| Giuseppe VERDI
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Le
prologue se situe à Gènes en 1339 ; l'action principale de l'opéra vingt-cinq ans plus
tard.
Prologue
Une place de Gènes
Après un bref prélude orchestral, le rideau se lève sur une place de Gènes ; au fond
l'église San Lorenzo ; à droite le Palais des Fieschi. Il fait nuit, nous découvrons
Paolo Albiani, orfèvre génois, et chef du parti plébéien. Discutant de la prochaine
élection d'un Doge, ils s'accordent pour renverser le pouvoir des patriciens en nommant
à cette haute fonction un candidat plébéien 'Qu'est-ce que tu dis ?", interroge
Paolo, "Lorenzino, l'usurier, élevé à l'honneur de premier abbé"
"Nomme-moi quelqu'un qui en soit plus digne !" réplique Pietro et Paolo propose
: "Le preux, qui chassant de nos mers les pirates africains, rendit au drapeau
ligurien son fier renom d'antan". "J'ai compris
", dit Pietro, et il
se fait fort en échange de l'or, du pouvoir et des honneurs d'amener le peuple à voter
pour Simon Boccanegra. Celui-ci fait son entrée en demandant pourquoi on l'a envoyé
chercher. Paolo répète maintenant sa proposition à Boccanegra, qui pense tout d'abord
qu'il est fou. Paolo lui dit alors que lorsqu'il sera Doge, nul ne pourra rien lui
refuser. Il évoque Maria, fille de Fiesco, que Boccanegra aime et dont il a eu une fille
illégitime. Paolo lui donne à entendre qu'il pourra l'épouser, Boccanegra accepte de se
présenter au parti plébéien. Arrivent alors Pietro et un groupe de citoyens, et il
propose de voter, non pour Lorenzino, mais pour un homme du peuple. "Qui est-ce
?", interroge la foule. "Simon Boccanegra". Il dit alors à tous ceux qui
sont là qu'ils n'ont rien à craindre des Fieschi, qui ont déjà assez de malheur. Il
désigne alors le palais des Fieschi, où une lumière vient d'apparaître à l'une des
fenêtres, signe que quelqu'un est mort dans cette demeure. La foule s'éloigne et Jacopo
Fiesco, noble génois et chef des patriciens, sort tristement du palais Fieschi. Il dit
alors un dernier adieu à ce "palais altier" maintenant devenu le "froid
sépulcre" de Maria, sa fille chérie. Il maudit le vil séducteur de sa fille et
parle de l'âme meurtrie d'un père qui connaît le tourment de la honte et du chagrin.
Survient Boccanegra, ignorant de ce qui est arrivé à sa bien-aimée Maria et songeant
qu'ils seront bientôt réunis, Fiesco ne lui dit rien de la mort de Maria, mais au lieu
de cela, s'emporte contre lui. Boccanegra offre sa vie à Fiesco, qui lui répond qu'il
obtiendra son pardon à condition de lui confier le soin de la petite fille que Maria a
mise au monde. Boccanegra lui déclare qu'une telle chose est impossible : il raconte
alors comment, rentrant un jour à Pise où l'enfant grandissait cher une vieille
nourrice, il apprit que la vieille femme était morte. La fille avait disparu après avoir
pleuré et erré pendant trois jours, et l'on n'avait pas depuis lors, retrouvé sa trace.
Fiesco dit à son tour que si Boccanegra ne peut accomplir son désir, la paix ne pourra
jamais s'établir entre eux. Une fois Fiesco disparu dans l'obscurité, Simon s'approche
du palais. Il frappe à la porte mais la demeure reste muette, il entre dans le palais, et
peu après on l'entend pousser un cri "Maria, Maria". "L'heure de ton
châtiment a sonné
" s'écrie Fiesco. Quand le jour se lève, la foule envahit
la place, acclamant Boccanegra qui vient d'être élu Doge.
