A.E.I.M.R.
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L'A.E.I.M.R. propose cet article en ligne, avec l'autorisation de l'auteur.
LE CHRIST DE RETOUR EN 1873.
A propos d'un ouvrage de Nelson H. Barbour.
par Bernard Blandre
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Revue d'Histoire des Religions, CCV-3/1988, 287-297.
 | Abstract in English |
Dans le cadre de la crise de l'adventisme, un millérite anonyme découvrit en 1860 que le Christ
reviendrait en 1873. Ayant eu connaissance de son argumentation, Nelson H. Barbour (Evidences for the
Comming of the Lord in 1873, or The Midnight Cry, Rochester, New York, 1871) écrivit que le millénium
était proche et exposa quatre systèmes chronologiques pour prouver le retour du Christ en 1873, en plus
de l'argumentation chiffrée de l'anonyme. Trois de ces calculs s'appuient sur les travaux d'Elliott.
L'originalité de Barbour réside dans son exégèse de la parabole des dix vierges. Interprétant
l'Apocalypse, il voyait dans la défaite française et la destruction des Etats pontificaux en 1870 des
signes annonciateurs du millénium.
Les origines du mouvement des Etudiants de la Bible, dont sont issus les Témoins de Jéhovah, sont connus
dans leurs grandes lignes : après avoir vainement attendu le retour du Christ en 1843-1844, les
adventistes se séparèrent en quelques dizaines de groupes parmi lesquels les Adventistes de l'Age à
venir, les disciples de Georges Storrs et les Chrétiens adventistes ont influencé le jeune Charles Taze
Russell. Un réveil amena les chrétiens adventistes à attendre à nouveau le retour du Christ en
1873-1875. La déception qui suivit entraîna une nouvelle crise et l'apparition de nouveaux groupes
séparés : l'un d'eux se réunissait à Pittsburg autour de Russell, un autre à Rochester autour de Nelson
H. Barbour. La collaboration éphémère des deux hommes (1876-1878) s'acheva par une rupture amenant
Russell à prendre la tête d'un groupe bien individualisé (1).
Le schéma général étant désormais bien défini, il reste à préciser les détails des faits. Le travail
suppose une longue recherche dans les livres et journaux américains dont on a parfois oublié jusqu'à
l'existence.
L'Association d'Etude et d'Information sur les Mouvements Religieux a retrouvé l'un de ces ouvrages :
le livre de Nelson H. Barbour, Evidences for the Comming of the Lord in 1873, or The Midnight Cry,
publié en 1871 (2). Le document renseigne peu sur l'auteur.
Tout au plus certaines tournures de phrases suggèrent-elles que Barbour fut l'un de ceux qui attendirent
le Christ en 1843-1844 (3).
Les origines du "Cri de Minuit"
Il nous en est dit plus sur les origines du mouvement qui amena à annoncer le retour du Christ pour 1873.
Après l'échec de 1843-1844 des adventistes calculèrent d'autres dates possibles : 1854
(4), 1866, 1867, 1868, 1869, 1870, 1873, 1874
(5). Ce fut dans cette ambiance que, pour
"tuer le temps", les passagers d'un bateau naviguant de l'Australie à New York se mirent à étudier
les prophéties bibliques au printemps 1860. Parmi eux, un ancien adventiste comprit soudain que Miller
avait fait commencer le millénium trente ans avant la date réelle et qu'il aurait fallu attendre 1873.
Profitant d'une escale à Londres, cet adventiste anonyme consulta à la bibliothèque du British Museum
l'ouvrage Horae Apolypticae qu'Elliott publia en 1860. Il constata que celui-ci avait établi une
chronologie de l'histoire sainte qu'il aurait voulu voir aboutir à 1866, mais qui débordait cette date
de quelques années. L'adventiste fut tout heureux de constater qu'Elliott lui-même aboutissait sans le
vouloir à 1873. Il essaya de convaincre diverses personnalités du mouvement millérite, dont Josiah
Litch qui ne le suivit pas, et écrivit le 6 janvier 1861 une longue lettre à H. F. Hill, auteur d'un
ouvrage intitulé The Saints Inheritance, or the World to come et domicilié à Lindley (New York) ; ce
document était source de la chronologie de Barbour, de son propre aveu. Ainsi, au-delà du fait
historique précis, découvrons-nous de nouvelles pistes nous amenant aux origines historique du mouvement
des Etudiants de la Bible.
