membre d'une commission mexicaine d'enquête au Texas : "The Americans from the north have taken possession of practically all the eastern part of Texas, in most cases without the permission of the authorities.".
Pour ce qui est du conflit proprement dit, les auteurs de la "National Experience" notent que "In 1830 the mounting tension had prompted the Mexican government to make a drastic switch in policy : it prohibited further immigration from the United States, stopped the importation of slaves, placed heavy duties on American goods, and dispatched troops to the frontier to see that these laws were enforced. The final blow came when General Santa Anna, who had seized political power in Mexico, not only repudiated his promise to give Texas separate statehood but nearly abolished Mexico's federal system altogether." (13); TAKAKI écrit de son côté : "In 1830, the Mexican government outlawed the institution of slavery and prohibited further American immigration into Texas. The new policy, however, provoked opposition among some Mexicans in the territory." (14), la dernière phrase constituant une précision intéressante; TAKAKI poursuit: "Meanwhile, American foreigners in Texas were furious at the new restrictions. As slaveholders, many of them were determined to defy the Mexican law abolishing slavery... By 1835, there were some twenty thousand Americans in Texas, greatly outnumbering the four thousand Mexicans.".

Il est utile se parcourir à ces propos la correspondance échangée entre AUSTIN et les autorités mexicaines (15). Une lettre du 1er août 1833, adressée par AUSTIN au ministre Carlos GARCIA, fait explicitement référence à la législation de 1824 (16).

Examinant de même l'historiographie mexicaine, à travers des ouvrages aussi différents que "México, Santa Anna y la guerra de Texas" de José C. VALADES rédigé en 1979 et "La pérdida de Texas" d'Angela MOYANO PAHISSA, nous remarquons d'abord que si ces deux ouvrages parlent peu de l'épisode d'Alamo proprement dit - considéré de leur point de vue comme une simple péripétie - ils nous fournissent pourtant une série de détails intéressants, notamment sur le plan technique. Pour l'ensemble des textes mexicains, je propose ici ma traduction, dans laquelle je me suis efforcé de préserver au mieux certaines tournures de phrases et expressions colorées des originaux.

José Valadés, qui fournit l'analyse la plus complète, retrace le fil des événements : "Les insurgés au Texas avaient eu connaissance de l'avance de l'armée de Santa Anna sur le sol texan, depuis la mi-janvier;... Le colonel William Barret Travis, qui prenait le commandement de Béjar le 11 février, adopta l'idée de Neill et de Bowie et résolut de se retrancher dans l'antique mission d'El Alamo, en attendant les Mexicains." (17); Angela Moyano Pahissa précise qu' "En février 1836 le général Houston avait ordonné à Jim Bowie de détruire le fort d'El Alamo et de porter les armes à (la colonie de) Gonzales. Celui-ci argua (du fait) qu'il ne disposait pas de chariots pour les transporter et resta à El Alamo avec William Travis, décidés tous deux à le conserver du côté anglo-texan." (18).


b) Les acteurs "anglo-texans" du drame :

"Travis était "un homme de grande taille, beau, de robuste constitution, bon orateur et habile avocat". Il naquit en Caroline du Sud, le 9 août 1809; et arriva au Texas en 1831, installa son bureau à Anahuac, quoique l'année suivante il s'établît à San Felipe où il fut le concurrent des avocats et trafiquants de terres P. M. Williamson, T. J. Chambers et Ira Lewis. En 1835, Travis commanda le groupe qui assaillit (le capitaine Tenorio, envoyé de SANTA ANNA (19)) à Anahuac, raison pour laquelle le colonel Ugartechea avait ordonné son arrestation.
Pour renforcer Travis, arriva à Béjar David Crockett, soldat nord-americain qui avait combattu sous les ordres de Jackson. Crockett était originaire du Tennessee, élève de l'école de Nashville et d'un type qu'à Washington, durant les années (1827-1831) au cours desquelles il fut député au Congrès, on avait jugé excentrique. Crockett arriva au Texas en 1835, pour se consacrer à la chasse au gros gibier, mais retardé à Nacogdoches, il résolut de se joindre à la conjuration des avocats et des spéculateurs." (20).

