OTTO STAMMBERGER

 

OTTO STAMMBERGER

Otto Stammberger fait partie des as de la JG 26 qui durent combattre contre des ennemis en nombre croissant d'abord sur la Manche, puis directement au-dessus du territoire du Reich, lorsque leurs escadrilles se heurtèrent à la puissante 8th Air Force.

Otto Peter Stammberger est né le 20 février 1920 à Michelau-Oberfranken. Son père était docteur en philologie germanique et avait servi comme Lieutnant d'artillerie dans la région de Lens durant la Grande Guerre. Très tôt, le jeune Otto se sent attiré par une carrière militaire. A l'issue de l'instruction, le jeune apprenti est admis le 1er septembre 1939, à l'Académie des pilotes de Breslau, en Silésie. Une fois sa formation clôturée en septembre 1940, il est envoyé à l'école de chasse de Vienne où il décroche finalement sa licence. A sa sortie, il y a peu de lauriers à tirer. Les conquêtes à l'Ouest sont terminées et même si les combats aériens contre a RAF étaient des plus acharnés, peu doutait du résultat final ! Stammberger, fier comme un jeune coq est envoyé sur le front à la Jagdgeschwader 26 en même temps que son camarade de promotion, Paul Galland, le frère du Kommodore de l'escadre. La JG 26 est intégrée à la 2ème flotte aérienne et se trouve dispersée le long des canaux côtiers, sur les aérodromes d'Audembert, Marquise et Caffiers. Le bleus sont pour leur part envoyés à Cognac dans le E. Staffel de l'Oberleutnant von Holty. Cette escadrille de complément rassemble des pilotes chevronnés qui font partager aux pilotes inexpérimentés, le fruit de leurs expériences. C'est dans cette unité qu'Otto fait son apprentissage avant d'effectuer sa première patrouille le long de la côte de Dieppe, en janvier 41 !

Le 9 février, La JG 26 rentre en Allemagne pour se transformer sur Focke Wulf 190 A-1. Le sympathique Stammberger s'est acquis une réputation de joyeux drille dans le 9.Staffel qui fait escale à St Brieux au mois d'avril, désormais ses amis l'appelle "Stotto". Pourtant son premier combat n'est pas des plus heureux. Le III. Gruppe vole à haute altitude et patrouille à quelques kilomètres des côtes lorsqu'il aperçoit une formation de Hurricane. Il se détache avec insolence et fonce sur l'ennemi. Les Tommies, en minorité s'éparpillent à la vue des allemands. Stammberger, fasciné par le spectacle, ne voit pas s'éloigner ses équipiers. "Comme un éclair, j'ai plongé pour gagner de la vitesse avant de mettre le cap plein sud et regagner mon escadrille." Après l'atterrissage à St Brieux, l'Hauptmann Priller se précipite sur lui pour l'enguirlander copieusement et vertement.

Les pilotes de la JG 26 viennent de vivre trois mois pendant lesquels ils ont eu la maîtrise presque totale du ciel. A la fin mars, le Fighter Command de la RAF déplore la perte de 32 Spitfire et de leurs pilotes contre seulement 5 pilotes pour la JG26. Le III./JG26 de Priller arrive le 7 avril à Wevelgem. En mai 1940, la Luftwaffe avait pris possession des champs d'aviation. de Moorsele et de Wevelgem. Pour répondre aux exigences de la guerre aérienne moderne, les structures existantes furent agrandies et améliorées. On construisit de larges abris pour le personnel et autour du champs d'aviation, 3 lignes de défenses antiaérienne avaient été installées.

Tout au long du mois de mai, le "Schlageter" continue à infliger des pertes sévères aux Britanniques et le 1er juin, le III./JG 26 de l'Hauptmann Priller décolle de Wevelgem pour prendre à partie quatre Squadrons de Spit au-dessus de la Côte et d'Ostende. Aucun des Focke Wulf ne subit de dégâts importants alors que 8 machines ennemies sont détruites et 5 autres endommagées.

Juillet 42 voit d'une part l'introduction du Spitfire IX dans les unités opérationnelles de la RAF, réduisant de façon substantielle sinon en éliminant complètement la marge de supériorité du FW 190, et d'autre part l'arrivée de la 8th AF Américaine sur le théâtre des opérations. Le 19 août, en plein jour, un contingent de troupes alliées essaye de débarquer à Dieppe, lors de l'"Opération Jubilé". Il se compose d'un commando amphibie de 5000 Canadiens, 1.100 anglais, une cinquantaine de rangers américains et une poignée d'homme de la France Libre. Pour Otto Stammberger et la JG26 c'est là une grosse occasion d'agir. A 7 heures le III. Gruppe frappe la couverture de Spitfire et réussit à pénétrer le dispositif. Le Jagdgeschwader lance un total de 377 sorties. A 11h20 au nord de Dieppe, "Stotto" obtient sa première victoire sur un Spitfire. Devant l'échec intégral de l'entreprise les Alliés rembarquent très vite. La RAF a perdu 106 avions pour 48 à la Luftwaffe.

