Rapport de stage

Rapport de stage d'exécution :
Séjour linguistique à l'Institut des langues de Beijing

10/09/1998

Arnaud Adant
Deuxième Année
Supélec
Gif-sur Yvette

Sommaire
  1. Introduction
  2. Objectifs
  3. L'Institut des langues étrangères de Pékin
    1. Caractéristiques
    2. Frais
    3. Emploi du temps
    4. Les cours de langue
      1. Spécificités du mandarin
        1. Langue commune
        2. Les tons
        3. La grammaire
      2. L'écriture
        1. Difficultés
        2. Le pinyin
        3. Dictionnaires
      3. Pédagogie
    5. Les cours de calligraphie
    6. Les cours de taijiquan
    7. Visites et conférences
  4. Pékin
    1. Présentation
    2. Activités
    3. Impressions
    4. Contacts
  5. Voyage en Chine
  6. Conclusion


1. Introduction

Ce rapport présente un compte rendu de mes activités en Chine dans le cadre du séjour linguistique accessible aux élèves ayant suivi les cours de chinois au service des langues de Supélec.
Le stage a couvert une période de 4 semaines de cours (du 5 juillet au 2 août 1998 ) à l'Institut des langues étrangères de l'université normale de la capitale à Beijing. Il s'est prolongé à mon initiative par un voyage dans le centre ouest de la Chine pendant 13 jours, organisé grâce aux compétences acquises pendant le premier mois.

2. Objectifs du stage

Ce séjour s'inscrit dans la continuation du cours dispensé à Supélec. En effet, le chinois étant une des langues les plus difficiles à maîtriser pour un Occidental , il est indispensable de s'immerger dans un environnement favorable pour progresser durablement. D'autre part, ce voyage en Chine s'est imposé à moi au fur et à mesure de l'année dernière comme la seule façon objective de mieux comprendre ce pays en pleine mutation et me rendre compte de la réalité des changements qui se sont opérés ces dernières décennies aux niveaux économique, politique et culturel. Mon intérêt pour la civilisation et la culture chinoise m'a aussi incité à mieux connaître la langue et l'écriture indispensable à leur compréhension.Enfin, l'importance du chinois d'un point de vue professionnel s'est affirmée avec le développement du commerce et des partenariats industriels avec l'Europe. Dans ce contexte, la connaissance élémentaire du chinois est à mon avis un atout supplémentaire de la formation d'ingénieur. C'est dans cet esprit que je suis parti en Chine. Je verrai par la suite comment et à quel point ces objectifs ont été réalisés.

3. L'Institut des langues étrangères de Pékin

3.1 Caractéristiques

L'Institut des langues étrangères que nous avons fréquenté fait partie de l'université normale de la capitale . On y enseigne principalement l'anglais mais aussi le français, l'allemand, l'espagnol, le japonais et le russe à environ 1200 élèves. Une de ses spécificités principales est d'accueillir un grand nombre d'étrangers pour l'apprentissage du chinois (environ 4100 étudiants de nationalités diverses au cours de l'année) . Il est situé à l'Ouest de la ville à 5 km environ de la Cité Interdite et du siège du gouvernement près de l'artère principale Fuchenmenwaidajie.

3.2 Frais

Pour 509 $ US, nous avons acquitté les frais de scolarité, payé le logement en chambres doubles, le repas de midi au restaurant pour étrangers pendant le mois plus 5 excursions dans les environs de Pékin. La location de vélo était possible moyennant 4 yuans par jour soit 3 FRF.

3.3 Emploi du temps

Le lendemain de notre arrivée, nous avons subi un examen oral visant à nous répartir en groupes de niveau comparable. Nous avons reçu un manuel relativement adapté . Ce livre Chinois Elémentaire , Han Yu Chu Jie, a servi de support à l'enseignement pendant le reste du séjour. Les leçons proprement dites ont eu lieu tous les matins de 9h à 11h . J'y reviendrai en détail. De 11h à 12h, nous avons en alternance suivi des séances de taijiquan et de calligraphie. L'après-midi était libre et nous disposions de vélos pour découvrir la ville de Pékin.

