WERNER HOFFMANN

 

WERNER HOFFMANN

 

Pilote de Zerstörer au début de la guerre, Werner Hoffmann s’est ensuite distingué comme un chasseur de nuit très efficace. Voici la biographie d’un autre combattant intrépide qui gagna la Croix de Chevalier.

Fils d’un ingénieur spécialisé dans la construction de navires, Werner Hoffmann est né le 13 janvier 1918 à Stettin (aujourd’hui Szcecin), en Poméranie. Il fréquente de 1924 à 1928 l’école primaire du village puis poursuit ses études secondaires jusqu’en 1936 dans un lycée berlinois. Très jeune il se passionne pour la lecture et les exploits des as de la Grande Guerre : « J’ai surtout lu les aventures de pilotes comme Immelmann, Boelcke et Richthofen. » Au cours de l’été 1935, il participe à un stage de vol à voile avec les scouts (Pfadfinder), ce qui l’incite à vouloir embrasser une carrière d’aviateur.

A l’issue du service du travail (2 mois) accomplit à Hirschberg/Riesengebirge, le jeune homme entre à l’école de l’air de Wilpark-Werder, dans la région de Postdam. Après un long et rigoureux entraînement, Werner obtient son brevet de pilote et est muté le 1er juillet 1938 comme aspirant au 7./ZG 234, une escadrille de chasse équipée d’Arado 68. Il commence également à se familiariser au tout nouveau Messerchsmitt 109, un avion révolutionnaire à l’époque. Promu Leutnant le 1er octobre, Hoffmann participe à des vols de reconnaissance dans le sud de l’Allemagne, en vue de l'attaque à venir sur la Pologne..

 

La fin  de la guerre éclaire en Pologne est suivie par près de huit mois de quasi inactivité sur le front occidental. On note cependant quelques escarmouches locales sur le no-man's land séparant le Westwall germanique de la ligne Maginot. Lorsque le conflit éclate finalement en mai 1940, le III./JG 234 qui a été rebaptisé I./ ZG 52 doit assurer la protection des troupes terrestres sur la frontière ouest du Reich. A la même époque l'escadre démarre sa transformation sur Bf 110, un chasseur lourd à long rayon d'action. Lors des premières sorties, Werner assure avec son unité, la protection des bombardiers, ces missions d’escorte se déroulent le plus souvent sans histoire. Il obtient sa première victoire,  à bord d'un "Zerstörer", le 24 mai 1940 : « J’ai décollé en direction de la Manche où le corps expéditionnaire Britannique était entrain d’ amorcer sa retraite. Entre Dunkerque et Calais j’ai repéré un Spitfire. On nous avait dit que le Bf 110 était supérieur au chasseur anglais, si bien que j’ai tenté de me placer dans sa queue. Nous avons tournoyé pendant de longues minutes et je me suis vite rendu compte qu’il était nettement plus maniable que ma machine. Heureusement, j’ai pu compter sur l’ armement supérieur du messerschmitt. Je me suis présenté de face en appuyant sur les pressoirs de mes mitrailleuses à une distance de 200 mètres. Touché le Spitfire a commencé à se désintégrer et j’ai eu quelques difficultés pour passer sous lui et éviter la collision. J’étais à peine remis de ma frayeur que déjà un Hurricane passait à l’attaque, ce qui m’a poussé à ouvrir le feu immédiatement. Une seule rafale aura suffi à l’envoyer au sol, je n’ai cependant pas vu le point d’impact car la fumée qui montait de Dunkerque était très dense. » Faute de témoins, le Hurricane ne lui sera pas comptabilisé. Le 19 juin, lors d’une attaque nocturne contre un colonne  française dans les environs de Badenweiler/Elsass, il est blessé à l’articulation du coude gauche et doit être hospitalisé.  Pendant sa convalescence le ZG 52 participe à plusieurs combats aériens d'importances dans les jours précédant l'Adlertag. Ainsi, le 11 août, au cours d'une des dernières grandes batailles de convoi, les Bf 110 du I. et II./ZG2 décollent pour participer à l'escorte du plus important raid de bombardement monté jusqu'alors contre l'Angleterre par la Luftwaffe. Les deux Gruppen vont accuser la perte de six des leurs. C'est le début de la fin pour les Zerstörer. Les équipages des Bf 110 ne devaient pas tarder à descendre de leur piédestal et à devoir lutter âprement pour leur survie. La Bataille d'Angleterre trouva le Me110 en état d'infériorité certaine face aux "Spitfire" en raison de sa vitesse inférieure et de son manque de maniabilité !

