Fracture numérique

 

 

 

 

                             

 

 

Fracture numérique…ou linguistique?

 

Voilà déjà neuf ans, lors de la Conférence Internationale des Archives de Budapest (CITRA 1999), j’étais intervenu lors de l’assemblée générale pour poser la question des langues de travail utilisées au sein du Conseil International des Archives. Officiellement, le CIA utilise deux langues officielles: le Français et l’Anglais. Ce qui impliquait que tout document émanant du CIA devait être diffusé au minimum dans ces deux langues, plus s’il y a affinités! De même, les travaux de tous les organes du CIA devaient se tenir avec traduction simultanée dans les deux langues, au moins. 

Grâce à ces dispositions linguistiques, l’algérien francophone que je suis, pouvait assister avec profit aux travaux des comités du CIA, et le directeur général des archives nationales d’Algérie que j’étais, pouvait diffuser séance tenante, à travers toutes les institutions de mon pays, francophone aussi faut-il le rappeler en plus d’être arabe, tous les textes pertinents et standards techniques qui balisaient l’évolution scientifique de notre métier. Dans la mesure où tous ces textes paraissaient en français, en même temps qu’en anglais, je pouvais en disposer, et les diffuser sans traduction préalable en arabe.

Or, avec le temps, tout un chacun se rendait compte que les documents du CIA n’étaient plus diffusés qu’en une seule langue: l’anglais; tandis que se développait le phénomène de comités techniques du CIA ne travaillant qu’en anglais…toujours!  

Mon intervention, lors de la CITRA Budapest, se voulait un rappel du CIA à ses obligations…linguistiques. Je fus soutenu alors par mon collègue directeur des archives de France, c’était le moins que pouvait faire le représentant de la culture française. Réponse du CIA: plus de 95% des études et documents produits dans le cadre du CIA le sont principalement, sinon uniquement, en anglais. Et le budget du CIA ne lui permet pas de traduire tous ces textes en français. Les francophones présents restèrent sceptiques, parce que même de simples annonces de deux ou trois phrases ne sont plus diffusées qu’en anglais. 

Et la suite? Aucune amélioration. Pire: en janvier 2001, j’avais participé à une réunion du Bureau du CIA. La présidente du CIA, ainsi que les six membres du Bureau que nous étions, pouvaient très bien s’exprimer en français. Et voilà que les débats dévient sans crier gare vers l’anglais. Je dûs intervenir une fois de plus pour ramener la discussion en français: parce que je dois vous dire que cette réunion se tenait 56 rue des Francs Bourgeois, siège des Archives de France, et nous nous trouvions bel et bien à Paris, capitale d’une culture française qui ne peut se défendre face à l’envahisseur anglophone! 

Aujourd’hui, voilà que, tel un cheveu dans la soupe, je soulève de nouveau la question des langues au sein du CIA: un nouveau document de travail sur l’archivage électronique a été diffusé il y a quelques jours à tous les membres du CIA dans les cinq continents. Il était demandé à chacun de nous de l’étudier, et d’en faire commentaire avant sa finalisation et adoption comme nouvelle norme archivistique du CIA. Problème: le document n’a été diffusé qu’en…anglais, comme de bien entendu. Je poste aussitôt mes réserves linguistiques à toute la liste internationale. Des soutiens? Deux collègues francophones hors de France, puis deux collègues françaises de France métropolitaine ayant préféré un soutien offline… 

Conclusion:

Les enjeux que j’évoque sont autrement plus lourds de signification qu’une simple question de langues. Soyons précis et honnêtes aussi: mon problème n’est pas de défendre la langue française, mais plutôt de coller à l’évolution scientifique et technique, qui s’envole à grande vitesse en ANGLAIS, et que j’essaie de suivre à petite vitesse en FRANÇAIS. Cela est encore plus vrai avec l’explosion des archives électroniques: la majorité des normes et standards spécifiques aux archives électroniques, qui ne sont plus les archives de demain, mais déjà celles d’hier, paraissent en anglais, et peu sont traduits en d’autres langues, dont le Français. Dans ce contexte, le “Manuel des Archives Électroniques” du CIA, a fait aussi l’objet d’une traduction en Arabe, et  je m’en étais chargé à partir de la version française. Mais face à cette initiative, combien de standards et normes attendent d’être connus en d’autres langues que l’anglais? 

Qui a parlé de fracture numérique Nord-Sud? Ne devrait-on pas plutôt s’inquiéter d’une fracture LINGUISTIQUE, et partant scientifique, qui séparerait le monde anglo-saxon du reste de la planète? A quand un EURO linguistique, et partant scientifique, face au Dollar de la science et de la technologie?          

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Mise à jour le 10 Octobre 2008           Conception :  Bouharrat Soufiane  archivist18@hotmail.com

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