Vingt-cinq ans se sont écoulés entre le prologue
et le premier acte. De nombreux événements importants se sont produits durant cette
période. Le Doge a banni un grand nombre de ses adversaires politiques et confisqué
leurs biens. Fiesco vit depuis plusieurs années dans le Palais de Grimaldi, à
l'extérieur de Gènes, sous le nom d'Andrea, tuteur d'Amelia. La fille du Comte Grimaldi
est morte dans un couvent de Pise, et le jour de sa mort on découvrit dans les jardins du
couvent une fille abandonnée que l'on éleva à sa place. Adoptée par Andrea Fiesco,
l'orpheline reçut le nom d'Amelia Grimaldi afin de protéger les biens de la famille
Grimaldi à l'époque où celle-ci était exilée pour conspiration politique. Amelia est
en réalité Maria Boccanegra, la fille de Simon et Maria (la fille morte de Fiesco), mais
ni Simon ni Fiesco ne le savent. Amelia/Maria est aimée d'un jeune aristocrate génois,
Gabriele Adorno, qui est le seul à savoir qu'Andrea et Fiesco ne sont qu'une seule et
même personne. Ils ont autrefois conspiré contre le Doge.
Acte 1
Le jardin des Grimaldi hors de la ville de Gènes
Attendant l'arrivée de Gabriele Adorno, le jeune homme qu'elle aime Amelia, qui rêve sur
la beauté du ciel et de la mer, se souvient de jours de son enfance et de la mort de sa
vieille nourrice. Gabriele apparaît ; Amelia le met en garde du danger qu'il y a à
prendre part à tout complot contre le Doge et lui demande de détourner ses pensées de
la politique pour les consacrer à l'amour. Ils sont interrompus dans leur entretien par
Pietro, venu annoncer l'arrivée du Doge. Amelia raconte à Gabriele que le Doge vient
demander sa main pour son favori Paolo et elle prie d'aller chercher Andrea afin que leurs
préparatifs de mariage puissent être faits au plus vite. Elle se hâte de rentrer au
palais. Survient Fiesco qui raconte à Gabriele les évènements des vingt-cinq dernières
années ayant trait à la véritable identité d'Amelia. Le fait qu'elle ne soit pas une
Grimaldi ne change rien pour Gabriele, qui jure de vouer à la jeune fille un amour
éternel. Fiesco le bénit et l'exhorte à être fidèle non seulement à Amelia mais
aussi à sa patrie. Des sonneries de trompettes annoncent d'arrivée du Doge ; Fiesco et
Gabriele se retirent. Après avoir salué Amelia, Boccanegra lui donne à lire un
parchemin, il s'agit de la grâce accordée aux Grimaldi qui ont été bannis de Gènes
pour intrigues politiques. Il cherche à attirer la jeune fille dans son piège passant au
véritable but de sa visite, qui est de lui demander d'épouser Paolo. Elle devance ses
intentions en lui déclarant que son coeur est déjà pris et qu'elle n'est nullement une
Grimaldi, mais une orpheline. Le seul indice qu'elle possède de sa véritable identité
est un médaillon que sa vieille nourrice lui remit avent de mourir et qui contient le
portrait de sa mère "Dis-moi
", interroge Boccanegra, "là, tu ne vis
personne ?
". Amelia répond qu'un marin avait l'habitude de lui rendre visite
ainsi qu'à la vieille femme qui s'occupait d'elle. 'Celle que le sort t'a ravie",
poursuit Boccanegra, "se nommait Giovanna ?
", "Oui", répond
Amelia. Le Doge sort alors de son pourpoint un médaillon et demande à Amelia de le
comparer à celui qu'elle possède. Ils contiennent l'un et l'autre le même portrait, le
pire et la fille sont enfin réunis. Lorsque Paolo est de retour, Simon l'invite à
abandonner tout espoir de mariage avec Amelia. Furieux de l'ingratitude de l'homme de la
part qu'il a aidé à monter sur le trône, Paolo décide d'enlever la jeune fille.
