| Giuseppe VERDI
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Acte
1
Dans son château des environs de Séville, le vieux
marquis de Calatrava rend visite à sa fille, la comtesse Leonora de Vargas, pour lui
souhaiter le bonsoir. Il ignore qu'elle n'attend que son départ pour fuir avec I'homme
qu'elle aime, don Alvaro, un Péruvien que sa race - il a du sang inca - exclut de la
noblesse espagnole. Le marquis ayant enfin regagné ses appartements, Leonora confie à sa
suivante, Curra, le remords qu'elle éprouve à rompre avec sa famille. Telles sont ses
dispositions quand parait don Alvaro. Leonora lui propose timidement de remettre
I'enlèvement à la nuit suivante, afin qu'elle puisse revoir une fois encore son père.
Le jeune homme croit comprendre qu'elle ne I'aime plus et se drape dans sa dignité, ce
qui conduit Leonora à protester de ses sentiments. Mais il est écrit qu'elle ne pourra
pas "le suivre au bout du monde". Le marquis, peut-être alerté par
tous ces éclats de voix, revient inopinément et surprend les amoureux. il accuse Alvaro
de séduire sa fille et tient sur ses origines des propos outrageants. L'infortuné métis
se borne à jurer que, ses intentions sont pures et, en signe de soumission, quitte ses
armes. Mais un pistolet, en tombant sur le sol, part accidentellement et blesse
mortellement le marquis, lequel, avant d'expirer, trouve tout juste le temps de maudire
Leonora.
Acte 2
Dans une auberge de campagne, Leonora, déguisée en homme
et accompagné du muletier Trabuco, reconnaît parmi les autres convives son frère don
Carlos de Vargas, lui-même travesti en étudiant. Elle a profité de la confusion qui a
suivi la mort de son père pour prendre la fuite, non pas avec Alvaro qu'elle a perdu de
vue, mais dans I'intention de gagner un couvent où elle finira ses jours. Don Carlos de
son côté s'est mis en chasse pour venger le marquis et I'honneur de la famille. Tandis
que Leonora se cache, Carlos et ses compagnons écoutent les propos de la bohémienne
Preziosilla qui, à ses talents de diseuse de bonne aventure, joint un petit négoce
d'agent recruteur. Après avoir dépeint sous les plus riantes couleurs la guerre qui
vient d'éclater en Italie, elle lit dans la main de Carlos qu'il n'est pas étudiant et
que son avenir n'est pas des plus enviables. Un groupe de pèlerins vient à passer, et
chacun se joint à leurs prières. Carlos ne se laisse pas pour autant détourner de son
obsession justicière. Troublé par l'apparition de Leonora qu'il a aperçue tout à
I'heure, sans toutefois la reconnaître, il essaie de questionner à son sujet son
compagnon le muletier. Mais Trabuco reste évasif et interroge à son tour "Je
suis Pereda, riche d'honneur ...", répond le faux étudiant Pereda, ajoutant
qu'il a quitté I'université de Salamanque pour aider son ami Vargas à rechercher et
châtier le misérable qui a tué son père et déshonoré sa soeur. Leonora, qui s'est
bien gardée de se montrer, apprend ainsi qu'Alvaro est toujours en vie et pense qu'il
I'abandonne à son sort.Il fait à peine jour quand Leonora arrive à la porte du couvent.
La course depuis I'auberge I'a épuisé. Elle adresse à la Vierge une ardente prière
avant de sonner à I'huis. Le Frère Melitone trouve fort mauvais d'être dérangé à
pareille heure et invite le visiteur, d'un ton fort bourru, à revenir plus tard. Il finit
pourtant par se laisser fléchir et conduit Leonora auprès du Père Supérieur, prieur du
couvent. Celui-ci s'effraie d'abord en découvrant qu'il a affaire une femme et, qui plus
est, à Leonora de Vargas. Mais la jeune fille le supplie de ne voir en elle qu'une
pénitente, dont le seul désir est de rester cloîtrée pour toujours dans une cellule
isolée dépendant du monastère. Le Père Supérieur convoque tous les moines dans le
choeur de la chapelle et leur fait jurer, sous peine de damnation, de ne jamais
s'approcher de l'ermitage de Leonora. En cas d'extrême nécessité, la recluse pourra
faire tinter une clochette qui alertera le prieur. L'acte s'achève sur ne prière
générale, dominée par la voix de Leonora.
