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Petite stèle haute de Kermaria en pont-l'Abbé (Finistère)

Stèle haute de Sainte-Anne en Trégastel (Côtes d'Armor)

Stèles à cannelures multiples du Finistère

Stèle basse de Kerlagat en Plogonnec (Finistère)

 

En Bretagne et en Mayenne, nous découvrons, à la croisée des chemins, dans le centre des bourgs ou dans les cours de ferme, des pierres dressées du second Age du Fer, en granite ou en gneiss, qui sont souvent confondues avec des menhirs néolithiques. Elles ne présentent pourtant pas la même forme irrégulière puisqu'elles firent l'objet d'un véritable travail de sculpture, avec débitage, taille et parfois polissage de la surface. Le tailleur de pierre laissait la partie inférieure, appelée embase, brute de taille, car elle était destinée à être fichée en terre. Ce n'est donc que la partie supérieure qu'il sculptait, une grande variété étant donnée aux dimensions et aux profils. Il existe deux types principaux de stèles gauloises dont un type de stèle basse, avec la partie taillée en forme hémisphérique ou ovoïde (la plus petite de ces stèles fait 0,30 m de diamètre tandis que la plus grande fait 1,85 m de diamètre et 1,30 m de haut). Les stèles hautes présentent une plus grande variété de profils: la partie supérieure peut être caractérisée par plusieurs faces (4 à 16) ou par une simple forme tronconique parfois ornementée de cannelures longitudinales. Les stèles à section circulaire sont les moins nombreuses, peu hautes, de dimensions inférieures à 1,50 m. Parmi les stèles à section polygonale, ce sont celles à 4 faces qui sont les plus répandues. Celles-ci peuvent être à angles mousses ou à pans coupés, les angles étant ainsi épannelés. Au niveau de la hauteur, elles se situent le plus souvent entre 1,50 et 2 m environ, avec quelques-unes dépassant les 3 m. Parfois, les angles sont chanfreinés avec une régularité telle que l'on a affaire à de véritables oeuvres d'art. Plusieurs de ces stèles sont décorées mais l'action naturelle du vent, de la pluie, a souvent effacé ces décors incisés peu profondément, le granite subissant une desquamation grain par grain.

On voit donc qu'un certain soin était apporté à l'élaboration de ces stèles, malgré l'aspect fruste que la plupart possèdent actuellement. Alors quelle était leur fonction et quel témoignage nous apportent-elles sur la civilisation celto-armoricaine du second Age du Fer? Il fut longtemps difficile de répondre à ces deux questions pour la bonne raison que ces stèles furent la plupart du temps déplacées, christianisées, et qu'elles ne possèdent plus de contexte archéologique. Toutefois, on sait maintenant que ces stèles servaient à marquer les sépultures puisque l'on a retrouvé l'association stèle-nécropole à plusieurs reprises. Ces sépultures sont très diversifiées, avec parfois la réutilisation de structures antérieures du premier Age du Fer comme les sépultures circulaires, soit des constructions de 8 à 15 m de diamètre, d'élévation tronconique, contenant à l'intérieur des fosses ou des tombes à coffres avec des vases à incinération. Dans ce cas, c'est le tumulus lui-même qui signale ces tombes. Il existe aussi des tumulus à inhumation. Mais ce sont dans les cimetières à tombelles qu'étaient utilisées les stèles. Il s'agit de nécropoles avec de simples amas de pierres protégeant des petites fosses à inhumation et à incinération. Il semble que les stèles servaient à signaler l'ensemble de la nécropole plutôt que des tombes particulières. Il s'agit toujours de nécropoles de petites tailles disposées à proximité d'habitats. La vision de l'Armorique laténienne que nous avons actuellement est celle d'un pays au paysage nettement agricole à dominante céréalière, amplement déboisé avec le développement de la lande. Les structures d'habitat sont formées de fermes fortifiées telle que celle de Paule, d'oppida sur des collines ou des promontoires et de corps fortifiés ou éperons barrés sur les falaises littorales. Près de ces centres à la population peu importante, étaient implantées les nécropoles dont la diversité des modes sépulcraux témoigne d'une culture mixte, celte (premier et second Age du Fer) et armoricaine. La présence de stèles funéraires est une spécificité régionale mais leur décoration témoigne de nombreux contacts avec le monde celte continental et d'influences venues de la Méditerranée. Ces stèles sont donc l'émanation d'une population mixte, celto-armoricaine, faisant partie intégrante du monde celte continental mais qui se singularise par des pratiques culturelles originales. Elles doivent être rapprochées des statues anthropomorphes de Paule, tant par le travail technique de la taille de la pierre que par le traitement stylistique profondément celtique. Certains auteurs ont affirmé que les deux foyers artistiques les plus importants de la Gaule indépendante était la Marne et l'Armorique. Pour l'Armorique, c'est le travail de la céramique, celui de ces stèles et la frappe monétaire qui nous fournissent les témoignages les plus intéressants sur l'art celto-armoricain.