
HANS-JOACHIM JABS![]()

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Hans-Joachim Jabs est un de ces célèbres
as allemands de la Nachtjagd qui a combattu avec bravoure dans le ciel nocturne
face à la suprématie écrasante des Alliés, convaincu de la justesse de la cause
de son pays. L'homme qui a abattu une demi-centaine d'avions alliés vous relate
ici son expérience de pilote lancé dans la tourmente dès 1939.
Hans-Joachim Jabs est né le 14 novembre 1917 à Lübeck Après avoir accompli le service du travail obligatoire à Hambourg (1er octobre au 1er décembre 1936) il se présente avec enthousiasme à l'école de guerre aérienne de Wildpark-Werder près de Berlin. Le Fahnenjunker-Feldwebel Jabs grimpe les marches de l'instruction au pas de course et le 01 juillet 1938 on le trouve à la I/KG 253 sur la base de Wiesbaden où il passe son certificat C au commande du bombardier Ju 86. Il vole ensuite sur des vrais avions de chasse, les Arado 68 et les Heinkel 51 qui, un an auparavant, avaient fait leurs preuves avec la Légion Condor durant la guerre d'Espagne. Le climat est déjà sombre sur l'Europe en 1939 et au mois de mars il s'obscurcit d'avantage lorsque l'Allemagne envahie la Tchécoslovaquie. Hans-Joachim Jabs qui a rejoint entre-temps la I./JG344 participe à ses premières missions dans les Sudètes et en Tchéquie à bord du révolutionnaire Me109 introduit dans les escadrilles de chasse depuis octobre 1938. A cette époque, il fixe les quatre galons argentés de Leutnant (sous-lieutenant) sur ses épaulettes
A partir de mars 1940, la I./JG344 est rebaptisée II/ZG 76 qui porte également le nom d "'Escadrille des Requins". Cette unité est équipée de Bf 110 "Zerstörer" qui possède une vitesse de pointe de 560 km/h. et un plafond de 10.000 mètres. "Nos Bf110 arboraient clairement la gueule de requin, une belle mâchoire béante ce qui explique le surnom du Gruppe ! "
C'est à partir de Nellingen, sous l'autorité de l' Hptm Erich Groth, que Jabs et ses camarades vont prendre part aux offensives contre la France et la Belgique. "Le moral était au zénith, il se gonflait d'ailleurs chaques jours car nos résultats étaient excellents, j'ai personnellement été crédité de 6 victoires, 4 machines portant les couleurs françaises et 2 Spitfires de la RAF !"
Les choses se dérouleront cependant nettement moins bien pour les chasseurs biplaces de la Luftwaffe durant la bataille d'Angleterre : "Les Me 110 C et D que j'ai piloté se sont révélé une proie facile pour les monoplaces anglais, surtout le Spitfire qui était nettement plus maniable. Le Bf 110 D avait certes un rayon d'action plus large mais il fut carrément retiré de la circulation durant l'été 41 en raison de son inefficacité chronique!" Néanmoins le jeune Jabs s'illustre au-dessus de la manche avec 6 Spitfire supplémentaires à son tableau de chasse, ce qui est impressionnant compte tenu de l'infériorité du Me110. Cela lui vaut une promotion au rang d' Oberleutnant en septembre et surtout la Croix de Chevalier, un mois plus tard (01/10).
Après avoir participé aux monotones mais essentielles patrouilles de surveillance au large des côtes de Jever, Westerland et Wangerooge entre novembre 40 et mai 41, "Jochen" Jabs et le II/ZG 76, grand voyageur du club Med Hitlérien, intègre le VIII Fliegerkorps du général-baron Wolfram von Richthofen à Argos pendant la campagne de Grèce (16-30 mai).
Durant l'été 41, une
réorganisation en profondeur est mise en place, les anciens équipages de Zerstörer
sont choisis pour former le noyau de la Nachtjagd. Le II./ZG 76 est
désormais rebaptisé II./NJG3. "Les dents de requins furent
conservées sur certains appareils de la ZG 76 transférés dans la Nachtjagd.
Dans certains cas, les dents blanches furent repeintes en noir, cette couleur
étant la teinte standard pour les chasseurs de nuit à cette époque !".