Acte 3
Alvaro, devenu capitaine sous un nom emprunt dans les
forces espagnoles qui guerroient en Italie, médite sur sa destinée tout en faisant les
cent pas entre les tentes du camp de Velletri. "La vie est un enfer pour le
malheureux ..." crie-t-il, contant comment son père, un Espagnol, qui épousa
une princesse inca et tenta de fonder au Pérou un état indépendant; comment lui-même
naquit en prison peu avant I'exécution de ses parents, et comment le malheur le
poursuivit dans ses amours avec Leonora, qu'il croit morte. Un cri I'arrache à ses
réflexions. il se précipite et sauve la vie d'un officier mêlé à une rixe: Carlos en
personne! Les deux hommes, ne se connaissant pas, se jurent une amitié éternelle. Le
branle-bas de combat met fin à cette scène touchante et t ils courent ensemble aux avant
postes. Grièvement blessé, Aivaro a été transporté dans la tente de Carlos. qui le
félicite sur sa bravoure et lui promet l'Ordre de Calatrava. Alvaro, en entendant
prononcer ce nom, ne peut se défendre de tressaillir. Pris d'un funeste pressentiment, il
confie à son ami la clé d'un coffret, en le priant d'en brûler le contenu s'il venait
à mourir. Carlos s'y engage. Les infirmiers ayant emport Alvaro sur sa civière, Carlos
resté seul examine curieusement la cassette, et diverses associations d'idées I'incitent
à violer sa promesse. Il ouvre le coffret, d'où tombe un portrait de Leonora. Son flair
ne I'avait donc pas trompé! Son compagnon d'armes est bien le "satané Inca"
qu'il recherche depuis si longtemps. Pourvu qu'il en réchappe, et ne meure pas d'une
autre main que la sienne! Le chirurgien, heureusement, est optimiste. Don Carlos donne
fibre cours à sa joie. Deux mois ont passé. Sur une place de Velletri où défilent
pêle-mêle des militaires espagnols et italiens, des moines et des civils. Alvaro tout
juste guéri rencontre Carlos qui lui demande s'il se sent assez bien pour se battre en
duel. "Avec qui ? " questionne Alvaro. Mis au courant de la véritable
identité de son ami, et apprenant que Leonora vit toujours, il refuse d'abord de tirer
l'épée. Quelques insultes I'y décident, mais d'autres soldats séparent les
combattants. Alvaro désespéré décide de se retirer, lui aussi, dans un couvent. Des
scènes pittoresques où reparaissent le Frère Melitone, Preziosilia et Trabuco devenu
colporteur, complètent ce troisième acte jusqu'à la chute du rideau.
Acte 4
Cinq ans plus tard, une foule de mendiants est rassemble
dans la cour du monastère, attendant la distribution de la soupe. C'est Melitone,
toujours aussi maussade, qui est chargé de I'opération, et les indigents ne se privent
pas de comparer ses mauvaises manières à celles du doux et pieux Frère Raphaël.
Melitone furieux les chasse à coups de gamelle; cela lui vaut une semonce du Prieur qui
l'invite plus de charité chrétienne.La cloche de I'entrée sonne et don Carlos parait,
demandant le Frère Raphaël. Après quelques palabres, Melitone va chercher ...Alvaro, et
Carlos triomphe. C'est en vain que "le métis" s'est caché! Alvaro
refuse l'épée que l'autre lui tend, demandant grâce, jusqu'à ce que Carlos le frappe
au visage en observant que les sang-mêlé sont tous des lâches. Ils sortent pour se
battre. Leonora, sur le seuil de son ermitage, prie pour la paix. Un bruit confus qui se
rapproche I'oblige à rentrer précipitamment dans sa cellule. Ce sont Carlos et Alvaro
qui ferraillent. Carlos tombe, mortellement atteint, et réclame le secours d'un prêtre.
Tandis que son adversaire se désespéré d'avoir, une fois encore, tu malgré lui,
Leonora agite sa cloche d'alarme et sort. Elle reconnaît Alvaro, qui en quelques mots la
met au courant de ce qui vient de se passer, se précipite au secours du blessé, et
pousse un cri. Son ferre a rassemblé ses dernières forces pour la poignarder.Alvaro
accuse le Ciel des malheurs qui I'accablent. Il faut pour le ramener à la raison les
exhortations du Prieur, auxquelles Leonora expirante joint la voix de I'amour et de la
résignation. |