
LUDWIG MEISTER ![]()

![]()
Ludwig Meister est l’un des grands as de
la Nachtjagd. Crédité de 39 victoires aériennes remportées de novembre 1941 à
mai 1945, au cours de 120 combats, dont une diurne sur un B-17. Ayant débuté sa
carrière comme sous-officier, il termine la guerre commandant.
Ludwig „Luk“ Meister est né le 14 décembre 1919 à Erbendorf, un petit
village bavarois. C’est le fils d’un industriel et vétéran de la Grande Guerre.
Il suit les cours de l’école de Regensburg et se passionne pour l’aviation.
Sorti diplômé en 1937, le jeune homme rejoint la Luftwaffe le 1er octobre 1939. Il obtient son brevet de pilote à
Dresden-Klotsche, ensuite, il décroche le brevet C en janvier 1941. Le Leutnant
Meister passe successivement à l’école de pilotage sans visibilité de Brandis,
puis à l’école des Zerströer de Neubiberg où il
rencontre son équipier Hannes Forke, un garçon originaire de Leipzig. Détail
amusant, ce dernier porte des lunettes, ce qui est plutôt rare pour un membre
du personnel volant. Cela ne l’empêchera pourtant pas de devenir un brillant
radio-mitrailleur et de former une paire indissociable avec Ludwig Meister
durant la guerre..
A la mi-juillet, les deux compagnons sont envoyés à Echterdingen
(Stuttgart), au E./NJG 1 (unité d’écolage avancé de la
première escadre de chasse nocturne). Quelques semaines plus tard, ils sont
postés au II./NJG 1 à Stade, près de Hambourg. La nuit du 30 novembre au 1er
décembre 1941, le Bomber Command lance un important raid sur la cité portuaire et Emden. Dix-neuf
appareils sont détruits lors de la
première incursion, trois d’entre eux tombant sous les balles du Messerschmitt
Bf 110 du Lt Meister et de l’Uffz Forke. Deux
victoires « seulement » (un Whitley et un Halifax) sont attribuées à
l’équipage. La troisième victime (un Wellington ) serait tombée dans le
port de Hambourg, et n’a pas été confirmée, faute de témoins.
|
Début 1942, le II./NJG 1 arrive sur la
piste de St Trond en Belgique. Si Meister n’obtient pas de nouvelles
victoires au cours de l’hiver, il participe néanmoins aux escortes des
navires de ligne allemands « Scharnhorst », « Gneisenau » et
« Prinz Eupen », évadés
de Brest et faisant route vers la Scandinavie lors de l’ Opération « Donnerkeil », du 11 au 13 février 1942. « Nous les aviateurs de chasse de nuit, nous avons dû voler en formation durant la… journée
entre la Belgique et la Norvège ! » Vers le 10
mai 1942, Ludwig Meister et son opérateur radio l’Uffz. Forke sont à Mainz-Finthen, en Allemagne, lieu du III./NJG
4. La paire remporte trois victoires sur le Reich
pendant l’été, dont deux pendant la seule nuit du 29 août 1942. Le 2 octobre. Les deux jeunes gens sont envoyés en France pour opérer à
partir de Laon-Athies, base du I./NJG 4 dont le Kommandeur n’est autre qu’une vieille connaissance, le Hptm Wilhelm Herget. |
Février 1942, les Bf 110 du II./NJG1 volent de jour de la Belgique vers
la Norvège pour escorter des navires de lignes allemands. Hannes Forcke a
immortalisé ce vol en prenant photo de son pilote |
« Luk » Meister devient l’ Adjudant du Gruppe et le 25 octobre, après avoir
décollé d’Athies, il abat un Wellington du 75 Squadron. Le bimoteur s’écrase à Jenlain, près de Valenciennes. Le 22 novembre, lors
d’un vol au-dessus de la Belgique, Meister est dirigé vers un Lancaster du 57 Squadron. La proie est rejointe et détruite à
Tourinnes-la-Grosse. Le dernier succès de 1942 est obtenu sur un Stirling qui
est probablement tombé dans la Manche.