3.4 Cours de langue

Notre professeur Monsieur Zhang Zi Fu, professeur de russe, ne parlait pas le français. Nous avons donc dû suivre les cours entièrement en chinois. Il convient ici d'introduire brièvement quelques spécificités de cette langue pour mieux comprendre ce que cela a signifié pour nous pendant un mois.

3.4.1 Spécificités du mandarin

a. La langue commune

La Chine, qui est le troisième état du monde par sa superficie après la Russie et le Canada, est un pays pluriethnique . On compte principalement les Hans majoritaires avec près de 93 % de la population , les Ouïghours (province du Xinjiang, nord-ouest ) , les Mongols au nord et les Tibétains au sud-ouest. La langue que nous apprenons est appelée hanyu ou langue des Hans et est parlée par 70 % de la population. Aussi dénommée putonghua (langue commune) ou zhongwen (langue de la Chine) ou encore mandarin, elle sert de langue véhiculaire entre les différentes ethnies et incarne aussi la langue du pouvoir de Pékin.D'autres dialectes comme le cantonais ou le parler de Shanghai bien que partageant la même écriture sont aussi distants que l'espagnol et le français. La compréhension orale entre dialectes est loin d'être évidente. A Pékin cependant, il nous est théoriquement possible de comprendre la conversation entre deux Pékinois alors que cela est fortement improbable entre deux habitants de Shanghai. Pékin constitue ainsi l'endroit idéal pour apprendre le mandarin

b. Les tons

La mandarin comme la plupart des langues d'Asie du Sud-Est se caractérise par la présence de tons qui ne dénotent pas comme en français ou même en japonais l'expression de nuances du discours mais expriment au contraire des sens différents. Les unités de sens en chinois comportent une ou deux syllabes au plus. Les nuances tonales augmentent logiquement les possiblités d'expression. On distingue 4 tons principaux et un ton neutre :

1. Le premier ton est un ton constant, haut désigné par une barre horizontale.
2. Le deuxième ton s'obtient montant vers les fréquences élevées. (accent aigu)
3. Le troisième ton se prononce entre montant, descendant brièvement puis remontant vers les fréquences élevées. (accent circulaire)
4. Le quatrième ton s'obtient en descendant des aigus vers les graves (accent grave).
Enfin, ton neutre marque l'absence de ton qui correspond au cas du français.Par exemple, le son ma (français) peut désigner (liste non exhaustive):
Fig .1 Exemple de polysémie de la syllabe ma


respectivement, le ma de maman, essuyer (premier ton), le chanvre ou engourdi (deuxième ton), le cheval, la catégorie ou le numéro (troisième ton), l'injure ou injurier (quatrième ton) et enfin une particule interrogative.L'existence des tons représente une des grandes difficultés du chinois pour un européen car le contexte joue un rôle essentiel. Pour " ma " au troisième ton, il existe plus de trois significations mais ce nombre peut atteindre la dizaine pour certains mots.L'ambiguité intrinsèque du chinois est à remarquer car elle complique l'interprétation des traités internationaux ( le chinois est une des six langues officielles de l'ONU). Enfin, un même mot peut se prononcer à l'identique qu'il s'agisse d'un nom ou d'un verbe et de ses conjugaisons.

c. La grammaire

La grammaire du mandarin est relativement simple comparée au français. Il n'existe en chinois aucune conjugaison, accords ou déterminants. Des spécificatifs qui n'existent pas en français sont utilisés pour préciser la nature des objets dont on parle. Le chinois se caractérise par son apparente redondance pour le débutant qui, en fait, est indispensable au locuteur avancé pour énoncer des idées plus précises. Les règles les plus contraignantes concernent l'euphonie : par exemple un troisième ton se transforme en deuxième s'il est précédé d'un autre troisième ton comme dans bonjour, nihao (ni troisième ton devient deuxième ton devant hao troisième). Elles compliquent l 'expression orale spontanée.

