ROLAND DE LA PLATIÈRE
Vocation de l'anglais
à devenir la langue universelle
Le 20 avril 1789, Jean-Marie Roland
de la Platière présentait à l'auditoire de la Société
d'émulation de Bourg-en-Bresse, où il venait d'être
admis, un discours inaugural concernant les "causes
qui peuvent rendre une langue universelle, et observations sur celle des
langues vivantes qui tend le plus à le devenir".
Cette assez longue réflexion sur les différentes langues
anciennes et modernes parlées en Europe aboutissait à une
conclusion assez inattendue et surprenante si on considère l'ampleur
de la diffusion de la langue française dans le monde et dans la
culture occidentale de l'époque. Roland défend dans son discours
les droits de l'anglais : cette langue possède (à ses yeux
aussi bien qu'à ceux de Voltaire qu'il cite à plusieurs reprises)
"la force, l'abondance et la majesté qui s'emparent de l'âme"
et une liberté d'expression que le français ne connaît
pas : "la langue anglaise (...) est susceptible de tous les usages ; elle
a été appliquée avec succès à tous les
genres de connaissances".
Mais pour qu'une langue devienne
universelle il est nécessaire, poursuit Roland, qu'à ses
qualités soient associées celles du peuple qui la parle,
ainsi que celles du pays et du gouvernement.
L'Angleterre a depuis longtemps
perdu de son éclat et de sa splendeur ancienne. Ce ne sont donc
pas ce pays et ce peuple qui peuvent être pris pour modèles,
mais bien plutôt l'Amérique, ou du moins les États-Unis,
et les Américains, lesquels ont droit à l'estime des Européens
parce qu'ils on su construire une société plus libre, plus
généreuse, plus tolérante. (...)
Ce texte a paru dans le n° 30
de DIX-HUITIÈME SIÈCLE,
la Recherche aujourd'hui
- Presses Universitaires de France
Texte original
Adaptation anglaise par Ed Maykut
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