Janvier
/ Juin 2004
Guyane
Francaise
Pour nous, la Guyane a commencé de façon
très classique : une étreinte de chaleur et d'humidité
par une nuit noire. A Cayenne, des amis d'un ami nous ont accueilli
les bras ouverts. Merci à Alex, Céline, Mathieu,
Manu.
Il était fini de l'Amérique latine, du déracinement
car c'était déjà comme un retour en France.
Les panneaux de signalisation des routes départementales,
les enseignes commerciales, des ronds points, des lotissements,
les administrations, les gendarmes, les voitures françaises,
quelques bons produits de chez nous et nos premiers paiements
en euro ! Aussi malhabile à compter notre monnaie que n'importe
quel étranger à la C.E.E.
Et puis très vite, bien qu'étant France, on n'y
était pas vraiment non plus. Ca n'avait plus le goût
de l'Amérique pour autant, peut-être des Caraïbes
parfois sur le littoral, et encore… On s'est retrouvé
un peu désorienté avec cette impression d'être
rentré mais pourtant de ne pas être chez nous. Parce
qu'en Guyane française nous n'étions soudainement
plus des français mais des métros et autant dire
que " Métro " ne s'accompagne généralement
pas de qualificatifs appréciatifs. Il est avant toute chose
soupçonné d'un mauvais œil de ne venir que
pour l'argent sans aucune intention de rester. L'accueil des locaux
est donc rarement chaleureux et peut donner envie de repartir
; paradoxal…
La société guyanaise est une mosaïque de populations.
Les amérindiens, les créoles, les métros,
les chinois, les Hmongs, les brésiliens, les surinamiens,
les haïtiens s'y côtoient mais se mélangent
difficilement. Chacun semble occuper une place bien définie-
qui les commerces, qui l'agriculture, qui l'administration…-
et hiérarchisée avec au bas de l'échelle
les amérindiens…
Saint-Georges
de l'Oyapock se trouve sur la rive française du fleuve
Oyapock, frontière naturelle avec le géant voisin
qu'est le Brésil.

Arrivée sur St Georges en avion, survol de la jungle
et du fleuve Oyapock
Jusqu'à la fin de l'année 2003, Saint-Georges n'était
joignable que par avion et bateau. Depuis une route taillée
dans la jungle a été ouverte et semble devoir affecter
durablement la vie du village.
Chaque
week-end, des centaines de guyanais font le voyage jusqu'à
Saint-georges et le village qui n'avait connu jusqu'alors que
4 voitures se transforme en parking.
Les touristes sitôt arrivés sautent
dans une pirogue et vont au Brésil faire leurs courses,
la fête et à l'occasion s'encanailler avec les prostituées.
Saint-Georges est officiellement un village de 2500 habitants.
Il se dit officieusement qu'il y en aurait 5000 : des clandestins
brésiliens. Une clandestinité tolérée
parce que nécessaire à l'économie mais non
régularisée… Sans doute parce que la pression
démographique brésilienne viendrait bouleverser
la répartition actuelle du pouvoir, jalousement conservé.
En remontant le fleuve on pénètre en pays amérindien
appelé aussi zone interdite parce qu'il faut une autorisation
préfectorale pour y entrer. Cette mesure vise à
protéger les populations amérindiennes du contact
dévastateur avec la civilisation occidentale. L'intention
de façade, aussi bonne soit-elle, ne cache rien de la dégradation
en cours. A chaque élection des caisses d'alcool partent
à destination des communes isolées pour séduire
les électeurs. Chaque mois des familles entières
d'amérindiens descendent le fleuve jusqu'à Saint-Georges
pour encaisser l'argent du RMI ou des allocations familiales.
Beaucoup d'entre eux errent plusieurs jours, complètement
ivres, avant de retourner chez eux en pirogue.
A Saint-Georges,
il y a une école maternelle, une école élémentaire
et un collège. Il y a donc quelques 55 enseignants à
Saint-Georges et en bout de cycle, une vingtaine d'élèves
obtiendront leur brevet, suite à quelques jeux avec la
moyenne… Rares sont ceux qui arriveront jusqu'au bac par
la suite. Puisse cela éclairer en partie sur les conditions
particulières du milieu scolaire de Saint-Georges.

Défilé de l'école élémentaire
dans les rues de St Georges pour le Carnaval.
Betty a été institutrice en Petite et Moyenne Section
de Maternelle avec une classe de 27 élèves. Quant
à moi j'étais avec une classe de CP spécialisé
pour des enfants en difficulté linguistique. Nos élèves
étaient créoles, brésiliens, amérindiens
ou métis. Rares étaient ceux dont la langue maternelle
était le français, dans ma classe aucun. Malgré
les difficultés scolaires importantes de chacun, liées
à l'environnement social et économique ainsi qu'à
l'état souvent déplorable de la structure enseignante
où chacun renvoie la balle à l'autre, ce sont des
enfants agréables et faciles à vivre pour la plupart
et nous avons passé un semestre étonnant en leur
compagnie.
Pour ce qui est de la vie au jour le jour, c'était
une vie sans voitures, sans chauffage bien sûr et sans eau
chaude !

