
GERHARD THYBEN ![]()

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Gerhard Thyben a participé de manière active aux combats
à l'Ouest et à l'Est, sur Bf 109 puis sur le meilleur chasseur à pistons, le
Focke-Wulf 190. Il survécut à la guerre, avec un score final de 157 victoires .
Bien entendu, il n'acquit pas ce palmarès sans péripéties.
Né à Kiel, dans le nord de l'Allemagne le 24 février 1922 Gerhard Thyben a connu une carrière remarquable dans la Luftwaffe. En 1940, il se porte volontaire pour entrer dans le cercle du personnel volant. Il gagne plusieurs écoles de pilotage et s'entraîne sur Bücker 131 "Jungmann", et 133 "Jugmeister", Gotha 145 et Fw 158 "Harrier". Ce n'est qu'en 1942 à l'école de chasse n°5, à Paris qu'il est habilité à voler sur Me 109 B et D. Il passe enfin sur Bf 109 "Emil" et "Friedrich" lors de son transfert au sein d'une escadrille de réserve. Un mois plus tard, l'Unteroffizier Thyben est envoyé à la 6./JG3 "Udet" (baptisée ainsi en la mémoire du célèbre pilote de chasse de la première Guerre Mondiale) en Russie méridionale. Lors de ses premières missions en Ukraine, Gerhard vole sur Me 109G. Il n'est alors qu'un bon adjoint et un chasseur moyen. Sa carrière faillit même s'achever avant même d'avoir vraiment commencé car il se sent perdu dans l'immensité du ciel. Le 26 février 1943, il abat tout de même son premier avion, un Douglas Boston, appareil du prêt-bail !
Bientôt, le temps où il ne
parvenait pas à remporter de combat n'est plus qu'un lointain souvenir. Plus
confiant, il commence à accumuler un nombre appréciable de victoires en mai.
Son deuxième succès tombe le 6. Deux jours plus tard, au-dessus de la tête de
pont du Kouban, il détruit un Airacobra et met hors d'état de nuire un Spitfire
V qui s'était placé dans la queue du Gruppen kommandeur, le Major
Brändle. Ce dernier peut donc confirmer la victoire de Gerd et lui dit d'une
voie encourageante : "Bravo mon gars, cette fois tu y es arrivé !"
Après le raid meurtrier
contre la ville d'Hambourg, réduite à l'état de ruines dans la nuit du 24 au 25
juillet, l'escadrille de Thyben est envoyée à Amsterdam-Schipol. la JG 3 vole
dans des conditions météo les plus diverses au-dessus de la Manche. En
septembre, il participe à un duel dont il a conservé un souvenir précis :
"La menace d'une attaque sur l'Ouest se précisait. L'automne avait
commencé et un vent avec de fortes rafales soufflait sur les Pays-Bas. Ces
conditions hivernales rendaient tout décollage très difficile (pas de
visibilité à plus de 100 mètres),. Pire, une pluie battante rendait le pilotage
encore plus aléatoire. En attendant les éclaircies, nos agents avaient repéré
une concentration de troupes et de bateaux au sud et au sud ouest de
l'Angleterre. Il fallait éviter toute surprise en cas d'invasion, celle-ci
pouvait survenir à tout moment. Un système de pré-alerte avait été établi afin
de signaler toute présence de chasseurs au-dessus de la Manche. Juste après le
levé du jour, 2 de nos appareils n'étaient pas rentrés de mission. Sur les
côtes de la Manche, la tempête soufflait également. Je décollais avec mon
staffel pour escorter des bombardiers alors que les nuages étaient très denses
et que de hautes vagues submergeaient les digues et plages de Hollande. Il
était très difficile de s'approcher de l'Angleterre même à haute altitude, vu
l'absence de visibilité. Soudain, j'aperçus 2 appareils qui volaient vers
l'Angleterre et je me portais immédiatement à leur rencontre. C'était des
Mustang, facilement reconnaissables à leur cocarde rouge foncé. Je me plaçais
derrière le numéro deux comme toujours en pareil cas. Ceci afin de surveiller
son ailier qui pouvait venir à l'aide de son camarade en cas de danger. Le
combat tournoyant s'engagea et j'ai pu apprécier au cour de celui-ci, le
courage de mon adversaire, qui méritait également le respect pour ses qualités
de pilote. Cependant, nous étions en guerre et il fallait combattre ! A l'issue
de ce duel, nous nous sommes trouvé en position de tir quasi face à face et
avons ouvert le feu en même temps. Je pensais avoir endommagé le Mustang mais
je ne peux l'affirmer avec certitude. Par contre lorsque ma machine fut
ébranlée, je compris que j'avais été durement touché. Le radiateur fumait
dangereusement. Au retour, je dus naviguer à travers d'épais nuage remplis de
trou d'air et de pluie. Une seule pensée me traversa l'esprit : "Tenir
jusqu'à la côte !". Le moteur commençait à surchauffer dangereusement.
