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ECOLE D'ANTHROPOLOGIE

reconnue d'utilité publique par la loi du 22 mai 1889



 
 
LA   SAGA


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Saga1 : ci-dessous

 

 
 
 
 
 
 
 

I. Les origines de l'École d'Anthropologie de Paris

 

1.1 Une époque : 1673 - 1800   Dioni, Buffon, Daubenton


     Il n'est guère possible de comparer cette longue période, 127 ans, avec les suivantes d'après notre étude. Cependant, on ne doit pas dissocier les générations précédentes de celles qui les suivent: la culture exige l'apprentissage. La question est donc de savoir comment chaque génération transmet sa culture à la suivante.
 
 

R.A. 1915, p.455.

    Berthelot; La Grande Bibliothèque. Paris, (s/d), p.175

  Les origines de l'Anthropologie française remontent aux années 1673, quand fut créée la chaire d'Anatomie au Muséum national d'Histoire naturelle. Cette période (1673-1800) correspond plus à l'histoire de la Médecine et des Sciences naturelles qu'à celle de l'anthropologie même. Mais Dioni, Antoine Louis, P. L. Desauet, Buffon, Daubenton, Lacépède découvrent un horizon plus original qu'on ne l'avait supposé: tout d'abord certains de ces auteurs cultivent même des études presque inconnues par ailleurs.

     Le domaine de l'Anthropologie se révèle d'une étonnante complexité: les questions médicales se mêlent avec celles de l'Histoire naturelle et de la Philosophie: l'anatomie des races, la classification zoologique de l'espèce humaine, la conduite morale, les dogmes bibliques, la variété des peuples, etc.
 
 
   R.A. 1915, p.455.

    R.A. 1927, p.29.

    R.A. 1941, p.118.

  Buffon, dans son Traité des variations de l'espèce humaine, publié en 1749, détermine la science de l'homme telle que permettait de la concevoir les faits acquis à ce moment. C'est ainsi qu'il définit l'Anthropologie comme l'Histoire naturelle de l'Homme.

 
R.A. 1941, p.118.   Daubenton, père de l'anatomie comparée, dont la leçon sur l'Homme à l'École normale de Paris constitue un document exceptionnel, étendit l'objet de l'Anthropologie aux Races composant le genre humain et proposa une nomenclature de celles-ci basée sur l'étude comparée de leur anatomie.

1.2 1800 - 1837

Généralités : Le Muséum national d'Histoire naturelle, Lacépède, la Société des Observateurs de l'Homme, L-F. Jauffret, Lamarck, la Société de Géographie, W. F. Edwards et la chaire d'histoire naturelle de l'Homme au Muséum.
     L'intervalle 1800-1848 peut être caractérisée par les efforts des savants pour établir des liens entre eux afin de favoriser la communication des connaissances et la réalisation de travaux sur le terrain en commun. Les chercheurs entreprennent de longs voyages pour gagner des pays où ils pourront trouver des informations nouvelles. Plus actifs encore sont ceux qui fondent des sociétés savantes, en tenant compte surtout de leur alliance polémique au nom du progrès et de la liberté d'esprit. Ainsi la Société des Observateurs de l'Homme, la Société de l'Afrique intérieure, la Société de Géographie, la Société Ethnologique, et la presque inconnue Société d'Anthropologie de France. On parle de Sociétés touchant aux questions anthropologiques. La définition de l'Anthropologie reste trop pauvre, les techniques insuffisantes et ce n'est qu'à la génération suivante que l'Anthropologie trouvera sa place parmi les sciences positives, c'est-à-dire fondées sur l'expérience. Mais tout se réduit à une collecte d'informations, suivie de polémiques interminables, qui, malgré tout, permirent de dégager des critères d'une valeur indiscutable, qui seront utilisés par la génération suivante: l'Anthropologie véritable est une affaire complexe où l'anatomiste, le géographe, l'archéologue, le paléontologue, le préhistorien et l'ethnologue sont tous voués à l'étude de l'homme, sans oublier qu'il faut que toutes ces études doivent concourir à un but unitaire.
 
R.A. 1915, p.455.

    Lacépède,1827 :Histoire naturelle de l'Homme. Ed., Cuvier, Paris.

  Le muséum d'Histoire naturelle fut réorganisé en 1973, et, en 1800, Lacépède, considéré comme le continuateur de Buffon, fut chargé de juxtaposer à son cours de l'Histoire des reptiles et des poissons un cours d'Histoire naturelle de l'homme, qui, plus tard, fut publié sous ce titre.

 
R.A. 1927, p.29.

