La Garonne

Toulouse et la Garonne ou les vicissitudes d'une proximité


Café Géo du 24 octobre 2001 - http://www.cafe-geo.com


Toulouse et la Garonne ou les vicissitudes d'une proximité


Conférence de J.M. Antoine et F. Gazelle
&
compte-rendu, R. Dufaur


TOULOUSE ET LA GARONNE ou les vicissitudes d'une proximité

J.M. Antoine (Université Toulouse Le Mirail) et F. Gazelles (C.N.R.S.)

La Garonne n'est pas un grand fleuve au sens commun : 13 fois moins longue que le Nil, elle draine un bassin 130 fois moins vaste que l'Amazone et voit ~r 300 moins d'eau... Pour autant un fleuve n'est piS "grand" qu'à l'aune de ses caractères naturalistes. Qui nierait le rôle énergétique du Rhône ou commercial du Rhin, nourricier du Nil et du Niger, ou culturel du Gange ? Pourtant, même sous cet angle, la Garonne supporte mal la comparaison avec les grands fleuves du globe. Tout au plus reste-t-elle un grand fleuve. ..aquitain.

Quant à Toulouse, "[elle] n'a jamais été une ville fluviale. Les Toulousains sont des paysans, des terriens. Ils ont utilisé le fleuve ...Mais ils lui ont tourné le dos" (p. DEL VIT). Toulouse n'en n'est pas moins traversée par la Garonne, des relations étroites se sont nouées entre ville et fleuve. Les paysages fluviaux disent la force de ces relations, au demeurant complexes et alternant périodes de connivence et d'indifférence, voire de conflit ouvert.

Les relations entre Toulouse et son fleuve sont gouvernées par une influence réciproque, par des rapports de domination/sujétion qui sont loin de jouer à sens unique. Ces relations se sont articulées autour de quelques grandes questions d'aménagement urbain et fluvial.

Fleuve et site urbain

Toulouse n'est pas une ville fluviale. Mais le site originel de la ville doit beaucoup à la Garonne et à sa vallée, même s'il faut se garder de tout déterminisme. Si le fleuve explique en partie la croissance de la ville, il y a bien d'autres raisons. Inversement, l'extension urbaine a, à son tour, directement influé sur la géomorphologie fluviale et l'hydrologie garonnaises.

L'exploitation des ressources fluviales

La Garonne et ses ressources (hydrique, hydraulique, sédimentaire, etc.) sont aujourd'hui très peu exploitées intra muros, mais les exploitations passées marquent encore les paysages fluviaux urbains actuels. D'un autre côté, certaines exploitations ont encore cours, ou l'avaient encore récemment, à l'amont et à l'aval de la ville. Plus que les paysages urbains, elles influent maintenant sur le fonctionnement écologique du fleuve dans la ville.

La Garonne, un chemin d'eau

Fleuve "torrentiel", au régime hydrologique extrêmement contrasté associant étiages sévères et très fortes crues, la Garonne toulousaine n'a jamais été une grande voie de communications et d'échanges commerciaux. Elle a pourtant vu passer radeaux et gabarres: il reste de ces temps révolus des traces qui imprègnent fortement les paysages fluviaux actuels: écluse St-Michel, ports St-Cyprien, St-Pierre, de la Daurade, etc.

Les colères de la Garonne
"Dans nul bassin fluvial en France, sauf par exceptions, les crues ne montent aussi haut. " Cette remarque de l'hydrologue M. FARDE en 1935 n'étonna pas les Toulousains qui venaient d'essuyer les inondations de mars 1930, et dont certains avaient vécu celles, dramatiques, de juin 1875. Elle peut aujourd'hui surprendre, le fleuve n'étant plus véritablement sorti de son lit depuis 1952. Profondément modifié depuis le Moyen-Age par les travaux de protection, il est corseté de façon quasi continue par deux lignes de digues dans sa traversée de la ville. Trait majeur du paysage fluvial actuel, l'endiguement marque incontestablement le divorce entre la ville et le fleuve, mais il a pu aussi s'intégrer harmonieusement à des opérations d'urbanisme.

La Garonne, élément du décor urbain, patrimoine et terrain de jeu
Au XXe siècle, Toulouse a tourné le dos à la Garonne et marginalisé ses berges : "1/ n'y avait que les abattoirs, les entrepôts frigorifiques, des zones réservées aux professionnels ou des endroits déserts et obscurs. " (D. BAUDIS). Cela n'a pas toujours été le cas. Au ~ siècle, la Garonne est au centre des projets d'urbanisme et d'embellissement : celui de l'architecte SAGET combine l'utile et l'agréable, aménagement de quais et de ports, réhabilitation des établissements publics et embellissement des façades en bord de Garonne.

