| Giuseppe VERDI
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Acte1
La vengeance
A Milan, sur la place de la Cathédrale
Saint-Ambroise
Une musique joyeuse se fait entendre à l'intérieur de l'édifice sacré. Ainsi que nous
l'apprenons, grâce aux propos échangés par la foule, on donne un service d'action de
grâces pour fêter la réconciliation d'Arvino et de Pagano, tous deux fils du seigneur
Folco et, naguère prétendants à la main de la belle Viclinda ; C'est Arvino qui l'a
emporté. Soupirant éconduit, Pagano a tenté d'assassiner son frère, ce qui lui a valu
plusieurs années d'exil. Apparemment revenu à de meilleurs sentiments, il a été
autorisé à rentrer au pays. Mais tandis qu'il embrasse son rival, les assistants et
Arvino lui-même s'interrogent sur la sincérité de son repentir. Seules Viclinda, femme
d'Arvino et Giselda, fille de ce dernier, manifestent un enthousiasme sans mélanges.
Arrivée d'un prieur avec des nouvelles de la croisade prêchée par Pierre l'Ermite pour
la délivrance de Jérusalem. Arvino a été proclamé chef des Croisés lombards. Pagano
ne tarde pas à nous éclairer sue ses véritables sentiments. Tandis qu'un choeur de
religieuses demande au Seigneur d'inspirer la paix aux hommes, il se moque de l'inutilité
d'une telle prière et ironise sur son prétendu repentir après toutes les souffrances
qu'i a endurées. Il confie à Pirro, écuyer de son frère, sa ferme intention de
s'approprier Viclinda. Tout prêt à l'aider ; Pirro se fait fort d'utiliser, le moment
venu, une bande d'assassins en puissance qui se tient à sa disposition. C'est là
qu'intervient le choeur des sicaires, personnages intrépides, du moins s'en vantent-ils,
mais sans foi ni loi et toujours prêts pour quelque basse besogne.
Une galerie du Palais de Folco conduisant aux appartements principaux
Sérieusement ébranlée, la belle confiance de Viclinda et Giselda, quant à l'état
d'esprit de Pagano, a fait place au doute et à la peur. Alarmé par des fruits de pas
qu'il entend autour de lui, Arvino confie aux deux femmes le soin de veiller sur Folco,
lequel doit justement passer la nuit chez son fils. Arvino sort pour essayer de
déterminer ce qui se passe ; Viclinda et Giselda implorent la Vierge et quittent le
plateau. Surgissent Pirro et Pagano. Certain que son frère s'est déjà retiré pour la
nuit. Pagano pénètre chez lui, le poignard à la main et la rage criminelle au coeur.
Pendant ce temps, Pirro constate avec stupéfaction que ses hommes ont mis le feu au
palais. Il dégaine son épée et se précipite pour voir comment les choses évoluent.
Entraînant une Viclinda qui résiste désespérément, Pagano revient et se rit des
appels à l'aide de sa victime : "Il n'y a personne pour écouter".
Mais voici Arvino criant : "Moi, je t'écoute !". Pagano considère,
d'un air hagard, sa lame dégoulinante de sang. Arvino lui apprend qu'il vient
d'assassiner son père. Pendant ce temps là, la foule s'est rassemblée. Des voix
s'élèvent qui condamne le parricide à un nouvel exil. Le rideau tombe sur cette scène
d'horreur et de désolation.
Acte 2
L'homme de la caverne
Une salle du Palais d'Acciano à Antioche
Les ambassadeurs informent leur maître de l'arrivée imminente des Croisés lesquels,
précisent-ils, se conduisent en envahisseurs et sème la ruine sur leur passage. Mais
Allah punira ces perfides et, brûlant d'une même ardeur, son peuple les détruira. Tout
le monde se retire. Arrivent Sofia, femme d'Acciano, secrètement convertie au
christianisme et son fils Oronte. Celui-ci évoque son amour pour Giselda, la jeune
chrétienne prisonnière dans le harem du tyran. Sofia approuve cette passion car elle
voit là le chemin qui mènera son fils vers la religion du Christ. Aussi exprime-t-elle
sa joie lorsque Oronte lui confie qu'il a été bien des fois tenté de se convertir. Car,
ajoute-t-il, il ne peut y avoir de vrai Dieu que celui que cet "ange adore".