La salle du conseil dans le Palais des Abbés
Le sénat est réunit. Le Doge est assis sur le trône ; d'un côté douze conseillers
nobles, et de l'autre douze conseillers du peuple, Boccanegra annonce que le roi de
Tartarie offre des présents et des gages de paix. Puis, il lit à haute vois un message
de Pétrarque, qui adjure Gènes de faire la paix avec Venise. Le Sénat, à grands cris,
réclame la guerre mais le Doge poursuit "Voilà Caïn qui dresse sa massue sanglante
en craint sur les deux querelles de l'Italie. L'Adriatique et la Ligurie n'ont qu'une
seule patrie.". La supplique du Doge est interrompue par un bruit de combat montant
des rues voisines. Paolo va voir à la fenêtre, une émeute a éclaté autour du Palais
Fieschi ; il aperçoit Gabriele, poursuivi par la plèbe, qui se dirige en hâte vers le
palais. Réalisant que le complot de l'enlèvement d'Amelia a dû échouer, Paolo lui
conseille à voix basse de fuir avant qu'on ne découvre qu'il y a participé. Le Doge
prévient tout mouvement en ordonnant de garder les portes de la salle et en proclamant
traître quiconque tentera de fuir. On entend crier "Mort aux Patriciens" et
même "Mort au Doge". Plusieurs conseillers dégainent leurs épées, mais le
Doge les somme de les remettre dans les fourreaux et ordonne au Hérault d'ouvrir les
portes du palais et d'annoncer à la foule massée qu'il ne craint pas les menaces. La
foule se tait. Puis, elle fait irruption dans la Salle du Conseil avec Gabriele et Fiesco
et réclame vengeance des traîtres. Boccanegra demande à Gabrielle pourquoi il a
l'épée à la main ; "J'ai tué Lorenzino !" répond celui-ci, "Il avait
enlevé la Grimaldi". Il raconte alors à l'assemblée qu'avant de mourir un
personnage puissant l'avait poussé à perpétrer ce crime. "Et son nom ?"
interroge le Doge "Calme-toi !" répond Gabriele d'un ton sarcastique, 'Le
coupable s'éteignit avant de le dévoiler." Puis il se tourne vers le Doge, qu'il
accuse d'être l'instigateur du rapt. Au moment où il élève l'épée pour frapper le
Doge, Amelia entre précipitamment et s'interpose entre son père et son amant suppliant
Boccanegra d'épargner Gabriele. Boccanegra demande à la jeune fille de faire le récit
de l'enlèvement. Elle est sur le point de dire qui fut l'auteur (Paolo) lorsque de
nouvelles querelles éclatent dans la Salle du Conseil. Dans un suprême effort et avec
une formidable autorité, Boccanegra impose sa volonté à l'assemblée et, dans un
émouvant discours à l'adresse de deux factions, il les implore rendre la paix et
l'unité à leur ville. Maintenant convaincu que Boccanegra n'est pas responsable du rapt,
Gabriele veut lui remettre son épée. Le Doge lui permet de la garder à condition qu'il
donne sa parole d'honneur de rester sous sa garde jusqu'à ce que lumière soit faite sur
le complot, Gabriele y consent. S'adressant à présent à Paolo, il ordonne de maudire
avec lui le coupable dont il connaît le nom et qu'il voue maintenant à la malédiction.
Frappé d'épouvante, Paolo répète les paroles "Qu'il soit maudit !". Ces
paroles sont alors répétées par l'assemblée et Paolo en proie à la terreur s'enfuit
de la Salle du Conseil.
Acte 2
Une chambre du Doge dans le Palais Ducal de Gènes
Paolo ordonne à Pietro de faire sortir Gabriele et Fiesco de leurs cachots et de les
mener devant lui. Dans un monologue, il éclate en imprécations contre le Doge qui l'a
fait se maudire lui-même devant le Conseil et, résolu à le tuer, il verse du poison
dans un gobelet qui se trouve sur la table du Doge. Pietro fait entrer Gabriele et Fiesco,
Paolo demande à Fiesco s'il a préparé l'insurrection de la troupe de Guelfes et, quand
celui-ci répond qu'il en est ainsi, il lui apprend que le Doge s'apprête à les
exterminer et il l'incite à tuer le Doge durant son sommeil. Fiesco refuse avec fierté
et se voit reconduit en prison. S'adressant maintenant à Gabriele, Paolo lui donne à
entendre que la raison de la présence d'Amelia dans les appartements du Doge vient de ce
que la jeune fille est la maîtresse de celui-ci et que c'est don lui qui devrait porter
le coup fatal. Resté seul, Gabriele entame une longue tirade contre le Doge, contre cet
homme qui a ordonné l'exécution de son père et qui vient maintenant, apparemment
d'enlever celle qu'il l'aime tendrement. Il prie alors le ciel de la lui rendre pure comme
un ange. Amelia est entrée, il l'accuse d'infidélité. Elle mie, protestant de sa
fidélité, mais dit qu'elle ne peut pas encore révéler la vérité sur l'amour qu'elle
nourrit pour le Doge. On entend venir Boccanegra et Gabriele se cache. Dans une brève
scène entre le père et la fille, Amelia avoue son amour pour Gabriele. Boccanegra est
affolé car le nom de Gabriele figure sur une feuille qu'il est justement en train de lire
et qui contient la liste de ceux qui sont impliqués dans le complot fomenté contre lui.