Le 20 août, le 9.Staffel est déplacé à Moorsele mais doit se rendre tous les soirs à la base de Chièvres car la crainte d'une action commando des britanniques contre les champs d'aviation de la côte, est réelle. Ce va-et-vient entre les deux aérodromes durera jusqu'au 6 septembre. Le 9 octobre, le Air Command Allié entreprend une vaste action (Circus 224) contre les ateliers de réparation pour locomotives de Lille, les ateliers mécaniques de la SNCF ainsi que les aérodromes du nord de la France. Il s'agissait d'un des plus gros rassemblements d'appareils (une centaine de bombardiers) de la guerre. Un groupe effectuait son baptême du feu : le 93ème BG équipé de B24 "Liberator". Une importante escorte participa à l'entreprise, 3 escadrilles de l'USSAF ouvrirent la route; 5 Squadrons de Spitfires offrirent une couverture au-dessus de chaque site visé tandis que 5 unités supplémentaires de la RAF assuraient les arrières de l'armada. Pour maintenir les chasseurs allemands à l'écart, 4 sites secondaires avaient été sélectionnés pour une attaque de diversion : Cayeux sur Mer, Roubaix, et les champs d'aviation de Wevelgem et Longuenesse, près de St Omer.

Ce matin là, il y avait de l'animation dans les rues de Courtrai, le personnel communal s'activait aux préparatifs de la fête de la Culture flamande et aux longues files de ménagères se pressaient aux étales pour recevoir leurs portions de poissons contre des tickets de rationnement. A 10h15, la communauté fut effrayée par le grondement accru du vrombissement des avions. Des dizaines de quadrimoteurs survolaient la cité en formation espacée de trois et encadrée par un essaims de chasseurs. A Moorsele les FW 190 du 9.Staffel décolèrent très vite pour intercepter les groupes de "lourds". Stammberger qui effectuait son 74ème vol fonça à l'assaut d'une Flying Fortress, du 306 BG qui avait balancé ses dangereux colis (10 bombes de 500 livres) sur la base de Wevelgem. Il revendique bientôt sa deuxième victoire aérienne confirmée : "J'effectue mon approche par l'arrière. Plein Gaz. Le point devient de plus en plus gros. J'ai ouvert le feu beaucoup trop tôt et j'ai du dégager pour ne pas rentrer dans ces 'portes de grange'. J'étais étonné de ne pas en avoir touché un compte tenu de leur taille : 40 mètres d'envergure ! Bon ! Se rapprocher davantage, et les choses ne vont pas traîner. Se concentrer sur les moteurs de l'aile gauche. Troisième passe et les deux moulins gauche sont en flammes. Maintenant un bon tir sur l'aile droite. Il commence à glisser à gauche en perdant de l'altitude et en décrivant une grande spirale. A environ 200 mètres, trois ou quatre hommes réussissent à sauter avant que l'avion touche le sol."

Sa victime est touchée au-dessus de Mouscron mais s'écrase à Néchin. Les rescapés que Stammberger a vu sauter en parachute sont : le sous-lieutenant Albert Lachasse, le navigateur Bill Gise et le Sgt Erwin Wissenback. Les deux derniers parviendront à rentrer en Angleterre avec l'aide de la résistance mais Lachasse finira par être capturé. Le 9 octobre, la 8th USAAF a perdu 124 de ses bombardiers, abattus au-dessus de l'Allemagne, de la Belgique et de la France. Le Reich s'assure ainsi quelques mois de répit !

Le 25 octobre, le 9. Staffel est à Maldegem. Cet aérodrome est cependant trop éloigné de la zone de combat et le nouveau Kommodore, "Pips" Priller, réorganise complètement le Jagdgeschwader. Les 4. Et 8. Staffel reçoivent comme base provisoire Vendeville. L'Oberleutnant Stammberger, promu Staffelkapitän du 4./JG26, termine l'année par une victoire contre un B-17, le 20 décembre à 12h50 2 à l'ouest de Meaux..

Lorsque 1942 cède sa place à 1943, La II./JG 26 et son nouveau Kommandeur, Wilhelm Ferdinand Galland, sont à Vitry-en-Artois.

