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NOTRE REVUE DE PRESSE HEBDOMADAIRE Semaine du 8 Mars
L'hommage des mauriciens àu chanteur KayaCatholique, rasta et seggae«Good bye Kaya !». Des milliers de personnes ont accompagné Dalidah Topize hier après-midi, restée jusqu'au dernier moment aux côtés de son mari le «roi du seggae»
"Encore un créole". Cette phrase, c'est le père Philippe Fanchette, curé de la paroisse de Roche-Bois, qui l'a lâchée en apprenant la mort en prison de Kaya. Pour lui, ce décès est l'étincelle qui a provoqué l'explosion : "Il y avait la dynamite. Il y avait la mèche", confie-t-il. "Ça fait des années que les créoles meurent dans les mains de la police. On n'a jamais d' éclaircissement, ni de résultats d'enquête. Pourquoi nous?". A Roche-Bois, près de 100% de la population est d'origine créole. Pour la plupart, ce sont des gens défavorisés. "Il y a 90% d'échec scolaire dans les écoles primaires. Que feront ces jeunes? On ne s'occupe même pas d'eux", déplore le père Fanchette, créole lui aussi. Pour lui, ces créoles, mis sur le banc de l'exclusion, "sont entrés dans une phase d'autodestruction". Les manifestants le disent eux-mêmes : "Nou mort, ko sa pou faire?". Une résignation devant la Constitution mauricienne elle-même dont une annexe explique en effet que si l'on ne naît pas hindou, chinois ou musulman, on fait partie de la population générale. Ce sont les créoles qui la constituent. Une tranche de population où le taux de chômage bat tous les records, où le système éducatif est voué à l'échec et où la formation est quasi inexistante. "A l'île Maurice, les hommes ne naissent pas égaux. Toutes les affaires sont contrôlées ethniquement. Le pouvoir politique est entre les mains des hindous, le pouvoir économique, dans les mains des Blancs. Et chaque jour, l'abîme se creuse un peu plus entre les riches et les pauvres", explique le père Fanchette. Depuis toujours, les créoles se voient refuser les postes à haut niveau. "La plupart d'entre eux sont exclus de la fonction publique. Du coup, leurs possibilités d'évolution de carrière sont très limitées". Des frustrations que les créoles vivent au quotidien, depuis leur naissance. "L'affaire de Kaya n'est pas le problème de la manifestation. C'est un problème purement créole. C'est une bombe qui a éclaté. ", lâche Mario Flor, responsable du Mouvement mauricien Créole Africain. Hier après-midi, il a rencontré le président de la République mauricienne, Cassam Uteem lors d'une réunion organisée par le père Fanchette dans la salle de la paroisse de Roche-Bois, en présence des travailleurs sociaux et des associations uvrant dans le social. "Les créoles, c'est la seule communauté qui subit à chaque fois qu'il y a des injustices. Du coup, on n'a plus confiance dans la police". Les travailleurs sociaux affirment que les créoles arrêtés sont régulièrement passés à tabac par les policiers dans les stations de police. Selon eux, ce n'est pas un hasard si ce sont ces commissariats de police qui font l'objet actuellement de saccages. D'ailleurs, dans la nuit de lundi à mardi, après la nouvelle de la mort du chanteur Agathe blessé par balle et laissé sans soins, les incidents ont repris de plus belle. Armés de gourdins et de cocktails molotov, les manifestants ont pris pour cible les bureaux de police de Plaines Wilhems, Sainte-Croix, Bain des Dames, Baie du Tombeau, Cité la Cure, Line Barracks, Fanfaron et Camp le Vieux. Les responsables d'associations l'ont répété plus d'une fois au président de la République : "La police ne doit pas provoquer notre communauté". Ils se déclarent conscients des retombées du climat social actuel sur le pays et se déclarent prêts à calmer le jeu. A condition que la police les laisse tranquilles. A Roche-Bois, on rappelle à qui veut l'entendre