 

Comme il a accumulé un nombre impressionnant d'heures de vols depuis 1938, Werner est un pilote largement au-dessus de la moyenne. Après sa convalescence, il effectue un passage comme instructeur au Ergänzung Zerstörer Gruppe à Vaerlöse au Danemark, puis escorte à partir du 1er juillet les navires de guerre allemands jusqu’en Norvège. Sélectionné pour entrer à la Nachtjagd, la chasse de nuit, il suit un  entraînement rigoureux entre septembre et novembre 1941. Après avoir obtenu son brevet de vol en PVC, il se familiarise à Manching, près d’Ingolstadt, aux techniques du chasseur de nuit : vol d’interception, guidage radio au sol, collaboration avec les batteries de projecteurs,…Cette formation terminée, Werner rejoint les rangs du 5./NJG 3 à Schleswig, dans le nord de l’Allemagne. Durant l’hiver 41-42 et le printemps suivant, les combats entre la RAF et la Luftwaffe sont très rares. Citons tout de même la participation d’Hoffmann à l’opération « Donnerkeil », le 13 février 42. En dépit de ses faiblesses en tant que bimoteur de chasse, le Bf 110 devient un des chasseurs de nuit les plus efficaces de la force aérienne allemande..  Il obtient ses premiers succès sur des bombardiers anglais durant la nuit du 25 au 26 juillet 1942 dans l’espace aérien de Heide/Beïsem : « J’ai mis le cap sur la cote ouest du Schleswig-Hosltein  pour intercepter une unité de bombardiers qui rentrait d’un raid sur Brême. Dirigé par le contrôle au sol, nous avons rejoint la cible et nous nous sommes placés derrière sans être repéré. J’ai choisi un Lockheed volant légèrement à l’écart du box principal et me plaçai dans son sillage jusqu’à ce qu’il remplisse complètement mon viseur. J’ai écrasé le bouton de détente de mes 4 mitrailleuses MG 17 et l’aile droite a pris feu. Le bombardier s’est cabré puis s’est mis en vrille. Après cela , j’ai été dirigé vers un deuxième avion, un Whitley V, que j’ai également attaqué. Le pilote a tenté de s’échapper en se lançant dans un piqué vertigineux mais comme le Whitley était très endommagé, l’équipage a opté pour la solution la plus sage, atterrir sur une plage au nord de Büssum pour être fait prisonnier. » 

 

L’Hauptmann (depuis le 1er février 43) Hoffmann continue à voler contre les unités du Bomber Command dans le Schleswig Holstein et la Baltique mais sans grands succès. C’est l’époque où les Anglais utilisent un système de brouillage désigné sous le nom de « Windows ». Ce système affecte à la fois les projecteurs radar et les estimations de tir. Werner Hoffmann doit attendre son passage au 4./NJG 5 à Greifswald pour devenir un as. Il atteint la barre des 5 victoire la nuit du 20 au 21 avril 43 en éliminant 2 Hallifax . Le 26 mai, il rejoint le II./NJG 1 à St Trond, où il va « booster » son tableau de chasse. C’est au départ de cet aérodrome qu’il abat un autre Halifax le 30 mai à Gilbach-Talsperre,  lors d’un raid dévastateur sur le Ruhr. Ce n’est qu’un début puisque 1 Lancaster et 1 Wellington tombent sous les balles de 7.92 mm de son Bf 110 (G9+1M) dans les environs de Brasel, le 25 juin. 4 jours plus tard c’est au commande d’un Dornier Do 217 qu’ il envoie au tapis un Sterling à Leopoldsburg, près de Lommel. Ses exploits sont récompensés par la « Frontsflugspange im Gold », le 8 juillet.

