Un exercice très récent

Afriquespoir n. 14
Avril -Juin 2001


 

    Chaque jour qui passe, le virus responsable du sida infecte plus de 6000 personnes dans le monde, pour la plupart des jeunes ou des adultes dans la force de l'âge. Un sujet dont on parle toujours trop peu et sur qui pèse le coût inaccessible des médica- ments pour le soigner.
Sommaire AE14
Editorial
La tranche du gâteau
Es-tu du nord
ou du sud?

Les médicaments sont au Nord les malades au Sud
Tu as fait de ton mieux
Mécanicienne: pourquoi pas?
Nos forêts
 

 

    Le record est là: en l'an 2000, l'Afrique a enregistré plus de 15 millions de séropositifs et 5 millions de malades du sida. Les 16 pays où le taux de l'infection dans la population atteint ou dépasse 10% sont situés en Afrique subsaharienne. Au Botswana, 35,5% de la population sont porteurs de VIH. En Afrique du Sud, 10% de la population meurent actuellement des conséquences du sida. L'Ouganda est toujours un des pays les plus touchés: dans certains villages le taux de séropositivité atteint 60% de la population! Mais il est aussi parmi les premiers dans le dépistage de la maladie et son traitement.

   Au moins 160.000 personnes sont mortes de Sida dans les régions de l'Est de la Rép. Dém. du Congo ravagées par la guerre, entre 1998 et 2000. Selon les statistiques publiées par l'OMS en 1999, les malades de Sida dans tout le pays étaient 1.617.000: 255.900 de plus que l'année précédente.

Licences et brevets

   Des chiffres accablants, examinés en juillet de l'année passée à Durban (Afrique du Sud) où 11.000 délégués arrivés de la planète entière s'étaient retrouvés pour la 13e Conférence mondiale sur le sida. Durban est une des villes les plus touchées d'Afrique et le continent est le plus touché par la maladie et aussi le plus inapte à y faire face. Par rapport à d'autres régions du monde, en Afrique les personnes infectées par le virus sont 11 fois plus susceptibles de mourir dans un délai de 5 ans, et 100 fois plus susceptibles de développer le sarcome de Kaposi, un cancer lié à un autre virus, que les personnes non infectées.

Mais à Durban on a affirmé avec force que c'est tout le système de santé qui est sous accusation, soit en Afrique soit ailleurs. Comme quelque 18 mois plus tôt à Seattle, aux Etats-Unis, c’était la mondialisation à face inhumaine qui avait suscité des critiques sévères, dans la ville sud-africaine on a souligné le poids des obstacles financiers auxquels se heurtent les pays les plus pauvres. En cause surtout les brevets brandis par les multinationales sur les médicaments essentiels qui les rendent inaccessibles.

   Aujourd’hui, 92% des budgets de recherche mondiaux dans ce domaine profitent seulement à 8% des malades, essentiellement occidentaux. Ainsi, à chaque fois qu’un pays du Sud, dont les plus avancés en la matière se trouvent être le Brésil, la Thaïlande, la Chine et l’Inde, veulent-ils se lancer dans la recherche sur la pandémie et la production de médicaments à des prix accessibles, les tout-puissants groupes pharmaceutiques invoquent le problème de «licences» et de "brevets". Ils ont manifesté leurs préoccupations au cours du procès engagé récemment contre le gouvernement sud-africain.

À un prix très bas

   L'AZT, par exemple, n'est donnée qu'aux gens riches et une simple trithérapie coûte déjà entre 10.000 et 15.000 dollars par an! Le sida tue plus de 6000 personnes par jour en Afrique subsaharienne, alors que dans les pays riches, les médicaments antirétroviraux maintiennent durablement les malades en vie. En Occident ils ont fait baisser la mortalité de près 30%. En Afrique, moins de 25.000 malades en prennent.

   Il n'y a pas que de mauvaises nouvelles. Une société pharmaceutique indienne, Cipla, vendra aux Médecins Sans Frontières opérant en Afrique les médicaments trithérapie (Stavudine, Lamivudine et Nevirapine) à un prix très bas, 350 dollars par an et par malade. Une étude menée en Afrique du Sud démontre que l'administration à la mère et à l'enfant de doses de Nevirapine, un médicament peu coûteux, pendant et après l'accouchement, fait diminuer le taux de transmission de la maladie.

   La Banque Mondiale a annoncée qu'elle financera à hauteur de 500 millions  de dollars U$ les programmes nationaux de lutte contre le sida dans le continent africain. Une annonce positive, bien que cette lutte exige de 1 à 2,3 milliards de dollars par an.

Rombaut Lilem

    afriquespoir@ic.cd