FRANZ STIGLER

 

FRANZ STIGLER

Franz Stigler a volé avec la "Jagdgeschwader Afrika" la JG27 qui apporta un soutien important à l'Afrika Korps du Maréchal Rommel, contre les forces britanniques et américaines. Durant les derniers mois du conflit, il a également rejoint la célèbre escadrille du Général Adolf Galland, le JV44. Ce pilote jovial, décoré de la Eiserne Kreuz (1ère Classe), raconte quelques une de ses péripéties de guerre.

"Evidemment, j'ai connu pas mal d'aventures et de mésaventures en tant que pilote de chasse. Il y a des événements qui restent inévitablement gravés dans la mémoire lorsque l'on a vécu un tel cauchemar. J'ai appartenu à la JG 27 de l'Obersleutnant Eduard Neumann. Avec le II.Gruppe, j'ai régulièrement participé à des sorties d'escorte au profit des Stukageshwader en Méditerranée Au printemps 43, nous avions reçu l'ordre d'accompagner le Ju 87 pour détruire un convoi britannique parti d'Alexandrie en direction de l'île de Malte. Nos appareils étaient équipés de bombes de 200 kg et une fois que les Stukas avaient lâché leur fardeau nous devions les imiter et attaquer furieusement les navires. Les bombardiers en piqué volaient à une altitude inférieure à la nôtre et notre tâche s'avérait plutôt délicate. Le but de ce drôle de jeu était de placer notre appareil au-dessus de la cible et d'envoyer la bombe sur le pont des navires de transport tout cela avec une régularité parfaite. C'était évidemment plus facile à dire qu'à réaliser car en bas, ils ripostaient et tiraient avec toutes les pièces de la flotte. Déjà un bateau s'encadrait dans mon viseur, grandit, devient énorme. A l'instant où j'estimais être à bonne portée, j'appuyais sur le bouton de détente et la bombe et mon brave Bf109 était aussitôt libéré de sa surcharge. Je grimpais immédiatement pour échapper à la déflagration et c'est à ce moment que je vis ma bombe passer sur la gauche du navire. Les seuls victimes de mon attaque furent...quelques malheureux poissons, quant au bâtiment, il était déjà bien loin !"

La JG27 a révélé des "cracs" du manche à balai comme Hans-Joachim Marseille, Erbo von Kageneck, Gustav Rödel ou Werner Schroer. Moins célèbre que certain de ses camarades, le Lt Stigler a néanmoins participé à 487 missions de guerre. Le citoyen de Regensberg, en Bavière, s'est distingué au-dessus de l'Afrique du Nord, de la Méditerranée, de la Sicile, de l'Italie et durant la défense du Reich. Le leader du 8. et 12. Staffel a détruit 28 avions à bord du Bf109, 15 chasseurs lors de son séjour en Afrique (principalement des P-40 Mustang, Hurricane et Spitfire) + 11 quadrimoteurs en Italie et en Autriche. Franz a également été abattu à 12 reprises. La dernière fois c'était lors d'un combat contre 60 bombardiers venus détruire les usines de la ville de Schweinfurt. Franz abat 2 "lourds" avant d'être touché par le mitrailleur arrière d'un troisième B-27 : "J'ai du m'éjecter au-dessus du Mont Eifel. Après un saut de 30.000 mètres, j'ai atterri au beau milieu d'arbustes. Immédiatement un soldat s'est approché de moi, la carabine prête à tirer. Je crie "Enlève donc ton flingot, ne vois-tu pas que je suis un compatriote". C'est alors que j'ai constaté que le soldat était...une fille ! Elle me fixa du regard, puis au bout d'un moment, s'est assise par terre à côté de moi. Elle m'expliqua que j'étais tombé à proximité d'un campement occupé par 10 miliciennes. Leur tâche consistait à repérer les avions qui survolaient le secteur et d'en faire rapport. J'accompagnais la jeune fille jusqu'à son campement où je me suis entretenu avec sa supérieure. Celle-ci était désolée de ne pas pouvoir m'offrir une tasse d'un bon vrai café. Je sortis alors de ma poche des grains de café, nous en emportions toujours en mission, cela nous aidait à surmonter la fatigue lorsque le vol était conséquent. Vous auriez du voir les yeux des filles au moment où je vidais mes poches, ils étaient aussi gros que des oranges car elles n'avaient plus vu de grains de café depuis des lustres. Cette "devise" précieuse devait faire le bonheur des mes hôtes. Elles ont aussitôt broyé les grains à l'aide d'une bouteille et quelques instants plus tard nous avons pu savourer la bonne odeur du café