 

Hoffmann retourne le 4 juillet 1943 à la  NJG 5  pour diriger le I Gruppe et jouer un rôle actif dans la défense des principales cités allemandes en général, et de Berlin, en particulier, face aux raids des Britanniques qui s’y succèdent entre août 43 et mars 44. Werner est en effet crédité de 20 « Tommies » durant cette période : 9 Hallifax et 11 Lancater. Les raisons de ces succès sont à mettre sur le compte d’une expérience accrue mais aussi les développements techniques de la Nachtjagd. Les chasseurs de nuit allemands disposent maintenant de canons obliques, les fameuses « Schräge Musik  : « Il n’y avait que peu de chose à faire pour contrer cette arme mortelle puisque le Halifax et le Lancaster avaient leurs antennes radar H2S fixées à l’arrière de la soute à bombes, ce qui ne laissait aucune place pour la tourelle de mitrailleuses qui aurait été nécessaire. J’ai eu beaucoup plus de réussite avec la Schräge Musik (musique de jazz) qu’avec le canon frontale car je pouvais rester sous un bombardier décrivant des spirales sans subir son feu. Et puis le radar antiaérien SN-2 qui équipait nos appareils depuis septembre 43 était insensible au brouillage des « Windows ».

 

Si les chances d’abattre un bombardier ont augmenté, les risques ne disparaissent pas pour autant. Le 20 janvier 1944, le moteur du Bf 110 d’Hoffmann est touché par le mitrailleur arrière d’un Lancaster. Werner est ainsi contraint de sauter en parachute au-dessus de Berlin. . 

La moisson de médailles se poursuit pour notre pilote âgé de 25 ans. On lui a décerné la « Deutschen Kreuz im Gold », le 26 décembre 43 et il accroche autour du cou la célèbre Croix de Chevalier pour son 28ème duel sous les étoiles le 4 mai 1944 alors qu’il se trouve avec son groupe à St Dizier, en France. Le 1er juin il est promu au grade de Major  et ajoute 3 nouveaux quadrimoteurs à sa liste de victoires pendant le débarquement allié en Normandie. Le 29 juin, il doit à nouveau sortir son parachute, la deuxième fois en six mois. Après une semaine de repos, il abat trois Lancaster le 8 juillet entre 01h30 et 01h50. A l’issue de sa 39ème victoire obtenue à la fin juillet, il rentre en Allemagne avec son unité pour prendre livraison des nouveaux Junkers 88 G-6.

 

