Christ de retour en 1873 - Blandre



Dans le cadre de la crise de l'adventisme, un millérite anonyme découvrit en 1860 que le Christ reviendrait en 1873. Ayant eu connaissance de son argumentation, Nelson H. Barbour (Evidences for the Comming of the Lord in 1873, or The Midnight Cry, Rochester, New York, 1871) écrivit que le millénium était proche et exposa quatre systèmes chronologiques pour prouver le retour du Christ en 1873, en plus de l'argumentation chiffrée de l'anonyme. Trois de ces calculs s'appuient sur les travaux d'Elliott. L'originalité de Barbour réside dans son exégèse de la parabole des dix vierges. Interprétant l'Apocalypse, il voyait dans la défaite française et la destruction des Etats pontificaux en 1870 des signes annonciateurs du millénium.


Les origines du mouvement des Etudiants de la Bible, dont sont issus les Témoins de Jéhovah, sont connus dans leurs grandes lignes : après avoir vainement attendu le retour du Christ en 1843-1844, les adventistes se séparèrent en quelques dizaines de groupes parmi lesquels les Adventistes de l'Age à venir, les disciples de Georges Storrs et les Chrétiens adventistes ont influencé le jeune Charles Taze Russell. Un réveil amena les chrétiens adventistes à attendre à nouveau le retour du Christ en 1873-1875. La déception qui suivit entraîna une nouvelle crise et l'apparition de nouveaux groupes séparés : l'un d'eux se réunissait à Pittsburg autour de Russell, un autre à Rochester autour de Nelson H. Barbour. La collaboration éphémère des deux hommes (1876-1878) s'acheva par une rupture amenant Russell à prendre la tête d'un groupe bien individualisé (1).

Le schéma général étant désormais bien défini, il reste à préciser les détails des faits. Le travail suppose une longue recherche dans les livres et journaux américains dont on a parfois oublié jusqu'à l'existence.

L'Association d'Etude et d'Information sur les Mouvements Religieux a retrouvé l'un de ces ouvrages : le livre de Nelson H. Barbour, Evidences for the Comming of the Lord in 1873, or The Midnight Cry, publié en 1871 (2). Le document renseigne peu sur l'auteur. Tout au plus certaines tournures de phrases suggèrent-elles que Barbour fut l'un de ceux qui attendirent le Christ en 1843-1844 (3).

Les origines du "Cri de Minuit"

Il nous en est dit plus sur les origines du mouvement qui amena à annoncer le retour du Christ pour 1873. Après l'échec de 1843-1844 des adventistes calculèrent d'autres dates possibles : 1854 (4), 1866, 1867, 1868, 1869, 1870, 1873, 1874 (5). Ce fut dans cette ambiance que, pour "tuer le temps", les passagers d'un bateau naviguant de l'Australie à New York se mirent à étudier les prophéties bibliques au printemps 1860. Parmi eux, un ancien adventiste comprit soudain que Miller avait fait commencer le millénium trente ans avant la date réelle et qu'il aurait fallu attendre 1873. Profitant d'une escale à Londres, cet adventiste anonyme consulta à la bibliothèque du British Museum l'ouvrage Horae Apolypticae qu'Elliott publia en 1860. Il constata que celui-ci avait établi une chronologie de l'histoire sainte qu'il aurait voulu voir aboutir à 1866, mais qui débordait cette date de quelques années. L'adventiste fut tout heureux de constater qu'Elliott lui-même aboutissait sans le vouloir à 1873. Il essaya de convaincre diverses personnalités du mouvement millérite, dont Josiah Litch qui ne le suivit pas, et écrivit le 6 janvier 1861 une longue lettre à H. F. Hill, auteur d'un ouvrage intitulé The Saints Inheritance, or the World to come et domicilié à Lindley (New York) ; ce document était source de la chronologie de Barbour, de son propre aveu. Ainsi, au-delà du fait historique précis, découvrons-nous de nouvelles pistes nous amenant aux origines historique du mouvement des Etudiants de la Bible.

L'essentiel du livre de Barbour a évidemment pour objectif de prouver le retour du Christ en 1873 ; en fait, Barbour s'appuyait sur divers arguments.