3.4.2 L' écriture

a. Difficultés

L'autre difficulté que rencontre le novice en chinois réside dans l' écriture qui nécessite un effort de mémorisation énorme y compris pour les chinois.L'écriture chinoise se compose de caractères au nombre de 70000. Cependant, le bagage d'un étudiant s'élève seulement à 5000 et les quotidiens par exemple en contiennent au plus 3000. Ils sont formés en général par des clés sémantiques qui s'ajoutent pour leur donner un sens. Elles ont avant tout une utilité mnémotechnique car, a priori, il est rare de pouvoir deviner le sens d'un caractère à son dessin. En outre, l'écriture des caractères est soumise à un nombre de règles élémentaires d'ordre de traits à dessiner. L'apprentissage de l'ordre des traits est obligatoire pour comprendre l'écriture manuscrite. De plus, l'effort de mémorisation a lieu non seulement pour associer un caractère ou deux à un sens mais aussi à la prononciation qui n'est pas, contrairement au français, incluse dans le caractère. Il en résulte que, contrairement à la langue, l'écriture chinoise est commune à tous les chinois de dialectes différents. D'ailleurs quand vous posez une question à un chinois et qu'il ne la comprend pas, il est fréquent qu'il sorte un crayon et une feuille blanche de sa poche pour que vous puissiez l'écrire en caractères. La maîtrise de l'écriture est essentielle pour s'orienter car les plans sont majoritairement écrits en caractères ainsi que les enseignes des magasins ou les horaires de train . Les journaux chinois paraissent exclusivement en caractères à l'exception de publications officielles (comme le China Daily) ou les journaux de Honk Hong.

b. Le pinyin

D'autre part, en raison de l'insuffisance des repères (il en existe néanmoins mais leurévocation dépasse le cadre de ce rapport) pour la prononciation dans l'écriture traditionnelle, les communistes ont voulu démocratiser l'apprentissage des caractères réservés alors à une élite en introduisant le pinyin dérivé de l'alphabet latin comme transcription phonétique. Depuis 1958, le pinyin est extensivement utilisé pour traduire la prononciation exacte du mandarin contrairement aux anciennes traductions coloniales qui ont donné des mots comme Pékin ou Nankin. (remarques : dans un souci de simplification, je n'ai pas parlé des différences concernant les sons utilisés par le chinois et les sons français. Pour certaines lettres comme le B et le P , il n'existe pas à proprement parler d'équivalent en chinois. C'est pourquoi il vaut mieux traduire Pékin par Beijing en pinyin, transcription plus fidèle.) A Pékin, les noms de rue étaient systématiquement transcrits en pinyin. Mais ce n'est pas le cas dans d'autres villes. Le pinyin semble néanmoins en perte de vitesse : nombreux sont les chinois qui ne le maîtrisent pas totalement. J'ai constaté au cours du séjour en Chine qu'il est bien souvent remplacé par l'anglais sur les affiches publicitaires ou les indications routières.

c. Dictionnaires

Comme notre professeur ne parlait pas français, nous avons eu recours aux dictionnaires français-chinois , chinois-français. Ce type de dictionnaire comprend une traduction du français en caractères et en pinyin . D'autre part, la partie chinois-français contient les caractères chinois transcrits en pinyin et classés alphabétiquement et par ordre de ton . Mais ceci n'est vrai que pour la première syllabe du mot. Les mots sont ensuite ordonnés par premier caractère puis alphabétiquement suivant le pinyin de la deuxième syllabe. Pour pouvoir écrire un mot entendu oralement, il faut : distinguer les tons, regarder dans toutes les rubriques de premières syllabes se prononçant de la même façon s'il n'existe pas une suite correspondant au mot recherché .J'ai pratiqué cette démarche dans la plupart des situations pour rechercher les mots-clés de la conversation ainsi que pendant les leçons pour trouver la transcription pinyin des caractères écrits au tableau et prononcés par le professeur. Il est à noter que dans le cas d'un caractère isolé, nous n'avons aucun recours n'ayant aucune entrée pinyin. Cependant, la plupart des dictionnaires contiennent un appendice permettante retrouver le pinyin de caractères classés par le nombre de leurs traits. Cet exercice quotidien a été à mon avis bénéfique car il a permis de pratiquer le pinyin, les tons et d 'être plus facilement autonome dans des situations extrascolaires.

