Journée nationale des droits de l'enfant 20/11/01
" La problématique des enlèvements parentaux,
comment sortir de l’impasse ? "
texte complet:
Description du phénomène
Le nombre de plaintes concernant des conflits entre parents à propos du droit d’hébergement ou du droit aux relations personnelles ne cesse d'augmenter. Rien qu'à Bruxelles, le nombre de plaintes enregistrées en 2000 dépasse le nombre de 2.000 plaintes. Un tel phénomène est inquiétant.
Une grande partie de ces plaintes concerne des conflits parentaux sans déplacement des enfants vers l’étranger. On enregistre cependant, pour l’ensemble du pays, une moyenne mensuelle de 17 dossiers nouveaux d'enfants déplacés vers l'étranger. Il faut y ajouter une moyenne de 12 dossiers nouveaux d'enfants soustraits de l’étranger, signalés par des autorités étrangères. Le phénomène est en réalité encore plus important, car ces statistiques ne prennent en compte que les dossiers portés à la connaissance des services de police et des parquets. Elles ne tiennent pas compte des cas traités par les services compétents des ministères de la justice et des affaires étrangères, hors toute intervention du judiciaire.
Deux tiers des auteurs d’enlèvements parentaux ont la nationalité belge. Il en est de même pour ce qui concerne les parents préjudiciés. Les statistiques disponibles ne permettent donc pas de mettre en évidence l'impact éventuel de données culturelles dans la problématique.
Il est par contre manifeste que le phénomène des enlèvements parentaux frappe plus particulièrement les grandes villes. Près d'un enlèvement sur quatre (23 %) commis en Belgique est réalisé dans l’arrondissement judiciaire de Bruxelles. Seize pour cent des enlèvements se commettent à Anvers et 10,5% à Liège. Deux fois sur trois l’enlèvement ne porte que sur un seul enfant. L'âge des enfants enlevés est compris en général entre 1 et 12 ans.
Que ce soit notre législation, depuis la loi du 13 avril 1995 relative à l’exercice conjoint de l’autorité parentale qui consacre le principe d’égalité du père et de la mère ; que ce soit le droit international, notamment l'article 9 de la Convention relative aux droits de l’enfant (approuvée par la loi du 25 novembre 1991) qui consacre le droit pour chaque enfant d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents : le droit reconnaît le besoin pour l’enfant de continuer à entretenir avec chacun de ces parents une véritable relation d’étayage. Cette dernière est un élément indispensable à la recherche de l’équilibre pour que l’enfant puisse devenir un adulte.
La voie de fait que constitue l’enlèvement est non seulement un acte illégal, réprimé aujourd’hui de manière plus sévère : la peine peut atteindre désormais jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. Elle provoque également une souffrance d'une grande cruauté chez le parent victime.
Plus grave encore, l’enlèvement crée chez l’enfant un traumatisme connu sous le nom de P.A.S (parental aliénation syndrome ou syndrome d’aliénation parentale). L’enfant enlevé vit, d’abord, un choc émotionnel brutal occasionné par la séparation subite avec l’autre parent chez qui il vivait habituellement. Dans la foulée, il perd tous ses repères : amis, école, habitudes de vie. Par ailleurs, les circonstances mêmes de l’enlèvement sont souvent périlleuses pour l'enfant.
L'enfant doit en outre s'adapter à de nouvelles conditions de vie, avec l’autre parent. Ces conditions de vie sont souvent moins bonnes pour l'enfant que celles qu'il a du quitter. L'enfant doit réaliser un travail d'adaptation important.
L'enfant est enfin souvent victime d'un travail de sape du parent victime, accompli par l'autre parent. Ce travail de manipulation est en effet une façon pour le parent qui a enlevé l'enfant de se convaincre et de convaincre l’enfant de la légitimité de son acte. Les effets de cette situation sur l'enfant sont désastreux. On constate souvent que l'enfant enlevé, pour ne pas se mettre en péril, reproduit le point de vue du parent auteur du rapt. L’enfant invente même des choses, qu’il croit vraies, pour justifier son attitude nouvelle.
Comment sortir de l’impasse ?
Comment empêcher un enlèvement parental ?
Comment résoudre un enlèvement parental ?
Comment, plus simplement, sortir de l’impasse dans laquelle on se trouve quand un parent estime être au-dessus des lois, se trouver dans son " droit ", affirme agir " dans l’intérêt de son enfant " et estime être le seul à même à pouvoir élever son enfant ?
Les réponses qui peuvent être données sont multiples, diversifiées et complexes. Elles sont d’ordre préventif, psycho-médico-social, politique, judiciaire (civil et/ou pénal), national et international, … La problématique des enlèvements parentaux est en réalité l’affaire de beaucoup d'intervenants différents. Tous ont un rôle à jouer. L'important est d'être conscient que le travail de chacun doit être mené en coordination et en collaboration avec celui des autres.
Les réponses d’ordre préventif.
Il est important d'insister sur les réponses d'ordre préventif. Celles-ci sont essentielles, en raison de la difficulté d’arriver à un dénouement heureux des dossiers d’enlèvements parentaux internationaux et des traumatismes provoqués par l'enlèvement
Il existe de nombreuses formes possibles de prévention :
Les réponses d’ordre judiciaire.
Le judiciaire, pénal et civil, trouve sa place, parmi les différents intervenants en matière d'enlèvements parentaux. Il est possible d'améliorer la qualité de la réponse judiciaire, en agissant à différents niveaux.
Sur un plan national :
Sur un plan international :
Mesures à prendre lors d’un retour d’un enfant auprès de son parent qui exerce l’hébergement.
Il ne suffit pas d'améliorer la prévention, la qualité de la réponse des différents intervenants et la concertation entre les intervenants. Il faut également se soucier de permettre un retour de l'enfant dans de bonnes conditions, lorsqu'un dossier d'enlèvement se dénoue.
Un exemple concret : l'expérience du parquet de Bruxelles.
Depuis de nombreuses années, le parquet de Bruxelles est particulièrement attentif à la problématique des enlèvements parentaux. Il a pris un certain nombre d'initiatives qui montrent qu'il est possible de passer de la théorie à la pratique.
Conclusions.
L’augmentation du nombre de mariages dits mixtes, reflet de la situation de la société belge et la libre circulation des personnes en Europe, accroît le risque de franchissement des frontières en cas de mésentente ou de séparation entre les parents.
La justice belge est dès lors confrontée de plus en plus souvent à des enlèvements parentaux internationaux. Les enfants sont enlevés par un des deux parents qui entend ainsi exercer par la force un droit qui ne lui a pas été accordé ou insuffisamment à son estime par la justice.
Les enfants victimes de ces situations sont en état de souffrance et souvent même en situation de danger psychologique, sans parler du parent victime.
Une priorité doit être donnée à ce type de problématique et les moyens doivent suivre.
Le travail du judiciaire et des services de police doit être amélioré et rendu plus efficace.
Les conventions internationales doivent être renforcées.
La collaboration entre les services doit être plus étroite et régulière.
Les mécanismes préventifs doivent être multipliés.
Le public et les intervenants doivent être mieux informés.
De nouveaux outils doivent être imaginés afin de compléter les moyens actuellement en place.
Beaucoup de choses encore doivent être entreprises et réalisées. Aucun intervenant ne détient seul la clé du problème. Le concours et la volonté de tous sont nécessaires pour que les choses changent, afin de rencontrer l’intérêt et le bonheur de nos enfants.