Aujourd'hui s'amorce une mouvement de "retour" vers la Garonne, qui tend à "réconcilier le fleuve et la ville". Réalisations et projets repositionnent la Garonne et ses berges au centre de l'urbanisme toulousain, notamment sa mise en scène paysagère. Elles ont en outre acquis deux nouvelles dimensions en devenant un patrimoine qu'on protége et qu'on donne à contempler, mais aussi un terrain de jeu et de loisirs : "C'est une sorte de retour aux sources, aux lieux fondateurs de la ville. Nous avons un devoir d'héritage vis-à-vis de ce patrimoine. Nous avons la chance d'avoir de très beaux lieux mais qui autrefois étaient peu accessibles. Nous souhaitons en faire des espaces nouveaux que les gens s'approprient. " (D. BAUDIS).


J.M. ANTOINE (UTM : Université Toulouse Le Mirail) et F. GAZELLE (C.N.R.S.)


CAFE GEO 24. 10. 2001 MON CAF

F. Gazelle ( Geode UMR-5602 CNRS) et J-M Antoine ( Université Toulouse-Le Mirail)

Problématique: Les vicissitudes d'une proximité, entre nature et aménagement, quels sont les rapports entre la ville et le fleuve ?

*Les relations entre la ville de Toulouse et le fleuve Garonne ne peuvent se réduire au binôme risque- dégradation. Les relations sont plus complexes. Dans le temps elles se divisent en trois périodes: du Moyen Age au XX S : ville ouverte vers le fleuve; au XX S coupure; fin XX S retour vers le fleuve.

Premier temps. Toutes les fonctions urbaines se font avec le fleuve.
On habite sur les berges du fleuve, sur la rive droite non inondable. l'extension de la ville s'est ensuite faite sur la rive gauche inondable mais ce sont des quartiers pauvres qui s'y installent.
On utilise le fleuve comme chemin d ' eau pour faire le commerce surtout des céréales. On aménage des ports par exemple à saint Cyprien et la Daurade.
On produit des biens à partir de l'exploitation des ressources du fleuve. Ainsi la force hydraulique est utilisée par les moulins flottants et par le moulin du Bazacle ( premier complexe minotier européen. ) Egalement, on pratique l'exploitation des ressources biologiques ( poissons) et sédimentaires ( gravier).
L'endiguement au XVIII S combine l'utile et le beau. Il doit protéger contre les crues et est intégré à un projet plus vaste d'amélioration des berges ( plantation d'ormes à la prairie des filtres.) Cette relation consensuelle entre la ville et le fleuve dure jusqu'au XX S.

Deuxième temps. La ville tourne le dos au fleuve à peu prés de 1920 jusqu'à la fin du XX S.
On déménage à la périphérie les activités comme l'industrie chimique. On déménage les populations " turbulentes " vers Empalot et Daniel Faucher.
La coupure définitive peut être datée des années 60 par l'endiguement définitif, le fleuve est confiné entre les digues, domestiqué.
Le fleuve est à partir de ce moment devenu " artificiel " .Les conséquences en sont: une modification de hydrosystème naturel, ainsi le lit est régularisé avec assèchement de certains bras comme La Garonnette, l'artificialisation des débits par les prélèvements domestiques ou industriels, et la réduction de la biodiversité ( les poissons de mer ne peuvent plus arriver à Toulouse).

Troisième temps. 1780- 1980 Le retour vers le fleuve est à inscrire dans un contexte général de retour à la nature.
On protège le fleuve lui même de par son intérêt écologique. Certaines espèces animales sont protégées et on aménage une passe à poissons au Bazacle.
Le fleuve devient un lieu de détente: Prairie des filtres, activités nautiques. Le fleuve devient un patrimoine: belvédère aux Abattoirs et au Bazacle. On cache les digues en faisant pousser de la vigne vierge.

Remarques :
Dans les années 70 il était prévu une quatre voies express. Grâce aux associations de défense des berges on a crée des promenades à la place.

La Garonne est un risque pour Toulouse car les berges ne sont pas fiables à 100% en cas de grande crue.

R. DUFAUR


Région@le Midi-Pyrénées des professeurs d'Histoire-Géogr@phie


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