que la police a les mains sales. Les jeunes se souviennent que l'an dernier, J. Ramboll a été retrouvé mort dans sa cellule, au poste de police de Brisée-Verdière, A Pzal Seekundar s'est pendu au poste de police de Rivière Sèche et que pas plus tard que le 1er janvier, Mak Clifford Bozelle a trouvé la mort au poste de police de Rivière Noire. Le président Cassam Uteem a promis de convoquer les responsables. Mais est-ce suffisant ? Un plan Marshall existe et le gouvernement affirme travailler dans le sens d'un recul de la misère. Pourtant, à Roche Bois ou ailleurs, les squatters s'entassent, les poches de bidonvilles persistent. "On ne décide rien pour développer Roche Bois alors que 70 millions de roupies ont été débloqués pour entretenir et asphalter les routes pour le pèlerinage de Maha Shivaratree", proteste le père Fanchette qui insiste sur le dynamisme des habitants de ce quartier de la banlieue nord de Port-Louis. "A Roche Bois, il y a 25 000 habitants mais les gens se débrouillent. 20% de cette population ne gagne pas 2 500 roupies par mois 66% ne gagne pas 5 000 roupies par mois. or, 5 000 roupies, c'est le seuil de pauvreté d'il y a 2 ans". Finalement les créoles en ont marre qu'on ne s'occupe pas d'eux ! Joy, un jeune de 27 ans, était dans la rue hier. "Je travaille comme pêcheur et je devais aller en mer lundi mais je n'y suis pas allé. J'ai préféré manifester parce que ça fait trop longtemps que ça dure !". Joy a perdu ses parents et il y vit chez sa sur à Roche-Bois. Ils sont 8 dans un 2 pièces, une cabane composée de feuilles de tôles dépourvue d'eau et d'électricité. "On va boire l'eau de la rivière !" Un tee-shirt "Puma" sur le dos, une casquette "Nike" sur la tête, il pousse un vélo sur la quatre voies et s'arrête à 500 m derrières les forces de l'ordre. Il ne lance pas de galets comme ses petits voisins. "Je suis là pour pleurer Kaya. C'est la police qui l'a tué !". Aujourd'hui, il a promis de calmer le jeu. "On va laisser Kaya partir en paix. Il doit avoir une fête même s'il n'est qu'un p'tit créole comme nous!" Mais le regain de violence d'hier après-midi - surtout dans des lieux à forte concentration de créoles - fait craindre le pire. Le père Fanchette ne cache pas son désarroi. "Les créoles me disent que maintenant, on parle enfin d'eux et qu'en manifestant, le gouvernement saura que les créoles existent!" L'homme d'église est parfois désespéré. Il l'avoue humblement : "A la messe, je fais des discours sur les hommes, tous frères mais on se rend bien compte que ce n'est pas vrai", l'an dernier, le père Fanchette était déjà monté au créneau pour mettre en garde le gouvernement contre la montée de la violence à Roche-Bois. Mais il n'a semble-t-il pas été écouté. Alors, il refuse de faire un appel au calme. "Le système ne vient pas de chez nous. La population créole est en train de souffrir. Quelqu'un a dit "c'est le marronnage" et je crois que ça illustre bien ce qui se passe". Le père Fanchette estime que le gouvernement doit se pencher rapidement sur le développement économique de Roche-Bois pour redresser la barre. "Le port est ici", rappelle-t-il. Mais il a peur maintenant. Peur que l'enterrement de Kaya soit l'occasion d'une plus grande manifestation de violence. Une violence qui gagne du terrain au fil des heures. Jusqu'à quand ? Nul ne le sait. Une chose est sûre. Des jeunes de Plaine Verte sont, à Roche-Bois
pour, disent-ils, "donner un coup de main". A 90%, les habitants de Plaine Verte
sont des musulmans. "Ce sont des fanatiques", affirme B.A., taximan. "Quand
on a un problème avec l'un d'entre eux, il y a 20 personnes qui vous entourent !" B.
A. affirme par ailleurs qu'il préfère avoir un ami chrétien qu'un ami musulman. B.A.
est hindou. Il est pacifiste et déteste la violence. "Les musulmans sont agressifs.
