
GERHARD SCHÖPFEL![]()

![]()
Gerhard Schöpfel est l'un des plus célèbres pilotes de la
Jagdgeschwader 26 qui a tenté d'arracher la maîtrise du ciel à la RAF pendant
la Bataille d'Angleterre. Il fut aussi l'ami intime du Général Adolf Galland.
Gerhard Schöpfel voit le jour le 9 décembre 1912 dans la cité d' Erfurt. A l'issue du service du travail obligatoire, il entre à l'académie de police de Sonderhausen (1932). Ses examens réussis, le jeune homme peut entrer en 1934 dans le service actif. 2 ans plus tard, Gehard décide de postuler pour l'aviation et gagne l'école de Ludwigslust, il est alors âgé de 23 ans. Le 15 octobre 1936, il s'entraîne à l'école de chasse de Bernburg puis à celle de Döberitz. Après avoir completé sa formation à Bad Aibling, Schöpfel est envoyé à la JG-26 Schlageter qui sera baptisée par les britanniques "Les Boys Au Nez Jaune", "Les Boys d'Abbeville" ou encore "Les Boys de St Omer". L'escadre fut créée en 1937 sous la désignation JG234. Son titre "Schlageter" commémorait en fait un héros nationaliste exécuté par les troupes françaises de Rhénanie dans les années 20.
En 1939, Schöpfel est promu
chef d'escadrille du 9./JG26 mais celle-ci ne participe pas à la campagne de
Pologne. Elle inaugure sa carrière opérationnelle pendant la "drôle de
guerre" puis lors de la Blitzkrieg, l'Oberleutant Gerhard Schöpfel apprend
à connaître son Gruppenkommandeur, la star de la Luftwaffe - Adolf
Galland : "Galland cultivait l'art de vivre à l'extrême. Gros
fumeur, il abattait ses vingt cigares quotidiens, et privilège suprême,
l'habitacle de son Bf 109 était doté d'une réserve de havanes et d'un
allume-cigares." Le 9./JG 26 occupe plusieurs aérodromes en
Belgique (Peer, Beauvechain et
Chièvres).
"Gerd" obtient sa première victoire dans le voisinage de Dunkerque,
au moment de l'évacuation de l'armée britannique. Lors d'une confrontation
violente à haute altitude, il détruit un Spitfire. Il n'a pas oublié non plus
un duel avec un pilote américain du nom de Clark en mai 1940 : "Clarke
était un Américain qui s'était porté volontaire dans la RAF. Il avait les
cheveux roux. Par coïncidence le sergent de mon escadrille qui avait envoyé
Clarke au tapis était lui aussi un rouquin. Après l'atterrissage forcé du
Yankee, mon équipier survola la carcasse de l'appareil. Au moment où Clarke
enlevait son casque, mon ailier fut très surpris de constater que son
adversaire avait la même couleur de cheveux que lui. Au soir nous avons invité
l'américain à notre base et les deux têtes rouges ont pu se retrouver, au sol
cette fois !" A cette époque déjà critique, la guerre aérienne
conservait encore un aspect chevaleresque que la guerre sur terre avait perdu
depuis longtemps.
A la fin de la
foudroyante campagne menée en France, en Belgique et aux Pays-Bas le 25 juin
1940, l'escadre est envoyée à l'arrière pour prendre du repos et compléter ses
moyens en prévision de l'offensive contre l'Angleterre. Le III./JG 26 du Major
Galland est intégrée au Jagfliegerführer 2 commandé par le Général-Major
Osterkamp, un ancien as de la Grande Guerre. Depuis l'aérodrome de Caffiers, le
III.Gruppe escorte les bombardiers Dornier Do 17 et Junkers Ju 88, chargés
d'attaquer les navires britanniques dans l'estuaire de la Tamise. Le terrain de
Caffiers, situé non loin de Guines, n'était qu'une piste sommaire, établie sur
des champs réquisitionnés et dépourvue des installations d'une base aérienne
permanente. Les pilotes logent sous tente, tandis que les appareils sont
parqués dans des alvéoles constituées de sacs de sable faisant office de
pare-éclats et camouflées contre les reconnaissances aériennes.
Les Messerschmitt Bf109 de Galland s'élancent ensuite à l'assaut du sud de l'Angleterre. Schöpfel qui a effectué une douzaine de vols avec Adolf Galland ne s'est jamais privé pour évoquer les qualités de son leader : "Il avait un sens inné pour renifler l'adversaire. Ce n'était pas pour rien que la chasse comptait parmi ses sports favoris. En revanche, voler avec lui n'était pas une sinécure. Il évoluait régulièrement au-dessus de Douvres et du sud de l'Angleterre à une altitude de 1 000 m, sous le feu d'une DCA terrible...Mais il était le chef, et nous le suivions. En fait, c'était un extraordinaire meneur d'hommes." Le 8 août, Schöpfel est officiellement un as, il obtient sa 5ème victoire au détriment d'un Hurricane du Squadron 600 au sud de Ramsgate à 12h35.