L'essentiel du livre de Barbour a évidemment pour objectif de prouver le retour du Christ en 1873 ;
en fait, Barbour s'appuyait sur divers arguments.
La proximité du millénium
Il s'agissait d'abord d'affirmer que l'on vivait bien le "temps de la fin". Pour cela, Barbour voyait
dans l'époque qu'il vivait des "signes" attestant que le millenium était proche : le chemin de fer
était considéré comme l'accomplissement d'une prophétie de Nahum (II, 4) sur les chars
extraordinaires. Au XIXe siècle, notait-il encore, les connaissances scientifiques avaient tant
augmenté qu'il devenait possible de comprendre les mystères mentionnés dans le livre de Job
(chap. XXXVIII) : la lumière, les astres, les éclipses, les lois de la gravité qui régissent le système
solaire. Selon l'auteur encore, le millénium devait survenir à l'époque de la génération qui avait pu
voir des phénomènes extraordinaires : l'obscurcissement du soleil et de la lune en 1780 et la
chute d'étoiles de 1833 (6).
La proximité de la fin étant considérée comme prouvée, Barbour développait plusieurs systèmes
chronologiques.
Les calculs de Barbour
Un premier calcul aboutit à faire de 1873 la fin du VIe millénaire de l'histoire humaine et donc le
début du VIIe, le millenium ou temps de repos :
| D'Adam à la fin du déluge |
1 656 ans |
| Du déluge à l'alliance de Dieu avec Abraham |
427 ans |
| De l'alliance à la loi de Moïse |
430 ans |
| De la loi à la division de la Palestine |
46 ans |
| De la division à Samuel |
450 ans |
| De Samuel à la captivité à Babylone |
513 ans |
| De la captivité à Cyrus |
70 ans |
| De Cyrus à l'ère chrétienne |
536 ans |
| De l'ère chrétienne à 1872 |
1 872 ans |
|
________ |
| Total |
6 000 ans |
La fin de l'"année juive 1872" amène au printemps 1873, date du retour du Christ.
Un second calcul s'appuie sur le précédent. Considérant que Jacob était un type annonciateur du
Christ, Barbour comptait 198 ans de la mort de Jacob à la loi de Moïse ; il y ajoutait les périodes
suivantes jusqu'à la naissance du Christ, puis 30 ans jusqu'au début de sa prédication ; il aboutissait
à un total de 1843 ans. Partant d'une citation biblique selon laquelle Israël serait puni deux fois,
Barbour détermina deux périodes de 1843 ans : une dispensation juive durant laquelle Israël était châtié
pour avoir désobéi, puis à partir de l'an 30 une seconde phase de punition d'une durée égale aboutissant
à 1873, date à laquelle l'iniquité d'Israël serait pardonnée (7).
Un troisième calcul aboutit à 1798 et 1873 :
| D'Adam au déluge |
1 656 ans |
| Age patriarcal |
659 ans |
| De l'établissement d'Israël à la captivité |
1 207 ans |
| Captivité à Babylone |
70 ans |
| Empire médo-perse |
210 ans |
| Empire grec |
170 ans |
| Rome païenne |
693 ans |
| Rome papale |
1 260 ans |
|
________ |
| Total |
5 925 ans |
Il restait donc 75 ans en 1798 pour atteindre 6 000 ans. L'année 1798 avait une grande signification
pour les millénaristes : l'invasion des Etats pontificaux par les troupes françaises et la création
d'une république à Rome étaient conçues par beaucoup d'auteurs protestants comme le début du "temps de
la fin", l'aboutissement des 1 260 années prophétiques accordées à la papauté pour exercer sa domination
depuis qu'en 538 le général byzantin Belisaire avait libéré Rome de l'autorité des Goths ariens
(8).
Un quatrième calcul repose sur l'interprétation de la parabole des dix vierges (Matthieu XXV).
Jésus racontait que le royaume des cieux serait semblable à dix vierges, cinq sages et cinq folles.
Elles prirent leurs lampes pour aller à la rencontre de l'époux. Comme il tardait, elles s'assoupirent.
Au milieu de la nuit, on cria : "Voici l'époux !" Les vierges se réveillèrent. Les folles durent aller
chercher de l'huile pour leurs lampes et, à leur retour, trouvèrent la porte de la salle de noce fermée ;
les sages seules y furent admises.
Pour Barbour, les vierges étaient les adventistes ; leurs lampes étaient la Bible, grâce à laquelle ils
savaient que l'époux (le Christ) viendrait. Leur premier mouvement fut l'attente déçue de 1843-1844.