Millin A.L. (Directeur) :
Magazine Encyclopédique :1800, t.I , pp. 408 - 410 ;

1800, t.II , pp. 390 - 393 ;
532 - 533 ; 551 ;

1800, t.III, p.262 ;

1801, t.I , p.421 ;

1801, t.II , p.374 ;

1801, t.IV, pp. 540 - 544 ;

1801, t.V , pp. 268 - 269 ;

1803, t.II , p.289.

 Virey J.J., 1801 :
Histoire naturelle du Genre Humain. Imp. F. Duffort, Paris

Jauffret L.F.,1803:Mémoire sur l'établissement d'un Musée Anthropologique.
Imp. Gillé, Paris.

Mamy E.T., 1901 :Un chapitre oublié de l'Histoire de l'Anthropologie française
Imp. de Chaise, Paris, (s/d).

Bouteiller M., 1959 :La Société des Observateurs de l'Homme, ancêtre de la Société d'Anthropologie de Paris.

Bulletin de la Société 
d'Anthropologie de Paris, 1959, pp. 448 - 465.

  Mais c'est dans le Magazine encyclopédique ou Journal des Sciences, des Lettres et des Arts d'A.L. Millin qu'on trouve le premier historique d'un effort systématique pour établir conjointement une Société, un Enseignement et un Musée, portant sur l'homme, suivi et comparé dans les différentes scènes de la vie. Louis-François Jauffret, qui fonda la Société des Observateurs de l'Homme, le médaillon composé en 1800 pour servir de sceau à la Société des Observateurs de l'Homme figurera dès 1911 dans la Revue anthropologique, éditée par l'École d'Anthropologie de Paris, en 1980, organisa des Cours d'Histoire naturelle de l'Homme dans la salle des Ducs et Pairs au Palais du Louvre, 1801-1803, et ouvrit un Musée anthropologique à Marseille, 1804, sur lequel il écrivit un mémoire remarquable.

En prenant le nom de la Société des Observateurs de l'Homme et l'antique devise connaîs toi toi-même, cette première société anthropologique du monde se dévoua à la Science de l'Homme sous son triple rapport physique, moral et intellectuel. Science qui se devait d'être dégagée de tout préjugé extra-scientifique, et surtout de tout esprit de système. Un cercle d'amis de Jauffret constituèrent les premiers membres de la nouvelle société: Joseph de Maimineux, le Président Leblond, le Vice-Président Cuvier, Jussieu, Degérando, etc.

     Deux importantes expéditions de découvertes furent organisées en 1800: l'une, dirigée par le Capitaine de Vaisseau Baudin, vers les Terres Australes; l'autre, par l'Explorateur Levaillaut au Centre de l'Afrique. En vue de recueillir scientifiquement des observations, l'Institut suggéra que la Société des Observateurs de l'Homme établisse des normes directives. Deux des membres de cette Société les rédigèrent: Cuvier pour l'étude de l'homme moral.
 
R.A., 1911, p. 1.

R.A.,1914, p. 257

R.A.,1915, p. 455

R.A.,1957, p. 231

  Très probablement à partir de 1801, mais certainement de 1802 à 1804, Jauffret donna, deux fois par semaine, dans la salle des Ducs et Pairs au Palais du Louvre, un cours d'Histoire naturelle de l'Homme, malheureusement perdu, mais dont le Dr. Hervé a pu retrouver quelques leçons.

 
R.A., 1915, 
p. 456.
  En 1803, on voit le mot Anthropologie apparaître dans le programme des cours de l'Académie de Strasbourg. Son enseignement, confié à un anatomiste, Thomas Lauth, comprenait l'Histoire naturelle de l'Homme.

 
R.E.A., 1902, p.29;

R.A., 1915, p. 255.

  Pendant ce temps Lamarck posait les premiers principes de la théorie de l'évolution en démontrant l'influence du besoin sur la production, le développement et la transformation des organes. Sa philosophie zoologique, parue en 1809, contient en germe tous les problèmes généraux de l'Anthropologie; elle est tout spécialement la base de ceux de l'Anthropologie zoologique.

 
Bulletin de la Société de Géographie.

Paris, 1822, 
pp. 1, 8, 147.

  Plusieurs personnes, convaincues des progrès de la Géographie, s'assemblèrent le 19 juillet 1821 et résolurent de créer une Société de Géographie. La Société eut pour unique but la connaissance du Globe que nous habitons, et le perfectionnement des Sciences géographiques si intimement liées aux progrès de la civilisation, à l'anéantissement de toutes les haines et de toutes les rivalités nationales, et à l'amélioration des destinées de l'espèce humaine. Parmi les membres de cette illustre Société, qui présidèrent à sa formation, peuvent-être rappelés le Marquis De Laplace, le Comte De Rosily-Mesros, le Vicomte de Chateaubriand, M. de Rossel, Male-Brun, le Baron de Humboldt, A. Barbié du Bocage, le Baron Cuvier, Champollion (le jeune), Fourier, etc...