Pale SMITH qualifiait Davy CROCKETT, le personnage même qu'incarne WAYNE de "the most famous frontiersman of the day" (21); déjà en 1973 dans "Regeneration Through Violence, The Mythology of the American Frontier, 1600-1860", l'historien Richard SLOTKIN prenait le contre-pied de la Légende en écrivant : "Even Crockett acquired an odor of sanctity after his captivity and martyrdom at the Alamo." (22) et pour le lecteur qui, frappé par le sous-entendu négatif de cette remarque concernant le "King of the Wild Frontier", se méprendrait sur l'aspect purificatoire du "martyre", citons cette deuxième phrase de SLOTKIN : "Crockett, having failed in Tennessee, hunts for new animals, new ennemies, new voters, and a new fortune in Texas, only to die at the Alamo." (23), ce qui enlève quelque peu de l'aura du personnage !


c) La guerre du Texas, vue globalement :

Commençons par la vision "traditionnelle" de Page SMITH : "Santa Anna's objective was the extinction of Texas. He captured the town of San Antonio, and its defenders, among them Colonel Bowie and Davy Crockett, the most famous frontiersman of the day, took refuge in the Mission of the Alamo nearby. There 188 Texans held off some 3.000 Mexican soldiers for almost two weeks. When the Mexicans finally stormed the improvised fortress, there were few Texans who had not been killed or wounded and these were cut down on the spot, leaving three women, two children, and a black boy as the only survivors. As a final indignity the bodies of the Texans were stripped and burned... The Alamo at once became a code word for Mexican brutality and the heroism of the Texans. It was, indeed, an extraordinary episode and undoubtedly did more than any other event to create popular sympathy for Texas in the United States. "Remember the Alamo" became the battle cry of the Texans." (24).

Poursuivons avec d'autres analyses américaines : "For a short time (the Texans) claimed to be fighting in defense of the old Mexican constitution, but on March 2, 1836, they declared their independence. The struggle was brief. Santa Anna moved into Texas with a large army and won a few minor skirmishes, the most notable being the extermination of a small garrison of Texans at the Alamo mission in San Antonio. But on April 21, 1836, at the Battle of San Jacinto, an army commanded by General Sam Houston decisively defeated the Mexicans and took Santa Anna prisoner. Santa Anna was forced to sign a treaty recognising Texan independence...", écrivent BLUM et ses confrères (25); et TAKAKI précise que "The war came in 1836, when some Americans in Texas began an armed insurrection against Mexican authority. The center of the rebellion for independence was San Antonio, where a mission had been converted into a fort that would become the stuff of American legend. Barricading themselves in the Alamo, 175 Texas rebels initiated hostilities in a struggle for what would be called the Lone Star Republic. The Mexican government declared the action illegal and sent troops to suppress the rebellion. Surrounded by Mexican soldiers, the rebels refused to surrender. According to one story, their leader, William Barret Travis, dramatically drew "a line in the sand". All the men who crossed it, he declared, would fight to the death.
Led by General Antonio Lopez de Santa Anna, the Mexican soldiers stormed the Alamo and killed most of the rebels, including Jim Bowie and Davy Crockett. Among the men slain were a few Mexicans... who had decided to side with the Americans... Rallying around the cry "Remember the Alamo", Sam Houston organized a counterattack...
Houston forced Santa Anna to cede Texas;... In his inaugural address, Houston claimed that the Lone Star Republic reflected "glory on the Anglo-Saxon race." He insisted that theirs was a struggle against Mexican "tyranny" and for American "democracy"." (26).


d) La campagne de Santa Anna :

Au cours de leur avance, les Mexicains rencontrèrent des difficultés : "Le trajet... jusqu'à San Antonio n'était pas long mais désertique. Les soldats de Santa Anna ne rencontrèrent ni eau ni victuailles au cours de leur marche vers San Antonio. La faim, les maladies et le climat achevèrent nombre d'entre eux. Le reste prit possession de San Antonio de Béjar le 23 février 1836, du fait que les anglo-texans s'étaient retranchés dans El Alamo." (27).

En ce qui concerne ce lieu, les deux historiens mexicains confirment que "... la Mission d'El Alamo... n'était pas une forteresse" (28); "Elle avait été construite pour une mission parmi les indiens belliqueux et hostiles, raison pour laquelle c'était un édifice fort de murs épais. D'un côté se trouvait l'église et de l'autre côté le couvent. L'un et l'autre étaient protégés par un mur sur lequel le général (mexicain) Cos avait laissé quatorze canons." (29); ainsi parée, El Alamo "présentait les caractéristiques d'une bonne position depuis laquelle ils dominaient les villages par lesquels apparaîtrait l'ennemi" (30).

