Grévistes d'Anne Frank

Enseignants en grève du collège Anne Frank du Mans

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Pour les personnes qui se posent des questions sur la réforme des retraites et la décentralisation: LE QCM!!

 

Pourquoi sommes nous en grève ?

 

Nous sommes d’abord, bien sûr, attachés à la scolarité des élèves. Pourtant, les réformes que planifie le gouvernement ne nous donnent pas d’autre choix que d’être en grève. Ne serait-il pas irresponsable envers ces mêmes jeunes de laisser s’instaurer, sans réagir, ces régressions sociales.  

Retraites 

A la fin de la 2nde guerre mondiale les mouvements de résistance constataient que l’abandon d’une partie de la société à la pauvreté générait la montée du fascisme. Ainsi l’ensemble de la classe politique a créé un système de solidarité nationale : retraite par répartition, sécurité sociale (ASSEDIC, assurance maladie…).  

Aujourd’hui le régime de retraite est en péril, certes parce que la population vieillit (le baby boom devient papy boom), mais aussi parce que la société a fait une mutation technologique qui a fait passer par exemple l’usine Renault du Mans de 11 000 ouvriers en 1970 à 3000 aujourd’hui pour une productivité de voitures et des gains financiers qui ont explosé.  

Le projet Fillon (en fait celui du MEDEF) refuse de prendre en compte cette évolution économique, reste centré sur un effort consenti par les salariés, et du coup n’envisage que les solutions d’allongement de la vie active et de baisse des pensions.  

Une part patronale fondée sur les bénéfices financiers doit participer à la solidarité nationale pour financer les futures retraites car, contrairement à ce qui est dit, la France, loin d’être en danger économique, est le deuxième pays au monde après la Chine, à recevoir des investissements étrangers (cf. le Monde du 7 mai 2003).  

En outre, est-il raisonnable pour les élèves (de la maternelle au lycée), comme pour les profs, que des enseignants puissent être encore au travail à 65 ans, voire plus?   Cette réforme est régressive pour tout le monde, public comme privé, gros salaires comme petits. Elle présage d’un retour à la précarité des personnes âgées. Si elle passe, les chantiers de destruction se succèderont rapidement entre autre celui essentiel de la sécurité sociale.  

Décentralisation 

Sous couvert de rapprochement des instances de décision et au nom d’une efficacité supérieure de gestion, dans le secteur de l’éducation (comme ailleurs), la régionalisation des postes d’infirmières, d’assistantes sociales, de conseillères d’orientation, sonne une étape importante du démantèlement de l’éducation nationale et l’abandon de la logique de service public couvrant équitablement tout le territoire.  

Cela s’inscrit dans la réforme de l’état en cours qui substitue à notre organisation administrative (communes, départements, nation), héritée de la révolution et de ses principes d’égalité, une organisation d’abord économique (bassin d’emploi, pays, région, fédération européenne). C’est un modèle profondément inégalitaire et de mise en concurrence entre bassins d’emploi, régions…  

Si nous souhaitons l’ouverture de l’école à la société, pour autant les prises de pouvoir concédées aux forces locales (religieuses, économiques, politiques…) présagent de dérives communautaristes, liberticides pour les citoyens, et d’un bouleversement des missions de l’école (instruire le savoir/éduquer à la citoyenneté/créer des valeurs communes/intégrer dans la société).  

Précarité 

Les gouvernements successifs se font un devoir d’inventer des emplois précaires (TUC, CES, emplois jeunes, vacataires et aujourd’hui contrats jeunes). C’est bien sûr moins coûteux pour les employeurs, dont l’état, plus flexible dans la gestion. Soulignons combien la précarité et le chômage ont un effet aggravant sur les recettes de la retraite et combien cette instabilité fragilise les gens et au-delà toute la société.  

En juin, une centaine d’emplois jeunes seront licenciés en Sarthe !  

Ni régression ni immobilisme. 

Précarisation de la retraite, de la vie professionnelle, régionalisation et démantèlement des services publics nationaux… Ce n’est pas en laissant liquider aujourd’hui les acquis sociaux hérités de 1945, les acquis de l’école (mixité sociale insuffisante mais réelle, multiplication des études longues pour le plus grand nombre des enfants, hausse des niveaux de connaissance) qu’on peut  envisager une évolution positive de l’institution. La crise qui la frappe (échec scolaire, illettrisme, orientation précoce dans des filières, exclusions) verra encore moins de solutions dans cet éclatement programmé.  

Il est aussi important pour nous (et pour nos élèves) de travailler à la création de pratiques pédagogiques nouvelles, d’inventer d’autres rapports enseignant/enseigné, d’oser d’autres organisations du système… que d’être actifs dans un mouvement social de lutte contre l’insécurité sociale programmée et ses dangers.  

Tirons les leçons du 21 avril 2002.  

Enseignants au collège expérimental Anne Frank et rédacteurs du texte:  

Eric Demougin -  Baptiste Guillard - Stéphane Nédelec -  Mikaël Schleret.  

Signataires du texte:

 Thierry Croiser - Eric Demougin - Dominique Chaperon - Olivier Grousson - Baptiste Guillard - Stéphane Nédelec - Frédéric Robert - Marie-France Saigne - Etienne Sauvage - Mikaël Schleret.

           

 

Ce texte a été diffusé dans des AG et a reçu un accueil favorable. Nous proposons à qui le souhaite d'apposer sa signature. Certains l'ont déjà fait.

            Nous contacter : nous attendons et publierons les réactions ou questions d'élèves, parents, enseignants ou autre.

 

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