La proximité du millénium

Il s'agissait d'abord d'affirmer que l'on vivait bien le "temps de la fin". Pour cela, Barbour voyait dans l'époque qu'il vivait des "signes" attestant que le millenium était proche : le chemin de fer était considéré comme l'accomplissement d'une prophétie de Nahum (II, 4) sur les chars extraordinaires. Au XIXe siècle, notait-il encore, les connaissances scientifiques avaient tant augmenté qu'il devenait possible de comprendre les mystères mentionnés dans le livre de Job (chap. XXXVIII) : la lumière, les astres, les éclipses, les lois de la gravité qui régissent le système solaire. Selon l'auteur encore, le millénium devait survenir à l'époque de la génération qui avait pu voir des phénomènes extraordinaires : l'obscurcissement du soleil et de la lune en 1780 et la chute d'étoiles de 1833 (6).

La proximité de la fin étant considérée comme prouvée, Barbour développait plusieurs systèmes chronologiques.

Les calculs de Barbour

Un premier calcul aboutit à faire de 1873 la fin du VIe millénaire de l'histoire humaine et donc le début du VIIe, le millenium ou temps de repos :


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LE CHRIST DE RETOUR EN 1873.
A propos d'un ouvrage de Nelson H. Barbour.


par Bernard Blandre




Revue d'Histoire des Religions, CCV-3/1988, 287-297.




Abstract in English
D'Adam à la fin du déluge 1 656 ans
Du déluge à l'alliance de Dieu avec Abraham 427 ans
De l'alliance à la loi de Moïse 430 ans
De la loi à la division de la Palestine 46 ans
De la division à Samuel 450 ans
De Samuel à la captivité à Babylone 513 ans
De la captivité à Cyrus 70 ans
De Cyrus à l'ère chrétienne 536 ans
De l'ère chrétienne à 1872 1 872 ans
________
Total 6 000 ans


La fin de l'"année juive 1872" amène au printemps 1873, date du retour du Christ.

Un second calcul s'appuie sur le précédent. Considérant que Jacob était un type annonciateur du Christ, Barbour comptait 198 ans de la mort de Jacob à la loi de Moïse ; il y ajoutait les périodes suivantes jusqu'à la naissance du Christ, puis 30 ans jusqu'au début de sa prédication ; il aboutissait à un total de 1843 ans. Partant d'une citation biblique selon laquelle Israël serait puni deux fois, Barbour détermina deux périodes de 1843 ans : une dispensation juive durant laquelle Israël était châtié pour avoir désobéi, puis à partir de l'an 30 une seconde phase de punition d'une durée égale aboutissant à 1873, date à laquelle l'iniquité d'Israël serait pardonnée (7).

Un troisième calcul aboutit à 1798 et 1873 :

D'Adam au déluge 1 656 ans
Age patriarcal 659 ans
De l'établissement d'Israël à la captivité 1 207 ans
Captivité à Babylone 70 ans
Empire médo-perse 210 ans
Empire grec 170 ans
Rome païenne 693 ans
Rome papale 1 260 ans
________
Total 5 925 ans


Il restait donc 75 ans en 1798 pour atteindre 6 000 ans. L'année 1798 avait une grande signification pour les millénaristes : l'invasion des Etats pontificaux par les troupes françaises et la création d'une république à Rome étaient conçues par beaucoup d'auteurs protestants comme le début du "temps de la fin", l'aboutissement des 1 260 années prophétiques accordées à la papauté pour exercer sa domination depuis qu'en 538 le général byzantin Belisaire avait libéré Rome de l'autorité des Goths ariens (8).

Un quatrième calcul repose sur l'interprétation de la parabole des dix vierges (Matthieu XXV). Jésus racontait que le royaume des cieux serait semblable à dix vierges, cinq sages et cinq folles. Elles prirent leurs lampes pour aller à la rencontre de l'époux. Comme il tardait, elles s'assoupirent. Au milieu de la nuit, on cria : "Voici l'époux !" Les vierges se réveillèrent. Les folles durent aller chercher de l'huile pour leurs lampes et, à leur retour, trouvèrent la porte de la salle de noce fermée ; les sages seules y furent admises.

Pour Barbour, les vierges étaient les adventistes ; leurs lampes étaient la Bible, grâce à laquelle ils savaient que l'époux (le Christ) viendrait. Leur premier mouvement fut l'attente déçue de 1843-1844. Leur sommeil fut la crise de l'adventisme qui suivit. Le "cri de minuit" fut l'annonce du retour du Christ en 1873, à la moitié d'un "temps de retard" de trente ans (9).