Les forces en présence étaient les suivantes : "Bowie menait 25 hommes. David Crocket (sic), avec une douzaine de volontaires du Kentucky, arriva aux premiers jours de février et trente miliciens supplémentaires arrivèrent le premier mars. Au total ils étaient cent quatre-vingt hommes, approximativement." (31); ainsi, "(Ceux qui s'étaient) retranchés dans la Mission, étaient dans leur quasi totalité des européens récemment arrivés et recrutés aux Etats-Unis. On trouvait parmi eux des tireurs remarquables; ils possédaient les meilleures armes de l'époque et ils étaient bien approvisionnés en munitions. Depuis la mi-décembre, ils vivaient en se préparant, sans fatigue, pour la guerre, et l'espérance de l'arrivée de secours extérieurs les animait; et quoique dans leur forteresse improvisée ils ne gardassent que du maïs et de la viande, ces vivres possédaient les qualités (nécessaires) pour les maintenir vigoureux.
En revanche, les attaquants arrivaient d'un territoire qui, par son éloignement, paraissait étranger; ils avaient été tenus de parcourir dans les derniers jours plus de mille kilomètres, et sur eux étaient tombées de la neige et des averses et il faut ajouter à cela qu'ils souffraient de la faim. Nonante pour cent des Mexicains appartenaient à l'infanterie; nombre d'entre eux allaient participer pour la première fois à une action de guerre.
(...)
Santa Anna semblait mépriser l'agressivité de ceux qui avaient pris possession d'El Alamo et il attendit l'arrivée des forces de Ramirez y Sesma qui étaient restées en arrière; (celles-ci), après les derniers jours de marche en conséquences desquels beaucoup étaient souffrants, étaient très fatiguées." (32).

On ne peut s'empêcher de ressentir l'étrange impression que Valadés cherche des "circonstances atténuantes" à Santa Anna; il nous décrit en effet les prémices de la bataille prochaine comme si le rapport de forces était favorable aux défenseurs d'Alamo, alors que l'armée mexicaine était forte de 5.000 à 7.000 hommes, selon les travaux disponibles ! Il faut se rappeler que les auteurs américains insistent volontiers sur l'exploit qui consista pour la centaine d'assiégés à résister treize jours à une telle armée, ce qui ne peut que titiller l'orgueil national mexicain...
Nous relevons toutefois un élément fondamental : si nous suivons les explications qui nous sont fournies concernant les épreuves de cette longue et pénible marche vers le Texas, ce sont paradoxalement les Mexicains de Santa Anna qui paraissent "étrangers" sur leur sol national ! Les Anglo-texans donnent l'impression d'attendre "chez eux" l'attaque d'une armée d'invasion, bizarre inversion des réalités...

Le siège et la chute de la Mission sont assez brièvement évoqués par Angela Moyano Pahissa: "Le bombardement du site d'El Alamo commença le 24 février 1835 (33) et dura jusqu'au six mars. Ils avaient hissé le pavillon tricolore du Mexique, le (drapeau) fédéraliste, parce qu'ils étaient supposé se battre pour la Constitution de 1824. La bannière contenait deux étoiles : Coahuila et Texas.
D'après les Mémoires de Santa Anna, il envoya le colonel Almonte annoncer aux anglo-texans que leurs vies seraient respectées s'ils rendaient leurs armes, mais ces gens n'acceptèrent pas l'offre. Cependant bien qu'il pût compter sur cinq mille soldats, Santa Anna décida d'attendre l'arrivée de deux canons de gros calibre. Les dix-huit canons de l'ennemi, en attendant, firent des ravages parmi sa troupe.
Le 6 mars 1836 eut lieu l'assaut final et au milieu d'une terrible boucherie les troupes de Santa Anna s'emparèrent du fort. La cruauté avec laquelle les prisonniers furent traités est devenue légendaire. "Remember the Alamo" constitue conséquemment, dans la bouche des texans, un cri de haine. Beaucoup défendent Santa Anna en disant que, des 183 hommes qui défendirent le fort, seuls 32 étaient des colons. On considéra les étrangers comme des pirates qui, comme tels, pouvaient être passés par les armes. Quoi qu'il en fût, Santa Anna ne saura jamais le prix que les Mexicains payeraient ses tueries. A partir de cette date la mémoire de El Alamo et de Goliad a causé le malheur de millions de Mexicains." (34).

