Objet patrimonial, outil économique, moyen d'aménager le territoire ?
Qu'est-ce qu'un site classé par l'UNESCO au patrimoine mondial?
Entre Toulouse et la Méditerranée, le canal du Midi coule, depuis plus de trois siècles, une existence qui ne fut ni tranquille, ni simple. De manière a priori paradoxale, sa mort programmée il y a vingt ans fut justement le fait déclenchant d'une résurrection qui, à ce jour, semble durable, et plus, assurée. Le caractère de bien distingué par l'UNESCO, décoré d'un label prestigieux, en tout cas valorisant, amène nombre de questions et de réflexions
- La première porte sur le bien lui-même. Doit-on se contenter du canal, c'est-à-dire de l'ouvrage lui-même (cuvette, ouvrages de navigation, berges), ou au contraire y englober l'économie générale du dispositif, presque sa philosophie, comme aurait pu le dire M. de Riquet ? Question redoutable qui fait naître la crainte de prescriptions applicables au delà du DPF, ce domaine public fluvial, qui depuis 2 siècles et avec des terminologies changeantes, est l'espace du canal.
- La seconde porte sur la nature du label accordé par l'UNESCO. Est-ce un acte de foi, une proclamation toute verbale, qui n'engage guère les parties, au delà d'un protocole minimum ? Ou au contraire l'une de ces ardentes obligations capables de secouer les torpeurs, et de lancer une dynamique nouvelle, en fédérant des énergies dispersées et faibles parce que dispersées? Quelle est d'ailleurs la force coercitive de ce label, s'apparente-t-il au classement des sites et monuments historiques, avec les contraintes mais aussi les financements qui en découlent ?
- Enfin, et le tout est lié, quel est l'impact de cette procédure sur la vie du bien considéré ? Risque-t-on une sorte de muséification, redoutée et dénoncée par ce qui restait, lors du classement, de la vieille profession des bateliers du canal ? Va-t-on, au contraire, vers une vie nouvelle, en tout différente de la précédente, qui soit capable de valoriser l'aspect patrimonial, réservés par ailleurs d'autres usages comme l'irrigation, l'utilisation des berges à des fins sans lien aucun avec l'ancien halage ? Ce cas de figure fait bien sûr la part belle à une navigation de plaisance, aujourd'hui intégrée dans un très singulier écosystème, ruban d'eau bordé de plantations-galerie sur 240 KM pour le seul canal du Midi.
Philippe DELVIT (Professeur à l'Université de Toulouse 1)
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Déjà l'intitulé de ce site interroge. A l'encontre des médias régionaux, les protagonistes de l'inscription de ce vaste domaine montagneux sur la liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO n'acceptent pas de limiter cette consécration au célèbre cirque de Gavarnie, refusant ainsi de prêter le flanc à des pressions publicitaires et commerciales.
L'ensemble Mont-Perdu / Tres Serols fait partie des sites mixtes associant paysage naturel et paysage culturel : la planète n'en compte que 23 parmi les 754 sites de valeur universelle. Il y a dans notre démarche l'expression d'un nouveau concept de paysage qui, à l'encontre de notre héritage culturel, ne se borne plus à désigner seulement un décor, voire l'écrin protecteur d'un monument de qualité exceptionnelle.
Sur les 30000 hectares classés par l'UNESCO autour du Mont-Perdu (dont 20000 hors de France en Haut Aragon), le cirque de Gavarnie ne représente qu'un sixième de ces espaces prestigieux. Encore ce sixième est-il victime d'initiatives malencontreuses qui risquent de conduire à une mise en péril, voire à une disqualification de ce patrimoine mondial.
La plupart des promoteurs et des gestionnaires de sites UNESCO voient dans l'inscription sur la liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité un "label d'excellence" vecteur d'une augmentation des flux touristiques. On comprend que cette inscription suscite bien des convoitises.
Or, dans le cas d'un site mixte comme le nôtre, en la circonstance d'un paysage "évolutif vivant", l'aspect exemplaire du point de vue d'une politique d'aménagement du territoire porteuse d'un souci du monde et de son avenir est beaucoup plus important que les retombées économiques immédiates.
Nous saisissons dès lors les difficultés politiques et institutionnelles auxquelles se heurtent la valorisation et la pérennisation du patrimoine mondial du Mont-Perdu / Tres Serols.
Patrice de BELLEFON (Collaborateur de l'UNESCO,
membre de la Commission supérieure nationale des sites et paysages)
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