Reprenant les calculs du père de l'adventisme, Barbour confirmait que la période prophétique de 2 300 ans
(10) allait de 457 av. J.-C. (décision d'Artaxerxès autorisant la reconstitution de Jérusalem) à 1843. Mais le Christ ne devait pas revenir avant un "temps de retard" de trente ans. A cette durée, il trouvait deux justifications bibliques : Genèse XV, 13 annonçait qu'Israël serait captif en Egypte pendant 400 ans, mais Exode XII, 41 mentionne une captivité de 430 ans ; à la naissance de Jésus, les anges et les bergers ont proclamé que le sauveur était né ; mais il fallut attendre 30 ans avant qu'il commençât son action publique.

L'attente de 1843 était donc prématurée, et 1873 serait la bonne date.

Barbour, héritier de ses devanciers et novateur

Il faudra une bonne connaissance de la littérature millénariste de l'époque pour déterminer en quoi Barbour était original. Il est certain qu'il avait emprunté l'essentiel de son système chronologique à Elliott, par l'intermédiaire de son voyageur adventiste et d'H. F. Hill. Il a hérité d'eux le premier calcul sur les 6 000 ans de l'humanité. Le second calcul repose largement sur le premier ; il ajoute les 30 ans de retard ; il n'est pas sûr que ceux-ci aient été calculés sous cette forme par le voyageur adventiste ; en effet, évoquant les hommes dans le bateau, Barbour écrivait (11) :

Quand ils arrivèrent au 12e chapitre de Daniel, le frère vit ce qu'il n'avait jamais vu avant, quoiqu'il l'ait lu cent fois : "Depuis le temps où aura été supprimé le sacrifice quotidien et où aura été mise en place l'abomination qui cause la désolation, il y aura 1 290 ans." Dans notre explication de 1843, pourquoi avons-nous commencé le millénium trente ans avant que l'abomination fût établie ? Là est notre faute, et c'en est une de trente ans. Les jours s'achèvent en 1873, non en 1843. Tout ceci vint en un moment. Depuis cette heure, dit le frère, toute la vérité de notre position fut claire.

Le temps de retard reposait donc pour le voyageur sur les 1 290 (et les 1 335) années prophétiques de Daniel XII. Ces calculs de l'adventiste anonyme semblent le fondement d'un autre schéma publié par Barbour :

- les 1 260 années amènent au début du temps de la fin : 1798 ;
- les 1 290 années amènent au début du temps d'attente, commencé en 1828 avec le début du mouvement adventiste ;
- les 2 300 années amènent au début du temps de retard : 1843 ;
- les 1 335 années amènent à 1873.

Le troisième calcul s'appuie probablement sur Elliott ; en effet la chronologie ici développée aboutit exactement au même résultat : 6 000 ans d'Adam à 1873 ; dans le détail le 1er et le 3e calcul donnent à la période d'Adam à Noé la même durée de 1 656 ans ; ensuite, si l'on ajoute les diverses périodes du déluge à la captivité d'Israël à Babylone, on obtient dans les deux cas une durée de 1 866 ans.

Jusqu'ici, nous somme donc amenés à déduire que Barbour fut essentiellement tributaire de devanciers dont il reprit les travaux, qu'il aurait au plus retouchés. Toutefois, il avait tenu à affirmer son originalité dans l'introduction de son livre : il écrivait qu'ayant conscience de ses imperfections, il avait attendu des années avant d'écrire dans l'espoir qu'un auteur plus qualifié le ferait à sa place, mais que conscient que Dieu avait bien voulu lui donner un peu de lumière sur les prophéties, il ne pouvait plus différer plus longtemps la publication de ses trouvailles. Il reste donc à trouver son apport personnel : il s'agit de l'exégèse de la parabole des dix vierges. Dans le titre du livre, le Midnight Cry est écrit en majuscules d'imprimerie ; nous savons par Russell que la même expression a donné le titre d'un périodique publié par Barbour. Celui-ci attirait donc l'attention que le "cri de minuit", preuve de l'intérêt particulier qu'il portait à ce thème. La chronologie développée dans cette partie du livre est la seule qui semble sans rapport avec celle d'Elliott. Elle reprend celle de William Miller et y ajoute les trente ans du temps de retard sur la base de la quinzaine d'années qui séparent la déception de 1843-1844 de la découverte du voyageur adventiste au printemps 1860. Les deux justifications bibliques qu'il ajoutait pour prouver ce temps de retard (les trente ans de jeunesse de Jésus et les évaluations divergentes de la captivité d'Israël en Egypte) ne sont pas tributaires du raisonnement du voyageur, qui s'appuyait sur le livre de Daniel (sauf lacune de notre documentation).