Leur sommeil fut la crise de l'adventisme qui suivit. Le "cri de minuit" fut l'annonce du retour du
Christ en 1873, à la moitié d'un "temps de retard" de trente ans (9).
Reprenant les calculs du père de l'adventisme, Barbour confirmait que la période prophétique de
2 300 ans (10) allait de 457 av. J.-C. (décision d'Artaxerxès autorisant la reconstitution de Jérusalem)
à 1843. Mais le Christ ne devait pas revenir avant un "temps de retard" de trente ans. A cette durée,
il trouvait deux justifications bibliques : Genèse XV, 13 annonçait qu'Israël serait captif en Egypte
pendant 400 ans, mais Exode XII, 41 mentionne une captivité de 430 ans ; à la naissance de Jésus, les
anges et les bergers ont proclamé que le sauveur était né ; mais il fallut attendre 30 ans avant qu'il
commençât son action publique.
L'attente de 1843 était donc prématurée, et 1873 serait la bonne date.
Barbour, héritier de ses devanciers et novateur
Il faudra une bonne connaissance de la littérature millénariste de l'époque pour déterminer en quoi
Barbour était original. Il est certain qu'il avait emprunté l'essentiel de son système chronologique
à Elliott, par l'intermédiaire de son voyageur adventiste et d'H. F. Hill. Il a hérité d'eux le premier
calcul sur les 6 000 ans de l'humanité. Le second calcul repose largement sur le premier ; il ajoute les
30 ans de retard ; il n'est pas sûr que ceux-ci aient été calculés sous cette forme par le voyageur
adventiste ; en effet, évoquant les hommes dans le bateau, Barbour écrivait (11) :
Quand ils arrivèrent au 12e chapitre de Daniel, le frère vit ce qu'il n'avait jamais vu avant,
quoiqu'il l'ait lu cent fois : "Depuis le temps où aura été supprimé le sacrifice quotidien et où aura
été mise en place l'abomination qui cause la désolation, il y aura 1 290 ans." Dans notre explication
de 1843, pourquoi avons-nous commencé le millénium trente ans avant que l'abomination fût établie ?
Là est notre faute, et c'en est une de trente ans. Les jours s'achèvent en 1873, non en 1843. Tout ceci
vint en un moment. Depuis cette heure, dit le frère, toute la vérité de notre position fut claire.
Le temps de retard reposait donc pour le voyageur sur les 1 290 (et les 1 335) années prophétiques
de Daniel XII. Ces calculs de l'adventiste anonyme semblent le fondement d'un autre schéma publié par
Barbour :
- les 1 260 années amènent au début du temps de la fin : 1798 ;
- les 1 290 années amènent au début du temps d'attente, commencé en 1828 avec le début du mouvement
adventiste ;
- les 2 300 années amènent au début du temps de retard : 1843 ;
- les 1 335 années amènent à 1873.
Le troisième calcul s'appuie probablement sur Elliott ; en effet la chronologie ici développée aboutit
exactement au même résultat : 6 000 ans d'Adam à 1873 ; dans le détail le 1er et le 3e calcul donnent à
la période d'Adam à Noé la même durée de 1 656 ans ; ensuite, si l'on ajoute les diverses périodes du
déluge à la captivité d'Israël à Babylone, on obtient dans les deux cas une durée de 1 866 ans.
Jusqu'ici, nous somme donc amenés à déduire que Barbour fut essentiellement tributaire de devanciers
dont il reprit les travaux, qu'il aurait au plus retouchés. Toutefois, il avait tenu à affirmer son
originalité dans l'introduction de son livre : il écrivait qu'ayant conscience de ses imperfections,
il avait attendu des années avant d'écrire dans l'espoir qu'un auteur plus qualifié le ferait à sa place,
mais que conscient que Dieu avait bien voulu lui donner un peu de lumière sur les prophéties, il ne
pouvait plus différer plus longtemps la publication de ses trouvailles. Il reste donc à trouver son
apport personnel : il s'agit de l'exégèse de la parabole des dix vierges. Dans le titre du livre, le
Midnight Cry est écrit en majuscules d'imprimerie ; nous savons par Russell que la même expression a
donné le titre d'un périodique publié par Barbour. Celui-ci attirait donc l'attention que le "cri de
minuit", preuve de l'intérêt particulier qu'il portait à ce thème. La chronologie développée dans cette
partie du livre est la seule qui semble sans rapport avec celle d'Elliott. Elle reprend celle de William
Miller et y ajoute les trente ans du temps de retard sur la base de la quinzaine d'années qui séparent
la déception de 1843-1844 de la découverte du voyageur adventiste au printemps 1860. Les deux
justifications bibliques qu'il ajoutait pour prouver ce temps de retard (les trente ans de jeunesse de
Jésus et les évaluations divergentes de la captivité d'Israël en Egypte) ne sont pas tributaires du
raisonnement du voyageur, qui s'appuyait sur le livre de Daniel (sauf lacune de notre documentation).