3.4.3 Pédagogie

La pédagogie des cours de chinois était simple. Il s'agissait de suivre les leçons du manuel distribué après l'examen initial. Nous sommes arrivés avec un niveau fort modeste en chinois puisque le manuel de Supélec ne comportait que 330 mots auquels se sont ajoutés une centaine de mots au plus, dispensés par Mr Zhang. Les cours débutaient par l'apprentissage d'une nouvelle leçon contenant 25 à 30 mots nouveaux . Le professeur lisait le vocabulaire, la prononciation et nous invitait à répéter à tour de rôle pour s'assurer que la prononciation était acquise. Nous lisions ensuite le texte de la leçon avec la possibilité de poser des questions. Ensuite, chacun d'entre nous devait relire le texte entier en caractères nouvellement appris ! Tout cela se faisait en deux étapes puisque le texte comportait en général un dialogue et une narration de la situation du dialogue. Ensuite, Mr Zhang nous posait des questions plus personnelles afin de vérifier notre compréhension et notre faculté à construire des phrases.En général, nous étudions deux leçons par jour soit en moyenne 40 à 50 mots de vocabulaire .Au delà de ce seuil, il est impossible de mémoriser tous les caractères. En moyenne, l'étude de ces caractères demandait encore 2 à 3 heures de travail pour les assimiler durablement (écriture et prononciation). Notre formation a donc essentiellement porté sur l'acquisition massive de vocabulaire, la compréhension orale et écrite ainsi que l'expression orale. L'apprentissage de la grammaire s'est limité à quelques spécificatifs, à des expressions idiomatiques et des structures typiques de phrase. Nous n'avons effectué aucun exercice écrit.Nous avons ainsi appris le vocabulaire de situations de tous les jours pour nous débrouiller dans la rue, les transports, demander l'heure, aller à la Grande Muraille, visiter la Cité Interdite, prendre le train, allez au restaurant , faire développer des photos, faire les courses, etc… Situations expérimentées et vécues plus tard avec plus ou moins de bonheur. D'autre part, nous avons appris quelques éléments d'histoire et de culture chinoise.De façon générale, le professeur a essayé d'adapter les leçons à nos besoins ou en fonction des visites effectuées pendant le week-end ou les après-midi. Le travail journalier n'a été soumis à aucune évaluation continue si ce n'est la lecture du texte de la veille (en caractères) pour s'assurer qu'il était connu. En fin de stage, nous avons subi un examen d'une vingtaine de minutes pour évaluer notre apprentissage sur l'intégralité du manuel. L'examen a porté sur la reconnaissance de caractères, les spécificatifs, les structures de phrases et un sujet d'expression oral. Nous avons tous réussi l'épreuve.

3.5 Les cours de calligraphie

Dans la culture chinoise, l'écriture occupe une place importante pour des raisons historiques. D'une part parce que les lettrés ont dominé très tôt la hierarchie du pouvoir en Chine mais également parce qu'au cours du temps, l'écriture des caractères s'est imposée comme un art à part entière. Les cours de calligraphie ( shufa , littéralement la loi des livres) ont traités des règles élémentaires de cet art comme la position du corps, du pinceau, les traits élémentaires et leur réalisation à l'aide du pinceau et de la pierre à encre. Après ces introductions d'une dizaine de minutes, nous avons ensuite pratiqué la calligraphie en repassant des caractères préimprimés. Le professeur vérifiait la qualité du travail effectué et donnait des conseils pour améliorer le tracé.