Au mois de septembre, notre as entame sa conversion à un rôle nocturne à
Stuttgart-Echterdingen. Le Bf 110 remplit parfaitement sa tâche durant la
deuxième partie du conflit faisant ainsi oublier sa médiocre prestation durant
la Bataille d'Angleterre. "Les techniques d'interceptions
s'améliorèrent avec l'introduction du radar de bord à courte portée en juillet
1942. Il est également important de préciser qu'une grande partie
de nos futurs exploits étaient en grande partie due aux efforts de nos
Bordfunkeren (opérateurs radio) qui nous guidaient vers la bonne position pour
obtenir la victoire!"
La nuit du 11 au 12 février, Hans-Joachim prend part à l'opération "Foudre de Jupiter" au cour de laquelle une trentaine de Messerschmitt 110 vont assurer la protection aérienne, au-dessus du détroit Douvres-Calais, des cuirassés Gneiseneau et Scharnhorst et du croiseur lourd Prince-Eugène. Ces 3 fleurons de la marine allemande doivent s'échapper du port de Brest en direction des fjords norvégiens dans un but purement stratégique. En tout, plus de deux cents chasseurs et quelques groupes de bombardiers vont former un parapluie protecteur et imperméable. Le succès sera total, les 3 navires franchiront la Manche, échappant ainsi à la RAF qui va perdre 60 avions pour seulement 17 appareils à la Luftwaffe. Pour beaucoup de spécialistes encore l'opération "Foudre de Jupiter" constitue un fait d'armes exceptionnel.
Au mois de
novembre 1942, l'ancien pilote de Zerstörer intègre la 1ère Nachtjagdgeschwader
à Leeuwarden, aux Pays-Bas. Il s'agit sans aucun doute de l'unité la plus
importante et la plus expérimentée de toute la chasse de nuit de la Luftwaffe.
Celle-ci va bientôt être équipée d'équipements ultramodernes : "Un
radar Liechtenstein SN-2 qui constitua l'ossature de nos Bf110 G jusqu'à la fin
des hostilités et de canons de 20mm à tir vertical, les Schräge Musik (musique
oblique ou jazz) qui se révélèrent très efficaces contre les bombardiers. Nous
n'avions plus qu'à voler sous l'appareil ennemi et à viser au moyen d'un
collimateur spécial, situé sur le haut de la verrière !".
Plusieurs pilotes allemands préfèrent cependant utiliser la tactique plus
classique "Von hunten hinten" (par-dessous, par-derrière) qui
consiste à attaquer les Lancaster ou Halifax par derrière quasiment à bout
portant en veillant à se tenir sous le champ de tir de la tourelle de queue.
En février 43 Jabs devient Kommandeur de son Groupe (IV/NJGI), il fait alors équipe avec le Lt. Erich Weissflog (radio) et l'Ofw. Johann Poppelmeyer (mitrailleur arrière). Le trio est sérieusement secoué à l'aube du 24 novembre au cours d'un duel avec des Beaufighter VI de la RAF au-dessus de Leeuwarden . La réserve d'essence étant épuisée Jabs désengage puis amorce sa descente mais une explosion secoue le Bf110G-4 (Werknr:720018 G9+AE). Déjà les flammes lèchent l'empennage et le moteur commence à cafouiller. Le pilote allemand tente de poser l'appareil en détresse mais celui-ci s'abat comme une pierre sur la piste de Leeuwarden. Jabs et Weissflog sont commotionnés, en revanche Poppelmeyer est indemne.
Cet
incident ne freine pourtant pas la détermination de Jabs qui est crédité de 25
victoires supplémentaires en janvier 44 (principalement contre des Lancaster et
des Hallifax mais aussi des Mosquito du Bomber Command), ce qui lui donne un
score de 45 Luftsiegen. En mars, il peut ajouter les Feuilles de Chêne à sa Ritterkreuz
et est nommé, à 26 ans, Kommodore de la NJGI en remplacement de
Werner streib, qui devient Inspektor der Nachtjagd (inspecteur de la
chasse de nuit) . Le 1er novembre Hans-Joachim est promu Oberstleutnant
(lieutenant-colonel) et restera auprès de la NJGI à Arnhem jusqu'à la fin des
hostilités. Son combat le plus mémorable se déroule le 29 avril 1944, lorsqu'il
envoie au tapis 2 Spitfires IX pour ses 46è et 47è victoires : "Je
m'apprêtais à atterrir à Arnhem, en Hollande. En plus de mon équipage, j'avais
à bord un morceau de lard que j'avais acheté à Saint-Trond. Caché dans une
couverture nuageuse complètement opaque, je ne commençais ma descente que tout
près d'Arnhem, à l'endroit où les nuages commençaient à se dissiper. Je
distinguais bientôt des chasseurs monomoteurs au-dessus du terrain, et je les confondis
avec les nôtres. Il s'agissait en réalité de huit Spitfire MK IX (NDLR
: du 132ème Squadron), qui étaient presque deux fois plus rapide que mon
Bf110. Il était bien trop tard pour que je tente de m'enfuir dans les nuages,
puisque j'avais été aperçu, et je me préparais donc à me défendre". Mais
la proie n'est pas un oiseau pour le chat, Jabs descend un premier
"Spit" grâce à ses canons meurtriers ; la machine ennemie se
désintègre dans le ciel ! Le faucon de Lübeck plonge vers le sol avant virer
pour faire face à un second assaillant et lui réserver un sort presque
identique. "Le Spitfire parti en flamme vers le sol mais son pilote
(le Flight Officier J.J. Caulton) parvint miraculeusement à poser sa machine
sur le ventre. Au même moment, j'encaissais un véritable mitraillage en règle.