Elle implore son père de pardonner à Gabriele, il refuse tout d'abord mais lorsque
Amelia dit qu'elle veut mourir avec celui qu'elle aime, il consent à lui accorder son
pardon à condition que Gabriele se repente. Resté seul, le Doge verse un peu dans le
gobelet. En buvant, il remarque que le goût est amer, puis il s'endort. Survient alors
Gabriele, qui s'apprête à poignarder le dormeur lorsque Amelia, arrive à son tour, l'en
empêche et demande à Gabriele s'il poignarderait vraiment un vieillard sans défense. Le
Doge se réveille, Gabriele dit vouloir le tuer pour venger la mort de son père.
"Ah, tu as bien vengé ce père qui fut attristé par moi
', réplique le Doge,
"tu m'as volé mon trésor céleste
ma fille
". Gabriele implore le
pardon d'Amelia et demande au doge de lui donner la mort. On entend des cris montant de la
rue, l'insurrection a éclaté. Boccanegra dit à Gabriele d'aller rejoindre ses
compagnons de lutte, mais celui-ci refuse. Le Doge propose alors qu'il aille porter aux
insurgés un message de paix les implorant de mettre fin à des massacres fratricides.
Gabriele y consent et affirme qu'il reviendra pour combattre aux côtés de Boccanegra si
la clémence du Doge se voit repoussée. "Amelia sera ton prix" répond le Doge.
Acte 3
L'intérieur du Palais Ducal
Boccanegra a laissé la liberté à la plupart des chefs de la révolte, à l'exception de
Paolo, qu'il a condamné à mort On introduit Fiesco, à qui on rend son épée et qui
apprend la nouvelle défaite des Guelfes. Des gardes mènent Paolo à l'échafaud, il dit
à Fiesco qu'il a condamné lui-même Boccanegra à mort ayant versé au Doge un lent
poison qui le ronge. On emmène Paolo, Fiesco se cache et attend l'arrivée de Boccanegra.
Le Doge entre, il chancelle, sous l'effet du poison. Allant vers la fenêtre et
contemplant la mer qu'il aime tant, il évoque les jours d'autrefois. Il aurait mieux valu
qu'il mourut alors, se dit-il "Ce eut été mieux pour toi !", répond en écho
Fiesco sortant de sa cachette. Boccanegra appelle alors en vain les gardes "Tu me
tueras, mais d'abord écoute-moi
" exige Fiesco et dit à Boccanegra que les
rayons de son étoile s'éclipsent. Reconnaissant la voix de Fiesco, le Doge lui dit que
l'heure de la réconciliation a sonné puisque Amelia est sa fille et la petite-fille de
Fiesco, que tous deux avaient crue perdue, elle s'appelle Maria et porte le même nom que
sa mère. Terrassé d'émotion, Fiesco, en qui la haine se transforme en pitié, ne peut
que déplorer que cette réconciliation soit venue trop tard. Il révèle à Boccanegra
l'acte criminel du traître Paolo. Amelia et Gabriele arrivent accompagnés d'amis et de
courtisans. Boccanegra se trouve assez de force pour lui apprendre son origine noble
"vois en la personne de Fiesco le père de l'ignorée Maria, qui te donna la
vie.." . Il donne sa dernière bénédiction au couple, nomme Gabriele son successeur
et meurt dans les bras de sa fille bien aimée. Du balcon, Fiesco annonce au peuple qu'il
a un nouveau Doge Gabriele Adorno 'Non, Boccanegra !', crie la foule, "Il est
mort
Priez pour la paix de son âme", répond Fiesco. |