Les temples du blues
708.CLUB

La gloire de ce haut lieu du blues a coïncidé avec le développement en direction des banlieues sud de South Side, le plus grand ghetto noir de la ville.


L'extension du ghetto

Dans la logique du quadrillage de la Windy City, Caractéristique de l'épanouissement fulgurant de l'Amérique urbaine, les axes est-ouest de la ville sont rythmés tous les quatre pâtés de maisons par une voie commerçante d'importance, les rues intermédiaires étant purement résidentielles. Ainsi, en s'éloignant du centre-ville en direction du sud, on prend conscience de la réalité vivante du ghetto en traversant successivement les 31e, 35e, 39e, 43e, 47e Rues.
Jusqu'aux années de crise, pendant l'entre-deux guerres, le principal quartier noir de Chicago ne s'étendait guère au-delà de la 35e Rue. L'arrivée constante de familles venues du Sud a poussé les nouveaux arrivants vers le sud, autour des 43e et 47e Rues. Tout naturellement, le blues a très tôt trouvé sa place au cœur de ces artères, et le 708 Club a rapidement fait figure de quartier général des artistes de cette partie de la ville. Situé au numéro 708 (d'où son nom) d'East 47th Street, au coin de Langley Avenue, cet établissement assez populaire a recueilli les formations de Big Bill Broonzy, de Sunnyland Slim et de Memphis Minnie dès la fin des années trente.

Vedettes et débutants

Le déclin des grandes compagnies et l'émergence de petits labels indépendants comme Aristocrat/Chess ont coïncidé avec une certaine évolution de la programmation du 708. Les artistes Bluebird du producteur Lester Melrose, qui régnaient en maître dans les clubs jusqu'à la fin de la guerre, ont progressivement cédé la place aux nouvelles vedettes fraîchement arrivés du Delta, comme Muddy Waters ou Little Walter.
Tout au des années cinquante, le 708 a connu ses heures de gloire en concoctant une programmation audacieuse qui privilégiait les vedettes sans pour autant négliger les étoiles montantes. La lecture des publicités pour le club parues dans le Chicago Defender, principal journal noir de la ville, est à ce sujet édifiante : en 1953, l'orchestre de Muddy Waters doit se contenter des soirées du début de semaine, alors que le trio sophistiqué du saxophoniste "Big" Cotton (aujourd'hui tombé dans l'oubli) est à l'affiche le Week-end ; à la fin de la décennie, le Muddy Waters Blues Band est enfin programmé les vendredis, samedis et dimanches soir, tandis qu'un jeune débutant du nom de Buddy Guy est invité à faire ses preuves du lundi au jeudi. A n'en pas douter, la sagacité des responsables du 708 Club aura grandement contribué à faire éclore les plus grands talents du Chicago blues, qui était alors à son apogée.


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