Les deux moteurs et une aile avaient été touchés de plein fouet. Je poussais
vivement le manche vers le bas pour atterrir en trombe sur la piste. Juste au
moment où j'amorçais ma prise de terrain, une nouvelle attaque envoyait des
balles partout autour de mon pauvre appareil. Mes nerfs se crispaient ! Via
l'intercom, je hurlais à mes équipiers de sauter avec...la tranche de lard
avant que la machine ne s'immobilise et de prendre aussitôt la poudre
d'escampette. Je priais ensuite pour que le train d'atterrissage fonctionne. La
suite sera assez heureuse, même si je pouvais parfaitement distinguer l'herbe à
travers les énormes trous qu'avaient provoqués les obus, je parvins à me poser.
Pour survivre, une seule alternative : sortir de la carlingue et vite ! Sans
attendre, je bondis hors de mon siège, puis, a bout de souffle, je me jetais
derrière un abri. A cet instant, les spitfires portèrent l'estocade et mon zinc
fut pulvérisé !"
C'est l'as anglais Geoffrey Page qui a été crédité du Bf110. Des années plus tard Jabs rencontre Page à Munich au cours d'une réunion d'anciens pilotes. Il lui raconte la perte de son morceau de lard, et l'année suivante, à Noël, un paquet de viande est livré au domicile de l'Allemand avec un mot de Page, qui disait : "Terriblement désolé de la perte de celui de 1944, mais j'espère à présent être pardonné! "
En 1945, le Reich
s'effondre dans la boue, le sang, les larmes. Parmi les experts de la Nachtjagd
qui remportèrent leurs dernières victoires, on retrouve Hans-Joachim Jabs. Dans
la nuit du 21 au 22 février, la RAF avait envoyé 1.100 bombardiers lourds sur
Duisberg, Worms et le canal de Mitteland, passage fluvial qui était la cible de
165 Lancaster et de 12 Mosquito : "J'ai prélevé mon tribut sur 2 Lancasters
amenant ainsi mon total de victoires nocturnes à 31, plus 19 en tant que pilote
de Zerstörer. Au cours de mes 510 missions en tant que pilote de chasse, j'ai
toujours eu le plus grand respect pour les Spitfires et les Mosquito de la
Royal Air Force ainsi que pour l'impressionnant armement défensif des
Forteresses Volantes, les B17, qui constituèrent l'épine dorsale des
bombardements diurnes menée par l'USAAF. Si Le Bf 110 G-4/R-3 reste mon avion
fétiche, le He 219 Uhu (hibou) fut le chasseur de nuit le plus moderne de la
Luftwaffe avec une vitesse maximale de 630 km/h et un rayon d'action de 2.800
km, il était le seul appareil capable de rattraper un Mosquito."
Libéré assez rapidement des camps d'internement alliés, Hans-Joachim Jabs s'est reconvertit dans le monde des affaires après la guerre et a même été élu conseiller municipal à Reinfeld dans le Schleswig-Holstein. Son épouse lui a donné 2 enfants. Il nous avait gentiment envoyé depuis son domicile en Wesphalie les documents qui nous ont permis de réaliser cette biographie. Cet extraordinaire pilote de chasse a rejoint le panthéon des as en cette fin d’année 2003.

Bf 110G-4
de l'Oberst Hans-Joachim Jabs, mai 1945. © Ofsprey Aviation
Remerciements : Dennis Peschier.

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