Malgré que les deux ventilateurs de refroidissement étaient ouverts à fond, ma
machine commençait à ressembler à une locomotive à vapeur au-dessus de la
Manche. Je tapais rageusement sur les cadrans, la température des cylindres
était au maximum, idem pour l'huile. A tout moment le moteur pouvait lâcher !
Je volais à puissance minimum en profitant des courants portants. Je glissais
également mon Bf109 au-dessus des vagues, en augmentant continuellement les gaz
afin de conserver un peu de hauteur pour éviter de percuter les vagues. Je
signalais ma situation par radio mais personne ne semblait entendre le message.
'Saleté de temps' ! A une hauteur de 500/600 mètres, le moteur surchauffait à
nouveau si fort que je fus obligé de me laisser glisser encore plus bas. En
même temps, je me tenais prêt à sauter en parachute. J'enlevais le canopy et je
retirais ma ceinture de sécurité, ensuite je m'arque boutais, prêt à évacuer la
cabine. Le bon vieux DB-605 m'amena pourtant jusqu'à Schipol où je pus effectuer
un atterrissage d'urgence sur le ventre et dans l'herbe.Je me demande, ce
qu'est devenu le pilote du Mustang. A-t-il également réussi à s'en sortir ou
est-il tombé du côté allié ?"
Pendant 10 mois les batailles aériennes coûtent le prix du sang de part et d'autres. L'opération menée par la 8th U.S.A.A.F sur le continent le 14 octobre 1943 se solde par une défaite douloureuse mais lors de l'opération "Steinbock" (Bouquetin) qui vise à bombarder la Grande Bretagne, les Kampfgeschwader (escadres de bombardiers) sont réduites à l'état d'écumoires avec 60% de pertes. A l'Ouest, Thyben revendique 5 appareils américains dont 3 P-38 "Lightning" lors d'une seule sortie. Il en est désormais à 37 victoires.
En avril 44, il rejoint
à l'Est la 5./JG54 ("Grünherz" - les célèbres Coeurs Verts).
Les escadrilles allemandes sont à cette époque isolées et acculées à la
Baltique. Les aérodromes de fortune sont soumis à des attaques incessantes des
Sturmovik, des Petlyakov et des Airacobra. Mais pour Thyben, le passage sur Focke-Wulf
190 est un nouveau déclic : "Deux mois après mon arrivée à l'Est, je
portais mon tableau de chasse à 50 victoires. Il était évident que les
aviateurs russes étaient plus lents dans leur réflexe que nos adversaires à
l'Ouest. Ils ne se faisaient pourtant pas surprendre aussi facilement que
certain l'on écrit. J'ai d'ailleurs appris à respecter les machines soviétiques
autant que les Spitfire, P-47 ou P-51."
Le II./JG 54 occupe
successivement les terrains de Dünaburg, Riga, Wesenberg et Dorpat. Fin septembre,
le Gruppe s'installe en compagnie du Stab à Libau. La Luftwaffe s'apprête à
mener le dernier combat face à la VVS qui possède une supériorité aérienne
totale et des ressources illimitées. Au moment où les alliés débarquent en
Normandie, en juin, 'Gerd' est placé à la tête du 7./JG54. Le 30 septembre, le
nouveau Staffelkapitän porte son totale à 100 victoires, sans tirer une seule
rafale : "Pris pour cible par un Il-2 Sturmovik, j'ai effectué un
renversement près du sol. Le Russe qui me serait de trop près fut emporté par
sa vitesse et s'est écrasé".