Un nouvel ange fît son apparition et s'écria "Franz ?" Je n'ai pas pu cacher ma surprise en reconnaissant Heidi, une vieille amie d'enfance. L'émotion me pris à la gorge, quel bonheur de la retrouver ici, à 600 kilomètres de notre village natale. Pendant un instant nos années de collège nous sont revenu en mémoire. ! Nous nous sommes promenés un peu avant mon "rapatriement" et elle me dit : "Franz, comptes-tu emporter ton parachute avec toi ?" "Je suis obligé, répondis-je", "Sapristi ! Tu as perdu ton avion, tu peux bien aussi perdre ton parachute !". Nous avons alors eu de la peine à retenir notre fou-rire. En fait, nos parachutes étaient entièrement fait de soie, une matière que les demoiselles appréciaient tout particulièrement ! »

Franz Stigler fut grièvement brûlé à l'issue d'un combat contre les bombardiers de l'US Air Force, oiseaux démesurés au ventre gonflé de bombes qui attaquaient son aérodrome en Sicile. Il passera 3 semaines et demi à l'hôpital avant d'être envoyé à l'EJGI dans une école de chasse à Manheim comme instructeur. Sa tâche consistait à enseigner aux futurs pilotes la manière de lancer des bombes avec un Bf109. "Calcul de vitesse et angles de chute pour la théorie et exercice avec bombes pour la pratique. Nous nous sommes entraînés au vol en formation encastrée qu'aucune manoeuvre ne peut disloquer. Au moment où je demandais à mes élèves de concentrer leur tir sur la cible, une bombe s'est accidentellement détachée d'un appareil et est tombée dans un village voisin. Vous imaginez la tête que j'ai tiré à ce moment. Après avoir placé toutes nos autres bombes dans le mille, nous sommes immédiatement rentrés à notre terrain où j'ai signalé l'incident. Je devais apprendre par la suite que l'obus était tombé en plein sur une pile d'engrais et que le fertilisant avait recouvert toute une habitation. Plus de peur que de mal donc sauf peut-être pour le malheureux propriétaire..."

A l'automne '43, Nous avons quitté l'Italie pour St Dizier en France. Un de mes amis, qui étaient commandant dans une compagnie de Panzers, se trouvait également dans le secteur. Le nombre de nos missions étant réduit je lui demandais l'autorisation de conduire l'un de ses blindés. "Vas-y si ça te chante" me répondit-il. Je maîtrisais parfaitement le char au début mais je pris trop large et trop vite un virage, si bien que je me suis retrouvé au beau milieu de la cuisine d' une ferme. Vous imaginez la scène... Mon ami me dit que ce n'était pas grave et il envoya ses hommes réparer le mur d'enceinte. Ils exécutèrent l'ordre avec une telle conviction que le bâtiment subit un sérieux lifting ! 8 jours plus tard, j'offris une bouteille de Cognac au brave fermier pour m'excuser. Celui-ci éclata de rire et lança "Ecoute, tu n'as pas à t'excuser. La prochaine fois tu n'auras qu'à emboutir l'autre côté !"

Au début de l'année '45, Franz Stigler est envoyé à Lechfeld au EJGI pour un entraînement sur jet qui durera 8 semaines. "Cet entraînement fut rudimentaire et lorsque je le fis remarquer sur un ton ironique à mon supérieur, celui-ci me renvoya sur-le-champ. Au même moment, Adolf Galland montait une nouvelle unité à Brandenburg pour mettre fin aux raids de bombardiers diurnes de l'USAAF et de rétablir la supériorité aérienne de la Luftwaffe. Je l'ai donc appelé de Lechfeld pour lui demander si je pouvais rejoindre son unité. Il répondit "Bien sûr, il n'y a aucun problème, je serais heureux de t'avoir avec moi. Je te demande juste d'amener un jet avec toi."

Je me suis aussitôt rendu à l'usine de fabrication de Leipheim pour tenter d'obtenir un zinc. J'ai dit clairement que j'avais reçu l'ordre d'obtenir un appareil pour le conduire à la Jagdverband 44 mais apparemment il n'avait jamais entendu parler de cette escadrille. La situation était si confuse à cette époque que je suis parvenu à grimper dans le cockpit d'un Me262 et de voler directement jusqu'à Brandenburg-Briest. La JV44 était en pleine construction et nous étions souvent livrés à nous même mais j'étais très heureux de retrouver sur place un vieux compagnon de la Campagne d'Afrique, Rudi Sinner, qui volait alors avec la JG7."

