istanbul
CROQUIS
D'ISTANBUL (1)
Voyage
d'étude effectué en 1995
Présentation
de quelques croquis que j'ai dessiné là-bas
Extraits
de textes de quelques écrivains célèbres amoureux de
cette ville.
Mosquée
de Süleymaniye
"Ville
étrange que Constantinople !
Splendeur
et misères ; larmes et joies ; l'arbitraire plus qu'ailleurs, et aussi
plus de liberté ; -quatre peuples différents qui vivent ensemble
sans trop se haïr : Turcs, Arméniens, Grecs et Juifs, enfants
du même sol et se supportant beaucoup mieux les uns les autres que ne
le font, chez nous, les gens de diverses provinces ou de divers partis."
Gérard
de Nerval , Voyage en Orient, Paris, Charpentier, 1851
Vue
du pont de Galata
"D'abord
de Constantinople, où je suis arrivé hier matin, je ne te dirais
rien aujourd'hui, à savoir seulement que j'ai été frappé
de cette idée de Fourier : qu'elle serait plus tard la capitale de
la terre. - C'est réellement énorme comme humanité. Ce
sentiment d'écrasement que tu as éprouvé à ton
entrée dans Paris, c'est ici qu'il vous pénètre, en coudoyant
tant d'hommes inconnus, depuis le Persan et l'Indien jusqu'à l'Américain
et l'Anglais, tant d'individualités séparées dont l'addition
formidable aplatit la vôtre.
Et puis
c'est immense, on est perdu dans les rues, on ne voit ni le commencement ni
la fin. Les cimetières sont des forêts au milieu de la ville.
Du haut de la tour de Galata à voir toutes les maisons et toutes les
mosquées (à côté et parmi le bosphore et la Corne
d'Or pleins de vaisseaux), les maisons peuvent être comparées
aussi à des navires, ce qui fait une flotte immobile dont les minarets
seraient les mâts des vaisseaux de haut bord ..."
Gustave
Flaubert, Correspondance, Tome 1, 1830-1852, "La Pléiade", Gallimard
Mosquée
de Yemi
"Une
minute... une autre minute... on passe la pointe du Sérail... j'entrevois
un immense espace plein de lumière et une immensité de choses
et de couleurs... la pointe est dépassée... Voilà Constantinople
!
Constantinople
superbe, démesurée, sublime ! Gloire au Créateur et à
l'homme ! Je n'avais pas rêvé une pareille beauté !
Et maintenant,
decris misérable ! Profane par ta parole cette vision divine ! Qui
ose décrire Constantinople ? Chateaubriand, Lamartine, Gautier, qu'avez-vous
balbutié ? Les images et les expressions s'offrent en foule à
l'esprit, et s'enfuient de la plume. Je vois, je parle, j'écris en
même te:mps, sans espérance, mais avec une volupté qui
m'enivre.
Voyons
donc ! La Corne d'Or, droit devant nous, comme un large fleuve ; et sur ses
deux rives, deux chaînes de hauteurs sur lesquelles s'élèvent
et s'allongent deux chaînes parallèles de villes qui embrassent
huit milles de collines, de vallées, de golfes, de promontoires ; cent
amphithéâtres de monuments et de jardins ; un double et immense
escalier de maisons, de mosquées, de sérails, de bains, de kiosques,
de couleurs variées, du milieu desquels un milliers de minarets à
la pointe brillante s'élèvent au ciel comme de hautes colonnes
d'ivoire."
Edmondo
De Amicis, L'ennemi, Bourgois, 1991