3.6 Les cours de taijiquan

L'initiation au taijiquan était également comprise dans les cours. Cet art martial, sorte de boxe lente, constitue avant tout une gymnastique destinée à accroître l'harmonie entre le corps et l'esprit dans la culture chinoise moderne. Pratiqué tôt le matin par un grand nombre d'adeptes, cette pratique est très répandue à Pékin. Il consiste en enchaînements simultanés demouvements permettant de passer d'une position statique à une autre. Chacune de celles-cidésigne un animal ou un objet traditionnel. Nous en avons appris 24 au total y comprisles enchaînements. Cependant, la compréhension des explications du professeur a été renduedifficile dans un premier temps par l'ignorance de vocabulaire chinois sur les parties du corps mais également par l'impossibilité d'utiliser un dictionnaire lors des exercices.

3.7 Les visites et conférences organisées par l'Institut

Cinq visites culturelles ont été organisées. Peu après notre arrivée, nous sommes allés au restaurant chinois avec nos professeurs pour manger la spécialité pékinoise, le canard laqué au poireau ou beijing kaoya . Ce fut l'occasion pour nous d'apprendre le vocabulaire spécifique de la cuisine locale. Le week-end suivant, un bus nous a emmenés à la Grande Muraille, changcheng , de Mutianyu à une centaine de kilomètres au nord de Pékin. La troisième visite a concerné la visite de la Cité Interdite (gugong). Malheureusement, nous n'avons pas eu droit à une visite guidée en chinois et avons dû effectuer la visite par nos propres moyens. La visite de Yiheyuan , le palais d'été de Pékin s'est effectuée dans de meilleures conditions car une visite guidée par un professeur était prévue. Enfin, nous avons passé une soirée à l'opéra traditionnel de Pékin, caractérisé par des sons stridents et des déguisements bariolés.Nous avons également eu droit à une heure de question-réponse avec un professeur parlant français. Les thèmes abordés ont évoqué l'histoire, la place de la Chine dans le monde, les relations franco-chinoises sur le plan culturel, l'ouverture et la libéralisation de la Chine, et finalement de l'apparition des libertés individuelles, d'Internet et de la vision chinoise des droits de l 'Homme. Il est à noter que cette discussion est restée conforme au discours officiel du Parti.

4. Pékin

4.1 Présentation

La municipalité de Pékin compte environ 11 millions d'habitants répartis sur une zone grande comme la moitié de la Belgique. Elle est rattachée administrativement sous la tutelle du pouvoir central dont le siège se trouve au centre de la ville. Contrairement à d'autres cités chinoises, Pékin a conservé une partie de son habitat traditionnel organisé en coursives appelées hutongs . Cependant, la ville subit actuellement de grands travaux d'aménagement du territoire : construction d'égoûts principalement et réfection de la voirie. Les grande artères suffisamment proches du centre ressemblent plus à des quartiers européens avec leur Mac-Donalds ou leurs bureaux climatisés s'élevant parfois sur une vingtaine d'étages. La hausse des loyers fait fuir actuellement une partie des habitants du centre vers les HLMs de la périphérie pour la plupart sommairement. bétonnés et non climatisés.Une rue de Pékin se caractérise par son animation due à la multitude des passants, desmarchands ambulants, des vélos, des tricycles qui servent de véhicules utilitaires, des voitures, des taxis et finalement des bus qui rendent la circulation très peu fluide. La ville s'organise en rues perpendiculaires suivant les points cardinaux, entourées plusieurs fois pardes périphériques à 4 bandes de circulation et une bande pour vélos dans chaque sens En raison du trafic et de son micro-climat, elle fait partie des agglomérations les plus polluées du monde. La température en été avoisine les 30-35 °C et par contre , les hivers sont assez rudes (jusqu'à -10 °C). L'humidité importante de l'air et les poussières accentuent encore à l'impression de suffocation.Pékin, ancienne capitale impériale sous les Ming et les Qing, possède un patrimoine architectural traditionnel unique en Chine. La Cité Interdite en est l'exemple le plus cinglant.Celle-ci s'étend sur un carré de plus d'un kilomètre de côté entouré de douves d'une centaine de mètres de large. Le Temple du Ciel, lieu de prière de l'empereur pour s'attirer les faveursdu climat, constitue la superficie cultuelle la plus grande de Chine. Citons encore le temple des lamas célèbre pour une statue bouddha de 20 m et le parc Beihai avec son dagoba (sorte d'édifice tibétain).