    Le docteur W.F. Edwards publia en 1829 une brochure intitulée: Des caractères physiologiques des races humaines, considérées dans leurs rapports avec l'histoire. qui attira l'attention générale des savants. Dès lors les amis de W.F. Edwards se passionnèrent pour ce genre de travail et souhaitèrent étudier sérieusement avec lui la question des races humaines peuplant la terre.
 
B.S.E., 1841, 
p. 1.

R.A., 1914, 
p. 255.

R.A., 1915, 
p. 456.

  Le dernier titulaire de la chaire de Dionis au Muséum, le baron Portal, mourut en 1832. A cette époque une chaire d'Anatomie humaine au Muséum était devenue inutile du fait de l'enseignement de la Faculté de médecine, et il fut fortement question de la supprimer. Mais les travaux de W.F. Edwards avaient attiré l'attention sur l'étude des races humaines, et les professeurs du Muséum comprirent qu'il y avait là une vie nouvelle à explorer. En conséquence, ils demandèrent que la vieille chaire de Dionis devint chaire d'histoire naturelle de l'Homme. Ce fut Flourens qui inaugura le nouvel enseignement (1832), mais il donna bientôt sa démission pour occuper la chaire de Physiologie comparée. Serres prit sa place en 1839; il renonça, lui aussi, pour la chaire d'Anatomie comparée.

1.3 L'intervalle 1838 - 1848

Généralités : La société Ethnologique de Paris; Vivien de Saint-Martin; Boucher de Perthes; la Société Anthropologique de France; Flourens.
     Différents documents témoignent de la place que prend, au cours de ces dix années, l'Anthropologie dans la culture française et de sa reconnaissance en tant que science par les milieux universitaires.

     On peut citer :
 
C. R. des séances de l'Académie des Sciences :
1837 - 1847,Paris ;T. III, 523 ;
T. IV, 662 ;
T. XIII, 59 ;
T. XX, 135 ;
T. XXIV, pp. 733, 842.

Vivien L.,1841 :Journal d'une résidence en Circassie, par J. Stanislas Bell augmenté d'une introduction historique et géographique, Chez A.Bertrand, Paris.

Broca P., 1837 : Essai sur les races humaines considérées sous les rapports anatomiques et physiologiques.
Bruxelles. 

 
  • de l'histoire Naturelle de l'Homme du Dr. William Edwards, fondateur de la Société Ethnologique de Paris;
  • les conférences de Vivier de Saint-Pierre sur l'histoire de l'anthropologie, à la Société Ethnologique;
  • les statuts de la Société Anthropologique de France que personne ne mentionne jusqu'aujourd'hui et qui fut fondée en Janvier 1846 à Paris, mais dont les noms des fondateurs restent inconnus;
  • l'éloge, enfin, de Blumenbach, par Flourens en séance solennelle à l'Académie des Sciences le 26 avril 1847, le reconnaissant comme le père de l'Anthropologie.
     L'Anthropologie sort de l'initiative privée et l'on peut y voir les origines du grand mouvement anthropologique de P. Broca.

 
B.S.E., 1841, pp. 1 - 2 ; 109 - 128.

B.S.E., 1846, pp. 1, 74.

B.S.E., 1847, pp. 1, 38.

  En 1838, des savants anglais fondèrent à Londres une société pour la protection des aborigènes, présidée par Sir Thomas Fowell Buxton. La société anglaise engagea, par l'entremise de Hodgkin, un de ses principaux membres, W. F. Edwards et ses amis à créer à Paris une société semblable. Mais les savants français ne crurent pas pouvoir le faire; ils prirent cependant la résolution de fonder une société d'Ethnologues, qui aurait un but scientifique. Plusieurs membres de l'Institut,de la Société de Géographie, ainsi que d'autres amis de la science, se portèrent comme fondateurs de la société nouvelle. Un comité central fut établi, et un projet de statuts ou règlement constitutif fut discuté et soumis à l'approbation du gouvernement, et, peu de temps après, la Société fut autorisée par l'arrêté ministériel du 20 août 1839. W.F. Edwards présida le premier bureau de la première réunion de la Société qui eut lieu le 23 août 1839 avec la collaboration de D'Avezac, Milne Edwards, Flourens, Vicomte de Santarem, C. Imbert des Mottelettes, G. d'Eichthal, Serres, Berthelot et I. Geoffroy Saint-Hilaire.

