Le bilan du communisme : |
Quatre-vingt cinq à cent millions de morts : tel est le bilan - provisoire ? -des crimes du communisme, selon les auteurs du « Livre noir du communisme ». Autour de l’historien Stéphane Courtois, un collectif de chercheurs a ainsi tenté le premier panorama mondial de cette tragédie du siècle. L’aventure sanglante du communisme a pris forme dès les premières semaines de la Révolution d’Octobre de 1917. Lénine coupable au même titre que Staline, Mao, Pol Pot ou Ceaucescu ; le communisme comparé au nazisme comme entreprise criminelle : les thèses de cet ouvrage appelé à faire date ont ouvert un débat et brisé des tabous. Particulièrement en France, où l’influence d’un Parti communiste longtemps stalinien a paralysé la mémoire et la lucidité pendant de longues décennies. C’est Lénine qui inventa le stalinisme. C’est sous son règne que se mirent en scène, dès l’hiver 1917, tous les éléments du décor ce qui allait devenir l’une des plus grandes tragédies de l’Histoire. La terreur comme mode de gouvernement ; la répression systématique des opposants, des tièdes, des ennemis de classe ; la guerre civile comme objectif avoué ; la soumission aux diktats d’une idéologie à prétention universelle ; la déportation et l’extermination de masse. Quatre-vingt ans plus tard, l’Histoire rend enfin justice aux victimes de cette aventure sanglante et totalitaire. Combien sont-elles ? Entre 85 et 100 millions selon les auteurs du Livre noir du communisme. Le régime bolchevik L’un des mythes forgés par la propagande communiste faisait du stalinisme la monstrueuse dérive d’un léninisme originel paré de toutes les vertus de l’innocence. Qu’importe si, dès le début des années 20, des témoignages révélaient l’ampleur de la répression, le délire paranoïaque et la nature policière du régime bolchevik. Des décennies durant, ils ont été mis sous l’éteignoir. Au point qu’aujourd’hui la mise en accusation de Lénine par les historiens fait presque figure de révélation audacieuse. Il en découle pourtant l’une des principales conclusions du Livre noir, ainsi énoncée par Stéphane Courtois : «Les régimes communistes ont, pour asseoir leur pouvoir, érigé le crime de masse en véritable système de gouvernement». Les paysans affamés par des famines organisées, les déportations collectives, le gazage et les bombardements incendiaires des communautés récalcitrantes, la guerre d’un Etat bolchevik non pas contre les armées «blanches» des contre-révolutionnaires, mais contre son propre peuple, l’omniprésence de la police politique, la tcheka, la confiscation du pouvoir par une clique prétendant agir au nom du peuple mais obsédée par l’élimination morale et physique de ses adversaires, jusqu’aux plus inoffensifs, jusqu’aux plus virtuels : tout cela, c’est le tableau du léninisme, dès ses premières semaines d’existence. Plus qu’une ébauche du stalinisme, c’est déjà un prototype très au point de l’archipel du goulag, des grandes purges des années 30 et de l’hiver idéologique qui emprisonnera l’Europe orientale derrière le rideau de fer. Entre 1917 et 1933, deux calamités inouïes, le communisme et le nazisme, se sont abattues sur le monde et ont fait «le malheur du siècle» : le massacre de populations civiles au nom de l'idéologie. D'où vient que le nazisme, qui s'est sensiblement moins étendu dans l'espace et a duré beaucoup moins longtemps, de sorte que ses victimes furent évidemment moins nombreuses, fasse l'objet d'une exécration universelle, tandis que le communisme continue à susciter une indulgence très répandue? Pourtant, l'un a disparu il y a un demi-siècle; l'autre, bien que très affaibli, continue de sévir. Dans un livre (Le malheur du siècle, Fayard), issu d'un discours prononcé en octobre 1997 à l'Institut de France, le philosophe Alain Besançon s'interroge sur ce paradoxe. Au lendemain de la publication, l'an dernier, d'un 'Livre noir du communisme' qui chiffrait son bilan à 85 millions de victimes, un éditorialiste de L'Humanité expliquait - de bonne foi? - que cela ne ternissait en rien l'idéal communiste, alors que nul n'ose plus évoquer l'idéal national-socialiste. Raymond Aron lui-même, pourtant peu suspect d'indulgence envers Moscou, dans Démocratie et totalitarisme, discernait «une différence essentielle» dans l'idée qui animait les deux entreprises, l'une se réclamant du bien de l'humanité, l'autre se bornant à revendiquer la suprématie du peuple allemand. Alain Besançon réfute cette différence des intentions et trouve même plus dangereuse encore la prétention scientifique du communisme. Entre ces «jumeaux hétérozygotes», pour reprendre l'expression de l'historien Pierre Chaunu, il montre qu'il y a infiniment plus de points communs que de différences: destruction physique et morale, falsification du bien, poursuite d'une utopie, à laquelle est sacrifié le politique, c'est-à-dire la capacité à former un Etat de droit. Toutefois, sous le IIIe Reich subsistait une société fondée sur les reliques du droit; rien de semblable sous la dictature stalinienne, où triomphait l'arbitraire. A la différence d'un nazi respectueux des lois, le citoyen soviétique pouvait à tout moment être emprisonné. De sorte que le communisme a débouché sur l'irresponsabilité, la paresse, la passivité végétative et qu'il n'est pas surprenant que la Russie ait aujourd'hui plus de mal à réagir que l'Allemagne au lendemain de sa défaite. Sans doute l'unicité de la Shoah, dont pourtant la prise de conscience a tardé (elle date du procès Eichmann, en 1960), justifie-t-elle la condamnation sans appel du nazisme et du négationnisme. Pourtant, malgré tant de témoignages irréfutables, malgré l'aveu du rapport Khrouchtchev, malgré les charniers cambodgiens, le négationnisme, ou du moins l'indulgence envers les crimes communistes, reste banal chez les intellectuels. L'époustouflante démonstration d'Alain Besançon devrait dessiller les yeux de ceux qui n'ont pas pris une fois pour toutes le parti de l'aveuglement. |
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