Dans le désert, une montagne dans laquelle s'ouvre une caverne
L'Ermite qui vit en ce lieu tend l'oreille, cherchant à déceler des bruits de combat. Il
a hâte d'entendre retentir le "Dieu le veut" des Croisés arrivant
pour reprendre les Lieux Saints aux infidèles. Voyant approcher un musulman, l'Ermite
veut disparaître au plus vite dans sa caverne mais le nouveau venu le supplie, lui dont
les vertus sont connues de par le vaste monde, de lui dire quel pardon il peut espérer
ici-bas. Dévoilant sa qualité de Lombard, Pirro, car c'est de lui qu'il s'agit, confesse
ses crimes ; il a prêté la main à un parricide, renié sa foi par couardise et offert
ses services aux infidèles. Au point que les murs d'Antioche sont confiés à sa garde.
Tandis qu'au loin, mais de plus en plus rapprochées, sonnent les fanfares des Croisés,
l'Ermite fait entrer Pirro dans sa caverne et lui déclare que pour le rachat de ses
péchés il devra livrer la ville à ses compatriotes. Pirro jure d'ouvrir, cette nuit
même, un accès dans les murailles impies. Profondément bouleversé parce que les
Croisés qui arrivent appartiennent au contingent lombard, l'Ermite laisse Pirro dans sa
caverne et sort, avec son casque et son épée. Pendant ce temps, l'armée des Croisés,
précédée par Arvino, se déploie sur la montagne. L'Ermite boucle la courroie de son
arme et abaisse sa visière. Apprenant qu'il est bien celui que l'on nomme "l'homme
de la caverne", Arvino lui demande de prier pour le succès de leur cause. "Sais-tu
l'homme que tu invoques ?" interroge l'Ermite. "Oui" répond
Arvino car "tous parlent de toi, on raconte partout dans ce pays que Dieu se
manifeste à ta foi." Arvino ajoute que sa fille a été enlevée par les
musulmans et qu'il a tenté, en vain, de la délivrer. L'Ermite lui donne l'assurance
qu'il la reverra. Aux soldats lombards, il annonce que cette nuit même ils pourront
dresser leurs tentes à l'intérieur d'Antioche, à la seule condition de le suivre avec
confiance. Anticipant sur la victoire, tous ceux présents attaquent un hymne de
réjouissances.
Le harem d'Acciano
Un chur de femmes évoque la bonne fortune de Giselda, la "belle
étrangère", qui règne sur le cur d'Oronte. Pourquoi a-t-elle quitté la
maison de ses pères ? L'insensée assistera bientôt au massacre de sa famille et de ses
compatriotes. Cessant brusquement chants et danses, les femmes se retirent et Giselda se
met à prier. Tandis qu'elle implore sa mère au ciel, des cris de terreur se font
entendre. Pourchassés par les Croisés, des soldats turcs traversent la scène.
Surgissant à son tour, Sofia apprend à Giselda qu'un traître a guidé l'ennemi dans la
place et que son époux et son fils ont été massacrés. "Tiens, voici le
furieux qui les a tués !" s'écrie-t-elle en voyant apparaître Arvino suivi de
l'Ermite et des Croisés. Arvino veut embrasser sa fille. Celle-ci le repousse avec
horreur car elle aimait Oronte. Au bord de la démence, elle déclare que Dieu n'a jamais
voulu un tel carnage. "Non, Dieu ne le veut pas !" hurle Giselda sui,
nouvelle Cassandre, prophétise sur les malheurs futurs des peuples d'Europe. Rendu
furieux par ce qu'il considère comme un sacrilège, Arvino veut tuer sa fille. Mais
l'Ermite et les autres personnages le retiennent ; la pauvre n'a-t-elle pas perdu la
raison ?
Acte 3
La conversion
Dans la vallée de Josaphat, entre Jérusalem
et le Mont des Oliviers
Croisés et pèlerins chantent les beautés de la cité promise et rappellent les fléaux
qui se sont abattus sur les Lieux Saints. En s'éloignant, ils prédisent, en outre, la
venue prochaine des invincibles guerriers libérateurs. Entre Giselda, seule. Ayant fuit
le camp paternel dont l'atmosphère l'oppressait, elle erre maintenant dans le désert et
se lament sur ses pensées qui ne sont qu'amour. A sa grande stupéfaction, Oronte qu'elle
croyait mort se présente sous le costume lombard. Il la prend dans ses bras et lui
raconte que le fer d'Alvino n'a fait que l'étourdir. Animé par le seul désir de la
revoir avant de mourir, il a tout abandonné pour la retrouver, Giselda lui avoue son
amour et se déclare prête à partager sa destinée, quels que soient les dangers qui le
menacent. Elle dit adieu aux tentes lombardes tandis qu'Oronte mais l'accent sur ce que
l'un et l'autre abandonne pour satisfaire à leur mutuelle passion. Des cris de guerre
retentissent au loin. Les deux amoureux s'enfuient.
