Atelier de création libertaire -  Colloque Michel-Marie Derrion
Atelier de création libertaire

COLLOQUE
MICHEL-MARIE DERRION


Les actes de ce colloque n'ont pas été publiés par l'ACL. On en trouvera des extraits dans le numéro 354 de la revue Economie et Humanisme (octobre 2000).

 


Mimmo Pucciarelli, de l'ACL, a été à l'origine de ce colloque. Nous publions le texte qu'il a fait paraître dans la revue "Economie et Humanisme".

La dissidence au quotidien, en trois mille caractères...

Comment résumer en une seule page ce que j'ai pu connaître en quelques trente ans de petites dissidences quotidiennes ? Je devrais commencer par les petits refus d'obéir à ma mère et mon père, aux instituteurs et en particulier à cette fameuse institutrice qui en CP me frappa sur la tête avec un double décimètre en bois. Je devrais poursuivre en racontant l'épopée de la contestation contre l'autorité représentée par un directeur d'internat, des professeurs du lycée, et puis du look de hippie provincial que je m'étais construit suite à la lecture incendiaire des poèmes de Allen Ginsberg, look qui me faisait désigner comme étant un drogué, un pédé, un fou...
Et puis le refus de partir à l'armée et mon arrivée par la petite porte des Alpes sur cette colline de la Croix-Rousse où je rentrai en contact avec des utopistes créateurs, entre des dizaines d'autres choses, de journaux, de radios libres, de restaurants, d'imprimeries et halte-garderies parentales, tous autogérés. C'est désormais là, depuis 1975, que je côtoie et participe à quelques-unes de ces activités dissidentes certes, mais par là-même créatrices d'un imaginaire, dont 1e ressort principal est ce refus constant d'accepter un ordre du monde tel que l'on veut nous l'imposer par des institutions hiérarchiques et autoritaires, ou par l'uniformité des murs, et la recherche inlassable de plus de justice et plus de liberté.
C'est ainsi que je peux résumer l'imaginaire de cette dissidence que d'aucuns voient toujours comme une tâche de couleur marginale dans la cité, tandis que pour moi elle représente la vie elle-même dans toute sa force. Apparemment ces initiatives " dissidentes " provoquent de l'anarchie, inacceptable surtout aux yeux des personnes habituées à regarder le monde par 1a petite boîte magique d'une télévision en couleur, aux yeux de ces nombreux hommes (et quelques flemmes) politiques qui voudraient pouvoir conduire tranquillement leurs moutons dans les isoloirs, aux yeux des " vrais révolutionnaires " ayant un vrai programme, sérieux et sûrement efficace si seulement une " majorité " pouvait le suivre à la lettre, aux yeux de ceux et de celles qui en les remarquant pour la première fois s'étonnent que des spécimens pareils puissent sillonner leur quartier.
Et pourtant, ces trois mille caractères différents que j'ai rencontrés sur la colline où les murs transpirent l'utopie, ces centaines d'initiatives toujours diverses et aux trois mille couleurs, sont toujours là à témoigner que l'on ne réduira jamais le cœur des hommes et des femmes à une pompe mécanique rechargeable. Que le désir de rendre une économie humaine, solidaire afin que tous et toutes puissent vivre le mieux possible, n'est pas une sorte de fantaisie que des personnages tel Michel-Marie Derrion nous ont léguée, par leurs tentatives déjà anciennes de créer des commerces véridiques et sociaux, mais un fort imaginaire qui relie les dynamiques de ces dissidences utopiques quotidiennes d'hier et d'aujourd'hui, dont on m'a demandé de parler en trois mille caractères...

Mimmo Pucciarelli, Militant de quartier, sociologue


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