PAUL ZORNER

 

PAUL ZORNER

     

Paul Zorner a été un pilote hautement qualifié et dévoué à la Nachtjagd. Pendant trois années (juillet 42 à mai 45), il a affronté les bombardiers britanniques au-dessus de l’Europe occidentale. Il terminera la guerre avec 59 victoires de nuit à son actif !

Paul Zorner voit le jour le 31 mars 1920 à Roben/Schlesin, aujourd’hui en Pologne. Il passe son baccalauréat à l’âge de dix-sept ans, puis il effectue l’Arbeitsdienst, le service du travail obligatoire. Comme l’aviation et la mécanique ont toujours attiré le jeune homme, celui-ci  est  tout logiquement admis à la Luftwaffe en avril 1939 comme élève officier à la glorieuse école militaire de Berlin-Gatow, après le traditionnel entraînement du conscrit. Le jeune homme « en veut ». Jointe à ses qualités de pilote, son intelligence lui permet d’obtenir les meilleurs résultats lors des cours et stages qu’il suit. Après s’être familiarisé avec les appareils multimoteurs, Zorner grimpe petit à petit les échelons et devient instructeur dès juillet 1940 à Zeltweg (Autriche). Le 25 mars 1941, il est affecté à la 4./KGzbV 104,  une unité de transport, et prend part à des opérations en Afrique du Nord, en Méditerranée et en Ukraine. Il reçoit la Croix de Fer, 2ème Classe, le 9 juin. Cependant, on commence à rechercher de bons pilotes pour les escadres de chasse de nuit nouvellement constituées. Le jeune homme n’hésite pas un instant et s’entraîne pendant huit mois avant d’être posté au II./NJG 2 basé à Gilze Rijn aux Pays-Bas où il doit se familiariser avec le Junkers Ju 88C, conçu à l’origine comme bombardier moyen.

Le 28 juillet 1942, le Leutnant Zorner participe à son premier duel sous les étoiles avec un Wellington, rentrant d’un raid sur Berlin. Considéré à l’époque comme le bombardier britannique le plus efficace, le Wellington emportait la plus grosse charge de bombes et avait un plafond d’opération de 5.500 m. Par comparaison, le Bf 110c avait une vitesse de pointe de 500 km/h, et un plafond de 7 000 m. A noter également que le risque est grand de dépasser un bombardier lent comme le Wellington, alors qu’il est plus facile de synchroniser sa vitesse avec celle des Lancaster et des Halifax. Alors que le pilote allemand s’approche à 200m et pense avoir réussi à le cadrer dans son viseur, l’appareil ennemi en sort en s’engageant dans un léger virage. Peut-être à cause de la nervosité Zorner presse le bouton de déclenchement des armes de bord beaucoup trop tôt. Avertit de sa présence, le bombardier refuse le combat et effectue un « Split S » avant de disparaître sous une couverture nuageuse. Paul sait qu’il lui faudra beaucoup de chance pour intercepter l’adversaire. Après deux autres vols, l’escadrille de Zorner est ré-équipée avec le bimoteur de chasse Do 217 qui connaîtra une carrière limitée comme chasseur. « C’était à l’origine un bombardier, comme chasseur il était lourd au décollage et fort peu manœuvrable en vol. »

En octobre le 8./NJG 2 rebaptisée 10./NJG 3  opère de Grove, dans le Jutland. Après six vols seulement avec cette formation, il est promu chef d’escadrille du 2./NJG 3 à Wittmundhafen. Il n’a que 22 ans ! Lassé du Do 217, il demande à pouvoir voler sur Me 110 mais son désir ne se réalise qu’à l’issue de sa quatorzième sortie. C’est à bord de cet appareil qu’il obtient d’ailleurs sa première victoire : un bombardier Halifax, le 17 janvier 1943. Le même spectacle se renouvelle encore une fois en février de nouveau à bord du Me 110. Le 12 mars, il peut épingler la Croix de Fer, 1ère Classe sur son uniforme. Après une mésaventure avec le Do 217, il refuse de continuer à voler avec cette machine et  Paul est envoyé à Vechta au 3./NJG 3 comme Staffelkapitän. Le 17 avril 1943, notre pilote doit effectuer un atterrissage d’urgence sur le ventre près de Cloppenburg, le moteur de l’appareil ayant surchauffé à cause de dégâts causé aux radiateurs par le tir défensif d’un bombardier. Pour l’anecdote, Paul avait pris ce jour-là le Bf 110 de son Kommandeur, l’Hauptmann Egmont zur Lippe Weissenfeld (le prince soldat avait alors 36 victoires à son actif), car son zinc n’était pas opérationnel.  Le 29 juin 1943, Zorner abat le Wellington H2 438 « BH-J » appartenant au « 300 Squadron » polonais. L’équipage était le suivant : Le F/Sgt Marian Kleinschmidt, 29 ans (pilote), F/O Stefan Bogulauski, 27 ans (navigateur), le Sgt Piotr Mazgj, 25 ans (largeur de bombe), le Sgt Maksymilian Cieslik, 23 ans (radio) et le Sgt Tadeusz Knebloch (mitrailleur arrière). La mission du bombardier était de causer des dégâts dans la région de Cologne. Il n’atteindra jamais sa destination puisque à 02h20 les balles traçantes du Bf 110 du Leutnant Zorner, s’enfoncent en crépitant dans son fuselage au-dessus de Sint-Pieters-Rode. Le géant file vers le sol à une vitesse fulgurante et s’écrase.