Interprétation de l'Apocalypse
L'Apocalypse étant conçue comme une description des événements eschatologiques, Barbour se livra enfin
à une interprétation des symboles qu'elle contient :
La bête à dix cornes et sept têtes du chapitre XIII et la prostituée du chapitre XVII sont identifiées
à la papauté. Le corps de la bête est le peuple qui constitue à la fois l'Eglise catholique et l'Etat
pontifical, jugés indissociables l'un de l'autre. Les sept têtes représentent les sept formes de
gouvernements successifs qu'a connu Rome : 1/ le consulat ; 2/ l'Empire ; 3/ la royauté gothique ;
4/ la papauté pendant 1 260 années jusqu'en 1798 ; 5/ la république romaine de 1798 ; 6/ la papauté rétablie
par Bonaparte, et qui est l'"image de la bête" de l'Apocalypse XIII, 14. Elle dure jusqu'en 1870 ; 7/
une nouvelle forme de papauté inaugurée en 1870 et devant survivre peu de temps. Barbour annonçait une
huitième forme de gouvernement qui entrerait en conflit avec le Christ : ce serait l'Internationale ou
la "commune" (12).
L'ouvrage considérait donc la politique des Bonaparte comme l'accomplissement des prophéties. Ce n'était
pas vraiment nouveau ; dès 1803, John Bacon identifiait Bonaparte à la bête à deux cornes exerçant le
pouvoir des anciens papes et prétendait que la papauté n'était plus que l'image de la bête
(13).
Le contexte historique dans lequel il vivait donna à Barbour l'occasion de préciser cette thèse :
les deux cornes représentaient à ses yeux les deux empires de Napoléon Ier et Napoléon III. La chute
du second a entraîné celle de la papauté lorsqu'en 1870 le retrait des troupes françaises permit à
l'Italie d'achever la conquête des Etats pontificaux. Enfin, la Commune insurrectionnelle de Paris,
en 1871, lui sembla un fait annonciateur de l'avenir. Intégrant les faits de l'actualité dans son
explication de la prophétie, Barbour appliquait le raisonnement millénariste classique. Son livre était
donc un écrit de circonstance, une étape de l'histoire qui mène des adventistes aux Témoins de Jéhovah.
Comme toute période charnière, celle de la rédaction de l'ouvrage récupérait l'héritage du passé et
annonçait l'avenir.
Celui-ci allait être déterminé par deux faits : la déception de n'avoir pas vu revenir le Christ en
1873 et le krach boursier de la même année, qui entraîna le monde occidental dans une phase de crise
économique et sociale. Cela amena Barbour à réinterpréter ses théories, à déduire que le Christ était
de retour - mais invisible - depuis 1874, et que la fin du monde se ferait dans le cadre d'une
gigantesque crise politique, sociale et ecclésiastique aboutissant à l'anarchie, puis à l'établissement
du Royaume de Dieu. Ces déductions, qu'il fit connaître au jeune Russell, séparèrent le groupe qu'il
dirigeait des adventistes orthodoxes.
Bernard Blandre
Notes :
(1) Cf. mon étude Aux origines des Témoins de Jéhovah. Des adventistes à Russell (1843-1882), édité par
l'Association d'Etude et d'Information sur les Mouvements Religieux, Sarreguemines, 1985.
(2) Il s'agit de la 2e édition, qui a pu
être retrouvée grâce à la collaboration d'University Microfilm International (Ann Arbor, Michigan).
Le titre de l'ouvrage (100 p.) évoque celui de William Miller, le père de l'adventisme : Evidence from
Scripture and History of second Coming of the Christ, about the Year 1843, 1836. The Midnight Cry est
une expression fréquemment utilisée dans la littérature adventiste.