Le 5 avril après-midi, Stammberger engage le combat contre une formation de "lourds" qui venait bombarder la fabrique Minerva à Mortsel, près d'Anvers. Il abat un B-17 (à nouveau du 306 BG !) à 15h35, au nord de la métropole anversoise. C'est une étape importante dans la carrière du pilote puisqu'il devient officiellement un as (5 victoires). En effet, une semaine plus tôt c'était un Liberator qui avait succombé aux mitrailleuses de Stotto au-dessus d'Ostende (31.03.43 à 12h45). Dans le courant du mois d'avril, le jeune chef d'escadrille, qui dispose d'un FW 190 A-5 ("1-Blanc") équipé de nouveaux dispositifs, décroche 3 nouveaux succès (2 Spitfire et un Lockheed) plus un quatrième le 4 mai (Boeing 17) à l'ouest d'Anvers conjointement avec son ailier le Lt. Sternberg.

Le 13 mai 1943 Stammberger est à son tour envoyé au tapis dans les environ de Boulogne. Le 4. Staffel venait d'être attaqué par des "Spit" du 331(N) Squadron. Le leader de la "Blue Section", le F/Off Kristian Nyerrod et son ailier, le sergent Gregers Gram parviennent à se glisser derrière Stammberger qui ne soupçonne rien. Gram tire alors une première salve dans le ventre du Fw190-A4 "9 Blanc" (W.Nr. 0739). Une deuxième rafale déclenche un incendie dans le cockpit. La mort dans l'âme, Stammberger est contraint de sauter à 8.000 mètres. Au moment ou il ouvre son parachute, il découvre avec stupeur que les deux harnais gauche sont abîmés par les flammes, ce qui entraîne un mouvement tourbillonnant tout au long de la descente. Les cordages se tordant tantôt à gauche, tantôt à droite ! Stammberger tombe inanimé à proximité de Looghede, au nord de St. Omer. Il est quitte pour une commotion cérébrale, des brûlures aux mains et au visage. Hospitalisé à St Omer, le Staffelkapitän peut à nouveau voler à partir du mois d'août. Il est intégré à l'état-major du Kommodore Priller et prend en charge le E-Saffel qui se trouve à Biaritz. Le 31 décembre, il abat un B-17 au sud de Bordeaux au cour d'une mission d'interception mais est lui-même touché et doit à nouveau évacuer son avion. Au moment ou il touche la cime des arbres, le parachute de Stammberger se déchire et il est violemment projeté au sol. Bilan : une hémorragie interne, les deux pieds luxés et des muscles déchirés. La déveine ne lâche décidément plus Otto qui va mettre quatre mois à guérir de ses blessures.

Le 24 janvier 44 à 14 heure l'alerte est donnée sur l'aérodrome de Bergerac - on signalait la présence de bombardiers ennemis dans le secteur. Stotto à peine remis de son dernier accident grimpe précipitamment dans un appareil et met les gaz sur la piste d'envol. Malheureusement le moteur n'était pas assez chaud, il gelait à -17° à cette époque. Stammberger parviendra juste à élever son appareil à 3 mètres du sol avant de percuter la toiture d'une habitation proche de l'aérodrome. On relève le pilote avec les arcades et les lèvres ouvertes et de nombreux hématomes sur tous le corps. Le plus rocambolesque de cette histoire est que la pseudo formation ennemie qui se dirigeait vers Bordeaux n'était finalement qu'une unité de Heinkell 177 volant à basse altitude !! Ce sera la dernière sortie de Stotto. Le 2 juin 44, au moment où la marée anglo-américaine commence à engloutir la Luftwaffe, il devient l'Adjudant de l'Hauptmann Karl Borris et restera à ce poste jusqu'à la fin des hostilités. Son palmarès officiel fait état de 7 victoires confirmées dont 5 quadrimoteurs mais ses carnets de vols donnent 5 autres avions probables ou endommagés. Après la guerre, Stotto se lance dans le commerce et devient directeur d’un grand magasin. Il a rejoint le paradis des aviateurs en juillet dernier.

 Photo 1 : Le Saffelkapitän de la 4./JG26, Otto Stammberger, 1943 (Col. L.Vanoverbeke) ; Photo 2 : JG26 'Abbeville Boys' par l'artiste Robert Taylor; Photo 3 : Stotto dans le cockpit de son FW-190, au printemps 1943 à Vitry en Artois (col. O. Stammberger); Photo 4 : FW-190 "1-Blanc" suivi d'une barre horizontale, couleur et signe distinctif de la 1.Staffel du II.Gruppe (col. O.Stammberger). Photo 4 : Le Sgt. Gregers Gram, du 331 RAF Norge Squadron, qui a abattu Otto Stammberger le 13 mai 1943 (Col. L.Vanoverbeke).

FW 190A-5 "1 blanc (WNr 1197) de l'Oberleutnant Otto Stammberger, 4./JG26, Vitry-en-Artois, mars 1943. © Ofsprey Aviation

Cet article a été réalisé en collaboration avec Lothair Vanoverbeke.