4.2 Activités

L'après-midi étant libre, nous avions la possibilité de visiter la ville de Pékin. Nous disposions de vélos chinois, ce qui nous a permis de nous fondre dans la circulation très dense de la ville. Au centre, les bus étaient bondés et lents mais bon marché. Les taxis ont permis de se déplacer plus rapidement et à un coût modique dans l'agglomération. Le métro de Pékin ne comporte que deux lignes dont l'une passe à proximité du deuxième périphérique et permet de faire le tour de la vieille ville. Enfin, il était possible d'emprunter des tricycles reconvertis en " taxi ". Outre la visites des principaux sites touristiques, nous avons rencontré des chinois et discuté simplement d'abord puis il a été possible d'établir une conversation de plus en plusélaborée au fur et à mesure du séjour. Toutefois, nombreux sont les chinois qui nous ont abordés pour parler anglais. Les conversations ont presque toujours dévié sur les thèmes du football, de l'argent et des salaires en France quand nous n'étions pas sollicités pour acheter l'une ou l'autre marchandise. Par contre, j'ai eu l'occasion d'imiter, à l'invitation d'une vielle dame, des caractères tracés sur le sol (avec un bâton muni d'une éponge) dans le parc Jinshangongyuan sous les yeux étonnés d'une centaine de badauds. Cela reste une expérience particulière. Le soir, nous mangions généralement au restaurant. Les cartes en chinois uniquement nous ont forcé à apprendre les noms des aliments sous peine de recevoir, comme cela nousest arrivé , des pieds de poulets cartilagineux en lieu et place des dés de poulets pimentés que nous avions commandés. Mis à part ces quelques désagréments, nous avons dégusté une cuisine raffinée et variée pendant un mois pour 15 à 20 FRF le repas.

4.3 Impressions

L'apprentissage du chinois a permis également de mieux comprendre l'attitude des autochtones envers les étrangers que nous étions. L'étranger est parfois perçu comme une source d'argent facilement gagné. Il n'est pas rare que les prix soient quintuplés voire décuplés. Le marchandage est donc de rigueur que l'on achète un éventail ou une calligraphie. L'Etat encourageait ces pratiques en frappant une monnaie spéciale pour étranger qui a disparu il y a seulement deux ans. De même, certains titres de transport ne peuvent s'acheter que dans des agences d'Etat qui profitent de ce monopole de droit. Le traitement réservé aux étrangers est compréhensible compte tenu des inégalités sociales qui se creusent de jour en jour. Certains Pékinois ont profité de la croissance de ces dernières années pour s'enrichir en suivant le mot d'ordre lancé par Deng xiao ping avec son " socialisme aux caractéristiques chinoises " . D'autres sont restés sur le carreau et doivent survivre avec moins de 230 FRF par mois. L'exploration de la ville à vélo et sans restrictions nous a aidés à nous rendre compte du caractère non homogène du développement à Pékin . Certains quartiers sont restés à l'écart des progrès récents. Les routes sont boueuses, les aninaux domestiques vivent sous le même toit que les habitants, les égoûts sont inexistants. Les déchets transitent dans des barils découpés et montés sur des tricycles. Par contre, le dynamisme des chinois est indéniable. La transformation du paysage s'effectue plus vite qu'ailleurs dans le monde. La Chine est d'ailleurs le pays qui concentre le plus d'investissements étrangers. Pourtant, celui-ci est freiné par les nécessaires joint-venturesqui doivent se faire à parts égales entre chinois et investisseurs extérieurs. La perspective d'une main d'œuvre à bon marché et d'un marché potentiel de 1.3 milliard de consommateurs continue néanmoins d'attirer les grands groupes mondiaux. Grâce à cet afflux de capitaux , le niveau de vie moyen de la population s'améliore de jour en jour. Il ne faut cependant pas se leurrer. La Chine reste un pays totalitaire à parti unique trèscentralisé. Il traverse à mon avis une crise idéologique sans précédent car il s'est détaché avecDeng xiao ping de l'idéal marxiste tout au moins à court terme. Le " socialisme aux caractéristiques chinoises ", " L'enrichissez vous ! " de Deng ressemble à s'y méprendre aucapitalisme le plus débridé. Les dirigeants socialistes jouent maintenant en bourse et s'enrichissent. Il faut toute la force de la propagande et du pouvoir coercitif de l'armée pour maintenir la stabilité si chère à la nouvelle équipe au pouvoir. Ces dirigeants sont confrontés à la réorganisation de l'industrie publique qui emploie des millions de travailleurs et qui pourrait ralentir une croissance jusqu'alors à deux chiffres. La crise de confiance actuelle en Asie affecte actuellement la Chine qui s'est réfugiée derrière le yuan et la manipulation des statistiques. Des notions acquises en Europe comme par exemple l'autosuffisance agricole, le contrôle des naissances ou l'approvisionnement en énergie soulèvent ici des questions aux réponses incertaines qui sortent du cadre de ce rapport.