Dans la nuit du 3 au 4 juillet, Paul repère un autre Wellington qui vole à grande vitesse au sud-est de St-Trond. Il ne veut pas laisser échapper cette nouvelle proie. S’approchant de l’adversaire avec précaution, il  déclenche ses armes de bord et l’incendie dès sa première salve. Mugissant, le bombardier tombe dans une immense flamme. Et de huit ! Le 25 juillet, l’Oberleutnant Zorner doit déménager de St Trond  à Wesendorf, près de Hanovre. Il a à peine le temps d’atterrir qu’il est redirigé vers Wittmundhaffen : « A 23h30, j’ai reçu l’ordre d’intercepter et de disperser une formation de bombardiers se dirigeant vers la Baie allemande à 19.000 pieds.  Mais au nord de Borkum notre cible changea de cap quittant l’est pour le sud. Au nord, le ciel était clair en raison d’une aurore boréale. Comme il était impossible d’attaquer le bombardier hors de cette zone clair, il fallait agir très vite. En dépit de l’avantage de la hauteur, environ 2.000 pieds, j’étais nerveux. Je maintenais mon altitude jusqu’à environ 1.500 pieds derrière le bombardier, puis  je sortis les volets pour ralentir ma vitesse et me laissais tomber très vite. En fouillant des yeux l’obscurité, j’aperçu un Halifax grimpant dans la partie éclairée du ciel. J’étais à 1000 pieds en dessous de lui et sur sa droite. Après avoir redressé légèrement je déclenchais les canons de bord et une seule rafale suffit à faire exploser l’Halifax qui partit en spirale avant de s’écraser dans un énorme feu d’artifice à proximité de Groningen, aux Pays-Bas. Ensuite, je pris la direction nord-est, pour me diriger vers la base. Mais subitement le moteur droit était en flamme et tomba en panne. Je poussais à fond le levier des gaz mais le moteur gauche n’était pas en mesure de tout supporter si bien que l’appareil perdait graduellement de l’altitude. Malgré que les lumières de la piste étaient en vue, j’ordonnais à mon Bordfunker, Heinz Wilke de sauter en parachute. Cet épisode démontre bien les difficultés de combat lorsque la visibilité est nulle ainsi que  tous les paramètres à prendre en compte pour s’approcher d’un adversaire avant d’attaquer. Au cour de ma carrière je n’ai essuyé qu’à 6 reprises le tir ennemi ! » C’est aussi l’unique fois au cour de ses 272 misions où Paul Zorner doit faire usage du parachute. Tombé sans encombre près d’une route, il est ramené à Wittmundhaffen par un motocycliste, quant à Heinz Wilke il passera la nuit dans une prairie détrempée avant d’atteindre le village le plus proche.  Cette émotion ne va pas perturber le duo qui repart très vite au combat et lors de l’attaque sur Peenemünde la nuit du 17 au 18 août, il obtient ses 11ème et 12ème succès en moins de dix minutes sur deux Lancaster !      

Paul Zorner dirige le 3./NJG 3 jusqu’au 10 septembre, décollant de nombreux aérodromes belges et hollandais. Il vole ensuite avec la 8./NJG 3 jusqu’en avril 44 et revendique 29 victoires. Avant cela, il avait été promu Hauptmann  (1er mars) et il reçut la Croix allemande en Or (20 mars). « J’ai vécu la meilleure période de ma carrière militaire au sein du 8./NJG 3. Nous étions basés à Lüneburg, un ancien aérodrome civile modernisé spécialement pour la Luftwaffe après 1935. Comme nous étions la seule escadrille à occuper les lieux, nous avons pu bénéficier de toutes les commodités souhaitées. Nos relations avec les autochtones étaient des plus amicales. Et puis, en dépit des raids de plus en plus important sur les villes allemandes, notre morale était au zénith. Le spectacle des villes en flammes stimulait notre volonté de combattre et de remporter la victoire. » Paul Zorner aligne les succès contre les bombardiers britanniques, à bord de son Bf 110 G-4/R7 fétiche, comme autant de perles sur le fil d’un collier. Cette machine est équipée d'équipements ultramodernes : "Un radar Liechtenstein SN-2 qui constituait l'ossature de nos Bf110 G jusqu'à la fin des hostilités et de canons de 20mm à tir vertical, les Schräge Musik (musique oblique ou jazz) qui se révélèrent très efficaces contre les bombardiers. Nous n'avions plus qu'à voler sous l'appareil ennemi et à viser au moyen d'un collimateur spécial, situé sur le haut de la verrière ! Mais la condition pour cette tactique était un ciel sans nuages. Mais ce genre de situation était très rare". Zorner a obtenu 42 victoires avec cet appareil, (seulement 17 avec le Schräge Musik) qui est finalement détruit au sol lorsque l’aérodrome est frappé à coups de bombes explosives et incendiaires.

