Editorial

Afriquespoir n. 14
Avril - Juin 2001


 

Sommaire AE14
Editorial
La tranche du gâteau
Es-tu du nord
ou du sud?

Les médicaments sont au Nord les malades au Sud
Tu as fait de ton mieux
Mécanicienne: pourquoi pas?
Nos forêts
            Avec ce numéro, Afriquespoir vient de dépasser le cap des trois ans de son existence. 

   Trois ans c'est peu de chose dans la vie d'un homme. Pour un journal aussi ce n'est que le début. Un grand merci d'abord à tous les lecteurs qui par leurs multiples messages d'amitié, n'ont cessé de montrer qu'ils apprécient cette publication. 

À vrai dire son existence a été menacée dès le commencement - la guerre éclata trois mois après le lancement du journal, et elle a dû faire face aux ennemis habituels de toute initiative de ce genre: les lecteurs potentiels n'ont pas d'argent, les transports sont précaires, les contenus ne seraient pas toujours si percutants… 

Le dossier spécial de ce numéro est consacré à la communication. Il serait plus exact de parler de la course qui a lieu pour communiquer avant les autres, mieux que les autres, plus que les autres. Car, à la fin ce qui compte ce sont les chiffres: lecteurs, audimat, ventes, publicité. Dans son message pour la prochaine 35e journée mondiale des Communications Sociales, le pape affirme que "dans le monde d'aujourd'hui, les toits sont presque toujours envahis par une forêt d'émetteurs et d'antennes qui transmettent des messages de tout genre aux quatre coins du monde".

   Il n'est pas besoin de redire qu'avec la quantité énorme de messages qui font le tour de notre planète, un avenir différent s'ouvre devant nous. Mais aussi un danger de simplifications sommaires. "C'est vrai parce que l'a dit la radio… On l'a vu à la télé… C'est sur internet…", comme si ce que les satellites et les antennes nous desservent rendait automatiquement vraies les informations. Comme si tous les communicateurs, autant que les utilisateurs, devenaient d'un seul coup honnêtes, soucieux de la vérité, du bien d'autrui, ennemis du mensonge et des ragots de toute sorte. Le fait de pouvoir contempler en direct le meurtre d'un président ou le bombardement d'une ville n'a pas diminué le nombre de ceux qui orchestrent les coups d'État ou fabriquent les bombes! L'égalité, l'harmonie sociale, l'entente entre tous les hommes de la terre, le bonheur, ce sont des fruits habituellement lents à mûrir. Quelqu'un l'a déjà remarqué: on va vers une société fortement 'communicante', mais ce n'est pas sûr qu'elle sera 'rencontrante'. Les nouveaux moyens de communication obligent à s'ouvrir à un monde complexe, et cela ne va pas sans souffrance.

   On est entré dans une époque où on a encore plus besoin de points de repère. Les médias ont la possibilité d'en donner plusieurs, plus ou moins sages, plus ou moins désintéressés. Pour l'instant on assiste à la victoire de ceux qui disposent des médias les plus puissants. D'ailleurs les grands conglomérats de la communication cherchent cela depuis longtemps: transformer le monde en auditeurs et spectateurs de leurs messages. Les méga-fusions donnent naissance à des géants soucieux de trouver de nouveaux clients.

 Il est facile, lorsqu'on aborde la question des médias, de passer de l'exaltation des nouvelles possibilités à leur condamnation sans appel. Toujours dans son message, le pape dit que d'un côté le monde des médias peut apparaître quelquefois comme un environnement encore moins favorable à l'évangélisation que le monde païen du temps des Apôtres. Mais d'autre part, "le monde des médias offre aussi des occasions uniques pour proclamer la vérité du Christ à la famille humaine tout entière.
On peut diffuser l'information et l'enseignement religieux au-delà de toutes les barrières et frontières. Une audience aussi large aurait dépassé l'imagination la plus audacieuse de ceux qui ont prêché l'Évangile avant nous".

    afriquespoir@ic.cd