Il faut patienter jusqu’au 9 mars 1943 pour trouver une nouvelle victoire
du duo Meister/Forke : à minuit trente, ils revendiquent leur premier
Halifax, probablement le TL-Y (W7851) du 35 Squadron . L’appareil tombe entre
Ors et Catillon-sur-Sambre, près du Cateau, selon l’Oblt. (depuis le 1er février) Meister. Il s’agit de la neuvième
victoire officielle de « Luk » Meister mais aussi la dernière
remportée au départ d’un aérodrome français. Le I./NJG 4 doit en effet rejoindre la Belgique.
Pour combler un trou dans le système de défense nocturne allemand, la Luftwaffe décide de mettre sur pied un Fliegerhorst pendant l’année 1942. Celui-ci voit le jour à Florennes, dans la
province de Namur où le I./NJG 4 vient de s’établir.
Meister ne chôme pas. Le 17 avril 1943, il envoie au tapis un Halifax du
408 Squadron entre St Hubert et Nassogne dans les
Ardennes belges; le 30 mai 1943, c’est le Stirling WP-Y (EF349) du 90 Squadron. qui tombe sous les balles et obus de notre pilote. Le crash est
enregistré à Proville (près de Cambrai). Le bilan est de cinq aviateurs tués et
deux autres capturés. Le 26 juin, c’est sur les Pays-Bas que Meister détruit
son quatrième Stirling (du 214 Squadron) à 45 km d’Arnheim.
On note encore deux « Abschüssen » en juillet : un Halifax du 51 Squadron abattu le 4 à Rance, non
loin de la base de Florennes et un autre Halifax (appartenant au 102 Squadron) tombé à Wattignies-la-Victoire le 14 . Les mois suivants, les pilotes
du I./NJG 4 opèrent essentiellement sur
l’Allemagne. Du 28 août au 20 décembre, l’Oblt Meister est
crédité de huit nouveaux succès sur Trèves, Cologne, Euskirchen… avec deux
« Luftsiege » dans la nuit du 27/28 août,
et trois dans la seule soirée du 14 octobre !
|
Ludwig Meister et son inséparable radio, Hannes
Forke |
Le 15 août
1943, l’Oblt Meister demande à pouvoir exercer le rôle de chef d’escadrille.
Sa requête est approuvée et il se voit attribuer le commandement de la 1./NJG 4,
dont le précédent Staffelkapitän a perdu la vie en combat. Le 2
janvier 1944 marque le retour sur le Front occidental de Meister. Il abat
quatre Lancaster entre 5h15 à 6h00. Un appareil tombe en Belgique, un autre
près de St Pol et les deux derniers dans la Manche. Cinq jours plus tard,
Ludwig remporte une victoire originale puisqu’elle a lieu de jour ! Il
met fin à la carrière d’un des cinq B-17 perdus dans la journée. Le
quadrimoteur tombe aussi dans la Manche. Comme le
Bomber Command se concentre de nuit sur Berlin, le I./NJG 4 est contraint de quitter momentanément Florennes pour rejoindre
l’aérodrome de Werneuchen, près de la capitale allemande. La nuit du 20
janvier, « Luk » Meister exécute deux nouveaux quadrimoteurs. |
En février 1944, il est de retour à la base belge avec son unité. Les Bf
110 G sont désormais munis de radars perfectionnés et les équipages passent de
deux à trois hommes. Hannes Forke est concentré sur ses fonctions de
radio/opérateur-radar. Il laisse son poste de mitrailleur au Feldwebel Toni Werzinski).