 

     Dès le début de sa constitution une très vive polémique agita cette société à savoir l'origine de l'espèce humaine. Vivien de Saint-Martin fit remarquer que dans les études de Humboldt, ce que cet illustre auteur appelait l'unité naturelle de l'espèce humaine ne paraît nullement impliquer, comme on pouvait le croire, l'idée de descendance d'un couple unique. Il croyait que l'origine humaine devait être soumise à une vérification scientifique: or, dans l'état contemporain de la science les faits connus ne lui semblaient pas permettre de concevoir comment les races les plus distinctes seraient issues d'un même couple. Comme nous le verrons dans l'intervalle suivant, la société s'enlisera dans ce problème et ne pourra que disparaître.

     Ce même Vivien de Saint-Martin qui attire notre attention sur l'Histoire de l'Anthropologie, traita ce sujet pendant trois séances de la Société d'Ethnologie de Paris (1843-44) (en note: réf. Bib. nat.).
 
 
B.S.E. 1845, pp. 14, 46, 49, 63, 64, 12, 8.

Vivien L., 1845 :Recherches sur l'histoire de l'Anthropologie
Imp. Dondey-Dupré, Paris.

Broca P., 1874 :Mémoires d'Anthropologie. Reinwald, Paris, p. 194.

   Pour lui, l'Anthropologie comprenait l'étude de l'homme intellectuel aussi bien que l'étude de l'homme physique. Ces deux ordres de recherches et d'études, disait-il, ont effectivement plus d'un rapport, et il n'est pas possible de les isoler complètement. On peut, toutefois, subordonner le premier au second et réciproquement. Mais l'Anthropologie, dans la signification à peu près exclusive qu'on attachait alors à ce mot, était l'étude de l'homme considéré principalement sous le point de vue physique ou naturel, comme dernier anneau de la chaîne immense des êtres.

     Dès 1828, Tournal et Christol avaient tenté des explorations sur l'homme préhistorique dans le Sud de la France ayant pour but d'en rechercher des traces; en 1833-34, P.C. Schemerling, de Liège, en avait fait de même dans la vallée de la Meuse.

     Cependant, en 1835, la Société d'Histoire naturelle de Torquay, (en Angleterre) refusa une communication sur la découverte des silex taillés. Comme Cuvier, en 1832, elle ne pouvait croire à contemporanéité de l'Homme et des Mammifères fossiles. Même en 1863, E. de Beaumont affirmait encore ne pas croire que le Mammouth et l'Homme aient pu vivre ensemble.
 
 
 R.A., 1915, 
p. 456.

 R.A., 1936, 
p. 275.

 R.A., 1968, 
p. 18.

  Ce fut Boucher de Perthes, qui, en 1838, exhuma des sablières d'Abbeville le premier outil de silex travaillé incontestablement par l'homme contemporain des espèces animales disparues, et, en 1841, ayant trouvé des haches de silex dans un banc de sable contenant des restes de mammouth et de rhinocéros à Menchecourt près d'Abbeville, prouva dans son livre De l'Industrie humaine ou les arts à leur origine, (1846) l'existence de l'homme quaternaire, qu'il appelait l'homme antédiluvien.

 
Statuts de la Société anthropologique de France.

Paris, s/d, in 8°, pp. 40, (1846).

   Le 7 janvier 1846, à Paris, furent lus, discutés et adoptés les Statuts de la Société anthropologique de France, dont les fondateurs restent inconnus. Son objet était de provoquer, encourager, et faire converger dans sa sphère d'action, toute espèce de recherches et de travaux conçus dans le but spécial de donner des solutions, ou des éléments immédiats de solutions, aux questions posées par l'anthropologie; en d'autres termes, elle se proposait de stimuler et de contribuer aux progrès dans les principales branches de connaissances qui forment la science de l'homme. Elle fera des publications sous le titre de Bulletin des travaux de la Société anthropologique de France et sous celui d'Annales de la Société anthropologique de France. (Les statuts étaient constitués de XVI chapitres et de 111 articles).

 
Revue d'Anthropologie Catholique.
Paris, 1847, 
p. 448.

Flourens M., 1847 :
Eloge historique deM.Blumenbach Imp. Didot, Paris.

  M. Flourens, dans la séance solennelle de l'Académie des Sciences le 26 avril 1847, sous la présidence de Mathieu un des secrétaires perpétuels, choisit pour texte de son discours les travaux de Blumenbach qui consacra sa vie à l'étude de l'Histoire naturelle, de la physiologie, et qui eut la gloire de fonder une science nouvelle, l'Anthropologie.

© E.A. - I.I.A. Paris 1999


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