Interprétation de l'Apocalypse

L'Apocalypse étant conçue comme une description des événements eschatologiques, Barbour se livra enfin à une interprétation des symboles qu'elle contient :

La bête à dix cornes et sept têtes du chapitre XIII et la prostituée du chapitre XVII sont identifiées à la papauté. Le corps de la bête est le peuple qui constitue à la fois l'Eglise catholique et l'Etat pontifical, jugés indissociables l'un de l'autre. Les sept têtes représentent les sept formes de gouvernements successifs qu'a connu Rome : 1/ le consulat ; 2/ l'Empire ; 3/ la royauté gothique ; 4/ la papauté pendant 1 260 années jusqu'en 1798 ; 5/ la république romaine de 1798 ; 6/ la papauté rétablie par Bonaparte, et qui est l'"image de la bête" de l'Apocalypse XIII, 14. Elle dure jusqu'en 1870 ; 7/ une nouvelle forme de papauté inaugurée en 1870 et devant survivre peu de temps. Barbour annonçait une huitième forme de gouvernement qui entrerait en conflit avec le Christ : ce serait l'Internationale ou la "commune" (12).

L'ouvrage considérait donc la politique des Bonaparte comme l'accomplissement des prophéties. Ce n'était pas vraiment nouveau ; dès 1803, John Bacon identifiait Bonaparte à la bête à deux cornes exerçant le pouvoir des anciens papes et prétendait que la papauté n'était plus que l'image de la bête (13). Le contexte historique dans lequel il vivait donna à Barbour l'occasion de préciser cette thèse : les deux cornes représentaient à ses yeux les deux empires de Napoléon Ier et Napoléon III. La chute du second a entraîné celle de la papauté lorsqu'en 1870 le retrait des troupes françaises permit à l'Italie d'achever la conquête des Etats pontificaux. Enfin, la Commune insurrectionnelle de Paris, en 1871, lui sembla un fait annonciateur de l'avenir. Intégrant les faits de l'actualité dans son explication de la prophétie, Barbour appliquait le raisonnement millénariste classique. Son livre était donc un écrit de circonstance, une étape de l'histoire qui mène des adventistes aux Témoins de Jéhovah. Comme toute période charnière, celle de la rédaction de l'ouvrage récupérait l'héritage du passé et annonçait l'avenir.

Celui-ci allait être déterminé par deux faits : la déception de n'avoir pas vu revenir le Christ en 1873 et le krach boursier de la même année, qui entraîna le monde occidental dans une phase de crise économique et sociale. Cela amena Barbour à réinterpréter ses théories, à déduire que le Christ était de retour - mais invisible - depuis 1874, et que la fin du monde se ferait dans le cadre d'une gigantesque crise politique, sociale et ecclésiastique aboutissant à l'anarchie, puis à l'établissement du Royaume de Dieu. Ces déductions, qu'il fit connaître au jeune Russell, séparèrent le groupe qu'il dirigeait des adventistes orthodoxes.

Bernard Blandre

Notes :

(1) Cf. mon étude Aux origines des Témoins de Jéhovah. Des adventistes à Russell (1843-1882), édité par l'Association d'Etude et d'Information sur les Mouvements Religieux, Sarreguemines, 1985.

(2) Il s'agit de la 2e édition, qui a pu être retrouvée grâce à la collaboration d'University Microfilm International (Ann Arbor, Michigan). Le titre de l'ouvrage (100 p.) évoque celui de William Miller, le père de l'adventisme : Evidence from Scripture and History of second Coming of the Christ, about the Year 1843, 1836. The Midnight Cry est une expression fréquemment utilisée dans la littérature adventiste.