Le 1er février « Luk » Meister est promu au grade
d’Hauptmann et la nuit du 20 février, il abat deux Halifax sur l’Allemagne. Le lendemain,
c’est un Lancaster victime des balles et obus de l’as qui s’écraser sur le sol
allemand. Le 24, le Kapitän de la 1./NJG 4 remporte trois victoires
successives sur trois Lancaster en vingt minutes (20h55 / 21h15). Les trois
quadrimoteurs (engagés sur Augsbourg) tombent dans le triangle
Reims-Vouziers-Rethel. Le 16 mars, après trois semaines de disette, Ludwig fait
à nouveau coup double, abattant deux Lancaster près d’Amiens et de Laon. Sa
onzième et dernière victoire « française » est obtenue le 23 mars à
0h15 lorsque les obus de son Bf 110 mettent hors d’état de nuire un Lancaster
qui va s’abattre à 15 kilomètres au nord-ouest de St Omer.
Par manque de carburant, le pilote décide de poser le Messerschmitt à
Hildesheim. Pendant que Meister et Forke partent dormir quelques heures dans le
bâtiment de l’aérodrome Werzinski passe
le reste de la nuit à vérifier l’état du Bf 110 G-4 . A 08h52, le « 3C+TJ » (WNr 720078) quite
Hildersheim. Sa destination est Florennes : « Jusqu’au
Wesel nous avons pu profiter d’une couverture nuageuse mais lors du survol de
la Meuse, j’ai dû voler très bas pour ne pas être repéré par l’ennemi. Près de
Namur, j’ai repéré des traces de condensation suspecte à 4000 mètres. La
centrale de Bruxelles nous avait pourtant confirmé l’absence d’ appareils
ennemis dans le secteur J’ai ensuite
distingué deux lueurs sur la droite. Touché ! Les deux moteurs ont perdu
de la puissance alors que notre machine se trouvait dans une vallée très
encaissée. J’ai tiré sur le manche de toutes mes forces et nous avons réussi à
« sauter » la falaise et des rangées d’arbres avant d’atterrir en
catastrophe dans un espace dégagé. »
|
Le Bf 110 s’est crashé près d’une voie de chemin de fer à Nannine. Deux machinistes entretenant une locomotive et des civils vont extirper les trois aviateurs prisonniers dans leur habitacle. Meister a trois vertèbres fracturées, Forke s’en sort avec une commotion cérébrale ainsi qu’une clavicule brisée alors que Werzinski a été atteint par deux balles américaines en pleine tête. Leur Messerschmitt a été touché de plein fouet par le Thunderbolt piloté par le Captain Edward H. Spietsma du 358 FG/367 FS (son unique victoire durant le conflit). Les trois allemands vont finalement s’en tirer sans trop de mal. Le 9 juin, Ludwig Meister se voit attribuer la croix de Chevalier et est promu Kommandeur du III./NJG 4 en décembre 1944. Mais à la supériorité numérique de l’ennemi vient s’ajouter l’insuffisances de carburant. Et puis de toute façon il est trop tard. « Luk » fête sa dernière victoire le 7 mars 1945 en revendiquant un Lancaster tombé près de Kassel. Il a ainsi aligné trente-neuf victoires nocturnes lors de 120 missions de guerre. |
« Luk » Meister assis sur l’habitacle de son Bf
110. On remarque sur le fuselage
l’insigne de la Nachtjagd. |
Il s’agit maintenant pour lui de se construire une nouvelle vie. Pas facile pour un ancien officier de la Luftwaffe, titulaire d’une des plus haute décoration militaire allemande. Heureusement, il est engagé dans l’imprimerie de son ancien commandant, Wilhelm Herget. Il jouit actuellement d’une retraite bien méritée en France. Signalons que son inséparable Hannes Forke est décédé tragiquement aux Pays-Bas dans les années 60 alors qu’il tentait de porter secours à sa fille et son neveu emportés par un courant marin.

Remerciements : Ludwig
Meister et Jean-Louis Roba pour leur précieuse collaboration

![]()