Le 18, Galland ayant été
convoqué à Berlin pour une conférence présidée par Göring, Schöpfel assure le
commandement par intérim du Gruppe III. Il a alors vingt-sept ans ! Peu avant
13 heures, Gerhard et ses chasseurs atteignent les côtes du Kent lors d'une
mission de chasse libre qui précède les bombardiers du Kampgeschwader
KGI et du KG76. Ces derniers doivent attaquer les aérodromes de Kenley et de
Biggin Hill. Alors qu'il approche du premier objectif, Schöpfel repère les
Hurricane du Squadron 501 en train de gagner de l'altitude. le pilote allemand
pique et tir deux courtes rafales sur les appareils ennemis. Ensuite, il s'en
prend au dernier Hurricane et le descend en flammes. "Les autres
Anglais ne s'étaient aperçus de rien et continuaient imperturbablement leur
route. Alors, je me suis placé derrière le quatrième et je l'ai
également soigné",
se souvient Schöpfel. Notre as est si près de sa victime - l'as Polonais
Franciszek Kozlowski - que des débris le
frôlent. En fin d'après midi, le Gruppe III est de nouveau engagé et s'octroie
trois Hurricane du Squadron 32 pour la perte de deux Bf 109E. En terme de
performance, le Messerchsmitt et le spitfire Mk I se valent sensiblement. Par
contre, le Hurricane Mk I, qui constitue l'ossature de la chasse anglaise en
1940, est nettement inférieur au Bf109 E. "Le Bf 109 E surclassait
irrémédiablement la Hurricane et distançait le Spitfire au-dessus de 6000 m. Je
crois que notre armement était supérieur. D'abord, son emplacement plus
central, favorisait la visée. Maintenant, les chasseurs anglais viraient plus
sec que nos Messerschmitt. De plus, la structure plus faible, de nos appareils
ne leur permettaient pas d'encaisser autant de coups qu'un chasseur anglais",
déclare Schöpfel. Comme les réservoirs de carburant supplémentaires n'ont pas
encore été adoptés par la Luftwaffe, un chasseur comme le Messerchsmitt 109
n'avait qu'une capacité de 90 minutes de vol. Compte tenu du trajet et du temps
perdu au décollage et à l'atterrissage, il ne disposait que de 30 minutes pour
combattre au-dessus de l'Angleterre avant de rompre pour regagner sa base.
Suite aux nombreuses pertes des bombardiers allemands au-dessus de la Manche et de l'Angleterre, Göring exige une réorganisation des unités d'escorte à l'issue de la conférence de Karinhalle. La conséquence immédiate est le remplacement des chefs d'escadre de chasse par des officiers plus jeune. Le 21 août, Galland reçoit le commandement du JG26, et Schöpfel le remplace définitivement à la tête du III. Gruppe.
Entre la fin août et le début septembre, l'intensité des combats aériens ne faiblit pas. Les pilotes de la JG26 effectuent deux à trois sorties quotidiennes, L'Hauptmann Schöpfel en profite pour aligner les succès. Son palmarès s'élève bientôt à 20 victoires homologuées et il devient bientôt titulaire de la Ritterkreuz (11.09.1940). En revanche la JG26 perd 12 Bf109 en septembre alors que la Luftwaffe porte toutes ses attaques sur Londres. A la fin du mois, il est patent que l'Allemagne a échoué dans sa tentative d'arracher la maîtrise du ciel du sud de l'Angleterre à la RAF.
Le 10 novembre, le Gruppe
s'installe à Abbeville et le 1 décembre, Gerhard Schöpfel effectue sa dernière
sortie importante sur l'Albion, abattant à 15h35 un Spitfire du 92 Sqadron
au-dessus d' Heme Bay. Il vient d'enregistrer sa vingt-deuxième victoire. Après cent vingt jours de combats
incessants la Bataille d'Angleterre est terminée. En dépit de la défaite, la
JG26 s'est battue valeureusement avec un bilan de 185 victoires pour seulement
33 pertes.
En mars 1941, la JG26 est dispersée en Bretagne pour protéger principalement Brest. Peu après, les Britanniques se lancent dans une contre-offensive qui s'avère fort coûteuse, et permet à Gerd Schöpfel d'engranger de nouvelles victoires, principalement contre des Spitfire. Pendant l'été 1941, il fait la connaissance du légendaire as Anglais, le Wing-Commander Douglas Bader. Amputé des deux jambes, il portait des prothèses, ce qui ne l'avait pas empêché d'accomplir des acrobaties stupéfiantes qui lui avaient valu de nombreuses victoires. Fait prisonnier, il fut reçu à St Omer avec tous les honneurs par tous les chefs d'escadrilles du JG26 et aura même le privilège de s'installer à bord d'un Messerchsmitt. A noter que ce diable d'homme effectuera plusieurs tentatives d'évasion avant la libération.
