![]() |
Richard STRAUSS 1864 - 1949 |
|
|
|
Son père, Franz Strauss, était membre de l'orchestre de la Cour de Munich ; von Bulöw avait l'habitude de l'appeler 'le Joachim du cor'. Il avait épousé une des filles du brasseur Pschorr. Le jeune Strauss n'avait pas encore atteint l'age de cinq ans, qu'il eut déjà des leçons de piano d'Auguste Tombo, deux ans après Bruno Walter lui donnait des leçons de violon. Il avait beaucoup de talent, tant pour le premier que pour le second de ces instruments. En outre depuis 1870, il composait lui-même. En 1874, il entra au Lycée, "je m'y suis mortellement ennuyé mais j'ai tenu bon jusqu'à la fin et je crois que cela ne m'a pas nui". A cette époque ses préférences allaient avant tout à la musique de chambre. Ses goûts étaient curieux, il jugeait que Mozart était encore plus complet et plus universel que Beethoven, estimait que la Symphonie Jupiter était, à sa connaissance, le summum du sublime, tandis qu'en écoutant la Grand'Messe de Bach, il n'avait d'oreille que pour la grande artisticité du contrepoint. Faisons remarquer qu'il avait vingt-quatre ans à ce moment. En 1879, il notait à propos de Lohengrin " L'introduction est un bruissement de violons en la majeur et dans les registres les plus élevés. Tout cela produit de l'effet, sans doute, mais cet effet est excessivement doucereux et morbide, comme tout cet opéra d'ailleurs." Un an après, il confessait encore, qu'à son jugement, Tristan n'était qu'un chaos et, aussi tard que 1884, il condamnait le contrepoint de ce drame musical, parce que tout à fait défectueux. Ayant quitté le Lycée, après avoir subi l'examen de maturité (1882), il entra à l'Université où il suivit les cours de philosophie, d'histoire de la civilisation et de littérature. Entre-temps il se produisit quelques fois comme pianiste et violoniste et composait successivement des symphonies, des sonates et des concertos. En 1884, Hans von Bulöw lui promit de faire exécuter par l'orchestre à Meiningen, sa Sérénade pour instruments à vent, op 7, ; Strauss devait diriger l'exécution sans qu'il n'y eût eu aucune répétition préalable et alors qu'il n'avait encore jamais dirigé. Les faits prouvèrent que Strauss était un chef d'orchestre né. En conséquence, il fut nommé, en 1885, chef d'orchestre à la Cour grand-ducale de Meiningen. Avec beaucoup de gratitude et autant de franchise, il a consigné dans ses Souvenirs dédiés à Hans von Bulöw, combien il apprit à l'école de von Bulöw (1909). Mais sa rencontre avec Alexandre Ritter, violoniste de l'orchestre, et qui acquit Strauss à la musique de Wagner et de Liszt, fut plus importante encore. Durant l'année qu'il passa à Meiningen, Strauss composa peu ; il n'y produisit que la Burlesque pour piano et orchestre. En 1886, il retourna à Munich : il y serait troisième maître de chapelle à l'Opéra Royal. Il appert des lettres écrites à von Bulöw, que la qualité problématique des exécutions musicales à Munich était pour Strauss un sujet d'éternelles vexations, non moins que la résistance contre laquelle il se butait, en voulant introduire dans l'orchestre la discipline de von Bulöw. En 1888, il composa sa première oeuvre immortelle, que d'aucuns décrètent même son chef-d'oeuvre tout court : Don Juan. A l'occasion de cette composition, il écrivit à von Bülow : "Il me semble que l'unique possibilité pour le développement ultérieur et indépendant de notre musique instrumentale réside dans la reprise de la tradition inaugurée par Beethoven, je veux dire le Beethoven de la dernière manière, celui des Ouvertures de Coriolan, Egmont, Léonore III, autant d'oeuvres qui ne peuvent se concevoir sans prémices poétiques." Don Juan est la déclaration d'un jeune amoureux : en 1887, Strauss rencontra pour la première fois la soprano lyrique Pauline de Ahna dont, durant plusieurs années, il fut le répétiteur ; il l'épousa en 1894. Appuyé par von Bülow, Strauss fut nommé chef d'orchestre à Weimar en 1889, et de 1894 à 1898, il travailla de nouveau comme maître de chapelle à Munich. Par la suite il fut nommé chef d'orchestre à la Cour de Berlin. ; en 1908, il devint Generalmusikdirektor ; de 1917 à 1920, il était professeur du cours