(3) Par exemple, après avoir évoqué l'attente de 1843-1844, Barbour écrit (p. 25) : "Cette année passée, notre temps avait expiré. Alors nous commençâmes à prêcher : "Si la vision est en retard, attendons-la ; elle viendra sûrement".

(4) L'attente du retour du Christ en 1854 provoqua un débat entre les adventistes les plus proches de la pensée de Miller. Ceux qui n'attendaient rien en 1854 s'opposèrent à ce que l'argumentation en faveur de l'attente fût publiée dans l'Advent Herald. Les adventistes censurés réagirent en participant à la création du World's Crisis. Ces derniers sont à l'origine de l'Eglise chrétienne adventiste, alors que leurs adversaires créèrent l'Eglise adventiste évangélique (actuellement disparue), cf. l'ouvrage de Clarence J. Kearney, The Advent Christian Story, publié par l'Eglise chrétienne adventiste, s.l., 1968.

(5) Cf. l'ouvrage des Témoins de Jéhovah, Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, New York, Brooklyn, 1971, p. 14 : "D'autres encore, tels que le groupement d'Elliott et de Cumming, portaient leurs regards sur 1866. Brewer et Decker prédisaient 1867, et Seiss était pour 1870… Georges Storrs, de Brooklyn, qui publiait un périodique intitulé L'examinateur de la Bible (The Bible Examiner), portait ses regards sur 1870. Quant à H. B. Rice, qui publiait La dernière Trompette (The Last Trump), il avait ses regards fixés sur 1870 lui aussi…" Sur Elliott, cf. ci-dessous. Le Dr Joseph Seiss était un pasteur luthérien de Philadelphie mentionné dans l'édition français de Paul S. L. Johnson, Le messager de la Parousie, édité par le Mouvement missionnaire intérieur laïque, Barlin (Pas-de-Calais), 1977, p. 88 ; après son échec de 1870, il rencontra le jeune Russell qui le convainquit que le Christ de retour serait spirituel et invisible. Georges Storrs fut une importante personnalité adventiste et un maître à penser de Russell ; cf. mon étude Aux origines…, p. 8-9 et 16-17. La Last Trump d'H. B. Rice fit faillite en 1879 ; pour dédommager les abonnés, Russell leur fit parvenir les premier exemplaires de sa Watch Tower.

(6) En 1808, Benjamin Gordon mentionna un obscurcissement du soleil le 19 mai 1780 au dessus du Connecticut et du Rhode Island. Il le mit en relation avec la prophétie de Matthieu XXIV, 29 : "Le soleil s'obscurcira, la Lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel." Son attention fut attirée par la suite du texte : "Cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive" (Matthieu XXIV, 34) ; il se demanda alors si la génération qui avait pu observer le phénomène ne serait pas celle qui verrait le millénium ; cf. Le Roy Edwin Froom, The Prophetic Faith of our Fathers, vol. 4, Washington, 1954, p. 291-293.
Le 13 novembre 1833, une exceptionnelle pluie d'étoiles tomba sur l'Amérique du Nord, provoquant des réunions religieuses improvisées au cours desquelles on pria, on confessa ses péchés et on restitua des objets volés : beaucoup considéraient que le phénomène annonçait la fin du monde (Froom, Prophetic Faith…, p. 293-300). Selon Barbour donc, la génération qui avait vécu les événements de 1780 et 1833 serait celle qui verrait le millénium. Cet auteur nous donne ainsi des renseignements intéressants sur l'interprétation de la citation concernant "cette génération". On sait que, depuis, les Témoins de Jéhovah considèrent "cette génération" comme celle qui avait vécu les événements de 1914. Celle-ci devenant peu nombreuse, un débat a commencé à agiter les Témoins. Ainsi, s'ils abandonnent prochainement l'hypothèse actuelle, ils n'auront fait qu'imiter un comportement déjà expérimenté.