Ils le sont de plus en plus et ils usent et abusent du marijuana. Par contre, ils font le
Ramadam. Ils sont persuadés que ça va effacer leurs péchés. Ce n'est pas vrai !",
dit-il. J.V. - JIR du 24/02
COMMENTAIREL'avertissementLa mort du chanteur rasta Kaya aura été le détonateur d'un réel malaise social, qui dépasse aujourd'hui largement le cadre d'un fait-divers tragique et la revendication de la dépénalisation des drogues douces. Le "peuple" mauricien, les exclus, se trouvent dans la rue, criant leur frustration, leur rancur, leur colère d'avoir été pendant longtemps - trop longtemps sans doute - considérés comme les "parias" de la société mauricienne, à tel point que même la Constitution les range dans la catégorie de "population générale". Pour ne pas dire banale. Les émeutes qui secouent l'île Maurice révèlent incontestablement un mal-être, celui des hommes et des femmes presque oubliés, des jeunes surtout, qui se mettent aujourd'hui par la force des choses en quête d'une reconnaissance sociale. Les échauffourées qui se multiplient dans la rue résonnent comme de retentissants et violents appels au secours destinés à ceux qui détiennent le pouvoir de décision, les politiques, mais aussi les acteurs économiques. Les deux pouvoirs sont liés à Maurice. Le palais du gouvernement jouxte le syndicat des fabricants du sucre. Tout un symbole ! Pendant longtemps, les banques et les palaces rutilants de Port-Louis ont bien caché le feu qui couvait à l'arrière du pays, habité par les Mauriciens "ghettoïsés", souvent privés d'études - car payantes - et de tous les autres privilèges sociaux. Maurice l'indépendante, qui a certes pu se développer avec ses zones franches, n'a manifestement pas, en revanche, su répartir les dividendes de sa croissance économique. Force est de constater que la sève économique n'a pas irrigué toutes les classes sociales. Elle a surtout profité à la classe dominante, familièrement qualifiée de "gros blancs", mais qui comprend également hindous, Chinois et musulmans, chacun à leur niveau respectif. C'est un système basé pour l'essentiel sur l'injustice sociale, l'autoritarisme policier, le favoritisme ethnique, que les exclus mauriciens jettent aujourd'hui au visage de leur dirigeants, qui se veulent pourtant socio-démocrates en la personne par exemple du Premier ministre Navin Rangoolam. Les décideurs se voilent la face en prenant pour fusible la police. Depuis hier le chef des forces de l'ordre a valsé et un second a été révoqué. Les élus, dépassés par les évènements, se bouchent les yeux, tentant par tous les moyens de limiter la colère de la rue au strict aspect du fait divers. Mais le malaise est plus profond, même s'il devra se calmer d'ici aujourd'hui ou demain après l'enterrement de Kaya. C'était plus qu'une secousse. Un avertissement ! Yves Mont-Rouge - JIR du 24/02
L'île Maurice s'embrase
Les faces de l'ordre ont tiré sur les jeunes qui bloquaient la route. A Roche-Bois, les véhicules de la Special Mobile Force ont déblayé la route nationale barrée par des galets. Pas moins de douze véhicules et une quarantaine d'hommes se sont mis à l'uvre dès 9h30. A Sainte-Croix, les pompiers étaient toujours à l'uvre dans la matinée pour éteindre le feu qui s'est déclaré dans le stock du magasin Mammouth dans la nuit de lundi à mardi. Les flammes s'étaient propagées dans les commerces voisins, Vogue Alley Ltd, Ah Van Trading ainsi que Nancy Garment. Devant les magasins, dans la rue, un bus avait brûlé. A Bambous, une manifestation a réuni 3 000 personnes. Les affrontements qui ont suivi ont fait 3 blessés. Par ailleurs, les manifestants ont mis le feu au Consul de district. Fait inhabituel hier soir une prison a été la cible des manifestants à Grande Rivière. Des délinquants ont pu regouter aux joies de la liberté. Des manifestations se sont également produites à Cassis, à Beau-Bassin (un supermarché Winners a été pillé hier soir), à Curepipe (magasins saccagés et station des pompiers attaquée). A Rose-Hill, des pneus ont été brûlés devant une école et des vitres de bâtiments ont été brisées, notamment celles de la succursale de la Mauritius Commercial Bank. Des bus ont été brûlés aussi. Dans le chef-lieu, l'hôpital de Jeetoo, où étaient abrités les blessés des manifs, a été saccagé. "Ils sont un peu partout!", déplore la police. De toute façon, il est impossible pour un groupe de rejoindre un autre groupe car les bus ne roulent plus depuis midi, heure à laquelle la majorité des bureaux et des magasins ont fermé dans le pays. C'est le désarroi total, notamment chez les touristes dont la plupart ont décidé d'écourter leur séjour. Le tourisme prend un sérieux coup de bâton sur la tête et l'île Maurice perd de l'argent. Beaucoup d'argent. Un premier bilan devrait être rendu bientôt. J.V. - JIR 25/02
