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Les actes de ce colloque n'ont pas été publiés
par l'ACL. On en trouvera des extraits dans le numéro 354 de la
revue Economie et Humanisme (octobre 2000).
Mimmo Pucciarelli, de l'ACL, a été à l'origine
de ce colloque. Nous publions le texte qu'il a fait paraître dans
la revue "Economie et Humanisme".
La dissidence
au quotidien, en trois mille caractères...
Comment résumer en une seule page ce que j'ai pu connaître
en quelques trente ans de petites dissidences quotidiennes ? Je devrais
commencer par les petits refus d'obéir à ma mère
et mon père, aux instituteurs et en particulier à cette
fameuse institutrice qui en CP me frappa sur la tête avec un double
décimètre en bois. Je devrais poursuivre en racontant l'épopée
de la contestation contre l'autorité représentée
par un directeur d'internat, des professeurs du lycée, et puis
du look de hippie provincial que je m'étais construit suite à
la lecture incendiaire des poèmes de Allen Ginsberg, look qui me
faisait désigner comme étant un drogué, un pédé,
un fou...
Et puis le refus de partir à l'armée et mon arrivée
par la petite porte des Alpes sur cette colline de la Croix-Rousse où
je rentrai en contact avec des utopistes créateurs, entre des dizaines
d'autres choses, de journaux, de radios libres, de restaurants, d'imprimeries
et halte-garderies parentales, tous autogérés. C'est désormais
là, depuis 1975, que je côtoie et participe à quelques-unes
de ces activités dissidentes certes, mais par là-même
créatrices d'un imaginaire, dont 1e ressort principal est ce refus
constant d'accepter un ordre du monde tel que l'on veut nous l'imposer
par des institutions hiérarchiques et autoritaires, ou par l'uniformité
des murs, et la recherche inlassable de plus de justice et plus de liberté.
C'est ainsi que je peux résumer l'imaginaire de cette dissidence
que d'aucuns voient toujours comme une tâche de couleur marginale
dans la cité, tandis que pour moi elle représente la vie
elle-même dans toute sa force. Apparemment ces initiatives "
dissidentes " provoquent de l'anarchie, inacceptable surtout aux
yeux des personnes habituées à regarder le monde par 1a
petite boîte magique d'une télévision en couleur,
aux yeux de ces nombreux hommes (et quelques flemmes) politiques qui voudraient
pouvoir conduire tranquillement leurs moutons dans les isoloirs, aux yeux
des " vrais révolutionnaires " ayant un vrai programme,
sérieux et sûrement efficace si seulement une " majorité
" pouvait le suivre à la lettre, aux yeux de ceux et de celles
qui en les remarquant pour la première fois s'étonnent que
des spécimens pareils puissent sillonner leur quartier.
Et pourtant, ces trois mille caractères différents que j'ai
rencontrés sur la colline où les murs transpirent l'utopie,
ces centaines d'initiatives toujours diverses et aux trois mille couleurs,
sont toujours là à témoigner que l'on ne réduira
jamais le cur des hommes et des femmes à une pompe mécanique
rechargeable. Que le désir de rendre une économie humaine,
solidaire afin que tous et toutes puissent vivre le mieux possible, n'est
pas une sorte de fantaisie que des personnages tel Michel-Marie Derrion
nous ont léguée, par leurs tentatives déjà
anciennes de créer des commerces véridiques et sociaux,
mais un fort imaginaire qui relie les dynamiques de ces dissidences utopiques
quotidiennes d'hier et d'aujourd'hui, dont on m'a demandé de parler
en trois mille caractères...
Mimmo Pucciarelli, Militant de quartier, sociologue
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