Les officiers de la Royal Air Force qui effectuent des raids sur l’Allemagne s’inquiètent que cet homme pût, nuit après nuit, et parfois à plusieurs reprises dans le cours de la même nuit, coller à son adversaire avec tant d’opiniâtreté et d’intrépidité. Le 5 avril 1944, il devient Gruppenkommandeur du III./NJG5, à Mainz-Finthen. Lors d’un bref retour en Belgique, il détruit un Mosquito au sud-ouest d’Anvers le 21 avril à 03h30 à bord du Bf 110G-4 « C9+AD ». Quelques jours plus tard il est envoyé avec son unité à Laon-Athies pour intervenir sur les plages de Normandie. Le 9 juin, Paul Zorner est logiquement décoré de la Croix de Chevalier après sa 48ème victoire lors d’un combat engagé au-dessus de Paris. La victime, un Lancaster tombera à 30 km d’Evreux. A la mi-août le Gruppe est envoyé à Lübeck-Blankensee pour prendre possession du Ju 88 G-6 afin de lutter contre les essaims de Mosquito engagés contre l’escadre. Les Feuilles de Chêne lui sont ensuite attribuées le 17 septembre 1944 après la destruction de son 58ème adversaire au nord ouest de St. Dizier. En octobre, notre as poursuit sa migration en rejoignant Vienne pour prendre en charge le II./NJG 100. Major depuis le 1er décembre, il remporte son 59ème combat au début de la nouvelle année sur un Liberator américain qui attaquait la ville de Graz. Cela restera son total jusqu’à la fin de la guerre. En effet, la situation commence à se détériorer dans le sud-est de l’Autriche et la bravoure des « Experten » de la Nachtjagd dans le ciel nocturne est insuffisante face aux armadas alliées. La situation est si critique que le personnel au sol doit être engagé dans des combats de terre. En mai 1945, Il ne reste plus au II./NJG 100 que… 11 appareils, et les aviateurs n’ont qu’à se débrouiller ! Zorner et ses pilotes ne souhaitent qu’une chose: se rendre aux mains des américains, car ils viennent d’entendre l’annonce de la capitulation de la Wehrmacht ! Les soldats US ne savent que faire de cet officier en uniforme bleus-gris, bardé de décorations. Paul Zorner est livré aux Russes une semaine plus tard et il va vivre pendant cinq ans avec ses compagnons de misère dans un camp de prisonniers de guerre dans le sud du Caucase. Il reçoit finalement l’annonce de sa libération en janvier 1950.

Paul va maintenant devoir faire carrière. Il étudie tout d’abord à l’université de Stuttgart de 1951 à 1954. Il travaille ensuite pour une usine fabriquant des frigidaires. Puis, la passion de voler aidant, il intègre la Bundesluftwaffe pendant deux ans. Lorsqu’on lui annonce qu’il ne peut voler sur avions à réaction pour raison de santé, l’as quitte définitivement l’armée pour embrasser une carrière civile. Paul Zorner travaillera ainsi pendant vingt quatre ans pour l’entreprise « Hoechst Konzern » comme ingénieur en chef.

Photo 1 : Cette photo de Paul Zorner portant la Croix de Chevalier avec Feuilles de Chêne a été prise en 1944 alors qu’il dirigeait le II./NJG 100; Photo 2 : Juin 42, Paul Zorner se relaxe sur une terrasse à Stuttgart-Echterdingen ; Photo 3 : Zorner et des compagnons du 8.NJG 3 prenant le petit déjeuner au mess de Lüneburg; Photo 4 : Mai 1944, le Kommandeur de la III./NJG5 lit le journal à Laon-Athies avant de partir en mission. Photo 5 : Le Junkers Ju 88 G-6 du Major Paul Zorner, Gruppenkommandeur III./NJG 100, basé à  Stubendorf, intercepte et endommage un quadrimoteurs Lancaster du RAF Bomber Command au-dessus de l’Allemagne, fin 1944 ©Nicolas Trudgian.

Bf 110G-4 « C9+AD » du Major Paul Zorner, Gruppenkommandeur du III ./NJG5, 1944. © Osprey Aviation

Remerciements : Paul Zorner, David Williams et Jean-Louis Roba.

A Lire sur le sujet :

« Night Fighters » David P. Williams, 2001, Tempus

« Paul Zorner, As de la chasse de nuit », Histoire de Guerre N°42, déc.2003