La JG 54 assiégée dans la péninsule de Courlande continue paradoxalement d'accumuler les victoires au cours des derniers mois du conflit. Le 6 décembre, Thyben est décoré de la Croix de Chevalier à l'issue de sa 116ème victoire. 21 autres appareils soviétiques tomberont sous ses balles avant la fin de l'année, dont 4 rien que pour le 21 décembre et 5 le lendemain. Le 17 février 1945, au cour d'une mission de reconnaissance, 6 nouveaux succès viennent enrichir son palmarès et il se voit décerner les Feuilles de Chêne.
La capitulation de l'Allemagne et la reddition de l'ensemble de ses forces armées n'est plus qu' une question de jour après le suicide d'Hitler à Berlin, le 30 avril. L'ordre est donné à la Luftflotte I du Generaloberst Kurt Pfugbeil d'évacuer vers le sol natal. Les pilotes de Fw 190 s'emploient alors à sauver leurs camarades. Près de cinquante chasseurs quittent le Courlande, allégés de tout l'équipement dispensable pour pouvoir emmener deux, trois, voire quatre occupants. "Au petit matin du 8 mai 45, je décollais en compagnie de mon "Katschmarek", le Fw. Fritz Hangenbrauk; Recroquevillé derrière moi dans le compartiment radio, mon chef mécanicien, Albert Mayers qui s'efforçait de ne pas toucher aux tringles et aux câbles qui couraient le long des parois du fuselage". Les deux Fw190 A-8 mettent le cap à l'Ouest. Ils sont bientôt au-dessus de la mer; derrière eux s'estompaient les ruines et les fumées de Libau. C'est alors que l'Oberleutnant Gerd Thyben aperçoit devant et plus bas, trois Pe-2, des appareils de reconnaissance maritime. Les Soviétiques sont si absorbés par leur mission (traquer les navires qui tentent de s'échapper vers l'Ouest avec leur cargaison humaine) qu'ils ne voient pas les deux petits points noirs haut dans la lumière du soleil levant. Quelques secondes plus tard, les rôles sont inversés. Le chasseur devient le chassé ! Les deux Focke Wulf se sont placés en position de tir. Gerd qui a choisi le Pe-2 de couleur vert, ouvre le feu à portée maximale. Plutôt que de piquer immédiatement, le pilote russe choisit d'accélérer. Cette erreur lui sera fatale. Une seconde rafale s'engouffre dans son moteur droit. Ce n'est qu'alors que le bimoteur plonge vers la sécurité toute relative du vol au ras des vagues. Fonçant à moins de deux mètres de la crête des vagues, entourés d'un rideau de balles tendu par son mitrailleur arrière et son observateur, le Pe-2 vert fait demi-tour vers la terre ferme. Une nouvelle passe de Thyben, et la Petlyakov disparaît dans une énorme gerbe d'écume, entraînant dans la mort le Major Grigori Davidenko et son observateur le Major Graschevev - tous deux héros de l'Union Soviétique - le nom du mitrailleur est resté inconnu.
Gerd Thyben et Fritz
Hangenbrauk poursuivent leur chemin et gagnent Kiel où ils se rendront aux
anglais. Thyben termine ainsi la guerre avec 385 missions et 157 victoires. Sa
dernière victime, le 8 mai 1945, fut aussi le tout dernier des 9500 avions
ennemis revendiqués détruit par les "Grünherz" pendant la Seconde
Guerre mondiale sur les deux fronts. "Après la guerre, j'ai servi
comme instructeur durant deux années au service de la force aérienne
colombienne. J'ai donc volé plusieurs heures sur P-47 Thunderboldt. Apprendre à
connaître son ancien adversaire a été une expérience très intéressante
!"
Photo
1 : Gerhard Thyben portant la Croix de
Chevalier; Photo 2 : Pilotes de la II/JG 54, Thyben se trouve au centre
du groupe; Photo 3 : Gerhard Thyben et Walter Pohl décorant un arbre de
Noël, Libau 1944; Photo 4 : Les pilotes et mécaniciens du 7.Staffel
célèbrent la 1000ème victoire de l'escadrille.

FW 190A-8 "1 jaune", du Lt. Gerd Thyben,
Staffelkapitän de la 7./JG 54, Libau-Grobin, vers janvier 1945.

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