Le 31 mars, les pilotes de la JV44 quittent le Brandenburg-Brest pour s'installer à Munich ou Franz est nommé Oberleutnant et devient le nouvel officier Ingénieur, en remplacement d'Erich Hohagen. Les missions de combats à bord du Me262 restent cependant pour lui une expérience difficile : "En fait, j'ai très peu volé à bord du Me262, une petite dizaine de missions en tout depuis la base de Riem. A Brandenburg, la situation était plus calme et je n'ai connu aucun engagement. Avec 450 combats je peux affirmer que j'étais un pilote expérimenté mais avec le jet, je devais réapprendre mes gammes. Honnêtement, nous n'avions aucune tactique de chasse au départ. Nous prenions l'air pour faire notre boulot, point à la ligne. Nous volions en formation de 2 ou de 3 mais au contact de l'ennemi nous attaquions isolément. Le but était de détruire les bombardiers par une attaque frontale et en vidant nos mitrailleuses. La vitesse de l'appareil était impressionnante et la moindre déconcentration était interdite. Cette manière d'opérer n'était pourtant pas très efficace. La vitesse était telle qu'il était très difficile de viser avec précision, si bien que par la suite nous avons attaqué la cible par derrière tout en la poursuivant jusqu'à se retrouver en-dessous, puis nous cassions notre vitesse en grimpant brutalement. Les résultats ne se sont pas fait attendre!"

Les succès au combat du JV44 ne vont pas sans perte. Le 18 avril, la machine du Colonel Johannes Steinhoff s'écrase en flammes à l'extrémité de la piste d'envol de Riem, le pilote souffre de graves brûlures; 6 jours plus tard son ami Günther Lützow est tué au combat et le Génaral Galland est à son tour surpris par un Mustang P-51 et est blessé à la jambe. Pendant ce temps, le Reich se désintègre, au mois d'avril les troupes soviétiques menacent déjà l'Autriche alors que les américains qui maîtrisent déjà une bonne partie de la Bavière, s'apprêtent à enlever Munich. Franz Stigler comprend vite le danger. Il décide de voler un chasseur lourd Do 335 (W.Nr. 240105) équipé de moteurs Jumo 213 se trouvant sur l'une des pistes de l'aéroport de Riem, il avait probablement été évacué de l'usine Dornier située près de Munich. L'objectif du Berlinois est d'atteindre l' Espagne, pays neutre, mais à cause d'un problème technique il doit abandonner sa tentative.

Le 28 avril Heinz Bär, le nouveau leader du JV44 emmène l'escadrille, soit 26 jets, vers un nouveau terrain à Salzbourg-Maxglan, ce sera aussi la dernière escale de l'unité qui est surprise par les forces américaines le 3 mai. Bien décidé à éviter la capture, Franz a une idée plutôt originale pour quitter la cité de Mozart : "Il y avait plusieurs semi-chenillés sur place qui servaient à remorquer les Me262 de la piste vers leur hangar. Heinz Bär rassembla l'ensemble du personnel pour nous informer de la fin de notre combat et que nous étions libre d'aller ou bon nous semblait et qu'il ne ferait rien pour nous en empêcher. J'avais sur moi des papiers en règle signé par le Generalmajor Kammhuber, dès lors plus rien ne s'opposait à ce que je quitte cette poudrière, pas même les SS. Le 5 au matin, j'avais un oeil sur l'un des half-track et l'autre sur les montagnes avoisinantes. Pour être certain d'avoir assez de carburant, je me hâtais de prendre les jerrycans des camions et des véhicules abandonnés qui traînaient le long de la route. Je ne voulais pas tomber aux mains des Yankee car je ne leur faisais pas confiance. Finalement je suis parvenu à atteindre la ville de Graz qui était aux mains des anglais".  

Franz Stigler vit aujourd'hui avec son épouse Helga au Canada. Nous le remercions pour sa collaboration.

Photo 1 : L'oberleutant Franz Stigler; Photo 2 : Le Me262 "3 Blanc" que Franz Stigler a piloté à la fin de la guerre.

Bf109F-4 du II./JG27, Libye, mai 1942. © Ofsprey Aviation