José Valadés, plus prolixe, complète utilement ces informations: "... au lendemain du 25 (février), après avoir passé en revue la plus grande partie de ses troupes, Santa Anna traversa le rio San Antonio, se situant à proximité d'El Alamo, (et) ordonna en même temps la construction de parapets pour protéger ses soldats. Entretemps, et en guise de démonstration de l'abondance de (ses) munitions, Travis fit entrer en fonction ses pièces d'artillerie, sans toutefois causer de dommages. Ce qui par contre produisit des victimes parmi les patriotes (35), fut le violent vent glacé qui souffla pendant deux jours, et (le fait) que les soldats (durent) lutter contre les intempéries.
Le général Santa Anna modéra fortement ses forces, parce qu'il gardait l'espoir d'une reddition de Travis. Celui-ci, cependant, vantard et niais, après avoir hissé sur les murs d'El Alamo un drapeau portant les trois couleurs de la Nation mexicaine, envoya un message à ses compagnons de rébellion, assurant que depuis vingt-quatre heures il entreprenait de bombarder les Mexicains sans souffrir une seule perte, réclamant de prompts secours et promettant de se défendre jusqu'au bout. "(Et) quant à moi (écrivait Travis), je suis résolu à me défendre autant que possible et à mourir comme un soldat qui n'oublie pas ce qu'il doit à son propre honneur".
Les hommes de Travis, malgré leur petit nombre, firent certainement preuve de valeur. Ils réalisèrent des sorties hardies pour attaquer les Mexicains; ensuite, ils refirent leurs forces avec l'arrivée de trente-deux individus de la colonie Gonzales...
Santa Anna entretemps restait prudent, croyant que la supériorité numérique de ses forces amènerait les aventuriers à la raison..." (36).

On est frappé par l'extrême prudence de ce général qui garde pourtant une réputation de brute sanguinaire; remarquons les efforts de VALADES pour présenter ses tergiversations comme un désir d'éviter un massacre... que Santa Anna ordonna pourtant après la prise de la place.
Nous donnons les grands moments de l'assaut, que nous comparerons avec la réalisation du film:

"La réunion (de son Etat-major) se tint l'après-midi du 5, et non pendant la nuit du 4 comme le disent les historiens nord-américains (37). Santa Anna cherchait à connaître la situation, demandant leur opinion à ses subalternes (...), et après avoir écouté ses généraux, il annonça sa résolution de mener l'attaque à bien immédiatement; et à cet effet, il dicta ses instructions.
Pour ce faire, il ordonna la formation de quatre colonnes d'assaut... Les cinq corps comprenaient deux mille hommes. La réserve, constituée par les sapeurs et les compagnies de grenadiers des bataillons sus-mentionnés, qui au total comptaient 185 soldats, resterait sous les ordres directs personnels de Santa Anna. La cavalerie, aux ordres de Ramirez y Sesma, surveillerait le camps "pour ne pas laisser passer (disent ses instructions) celui qui le tenterait".
A quatre heures du matin, deux colonnes d'attaque se tenaient dans les villages désignés par le général en chef. Le clairon d'ordonnance annonça le moment de l'assaut. Les patriotes, portant le fusil à l'épaule, placèrent les échelles sous les murs de la Mission et grimpèrent audacieusement par celles-ci. A l'intrépidité des assaillants, les défenseurs répondirent avec "une avalanche de balles et de mitraille". Les Mexicains reculèrent aux premières décharges. (...) Les patriotes, avec la baïonnette au canon, avancèrent furieux sur les insurgés. Ceux-ci se défendaient désespéremment et vaillamment à l'intérieur du quartier, luttant au corps à corps...
Les patriotes qui avaient marché des centaines de kilomètres pour maintenir l'intégrité du territoire de leur pays, et qui n'allaient pas à la recherche de butin (38), tuaient les ennemis sans pitié, pour en terminer avec eux d'une campagne qu'ils voulaient abréger.
L'assaut dura une heure et demi. Les cent quatre-vingt et quelques hommes de Travis restèrent morts à l'intérieur de l'enceinte...
(...)
La réalité est que la prise d'El Alamo fut coûteuse en vies de part et d'autre. Les Nord-américains, comme c'est naturel,... ont présenté le général Santa Anna comme un "vulgaire boucher"... En outre, que dire des Mexicains sacrifiés par les mercenaires qui entrèrent sur le sol du Mexique avec des intentions de pirates ?
(...)
Agressé sur son propre sol, mobilisé au milieu des pauvretés de son peuple, menant une guerre qu'il n'avait pas provoquée ni demandée et son territoire menacé par des aventuriers étrangers, le Mexique n'avait fait plus que se défendre. Aucun peuple,... ne pourra accuser le Mexique des événements d'El Alamo." (39).