Trajet dans la pirogue de collègues de St Georges
Régulièrement
nous prenions une des nombreuses pirogues taxi et pour trois euros
nous naviguions sur l'Oyapock jusqu'à la ville d'Oiapoque
pour y faire nos courses ou pour y aller y passer quelques soirées
mouvementées et chaleureuses dont les Brésiliens
ont le secret. C'est Oiapoque qui bénéficie le plus
de la construction de la route jusqu'à St Georges. Les
boutiques pullulent et embellissent mois après mois. Mais
Oiapoque reste encore un coin paumé du Brésil, à
15 h de bus de la première ville importante, Macapa, sur
le bord de l'Amazone. Un village frontière aux routes en
latérite -terre rouge- perdu dans le bassin Amazonien et
vivant essentiellement de ses échanges commerciaux avec
la Guyane, de l'or et d'une prostitution rampante nourrie par
la misère économique de cette partie du Brésil.

Une des " artères " principales d'Oiapoque,
près du marché
Aussi Oiapoque oscille selon les goûts entre une image tranquille
ou sordide, naïve ou dépravée, misérable
ou rustique mais ne laisse, quoiqu'il en soit, pas indifférent.
La
Guyane, c'est aussi la jungle, assurément ce qu'elle a
de plus beau. La grande activité des week-ends et vacances
consiste à partir camper dans la jungle, au bord d'un fleuve
ou d'une rivière dans ce qu'on appelle localement un carbet
-campement en bois plus au moins rustique où l'on peut
accrocher son hamac à l'abri de la pluie.
Week-end entre amis dans un carbet près de St Georges

Week-end en canoé sur la rivière Comté
près de Cacao
La
jungle, on a tellement aimé, qu'on a même participé
à la création d'une association de randonnée
sur St Georges dont l'une des activités était d'ouvrir
des sentiers à la machette dans la forêt.


Avec Céline et Manu dans la jungle près de Saut
Maripa.
Pour ce qui est des éternelles phobies : oui il y a des
serpents et des araignées et bien d'autres choses encore
mais on les voit si rarement que l'on vit sans angoisse.
Sinon il y a des maladies et des infections incroyables
mais là aussi il n'y a pas de quoi s'affoler…
Il y a eu la pluie aussi. Certains disent qu'il
n'y en a pas eu assez. On veut bien les croire…mais comment
cela aurait pu être possible ? Des baignoires entières,
des piscines… Avec du linge qui sèche difficilement
et finit par sentir le moisi. Une humidité qui couvre de
champignons le cuir des ceintures, des chaussures et qui pénètre
les appareils électroniques.
Enfin, la Guyane c'est aussi des rencontres. Clin
d'œil à ceux qui peuplent notre Guyane : Alex, Céline,
Mathieu, Manu, Martine, Christian, Pantxo, Françoise, Laure,
Stéphane, Idelma, Alfred, Yann, Alice, David, Fred, Ingrid,
Céline, Chantal.
Balade en images

A l'aube, les bateaux amènent leurs poissons sur le
petit marché de St Georges

En février, le Carnaval de Cayenne (le plus long du
monde !)

A
trente kilomètres des cotes : les îles du Salut célèbres
pour leur bagne. Ici l île du Diable où fut détenu
Dreyfuss.

J'ai eu l'occasion de fêter mes 33 ans avec mon père
et ma sœur. Beaucoup d'émotion après trois
ans de séparation. Ici avec Martine, notre inséparable
amie et collègue de travail.

Près de St Georges l'un des plus beaux sauts de Guyane
: Saut Maripa. Ici en saison sèche.

Week end entre copains près de Cacao avec Manu Dom,
Audrey, Hélene et Alex.

Traversée du fleuve Maroni avec Manu et Estelle.

Paramaribo, capitale du Suriname. Architecture coloniale hollandaise.
De cette ville je connais essentiellement ses hôtels puisque
j'ai passé cinq jours au lit avec de fortes fièvres
dues à la Dengue, une des nombreuses maladies transmises
par les moustiques.

A Awala Yalimapo, sur le littoral guyanais, à la frontière
du Suriname, les gigantesques tortues Luth viennent pondre leurs
œufs sur la plage de mai à juillet.
Naissance et premiers coups de nageoires d'une tortue pour
rejoindre l'océan. Les bébés tortues se repèrent
grâce à la lune afin de trouver le chemin de l'océan.
Ce soir là, la lune était voilée par les
nuages alors Betty l'a guidé avec sa lampe de poche.
Un peu de faune :

terafosa
Mygale terafosa dans la jungle de Ouanary

Les
agoutis, rongeurs de la taille d'un lièvre, pullulent dans
les îles du Salut.

Tamarin à mains jaune.

Couple de Ara.

Grenouille Dendrobate : sa peau sécrète une
substance vénéneuse pour la protéger des
prédateurs. Cette même substance est aujourd'hui
utilisée pour la fabrication de médicaments.

Grenouille feuille, de l'art du camouflage.

Un peu de flore :


Roucou.
Un roucouyer. C'est avec les graines de cette plante que, entre
autre, les amérindiens se coloraient la peau en rouge pour
se protéger des moustiques et du soleil… d'où
l'expression " peaux rouges. "

Le fruit de Cajou et sa noix.