Le I./NJG 5 vole ultérieurement en Prussie Orientale et en Lituanie. A bord de son nouvel appareil, il détruit  4 « lourds » soviétiques en décembre 44 dans la région de Libau. « Comparé aux Lancaster et Halifax de la RAF, les avions russes DB3-F et PS84 étaient beaucoup plus lents. Résultat, nous avons du modifier complètement notre tactique d’attaque pour combattre les Soviétiques. Lors de mon premier contact avec un Ivan,  j’avais un tel surplus de vitesse que j’ai manqué de le percuter. J’ai eu le réflexe de plonger en-dessous de lui mais à cause de cette manœuvre brusque nous avons perdu l’ennemi de vue et le contact radar. »  Werner Hoffmann décroche sa dernière victoire sur le front Est contre un Lancaster le 6 janvier 1945, au-dessus de Danzig. Il s’agit de sa 45ème Luftsiege.  Les pilotes du  I./NJG 5 doivent bientôt abandonner leurs missions nocturnes pour soutenir les troupes au sol face à l’invasion de l’Armée Rouge en janvier et février. La nuit du 16 mars le Gruppenkommandeur clôture sa moisson de victoires (N°50 à 52) en abattant 3 Lancaster qui déchargeaient leurs bombes sur la ville suppliciée de Nuremberg. Mais ces succès ont un prix ! Son Ju-88 est mortellement touché par un Mosquito du N° 239 Squadron lors du vol retour : « Nous nous trouvions au-dessus de Bamberg, au Nord de Nuremberg, lorsque plusieurs balles traçantes ont sérieusement endommagé l’aile située à tribord à une altitude de 700 mètres. J’ai aussitôt largué par dessus bord la verrière et ordonné à mon équipage d’évacuer. Je fus le dernier à sauter malheureusement j’ai oublié de compter les trois secondes en chute libre qui sont essentielles avant d’ouvrir le parachute. La conséquence de cette précipitation est qu’une partie de la toile ne s’est pas déployée convenablement et j’ai touché le sol gelé assez durement. A l’exception de contusions sur la poitrine causée par les sangles, j’étais indemne. »  

 

Le Reich ne s’effondre pas assez vite au gré des Alliés. Il faut hâter son agonie, afin de donner un gage d’amitié à l’ami Staline. Les attaques de la RAF dans les environs de Leipzig les 10 et 11 avril 1945 mettent un terme aux activités de la Luftwaffe dans le secteur. Notre « Expert » décolle encore à partir des terrains de fortune comme Raum Lübbenau, Lübben ou Beeskow, au sud de Berlin, pour contrer l’avancée soviétique entre le 21 et le 25 avril. Le Major Hoffmann quitte la capitale dévastée le 26 car la pénurie de carburant bloque définitivement les opérations. Le 1er mai, il réussit avec plusieurs pilotes expérimentés à se faire muter au 7./NJG 3 à Hussum dans le Schleswig Holstein. Werner ne va pourtant plus monter dans le cockpit d’un avion et compte tenu de la situation il se livre avec ses camarades aux Britanniques le 7 mai. Libéré après trois mois d’internement dans l’immense camp de prisonniers de Wiedelah, l’as reprend des études pour devenir pharmacien. Il ouvre tout d’abord une officine en 1957 à Goslar/Harz mais est ensuite engagé comme conseiller scientifique par la société Hoechst A.G. de Brême.

Au sein  de la Nachtjagd, il a abattu une "demi-centaine" d'ennemis de nuit, sans oublier sa victoire diurne en 1940. Il a affronté les « lourds » de la RAF, de l’USAAFF et de la VVS avec l’habilité et le mordant caractéristiques de l’esprit des meilleurs pilotes de la Luftwaffe. Il pouvait se monter fier d'avoir appartenu à une organisation dont l'ennemi eut à tenir compte jusqu'au bout ! 

Photo 1 : Werner Hoffmann portant la Croix de Chevalier; Photo 2 : Messerschmitt Bf110G-4/R2 équipé du radar FuG 220b Lichtenstein SN-2 et de canons de 20 et 30 mm; Photo 3 : Le faucon en piqué, l’emblème de la Nachtjagd ; Photo 4 : Do 217 N-2 avec hélices à quatre pales, cache moteurs DB 601 et antennes du FuG 202 sur le nez et au bout des ailes. Photo 5 : 4 as du NJG 5, Werner Hoffmann (50 v.), Wili Elstermann (9 v.), Gustav Thamm (14 v.) et Paul Szameitat (29 v.) Hiver 43-44.

Ju 88 G-6 « C9+AE », du Major Werner Hoffmann, Gruppenkommandeur du I/NJG 5, Königsberg, début de l’année 1945  © Ofsprey Aviation

Remerciements : Werner Hoffmann