Nous avons peu l'habitude de rencontrer une étude historique qui tienne autant du réquisitoire...


En définitive, ALAMO apparaît être moins le symbole de la résistance de la Liberté contre l’oppression d’un dictateur mexicainl qu’une péripétie dans la résistance d’une oligarchie esclavagiste contre un pouvoir anti-esclavagiste, la Guerre du Texas étant alors une sorte de “Guerre de Sécession” (40).


1. SMITH, A People's History of the Ante-Bellum Years. Volume 4: The Nation Comes of Age. PENGUIN BOOK, 1990. p.131.

2. Anastasio BUSTAMANTE fut Président de 1830 à 1832.

3. SMITH, op. cit., p.131.

4. SMITH, op. cit., p.132.

5. SMITH, op. cit., p.132

6. Le Mexique n'avait pas encore proclamé à cette date la séparation de l'Eglise catholique et de l'Etat.

7. SMITH, op. cit., p.133.

8. John M. BLUM, William S. McFEELY, Edmund S. MORGAN, Arthur M. SCHLESINGER Jr, Kenneth M. STAMPP, C. Vann WOODWARD: The National Experience, Part One. HARCOURT BRACE JOVANOVICH PUBLISHERS, 7th edition 1989, p.254.

9. SMITH, op. cit., p.131.

10. National Experience, op. cit., p.254.

11. National Experience, op. cit., pp. 254-255.

12. TAKAKI, A Different Mirror: A History of Multicultural America. LITTLE, BROWN & COMPANY, 1993. p.176.

13. National Experience, op. cit., p.255.

14. TAKAKI, op. cit., p.173.

15. Documentos transcritos sobre la colonizacion de Texas, vol. 61; ainsi que les deux inventaires, 1820-1835 n°69 et 1826-1832 n°70.

16. Documentos transcritos sobre la colonizacion de Texas, n°61, 1986; pp. 17-27, particulièrement le premier feuillet, p.17.

17. José C. VALADES: México, Santa Anna y la guerra de Texas. DIANA, 1993, pp. 168-169.

18. Angela MOYANO PAHISSA: La pérdida de Texas. PLANETA, 1991. p.112.

19. Dan L. THRAPP: Dictionary of Frontier Biography, III. UNIVERSITY OF NEBRASKA PRESS/ Bison Books, 1991. p. 1439.

20. VALADES, op. cit., p.169.

21. SMITH, op. cit., p.133.

22. Richard SLOTKIN: Regeneration Through Violence: The Mythology of the American Frontier, 1600-1860. WESLEYAN UNIVERSITY PRESS, 1973. p.446.

23. SLOTKIN, op. cit., pp. 556-557.

24. SMITH, op. cit., pp. 133-134.

25. National Experience, op. cit., p.255.

26. TAKAKI, op. cit., p.174.

27. Angela MOYANO PAHISSA, op. cit., pp. 110 et 112.

28. VALADES, op. cit., p.170; MOYANO PAHISSA, op. cit., p.112.

29. MOYANO PAHISSA, op. cit., p.112.

30. VALADES, op. cit., p.170.

31. MOYANO PAHISSA, op. cit., p.112.

32. VALADES, op. cit., p.170.

33. sic, pour "1836".

34. MOYANO PAHISSA, op. cit., p.112

35. Il s’agit, évidemment ici, des soldats mexicains.

36. VALADES, op. cit., pp. 170-171.

37. sic ! Il y a dans cette précision comme un relent d'orgueil national dont l'objet m'échappe.

38. sic ! Sur ce point encore, Valadés paraît vouloir défendre l'honneur national, sans que nous voyions à quelles "accusations" précises il entend répondre - hormi, bien entendu, la version américaine selon laquelle les Mexicains étaient les agresseurs.

39. VALADES, op. cit., pp. 171-173.

40. On peut lire, pour comparaison : Marshall L. DeROSA: The Confederate Constitution of 1861: An Inquiry into American Constitutionalism. UNIVERSITY OF MISSOURI PRESS, 1991. 182p.


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(page créée vendredi 17 mars 2000)


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