Dans la tente d'Arvino
Arvino donne libre cours à sa fureur et maudit sa fille sacrilège. Des chevaliers
viennent l'informer de la présence de son frère Pagano dans le camp des Croisés. Chacun
se demande ce que l'infâme assassin vient y faire. Mais n'est ce pas là un signe du ciel
et le temps de la vengeance n'est-il pas venu ? Emporté par la colère, Arvino se met
lui-même à la recherche du parricide pour le transpercer de son épée.
Une grotte, dans le fond les rives du Jourdain
Giselda soutient Oronte blessé et l'aide à s'étendre sur une pierre. Oronte sent que sa
fin est proche mais Giselda s'accroche à l'espoir insensé que les soins qu'elle lui
donnera le ramèneront à la santé. Hors d'elle-même, elle invective le Dieu de son
peuple et lui reproche de lui avoir ravi sa mère, de lui réserver des jours funestes et,
maintenant, de lui enlever son amour, son seul réconfort. Arrive l'Ermite. "Qui
accuse Dieu ?".interroge-t-il. Cet amour est un crime, ajoute-t-il, mais il peut
mener à une vie nouvelle si Oronte accepte de se convertir. Oronte y consent
effectivement avec enthousiasme et l'Ermite va puiser de l'eau du Jourdain. Tous les trois
se réjouissent mais, sentant ses dernières forces décliner, Oronte dit à Giselda qu'il
l'attendra au ciel et meurt. Pendant que le rideau tombe l'Ermite prononce des paroles
d'espérance et assure à la jeune femme qu'un jour, parmi les anges, son amour trouvera
sa récompense.
Acte 4
Le Saint Sépulcre
Une grotte
Giselda endormie rêve que des esprits célestes lui ordonnent d'être joyeuse parce
qu'une âme est montée au Ciel. "Viens. Qu'il te soit donné de partager ces
délices." Se levant, toujours endormie, elle voit Oronte et s'étonne qu'il ne
lui parle pas, Oronte lui dit alors que le seigneur a entendu sa prière 'Va, dit aux
tiens de garder l'espoir car le courant de Siloé leur apportera ses eaux
bienfaisantes." La vision disparaît. Giselda se réveille et s'interroge sur la
signification de rêve ' Ce n'est pas seulement un rêve," décide-t-elle, mais
l'annonce de la victoire future des Croisés.
Le camp lombard près du tombeau de Rachel
Déprimés, épuisés, Croisés et pèlerins reprochent au Ciel de les avoir arrachés aux
plaines verdoyantes de Lombardie pour les amener dans ce désert aride. Des cris
retentissent au dehors; on a découvert un point d'eau. Pour Giselda qui vient d'enter, il
est certain que le Seigneur a écouté la prière des affligés. Tous se désaltèrent à
la source bienfaisante. Maintenant Arvino est sûr que, ayant étanché leur soif, les
hommes ne seront pas les derniers à escalader les murs de Jérusalem. Ils pourront ainsi
surprendre les musulmans. Le choeur chante la guerre et la victoire prochaine.
Dans la tente d'Arvino
Bruits de bataille au dehors. Arrive l'Ermite, mortellement blessé, soutenu par Giselda
et Arvino. Ce dernier l'installe aussi confortablement que possible. Giselda remarque son
état désespère. Dans son délire, l'Ermite interroge : "Qui êtes-vous ?"
Arvino lui rappelle son nom et c'est alors que, graduellement, l'Ermite révèle qu'il est
Pagano le parricide, celui qui, par deux fois, a voulu assassiner son frère. Que celui-ci
ne le maudisse pas, implore-t-il. Mais au contraire, Arvino pardonne du fond du coeur.
Maintenant Pagano souhaite contempler une dernière fois la ville sainte. Des rideaux
s'écartent, révélant une Jérusalem baignée par le soleil du matin avec les bannières
de Croisés sur les remparts. "Part heureux", dit Giselda "Tu
verras, au sein du Seigneur, mon époux bien aimé et ma mère." Tandis que
Pagano mourrant murmure une dernière prière au Dieu miséricordieux, un chant d'action
de grâces, entonné par les Croisés victorieux, s'élève au Ciel. |