4.4 Contacts

Lors des fêtes nationales du 14 juillet et du 21 juillet (Belgique), je me suis rendu à ces ambassades à Pékin pour obtenir plus d'informations et parler avec des expatriés. Cette expérience a été enrichissante pour savoir si ce type de vie pouvait me convenir.Ces contacts m'ont permis de me faire une idée sur l'expatriation en Chine . J'ai rencontré un belge travaillant pour le gouvernement chinois en qualité de fonctionnaire, un agronome qui travaillait pour Pernod-Ricard depuis 3 mois, l'ambassadrice de France et le responsable desprospections économiques flamandes en Chine. J'en ai retiré beaucoup d'informations utiles sur les possibilités de carrière dans ce pays.

5. Voyage en Chine

Au terme du séjour d'un mois à Pékin, j'ai décidé de mettre en pratique les notions acquises lors d'un voyage en solitaire organisé de façon indépendante. C'était l'occasion pour moi pendant 13 jours de me rendre compte à quel point mon niveau avait évolué. Les trajets ont été effectués en train. J'ai visité Xi-An , Nankin, Suzhou , Shanghai, et Hangzhou soit unpériple de 4000 km. Je n'ai rencontré pratiquement que des Chinois . Les longs voyages en train m'ont permis de discuter de choses et d'autres : des raisons de l'apprentissage du chinois, du coût de la vie en France, de la coupe du Monde, jouer au jeu d'échecs chinois, etc … En fait, je ne me suis jamais trouvé seul. Le voyage s'est déroulé sans encombres mis à part peut-être des démêlés avec la police au sujet d'un hôtel dans lequel je n'avais pas le droit de séjourner. Après une demi-heure de discussion, je me suis retrouvé dans un hôtel pour étrangers avec une réduction de 50 % …

6. Conclusion

Ce stage linguistique en Chine en fin de première année m'a enrichi à des plans divers :D'abord, comme nous l'avons vu, au niveau de la langue. En un mois, j'ai plus que doublé mon vocabulaire en acquérant une meilleure expression et compréhension orale. Ceci a rendu possibles les conversations avec les chinois et le voyage que j'ai effectué à la fin des cours. Cet apprentissage a ainsi permis d'aborder la culture et la mentalité chinoise. Mais aussi de mesurer l'étendue et la difficulté du travail à accomplir pour m'améliorer …Au rythme actuel (500 mots par an) , il me faudra encore entre 3 et 5 ans pour lire la plupart des journaux. Ensuite sur le plan humain. Les contacts avec les gens ont été amicaux . Les nombreuses discussions m'ont appris à mieux connaître un peuple éloigné de nous culturellement. Au niveau culturel, j'ai découvert une civilisation très raffinée à tous points de vue. De plus, le séjour m'a aidé à mieux comprendre les défis qui attendent la Chine dans les années qui viennent en matière économique, sociale et politique. Finalement, il m 'a permis de mieux me situer en tant qu'élève ingénieur désireux d'apprendre le chinois.

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Mise à jour 29/10/98 tôt
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