Jacques
OFFENBACH
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Acte
1
Le décor donne le ton de la farce, Dans la campagne, aux
environs de Thèbes, la cabane de l'apiculteur Aristée, dont l'enseigne mentionne un
dépôt de miel au mont Hymette, voisine avec celle d'Orphée, "directeur de
l'Orphéon de Thèbes, leçons au mois et au cachet ".L'Opinion Publique se présente
à l'avant scène, définit son rôle dans l'histoire et s'efface devant Eurydice, qui
vient fleurir la demeure d'Aristée absent. Elle est surprise dans cette occupation par
son mari Orphée, qui ne la reconnaît pas tout de suite et, croyant avoir affaire à
certaine nymphe qu'il courtise, lui joue un petit air de violon. Revenu de son erreur, il
prend les devants et jette les hauts cris Scène de ménage. Orphée, furieux, inflige
l'audition de son dernier concerto à Eurydice qui se bouche les oreilles, puis il prend
la route de Thèbes en proférant des menaces, laissant entendre que le champ de blé
voisin pourrait dissimuler un piège mortel.Aristée paraît, tout faraud, chantant les
joies écologiques d'un humble berger accessoirement fabricant de miel. Mais il cache son
jeu et confie cyniquement au public, en aparté, qu'il n'est pas celui qu'on croit.
Eurydice accourt pour le mettre en garde. Aristée ne fait qu'en rire, et pour cause :
c'est lui qui a suggéré le coup du piège à Orphée. Il va batifoler dans les blés,
suivi d'Eurydice qui se fait pincer, au sens propre. Aristée retrouve aussitôt sa
véritable apparence, celle de Pluton, dieu de Enfers. Il déchaîne un orage et la nuit
tombe, tandis qu'Eurydice agonise mélodieusement et sans souffrance. Mais à peine a
t-elle expiré que Pluton la ressuscite, le temps de lui confier une plume dont elle se
sert pour écrire en lettres de feu, sur la porte du domicile conjugal :
"Je quitte la maison parce que je suis morte. Aristée est Pluton Et le diable
m'emporte.". Tous deux s'enfoncent dans les entrailles de la terre. Orphée, de
retour, manque s'évanouir (de joie) en lisant le message. Mais l'Opinion Publique n'est
pas d'accord et lui enjoint de porter plainte "pour l'édification de la
postérité".
Acte 2
Le sommet de l'Olympe, entouré de nuages sur lesquels les dieux mollement
allongés chantonnent tout en ronflant. Seul Morphée ne dort pas et entretient leur
sommeil en leur agitant des pavots sous le nez Cupidon, puis Vénus, puis Mars, fatigués
d'un petit voyage à Cythère, viennent grossir l'effectif des dormeurs. Une fanfare dans
le lointain, qui se rapproche peu à peu, réveille enfin Jupiter qui a reconnu l'appel de
Diane. Tous les dieux se lèvent en baillant. Entre en effet Diane, très affligée
d'avoir perdu la trace du beau berger Actéon. Jupiter avoue qu'il l'a changé en cerf en
faisant courir le bruit que Diane elle-même a exigé cette transformation. "Pour
sauver les apparences, to ut est là ! " Diane fait observer au maître des dieux que
lui-même n'est pas tellement respectueux du qu'en-dira-t-on, et la jalouse Junon dresse
l'oreille. Mars, Vénus et Cupidon, à leur tour sur la sellette, rouspètent ferme et
Jupiter, son autorité bafouée, est en pleine bagarre avec son acariâtre épouse quand
survient Mercure, retour des Enfers où, dit-il, on s'amusait beaucoup en l'absence du
maître qui découchait depuis quinze jours. Pluton vient seulement de rentrer chez lui en
compagnie d'une petite femme et... le voici justement qui arrive dans un grand bruit de
fer raille, escorté de trois démons. Le dieu des Enfers hume voluptueusement
l'"odeur de déesse et de nymphe", etc., mais, devant la sombre mine de Jupiter,
se tient sur ses gardes. Il n'a pas tort, car son patron l'attaque aussitôt sur sa vie
privée, avec des précisions qui le laissent pantois. L'entrée des autres dieux en
pleine "manif ", clamant qu'ils en ont assez du nectar et de l'ambroisie, le
tire provisoirement d'affaire. Jupiter a beau stigmatiser l'immoralité de Pluton, qui
vient d'enlever la femme du "violoneux Orphée", la révolte tourne à sa
confusion. Diane, Cupidon, Vénus et Pluton lui-même lui rappellent cruellement ses
propres frasques, et Junon épouvantée parle de divorce avant de s'évanouir. Mercure met
fin au tumulte en annonçant deux visiteurs : Orphée lui-même, accompagné de l'Opinion
Publique. Le premier, sous la pression de la seconde, réclame son Eurydice comme s'il la
regrettait pour de bon (citation de Gluck) et dénonce le coupable : Pluton. Jupiter, qui
a une idée derrière la tête, rend son verdict : il se rendra aux Enfers en personne,
pour enquête. Les autres dieux, ravis de l'aubaine, décident de l'accompagner. Seuls se
lamentent les bénéficiaires du rapt, Pluton et Orphée.