(3) Par exemple, après avoir évoqué
l'attente de 1843-1844, Barbour écrit (p. 25) : "Cette année passée, notre temps avait expiré. Alors
nous commençâmes à prêcher : "Si la vision est en retard, attendons-la ; elle viendra sûrement".
(4) L'attente du retour du Christ en
1854 provoqua un débat entre les adventistes les plus proches de la pensée de Miller. Ceux qui
n'attendaient rien en 1854 s'opposèrent à ce que l'argumentation en faveur de l'attente fût publiée
dans l'Advent Herald. Les adventistes censurés réagirent en participant à la création du World's Crisis.
Ces derniers sont à l'origine de l'Eglise chrétienne adventiste, alors que leurs adversaires créèrent
l'Eglise adventiste évangélique (actuellement disparue), cf. l'ouvrage de Clarence J. Kearney, The
Advent Christian Story, publié par l'Eglise chrétienne adventiste, s.l., 1968.
(5) Cf. l'ouvrage des Témoins de Jéhovah,
Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, New York, Brooklyn, 1971, p. 14 : "D'autres encore, tels
que le groupement d'Elliott et de Cumming, portaient leurs regards sur 1866. Brewer et Decker prédisaient
1867, et Seiss était pour 1870… Georges Storrs, de Brooklyn, qui publiait un périodique intitulé
L'examinateur de la Bible (The Bible Examiner), portait ses regards sur 1870. Quant à H. B. Rice,
qui publiait La dernière Trompette (The Last Trump), il avait ses regards fixés sur 1870 lui aussi…"
Sur Elliott, cf. ci-dessous. Le Dr Joseph Seiss était un pasteur luthérien de Philadelphie mentionné
dans l'édition français de Paul S. L. Johnson, Le messager de la Parousie, édité par le Mouvement
missionnaire intérieur laïque, Barlin (Pas-de-Calais), 1977, p. 88 ; après son échec de 1870, il
rencontra le jeune Russell qui le convainquit que le Christ de retour serait spirituel et invisible.
Georges Storrs fut une importante personnalité adventiste et un maître à penser de Russell ; cf. mon
étude Aux origines…, p. 8-9 et 16-17. La Last Trump d'H. B. Rice fit faillite en 1879 ; pour dédommager
les abonnés, Russell leur fit parvenir les premier exemplaires de sa Watch Tower.
(6) En 1808, Benjamin Gordon mentionna un
obscurcissement du soleil le 19 mai 1780 au dessus du Connecticut et du Rhode Island. Il le mit en
relation avec la prophétie de Matthieu XXIV, 29 : "Le soleil s'obscurcira, la Lune ne donnera plus sa
lumière, les étoiles tomberont du ciel." Son attention fut attirée par la suite du texte : "Cette
génération ne passera point, que tout cela n'arrive" (Matthieu XXIV, 34) ; il se demanda alors si la
génération qui avait pu observer le phénomène ne serait pas celle qui verrait le millénium ; cf.
Le Roy Edwin Froom, The Prophetic Faith of our Fathers, vol. 4, Washington, 1954, p. 291-293.
Le 13 novembre 1833, une exceptionnelle pluie d'étoiles tomba sur l'Amérique du Nord, provoquant des
réunions religieuses improvisées au cours desquelles on pria, on confessa ses péchés et on restitua des
objets volés : beaucoup considéraient que le phénomène annonçait la fin du monde (Froom, Prophetic Faith…,
p. 293-300). Selon Barbour donc, la génération qui avait vécu les événements de 1780 et 1833 serait celle
qui verrait le millénium. Cet auteur nous donne ainsi des renseignements intéressants sur
l'interprétation de la citation concernant "cette génération". On sait que, depuis, les Témoins de
Jéhovah considèrent "cette génération" comme celle qui avait vécu les événements de 1914. Celle-ci
devenant peu nombreuse, un débat a commencé à agiter les Témoins. Ainsi, s'ils abandonnent prochainement
l'hypothèse actuelle, ils n'auront fait qu'imiter un comportement déjà expérimenté.
(7) Cette argumentation est probablement
la source du chapitre sur les "dispensations parallèles" du livre de Russell, Etudes dans les écritures,
vol. II, réédité en langue française par le Mouvement missionnaire intérieur laïque, Denain, 1953, p.
215-226.