supérieur de composition à l'Université Musicale tandis que de 1919 à 1924, il dirigeait avec Schalk, l'Opéra National de Vienne ; Depuis, il a vécu à Garmisch ou dans son palais de Vienne, absorbé par son travail. On peut dire, qu'il a dirigé tous les orchestres européens, pour l'exécution, non seulement de ses propres oeuvres, mais aussi de celles des autres. Il semble bien, que les préférences qu'il avait toujours montrées pour Mozart vis-à-vis de Beethoven, se sont maintenues toute sa vie. Comme aucun lien fort étroit, ne semble avoir exister entre les événements, d'ailleurs peu romanesques, de la vie de Strauss et ses compositions, qui sont, autant dire innombrables, nous traiterons d'abord de l'évolution de Strauss comme compositeur. A Don Juan succédèrent quelques poèmes symphoniques : Tod und Verklärung (1889), Till Eulenspiegel (1893), Also sprach Zarathustra (1896), Don Quichote (1897), Ein Heldenleben (1898), Sinfonia domestica (1903) et Alpensymphonie (1915). Guntram inaugure une longue série de drames musicaux, parmi lesquels nous signalerons Feuersnot (1900), Salomé (1905), Elektra (1908) et der Rosenkavalier (1910), Ariane auf Naxos ('1912, retravaillé et modifié profondément en 1917), de ses opéras ultérieurs nous ne citerons que Arabella (1933) Depuis 1917, les nouvelles compositions de Strauss se révèlent chacune à sa façon et l'une un peu plus que l'autre, émaner d'un art qui s'épuise à s'imiter soi-même, en des copies de plus en plus vidées de sens et d'esprit. On peut se demander, si ce phénomène n'est pas le signe d'une âme, qui se concentre de plus en plus sur le contenu purement matériel des choses. Mais dès avant 1910, cette régression avait commencé. Si Don Juan et Eulenspiegel constituent deux somment dans la série des poèmes symphoniques, Ein Heldenleben est grandiloquence pure dans la plupart des ses parties, et essentiellement superficiel, pour ne rien dire de tels passages dont l'unique vertu est de nous crisper (surtout les coquetteries de la "Camarade"), tandis que le réalisme rien qu'extérieur prédomine de façon inquiétante dans la Domestica et la Alpensymphonie. Les drames musicaux Salomé et Elektra sont des chefs-d'oeuvre dans leur genre, encore faut-il que l'on soit à même de supporter ce sadisme. D'aucuns placent le Chevalier à la Rose à côté du Figaro de Mozart. Sans doute, son érotisme révélant une individualité à peine pubère et par sa conception de vie plus que légère, la composition de Strauss n'est pas sans offrir quelques similitudes avec celle de Mozart ; mais pour nos goûts la première manque les qualités qui ennoblissent la seconde et la rendent généralement humaine. On est navré quand, enveloppant d'un seul regard toute la production de Strauss, on constate que ce compositeur, à peine âgé de 24 ans, était capable de créer un chef-d'ouvre de la trempe de Don Juan, évolua de plus en plus vers un réalisme de pure forme, qui lui faisait déclarer avec emphase, qu'il se sentait capable de "décrire un verre de bière". Et durant plus d'un quart de siècle, il se démarqua soi-même, avec une technique magistrale, certes, mais avec une inspiration dont l'indigence s'accusait avec plus de relief à chaque composition. Pourtant dans Métamorphoses (1945), il a retrouvé la généreuse inspiration d'antan et cette symphonie pour cordes est devenue son chant du cygne. On a discuté longuement les rapports qui existaient entre Strauss et les Nationaux -Socialistes. Il faut avouer en effet que cet homme gâté et comblé par la fortune, n'a pas fait preuve de beaucoup de courage, lorsque le régime politique changea dans son pays. C'est ainsi qu'il accepta immédiatement de diriger un concert à la place de Bruno Walter, auquel l'autorité du moment avait défendu de tenir la baguette. Et cependant il ne manque pas d'indices, prouvant que les rapports entre les dirigeants et Strauss étaient plutôt tendus. Et de fait, le compositeur vivait complètement seul et isolé dans sa campagne à Garmisch. On a prétendu, d'autre part, que sa dernière composition, Métamorphoses, serait un thème inspiré par la défaite et la chute de l'Allemagne. La chose, quoique possible, est peut probable.
|