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ARCOIRIS Présente: CONTES ET LÉGENDES DU PAYS LOINTAIN Ces contes et légendes sont publiés sous le couvert de la revue culturelle bilingue ARCOIRIS. ARCOIRIS est une association culturelle, loi 1901, dont le but est de faire connaître la littérature latino-américaine (contes, nouvelles, essais, romans et poésie). Ceci est notre première publication et nous nous devons de faire une introduction sur le pays dont nous publierons quelques contes et légendes. I Le CHILI Le Chili, en langue aymara "Chilli" veut dire, "pays lointain". Le Chili est une longue bande de terre étroite. Si longue et si étroite que Neruda dit dans un de ses textes: "les chiliens se mettent en file pour regarder la mer". Cette bande de terre limite par le nord, dans une oasis appelée ARICA qui jouxte le Pérou, et finit dans l'extrême sud, là où la terre plonge avec un gémissement lent et angoissé dans les tourbillons du Cap Horn. Ce port d'ARICA, auquel j'ai donné le qualificatif d'oasis, est un ensemble d'avenues bordées de palmiers, avec des maisonnettes de style colonial. Et c'est vraiment une "oasis", surtout lorsqu'on arrive du Pérou et qu'on a laissé derrière soi des chemins poussiéreux, des collines arides et désertiques. Mais le port d'Arica n'est qu'une étape avant l'autre, la plus terrible; l'étape du désert. En descendant vers le sud, le Chili possède le deuxième désert du monde après le Sahara: c'est ATACAMA. ATACAMA, la terrible, la traîtresse, l'envoûtante, la terre du salpêtre.
Et là, au milieu du désert d'Atacama gisent les villages fantômes, témoins obscurs et oubliés du temps de la richesse, avec leurs noms évocateurs, qui sentent les parfums importés de Paris et luisent de leur mille feux d'artifice: María Elena, Victoria, etc. Le chilien du désert a toujours baptisé ses villes de noms de femmes. Souvenir, peut-être d'un "el dorado", où, comme au temps du plus pur Far-West américain, les hommes sans femme parcouraient ces terres arides à la recherche de "Dame Fortune". Atacama, en fait, est une région. Et le désert se nomme de même, par extension. Son nom serait d'origine "Quechua", selon les uns et voudrait dire "canard" ou bien "terre stérile". D'autres disent qu'il serait d'origine "Cunza" (indiens qui furent assimilés par l'Empire Inca, bien avant l'arrivée des espagnols), et voudrait dire "canard noir". En tout cas, que son nom soit ou quechua ou cunza, il porte en soi l'idée d'une terre inhospitalière, évitée et crainte des hommes pendant des siècles. Comme toutes les frontières actuelles de l'Amérique Hispanique ce sont des frontières artificielles, il faudrait remonter aux temps lointains, d'avant l'arrivée des espagnols, pour trouver l'origine des différents peuples qui se sont mélangés aux conquérants et d'où est né le chilien actuel. Le Chili, celui d'avant la conquête espagnole, était de culture inca jusqu'aux bords du río (fleuve/rivière) Maule, situé dans la vallée centrale, à côté de la ville de Concepción. A partir du río Bio-Bio (au sud de Concepción) et jusqu'à la région de Chiloé, de culture "mapuche" ou "araucana". Au-délà de Chiloé nous trouvions les "Patagons" (habitants de la Patagonie), les "Alacalufes" et les "Onas" de la Terre de Feu. Ceci, sans compter les différentes peuplades disséminées tout au long de la côte: Diaguitas, Amuchis, Caucahues, etc. Alors, nous comprenons aisément que la culture chilienne se soit tellement enrichie, du nord au sud et d'est en ouest. L'indien possédait sa propre cosmogonie, très différente, bien sûr, de celle qu'importèrent les espagnols. Si dans le continent américain, à l'arrivée des conquérants, il n'existait vraiment que deux grandes civilisations: les Aztèques au Mexique, et les Incas sur les plateaux Andins, cela ne veut pas dire pour autant, que les autres indigènes qui y vivaient et qui côtoyaient ces civilisations, ne possédaient pas leurs propres croyances, leurs propres mythes, leurs propres légendes. Des mythes et des légendes des Mayas, disparus bien avant l'arrivée des espagnols, il reste peu de chose, hélas!, car l'Inquisition de l'époque, et parfois la simple négligence des conquérants, détruisirent leur manuscrits. Et seuls les Mayas possédaient une écriture hiéroglyphique. Les Aztèques avaient une écriture pictographique, et les Incas n'en connaissaient aucune, selon les uns, ou bien ils consignaient leur savoir dans des cordelettes à noeuds, les "kipus", selon les autres. Quoiqu'il en soit, la question est réglée lorsque, par ordre du Conseil Provincial de Lima, on détruisit ces "mémorials", en les brûlant dans des gigantesques autodafés en l'an de grâce 1583. Il en fut de même pour les autres peuplades indigènes, rassemblées en clans ou en tribus. Alors arriva ce qui devait arriver. La mémoire se réfugia dans les contes et les légendes orales. Quelques unes de ces légendes furent transmises de génération en génération, pour arriver amputées, ou parfois enjolivées, marquées du sceau de la nouvelle culture qui naissait: "la cultura de la raza", le métissage. Quelques autres racontent "le grand choc", "la grande peur", ou "le dernier bouleversement cosmique". Ce sont les légendes ou contes postérieures à la conquête. Dans chaque conte, dans chaque légende chilienne nous trouvons ce mélange où nous n'arrivons plus à discerner "l'autre", celui qui a traversé les mers pour s'associer à notre chair et à notre sang, nous ne distinguons que "celui qui est près de nous", mais que pendant des générations nous avons pourtant rejeté, car c'est aussi celui qui l'on a vaincu, soumis, parce qu'il n'était pas comme "les autres". Ainsi, le chilien qui séjourne sur les hauteurs enneigées ou au bord de la mer ou dans les extrémités déchiquetés de la terre, en quelque sorte et inconsciemment, s'est détaché des uns et des autres. Il est resté "lui même", "tout seul" : le métis. Avec le bouleversement politique des années 60, le chilien se tourne vers son "frère indien". Il y découvre sa cosmogonie, sa musique, ou mieux, ses instruments de musique. Et il redécouvre ses légendes, ses mythes. Disons que le métis explore quelque chose qui lui est propre: son sang indien. Le monde s'est agrandi. Les nouveaux moyens de communication sont à la portée de la plupart d'entre nous. Mode ou façon de vivre? Peu importe. Ce qui importe par-dessus tout est la reconnaissance de "l'autre" qu'on avait voulu ignorer parce que "porteur de défauts" (lesquels?). Et l'on voit en même temps que ces défauts n'existent pas. Que tout ce qu'a subi "le rejeté", l"exclu", fait partie de notre existence, de notre monde, de notre individualité. Le métissage est tout cela, avec ses négations, ses travers, ses douleurs et ses sentiments. Malgré ce que les écrits du 16ème siècle ont laissé en témoignage: il s'agit de la vie des hommes, des hommes différents, tout simplement, des hommes. Site Web ARCOIRIS
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