Comment l'"iniquité d'Israël" serait pardonnée, c'est ce que Barbour disait ne pas savoir : "Est-ce
la postérité littérale ou spirituelle qui reviendra, je n'essaie pas de le dire." Il ne savait pas si
les prophéties sur la restauration d'Israël s'appliquerait au peuple (les juifs) ou à l'Israël
spirituel, c'est-à-dire les chrétiens. Le bref passage dont cet extrait est une citation atteste
que Barbour, sans en exclure la possibilité, n'enseignait pas alors le retour d'Israël en Palestine.
Six ans plus tard, il affirmait dans Three Worlds (1877 ; réédition des années 1970 par
les Etudiants de la Bible de Chicago, p. 35-37). Entre-temps, Barbour avait eu des contacts avec
les Adventistes de l'Age à venir ; l'ouvrage de l'un d'eux, Benjamin Wilson, Emphatic Diaglott,
avait convaincu B. W. Keith, ami de Barbour, que le Christ de retour serait spirituel et invisible.
Le passage de Three Worlds sur la restauration d'Israël critique certaines affirmations des
Adventistes de l'Age à venir, dont Barbour n'adoptait qu'en partie les thèses.
La restauration d'Israël était un thème fréquemment avancé par les millénaristes anglo-saxons du
début du XIXe siècle (cf. Froom, Prophetic Faith…, p. 15-426). Miller, père de l'adventisme,
en rejeta l'éventualité. L'ouvrage de Barbour nous permet de constater qu'il a repris la doctrine
aux Adventistes de l'Age à venir (sans doute pas avant 1875, après la déception qui conduisit Keith
à rechercher dans l'Emphatic Diaglott) pour la léguer aux Etudiants de la Bible. Ce fait
n'exclut pas un autre canal possible : en 1872, ce fut notamment en étudiant les écritures relatives
au retour d'Israël que Russell comprit que Jésus était mort pour toute l'humanité ; or la valeur
universelle de la rançon est une croyance largement influencée par Georges Storrs, qui affirmait
aussi la prochaine restauration d'Israël (cf. mon étude Aux origines…, p. 15).
(8) Samuel M'Corkle (1746-1811) fit de
l'année 1798 la fin des 1 260 années prophétiques commençant en 538, date de la libération de Rome des
Goths par le général byzantin Belisaire (Froom, Prophetic Faith…, p. 65). Dès la proclamation
de la république romaine au détriment du pouvoir pontifical, 15 février 1798), Edward King publia dans
Remarks in the Signs of the Times (3 éditions en 1798-1799) que les 1 260 années de domination
papales étaient achevées (Froom, Prophetic Faith…, p. 114-115).
(9) Mathématiquement, l'annonce du retour
du Christ en 1873 aurait dû être faite dès 1858-1859 (1843-1844 + 15). Comme Barbour l'écrivit lui-même,
ce ne fut qu'au printemps 1860 que le voyageur adventiste fit sa découverte. Ce bref écart chronologique
ne semble pas avoir gêné Barbour.
(10) Daniel, VIII 14.
(11) Barbour, Evidences…, p.
32-33. On ne peut toutefois exclure le fait qu'après cette découverte, le voyageur adventiste ait pu
trouver d'autres arguments bibliques justifiant sa thèse sur le temps de retard.
(12) L'annonce que le mouvement
révolutionnaire international supplanterait les systèmes monarchiques apparaît ici comme préfiguration
de la doctrine concernant le "temps de troubles" défini par Barbour et Russell à l'époque de leur
collaboration, cf. mon étude : Aux origines…, p. 20 et mon article : Le jour de Jéhovah - la crise
économie de 1873 et la relance du millénarisme par Russell, Revue de l'Histoire des Religions,
2/1980.
(13) Froom, Prophetic Faith…, p. 75.
The return of Christ in 1873.
On a work by Nelson H. Barbour.
By Bernard Blandre
Revue d'Histoire des Religions, CCV-3/1988, 287-297.
In 1860, during the Adventist crisis, an anonymous Millerite discovered that the Christ would return in
1873. Having been informed about this arguments, Nelson H. Barbour (Evidences for the Comming of the
Lord in 1873, or The Midnight Cry, Rochester, New York, 1871) wrote that the millenium was near at hand
and set forth four chronological systems to prove the return of Christ in 1873, which included the
anonymous author's numerical arguments. Three of his calculations were based on Elliott's work.
Barbour's originality lies in his exegesis of the Parabole of the Ten Virgins. Interpreting the
Apocalypse, he saw the French defeat and the destruction of the Pontifical states as signs of the
approaching millenium.
© Bernard Blandre.
http://www.multimania.com/aeimr/textes/retourchrist.html