Contre-autopsie de Kaya :"ces lésions n'ont pu être causées par la victime elle-même"La star du seggae a bel et bien été frappée
retrouvé mort dans sa cellule des Casernes centrales, à Port-Louis. Kaya avait été arrêté puis incarcéré pour avoir fumé de la gandia, du "zamal", au cours d'un concert-meeting. Les autorités policières expliquaient le décès par une fracture du crâne, que l'artiste se serait fait lui-même, en se frappant la tête contre le mur de son cachot. Cette version des autorités judiciaires était loin de convaincre la famille et les amis de celui, qui dénonçait dans ses textes une société pluri-ethnique rongée par le communalisme et le fanatisme. Dans un climat de violence, de révolte, provoqué par la mort de la star mauricienne, le Dr Ramstein, médecin légiste exerçant dans notre département, et le Dr Ramesh Modum, étaient désignés pour effectuer une contre-autopsie. Les conclusions de la contre-expertise ont été finalement remises hier au Premier ministre mauricien, Navim Ramgoolam, et aux divers ministres du gouvernement ainsi qu'à la famille du chanteur. De passage dans notre île vendredi dernier, le Dr Ramesh Modum, neurochirurgien, insistait sur le fait qu'il était "un professionnel" et "je n'ai aucune obligation envers le gouvernement mauricien mais uniquement envers ma conscience", ajoutait-il. Une façon de dire que si pressions il y avait, il ne céderait pas. Et le rapport qui vient d'être rendu public confirme ses propos. Le Dr Ramstein a donc procédé à la contre-autopsie le 23 février dernier à la morgue de l'hôpital Nord, deux jours après la mort de Kaya. La conclusion du rapport (voir document) brise les conclusions du Dr Surnam, le médecin de la police : "Le décès de Zopire Joseph-Reginald, âgé de 38 ans, est dû à deux types de lésion intracrânienne () dont la cause est traumatique par projection de la victime au sol et par secouage de la tête". Le médecin de la police avait évoqué pour sa part une fracture du crâne provoquée par la victime elle-même. PROJECTION AU SOL La lecture minutieuse du rapport permet de soutenir que le chanteur a été frappé violemment avant de mourir. En effet, le médecin légiste note "de multiples traces de coups par agents contondants - Ndlr : un objet qui meurtrit et ne coupe pas, type matraque, serviette mouillée, annuaire - et d'abrasions superficielles sur les zones permettant l'immobilisation de la victime : coudes, genoux, épaules". Dans un autre langage, Kaya a été soit attaché ou immobilisé puis roué de coups. Ainsi, à l'examen du thorax, le médecin a relevé la "présence d'une contusion médiane lombaire de 1 cm sur 1 cm correspondant à l'action d'un objet contondant", qui pourrait être en l'occurrence un "coup de pied ou coup de poing". De nombreuses contusions ont été également relevées sur les membres supérieurs : "Egratignure de l'épaule gauche de 3 cm sur 0,5 cm correspondant vraisemblablement à un coup d'ongle 9 contusions superficielles de la face externe du coude gauche, certaines par abrasions (mécanisme de frottement) de 1 cm sur 1cm, et d'autres par griffures ou coups d'ongle" La cause du décès relève de la conjugaison de deux facteurs : "Un traumatisme crânien qui est dû à une violente projection au sol et a entraîné le décès de la victime retrouvée face contre terre, la face baignant dans une flaque de sang", le Dr Ramstein précise par ailleurs que "l'ensemble de ces éléments est en faveur d'une violente projection de la face sur le sol sans coups portés directement à la tête". La projection violente au sol a été suivie ou précédée de "lésions crânio-cervicales par mouvements brutaux de la tête en rotation forcée et mouvements d'hyperextension forcée du cou". Pour le Dr Ramstein, il est clair que "toutes ces lésions sont d'origine traumatique et n'ont pu être causées par la victime elle-même". Les conclusions du médecin-légiste renforcent son confrère mauricien, le Dr Ramesh Modum, dans sa volonté de voir évoluer la procédure des autopsies à Maurice : "Tout le monde le sait. De nombreuses personnes ont déjà trouvé la mort dans des cellules ou lors d'interrogatoire chez les policiers. Et c'est le médecin de la police qui effectue à chaque fois l'autopsie. Je crois que l'on devrait autoriser les familles concernées à désigner leur médecin afin d'assister à l'examen des corps". Par ailleurs, contacté hier soir par téléphone, le Dr Ramesh Modum, soutient que le rapport du Dr Ramstein devrait servir "à ce que ce genre d'affaires ne se reproduise plus". Une autre étape doit être désormais franchie. Les agresseurs de Kaya seront-ils jugés devant une cour criminelle ou juste suspendus de leur fonction ? La balle est dans le camp de la justice mauricienne. Jean-Bernard Coutaye - JIR