(7) Cette argumentation est probablement la source du chapitre sur les "dispensations parallèles" du livre de Russell, Etudes dans les écritures, vol. II, réédité en langue française par le Mouvement missionnaire intérieur laïque, Denain, 1953, p. 215-226.
Comment l'"iniquité d'Israël" serait pardonnée, c'est ce que Barbour disait ne pas savoir : "Est-ce la postérité littérale ou spirituelle qui reviendra, je n'essaie pas de le dire." Il ne savait pas si les prophéties sur la restauration d'Israël s'appliquerait au peuple (les juifs) ou à l'Israël spirituel, c'est-à-dire les chrétiens. Le bref passage dont cet extrait est une citation atteste que Barbour, sans en exclure la possibilité, n'enseignait pas alors le retour d'Israël en Palestine. Six ans plus tard, il affirmait dans Three Worlds (1877 ; réédition des années 1970 par les Etudiants de la Bible de Chicago, p. 35-37). Entre-temps, Barbour avait eu des contacts avec les Adventistes de l'Age à venir ; l'ouvrage de l'un d'eux, Benjamin Wilson, Emphatic Diaglott, avait convaincu B. W. Keith, ami de Barbour, que le Christ de retour serait spirituel et invisible. Le passage de Three Worlds sur la restauration d'Israël critique certaines affirmations des Adventistes de l'Age à venir, dont Barbour n'adoptait qu'en partie les thèses.
La restauration d'Israël était un thème fréquemment avancé par les millénaristes anglo-saxons du début du XIXe siècle (cf. Froom, Prophetic Faith…, p. 15-426). Miller, père de l'adventisme, en rejeta l'éventualité. L'ouvrage de Barbour nous permet de constater qu'il a repris la doctrine aux Adventistes de l'Age à venir (sans doute pas avant 1875, après la déception qui conduisit Keith à rechercher dans l'Emphatic Diaglott) pour la léguer aux Etudiants de la Bible. Ce fait n'exclut pas un autre canal possible : en 1872, ce fut notamment en étudiant les écritures relatives au retour d'Israël que Russell comprit que Jésus était mort pour toute l'humanité ; or la valeur universelle de la rançon est une croyance largement influencée par Georges Storrs, qui affirmait aussi la prochaine restauration d'Israël (cf. mon étude Aux origines…, p. 15).

(8) Samuel M'Corkle (1746-1811) fit de l'année 1798 la fin des 1 260 années prophétiques commençant en 538, date de la libération de Rome des Goths par le général byzantin Belisaire (Froom, Prophetic Faith…, p. 65). Dès la proclamation de la république romaine au détriment du pouvoir pontifical, 15 février 1798), Edward King publia dans Remarks in the Signs of the Times (3 éditions en 1798-1799) que les 1 260 années de domination papales étaient achevées (Froom, Prophetic Faith…, p. 114-115).

(9) Mathématiquement, l'annonce du retour du Christ en 1873 aurait dû être faite dès 1858-1859 (1843-1844 + 15). Comme Barbour l'écrivit lui-même, ce ne fut qu'au printemps 1860 que le voyageur adventiste fit sa découverte. Ce bref écart chronologique ne semble pas avoir gêné Barbour.

(10) Daniel, VIII 14.

(11) Barbour, Evidences…, p. 32-33. On ne peut toutefois exclure le fait qu'après cette découverte, le voyageur adventiste ait pu trouver d'autres arguments bibliques justifiant sa thèse sur le temps de retard.

(12) L'annonce que le mouvement révolutionnaire international supplanterait les systèmes monarchiques apparaît ici comme préfiguration de la doctrine concernant le "temps de troubles" défini par Barbour et Russell à l'époque de leur collaboration, cf. mon étude : Aux origines…, p. 20 et mon article : Le jour de Jéhovah - la crise économie de 1873 et la relance du millénarisme par Russell, Revue de l'Histoire des Religions, 2/1980.

(13) Froom, Prophetic Faith…, p. 75.



The return of Christ in 1873.
On a work by Nelson H. Barbour.


By Bernard Blandre

Revue d'Histoire des Religions, CCV-3/1988, 287-297.

In 1860, during the Adventist crisis, an anonymous Millerite discovered that the Christ would return in 1873. Having been informed about this arguments, Nelson H. Barbour (Evidences for the Comming of the Lord in 1873, or The Midnight Cry, Rochester, New York, 1871) wrote that the millenium was near at hand and set forth four chronological systems to prove the return of Christ in 1873, which included the anonymous author's numerical arguments. Three of his calculations were based on Elliott's work. Barbour's originality lies in his exegesis of the Parabole of the Ten Virgins. Interpreting the Apocalypse, he saw the French defeat and the destruction of the Pontifical states as signs of the approaching millenium.

© Bernard Blandre.
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