Au mois de décembre 1941,
Gerhard Schöpfel succède à l'Oberst Adolf Galland (propulsé au poste
d'Inspecteur de la chasse) à la tête du JG26 et reste à ce poste jusqu'en
janvier 1943. Il supervise ainsi le passage de l'escadre sur Focke Wulf 190 qui
se révèle supérieur au Spitfire MK V. A la tête des 8. et 9. Staffel, Le
Major Schöpfel décolle le 12 février depuis la base de Coquelles pour relever
les Bf109 de la JG 2 lors de la célèbre opération
"Cerberus-Donnerkeil" qui consiste à assurer la couverture de la
flotte allemande lors de son trajet entre Brest et Wilhelmshaven. Le 1er juin
42, Schöpfel porte son total de victoires à 40 a l'issue d'un duel contre un
Spitfire du 111 Squadron ! Avec l'arrivée des forces aériennes américaines sur
le théâtre européen, la JG26 de Gerhard Schöpfel monte la garde sur les voies
d'accès de la Rhur. Enfin, après 13 mois à la tête de la JG26, il cède le
relais à Joseph "Pips" Priller et est affecté à des tâches
d'état-major..
Durant l'été 1943, Gerhard se trouve en Sicile pour une tournée des escadrilles. Il reste un homme de terrain et doit certainement mieux appréhender la triste situation des chasseurs que ses supérieurs demeurés à Berlin. A partir de juin 1944, il revient en opérations comme Kommodore de la JG4 en Norvège avant de prendre le commandement de toutes les opérations (Jafü) en Hongrie. Le 10 avril 1945, il est Kommodore du JG6 dans le nord de la Tchécoslovaquie. Le Colonel Gerhard Schöpfel a effectué 700 missions durant sa carrière de pilote et n'a été abattu qu'à une seule reprise, c'était en 1945 pendant la défense du Reich. Touché lors d'un engagement contre des Forteresses Volantes, il du sauter en parachute, l'atterrissage fut si brutale, qu'il se releva avec une épaule démise. Depuis lors, son bras gauche est plus court que le droit. Il a également été légèrement blessé à plusieurs reprises. Une mésaventure le fait encore sourire aujourd'hui : "Un jour que je dirigeais un Schwarm contre des Spitfire, une rafale de mitrailleuse détruisit complètement mon tableau de bord. Divers objets volèrent dans la carlingue et je reçus une vis en plein dans la bouche !"
Gerhard nous relate une dernière anecdote sur la fin du conflit alors qu'il se trouvait en Tchécoslovaquie : " Les Soviétiques étaient partout à la fois, et nous savions que leur arrivée à notre aérodrome n'était plus qu'une question d'heures. Je m'adressais donc à nos prisonniers Américains : Nous vous abandonnons ici, vos alliés Russes vont bientôt vous récupérer. 'Non merci', répondit leur porte parole. Nous préférons partir avec vous'."
Les autorités Américaines
n'agiront pourtant pas avec la même élégance. Victime d'un article du traité de
Yalta, Gerhard Schöpfel est remis aux Soviétiques et subira leur
"hospitalité" durant quatre années épouvantables en URSS. A son
retour en Allemagne, il est chauffeur pour un ancien camarade d'escadrille.
Après avoir brièvement tenu un commerce, "Gerd" rejoint en 1960 la
compagnie aérienne "Air Loyd" qu'il ne quittera qu'au moment de sa
pension. A noter enfin que Schöpfel fut consultant avec son ami Adolf Galland
sur le film "La Bataille d'Angleterre". (avec Michael Cane, Laurence
Olivier et Christopher Plummer). A cette occasion les deux as ont pu librement
survoler le territoire de sa Majesté, sans devoir se soucier de la D.C.A.
Gerhard Schöpfel a rejoint le paradis des aviateurs le 17 mai 2003, à l’âge de nonante ans.
Photo
1 : Gerhard Schöpfel portant la Croix de
Chevalier; Photo 2 : "Gerd" Schöpfel à gauche avec l'Aurichien
Joseph Haiböck (77 vic) et un autres pilotes du III.Gruppe; Photo 3 :
Adolf Galland, le dandy de la Luftwaffe ; Photo 4 : Dérive du Bf109
appartenant à G. Schöpfel. Il affiche 12 victoires dont les quatre dernières
sont datées : 18-8-1940; Photo 5 : Douglas Bader, l'as aux deux jambes
coupées; Photo 6 : L'Oberleutnant Gerhard Schöpfel au retour d'une
mission; Image: emblème du 9/JG26.

FW 190A-2 "S et barres noirs" du
Geschwederkommodore Gerhard Schöpfel, Audembert, février 1942. © Ofsprey
Aviation
Nous tenons à remercier Lothair Vanoverbeke ainsi que
Victoria et Gerhard Schöpfel pour leur aide !

![]()