Entre marginalisation et intégration locale, continentale et mondiale, quelles tensions et mutations sociales et spatiales affectent les montagnes africaines ?
(Professeur de Géographie à l'Université Michel de Montaigne - Bordeaux III)
Les tensions dont sont de plus en plus l'objet les montagnes d'Afrique tropicale sont multiples, et leur complexité résulte de la superposition de tensions propres à toutes les montagnes du monde (gravité, pente...) et de tensions plus spécifiques puisant leurs racines dans la pauvreté.
Elles sont porteuses de multiples recompositions territoriales, par lesquelles le statut de la montagne évolue. De la montagne à la plaine en passant par le piémont, et en sens inverse, les mobilités se sont multipliées et diversifiées au gré du développement des transports et de l'évolution des avantages comparatifs entre le haut et le bas. Un haut ne peut plus être seulement refuge pour continuer à être attractif ; le bas a pu bénéficier d'entreprises de drainage, d'assainissement... Si la montagne a pu et peut encore nourrir la ville, celle-ci va aussi à sa rencontre comme en témoigne la croissance de Bafoussam au Cameroun, de Moshi au pied du Kilimandjaro. Les montagnes d'Afrique ont aujourd'hui leur lot de métropoles pluri-millionnaires (Addis Abeba à plus de 2000 m, Nairobi à 1700 m), de capitales en forte croissance (Kigali au Rwanda), comme si, de plus en plus, la montagne s'ouvrait et s'intégrait aux tensions de l'Afrique et du monde. Si la montagne est encore parfois frontière (les Virunga entre Rwanda, Ouganda et RDC ; le mont Elgon entre Ouganda et Kenya...), elle est de plus en plus enjeu de protection et de développement.
Dans l'Afrique de cette aube du troisième millénaire, la montagne est en transition. On y trouve encore ces extraordinaires bastions de forte densité hésitant entre enfermement et ouverture, on y rencontre de plus en plus des montagnes intégrées dans des systèmes socio-spatiaux complexes, où se jouent aussi de petites facettes de l'économie monde, avec le tourisme et des spéculations agricoles (du café au thé, au maraîchage et aux fleurs), et où s'expriment de forts enjeux nationaux, humains et environnementaux.
François BART, Professeur de Géographie à l'Université Michel de Montaigne - Bordeaux III
BART François (1993) : Montagnes d'Afrique, terres paysannes: le cas du Rwanda. Bordeaux, YCEGET / Presses Universitaires de Bordeaux (Espaces tropicaux, n° 7), 596 p.
BART François, MORIN, Serge, SALOMON Jean-Noël (2001) : Les montagnes tropicales : identités, mutations, développement. Bordeaux, DYMSET?CRET (Espaces Tropicaux n° 161), 672 p.
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