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Mondiaux-2001 - Heptathlon: l'énorme gâchis
de Barber
Comme aux Jeux de Sydney dix mois plus tôt, Eunice Barber
a rangé ses affaires avant la fin de l'heptathlon des Mondiaux
d'athlétisme d'Edmonton, se privant d'un deuxième
titre de championne du monde qui lui tendait les bras.
Elle aurait pu, elle aurait dû ! Epanouie et affûtée
à son arrivée au Canada, sans véritable rivale
après l'abandon la veille de la championne olympique britannique,
Denise Lewis, et impressionnante sur les deux premières épreuves,
Barber filait vers le titre qui, à lui seul, devait faire
oublier le zéro pointé des Tricolores aux jeux Olympiques.
L'entame du concours prêtait effectivement à un optimisme
flagrant. Dès 9h00 du matin, l'ancienne Sierra-Léonaise
établissait un record personnel au 100 m haies (12.78) et
franchissait une hauteur de 1,88 m qui lui permettaient d'être
sur les bases de son exploit de Séville en 1999, lorsqu'elle
avait battu le record de France et empoché le titre mondial.
Et puis ce fut le cauchemar au lancer du poids. Trois jets mordus
et les espoirs dorés de la Française étaient
anéantis dès la troisième sortie, puisqu'elle
renonçait à poursuivre le concours.
Virulence fédérale
Assise sur son banc, la détentrice des meilleures performances
annuelles depuis 1999 réalisait qu'elle avait gâché
la chance de remporter une couronne mondiale pour un vilain péché
d'orgueil, pour ne pas avoir été suffisamment humble
en assurant un modeste lancer, dans une discipline qu'elle sait
pourtant trop technique pour être son point fort.
"Sur le dernier essai, j'ai voulu tenter le tout pour le tout.
J'étais venue pour faire 7000 points. Et pour cela, j'étais
suffisamment entraînée", expliquait, meurtrie,
la jeune femme (26 ans) reconnaissant ainsi qu'elle avait privilégié
le record d'Europe (7007 pts) sur la victoire et le titre mondial.
Réagissant avec une virulence proportionnelle à l'attente
qu'ils avaient placée dans leur vitrine du renouveau de l'athlétisme
national, les responsables de la Fédération parlaient
de "faute professionnelle" pour le président Bernard
Amsalem ou "de B.A-BA" et "d'erreur commise"
pour le Directeur technique national, Robert Poirier.
Les deux hommes se jetaient même sur l'occasion pour s'en
prendre à l'exil américain que s'est offert Barber
cet hiver en allant rejoindre Bob Kersee, le mari de Jackie Joyner-Kersee,
la détentrice du record du monde de la spécialité.
A Talence en septembre
"Le premier enseignement est l'échec du départ
aux Etats-Unis, avec le forfait de Christine Arron sur-entraînée
et Eunice Barber maintenant. Donc je me pose des questions",
déclarait Bernard Amsalem, tandis que le DTN était
heureux des "excuses de Kersee". L'entraîneur américain
a en effet reconnu qu'il aurait dû lui demander d'assurer
son deuxième essai après sa faute technique sur le
premier.
En dehors de la perte sèche et comptable sur ces Mondiaux,
l'autre gâchis pourrait aussi être l'avenir de ce diamant
de l'athlétisme bleu qui détient également
le record de France de la longueur (7,01 m).
D'un caractère entier et surtout pas malléable par
des instances fédérales, Barber pourrait décider
de claquer la porte de l'équipe de France, comme l'a fait
avant elle une certaine Marie-José Pérec. "Mon
désir est de partir au plus vite d'Edmonton et de rejoindre
ma mère et ma soeur à Paris. Ici, je n'ai plus rien
à faire", a-t-elle déclaré.
La Rémoise a répondu aussi aux reproches de Bernard
Amsalem. "Maintenant, je dois relever la tête. Faire
zéro, cela peut arriver aux meilleurs athlètes de
haut niveau: il faut savoir l'accepter même quand on est président
de la Fédération française d'athlétisme",
a-t-elle lâché avant de préciser qu'elle songeait
être présente comme prévu à l'heptathlon
de Talence, en Gironde (ndlr: 15 et 16 septembre).
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