"Quel développement économique pour les départements d'Outre-mer ?"Queyranne : "Une approche différenciée pour chaque Dom"
Depuis la publication exclusive par le Journal de l'île des préconisations d'Eliane Mossé, avant même que les élus et autres partenaires sociaux n'en prennent réellement connaissance, plusieurs syndicats, y compris le Medef Réunion (ex- patronat), étaient montés au créneau. Pas plus tard que lundi dernier, dans un communiqué commun, signé du CESR (Conseil économique et social), de la CCIR (chambre de commerce et d'industrie), du COLIER (Medef), de l'ADIR (Association pour le développement industriel de la Réunion) et de l'ODR (Observatoire de la Réunion), tous les signataires dénonçaient le manque de réalisme de l'économiste par rapport à la situation réunionnaise. "Alors que le rapport aurait dû faire un état des lieux et des propositions pour chacun des Dom, on assiste à une globalisation, amalgame pernicieux, qui déforme la réalité et occulte toute solution originale". Et la délégation d'argumenter : "Au moment où l'on parle d'accroître la déconcentration, le rapport procède à une proposition de centralisation accrue, avec multiplication des structures (Comités, commissions...)". Les cinq organisations et chambres consulaires émettaient par ailleurs des doutes sur plusieurs sujets évoqués dans le rapport Mossé : "Les propositions faites dans le rapport ne prennent pas en compte les données indispensables au développement durable dans les Dom tels que la défiscalisation, la loi Perben et l'octroi de mer". "UNE REMISE À PLAT DES ACQUIS" Les acteurs économiques et sociaux craignaient aussi que "la loi d'orientation pour les Dom ne tienne pas compte des particularités de chaque département et qu'elle exclut les Dom des dispositions nationales, notamment celles établissant des discriminations positives visant à assurer le rattrapage, les retards structurels ou handicaps (loi Voynet, schémas de services collectifs...)". Ils redoutaient par ailleurs que les dispositions complémentaires actuelles n'arrivent à terme avant que des solutions de substitution ne soient adoptées et applicables". Côté politique, le conseil général, représenté hier à Paris par Jean-Paul Virapoullé, a rappelé "qu'il faut toujours garder à l'esprit les particularismes locaux lorsque l'on aborde les problèmes des départements d'Outre-mer, un aspect que le rapport Mossé évacue trop rapidement. Faut-il le rappeler, la situation économique ou sociale en Martinique ne se résout pas à celle de la Guyane, ni celle de la Réunion à celle de la Guadeloupe. Cette volonté de ne pas inclure nos départements dans une stricte approche globalisante de la question de l'Outre-mer est un acquis des nouvelles relations qui se sont nouées ces dernières années entre l'Etat et les collectivités locales". Le conseil général a noté que "sur ce point précis, le rapport Mossé est en retrait par rapport à la démarche voulue par le gouvernement et exprimée lors du débat du 23 octobre". Finalement, tous les représentants de la Réunion, qu'ils soient politiques, économiques ou sociaux, ont transmis le même message, revendiquant un traitement différencié de chaque Dom en fonction de ses spécificités. Prenant la parole en dernier, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer a tout d'abord indiqué qu'il s'agissait bien "d'un début et non d'une fin" à la préparation de la loi d'orientation : une loi-cadre servant de base juridique à toutes les dispositions qui seront déclinées en faveur de l'Outre-mer. Cette loi passera en discussion devant les députés et sénateurs en automne prochain. Jean-Jack Queyranne a demandé aux représentants de chaque Dom de réfléchir, de faire des propositions concrètes, et si possible des mesures de substitution pour les dispositifs qui existent déjà, comme la loi Perben. "Le ministre nous a dit qu'on a jusqu'en mars 2000 pour lui faire des propositions. Au cas contraire, il veillerait à ce qu'il y ait une prolongation de la loi", a précisé un acteur économique présent hier au colloque. Mais dans sa conclusion, Jean-Jack Queyranne devait par ailleurs préconiser pour l'avenir - sans fixer de date précise - "une remise à plat de tous les acquis", insistant indirectement sur le fait que les finances de l'Etat n'étaient pas inépuisables. Et qu'il fallait de plus en plus faire preuve de solidarité locale. Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer a précisé enfin qu'il se rendra dans chaque Dom pour écouter les propositions en vue "d'un développement économique durable" par "une approche différenciée" des départements. Yves Mont-Rouge - JIR du
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