Acte 3
Dans le boudoir de Pluton, Eurydice s'ennuie ferme après
quarante-huit heures de séquestration avec pour seule compagnie, d'ailleurs
intermittente, un domestique ridicule. Celui-ci s'annonce pour l'énième fois, affectant
de croire qu'on l'a sonné. Il a bu tant d'eau du Léthé qu'il se laisse aller aux
confidences ; serviteur de Pluton sous le nom de John Styx, il a été jusqu'à sa mort un
puissant personnage, le roi de Béotie. Devenu malgré lui le geôlier d'Eurydice, il ne
cache pas le tendre sentiment que lui inspire sa prisonnière. Mais il n'est pas ivre au
point d'oublier sa consigne et refoule Eurydice dans ses appartements quand se
présentent, en se bousculant à l'entrée. Jupiter et Pluton. Le premier est décidé à
faire la connaissance d'Eurydice, que le second s'obstine à lui cacher. En désespoir de
cause, Jupiter convoque les trois juges des Enfers et fait comparaître comme témoin le
portier Cerbère, mais tous sont à la solde de Pluton et Jupiter est finalement obligé
d'avoir recours à sa foudre pour rétablir l'ordre Cupidon intervient alors et. Avec
l'aide de sa petite troupe de policiers de l'amour, il découvre l'endroit où est
enfermée la pauvre Eurydice. La porte étant fermée à clef, Cupidon aide Jupiter à se
métamorphoser en mouche pour parvenir auprès d'Eurydice par le trou de la serrure. Pour
commencer, la jeune femme ne voit qu'une mouche une très grosse mouche qui tourne autour
d'elle en zonzonnant et garde ses réflexions pour le public, Eurydice poursuit l'insecte,
fini, par l'attraper avec son voile de gaze et lui donne un baiser, Jupiter n'en attendait
pas plus pour se faire reconnaître C'est l'Olympe qu'il lui promet, ni plus ni moins,
quand il l'aura arrachée au séjour infernal. Mais en attendant, il faut se séparer.
Qu'elle le rejoigne seulement dans une heure, sous un déguisement, à la fête que Pluton
donne en son honneur. Pendant qu'Eurydice va se préparer la mouche sort par la fenêtre.
Pluton, informé de la métamorphose de Jupiter, arrive tout inquiet mais l'insecte a
déjà disparu.
Acte 4
La fête bat son plein sur les bords du Styx, avec la
participation de tous les dieux. Eurydice, costumée en bacchante, conduit le bal avec
entrain. Jupiter l'invite à danser un menuet, que suit un galop échevelé dont les
amoureux comptent profiter pour s'enfuir. Mais leur manège n'a pas échappé à Pluton
qui se dresse devant eux. Nouvelle dispute. Pluton fait observer à Jupiter qu'il a
oublié le mari ; ne s'est-il pas engagé à lui rendre sa femme ? Voici d'ailleurs
Orphée en personne qui, dans une barque conduite par l'Opinion Publique, remonte le Styx
en jouant du violon. Jupiter feint de s'incliner. Son rival qui n'en est plus un, car il
n'a pas pardonné à Eurydice d'avoir mis son "envers à l'Enfer", triomphe
bruyamment Orphée se résigne à récupérer son épouse, mais Jupiter met une condition
à sa magnanimité : "Vers le Styx, gravement, tu vas t'acheminer. En précédant ta
femme, et sans te retourner ! Si, trop pressé de voir ton aimable Eurydice, Tu
désobéissais à ce petit caprice, elle t'échapperait pour toujours, cette
fois."Pluton et quelques autres rouspètent bien un peu, mais le maître a parlé.
L'Opinion Publique ouvre la marche, exhortant Orphée à regarder droit devant lui.
Orphée suit, puis Eurydice voilée conduite par John Styx. Jupiter, qui comptait sur un
mouvement de curiosité d'Orphée, est fort déçu en le voyant atteindre la barque Alors,
il triche. Un rayon de sa foudre atteint dans le bas du dos Orphée qui, surpris, se
retourne. Eurydice disparaît aussitôt et son ravisseur tente de faire valoir ses droits.
Jupiter lui cloue le bec et décide, au mépris de la tradition mythologique, d'attribuer
Eurydice à un troisième larron : Bacchus, qui gagne à cette aventure une prêtresse
particulièrement douée. |