La littérature baroque

Le Baroque

La Littérature baroque (XVII et XVIIIe s.)

 

Le XVIIe siècle baroque

Une première vague baroque se constitue en deux temps : 1610 et 1630.

Dans un premier temps, en 1610, on assiste à l'épanouissement de quatre genres : la poésie, sous forme épique ou lyrique (Le Tasse, D'Aubigné, Malherbe, Régnier, Gongora ; le roman pastoral sous sa forme d'itinéraire sentimental compliqué (l'Astrée, d'Honoré D'Urfé), d'aventures hasardeuses picaresques (les aventures du Picaro Guzman d'Alfarache de Mateo Aleman ou celles de Don Quichotte, de Cervantès) ; le théâtre, avec l'incroyable floraison des auteurs élisabéthains (Marlowe, Chapman, Tourneur) et l'œuvre de Shakespeare ; enfin les écrits moraux ou spirituels (Charron, saint François de Sales).

Illustration de L'Astrée, d'Honoré d'Urfé
Agrippa d'Aubigné
Honoré d'Urfé
Shakespeare

La seconde période voit son apogée autour des années 1630 : on assistait une extension considérable du genre dramatique, particulièrement en Espagne (Calderon, Lope de Véga) mais aussi en France (Corneille, Rotrou), en Hollande (Vondel) et en Angleterre (John Ford). Le genre romanesque se distribue en "roman précieux" à la française dans le sillage de l'Astrée, ou en roman picaresque ou burlesque (Sorel, Scarron)  ; l'essai philosophique, théologique, politique, scientifique connaît un essor lié au développement de la méthode et de la science (Descartes, Galilée, Francis Bacon, Hobbes, Grotius, Pascal) ; la poésie lyrique a pour représentants les "baroques" français (Théophile de Viau, Saint-Amant, Tristan L'Hermite) ou italiens (Marino).

Corneille
Théophile de Viau
Tristan l'Hermite

 

Le XVIIIe siècle baroque

Une deuxième vague baroque recouvre la première moitié du 18e siècle. Elle se manifeste plus particulièrement dans le domaine musical (voir musique baroque) et dans les arts plastiques (peinture, sculpture, ...). On lui donne quelquefois le nom de "rococo", encore que cette appellation s'appliquent surtout, en France, aux arts ornementaux.

On peut la définir, littérairement, par le retour de l'imaginaire et de l'affectivité, alors qu'à l'inverse se développe la raison (du Siècle des Lumières). Cet imaginaire se manifeste par l'emploi de la fiction, dans le conte (Perrault, Mme D'Olnoy) ou le voyage imaginaire ayant parfois un caractère symbolique (Swift, Voltaire).

L'affectivité s'exprime à travers le " roman de compassion ", dont le héros principal est une victime (Richardson, Abbé Prévost). Le théâtre de Marivaux illustre bien ce rococo littéraire français, dans lequel on retrouve un mélange de subtilité dans l'étude des sentiments et de fantaisie légère, venue du théâtre italien.

Perrault
Voltaire
Marivaux

 

 

Résumé

Genre 1610 1630 1700...

Poésie

Le Tasse, D'Aubigné, Malherbe, Régnier, Gongora

France : Théophile de Viau, Saint-Amant, Tristan L'Hermite

Italie : Marino

 

Roman

l'Astrée, d'Honoré D'Urfé, Picaro Guzman d'Alfarache de Mateo Aleman, Don Quichotte, de Cervantès

"roman précieux" à la française,

roman picaresque ou burlesque (Sorel, Scarron)

Fiction, conte : Perrault, Mme D'Olnoy

roman de compassion : Richardson, abbé Prévost

Théâtre

Marlowe, Chapman, Tourneur, Shakespeare

Espagne : Calderon, Lope de Véga

France : Corneille, Rotrou

Hollande : Vondel

Angleterre : John Ford

Marivaux

Textes d'idées

Écrit moraux ou spirituels de Charron, de saint François de Sales

Essai : Descartes, Galilée, Francis Bacon, Hobbes, Grotius, Pascal

Voyage imaginaire : Swift, Voltaire

 

Cervantès, Don Quichotte (première partie, chapitre 8)

C'est alors qu'ils découvrirent dans la plaine trente ou quarante moulins à vent ; dès que don Quichotte les aperçut, il dit à son écuyer :

- La chance conduit nos affaires mieux que nous ne pourrions le souhaiter. Vois-tu là-bas, Sancho, cette bonne trentaine de géants démesurés ? Eh bien, je m'en vais les défier l'un après l'autre et leur ôter à tous la vie. Nous commencerons à nous enrichir avec leurs dépouilles, ce qui est de bonne guerre ; d'ailleurs, c'est servir Dieu que de débarrasser la face de la terre de cette ivraie.
- Des géants ? Où çà ?
- Là, devant toi, avec ces grands bras, dont certains mesurent presque deux lieux.
- Allons donc, monsieur, ce qu'on voit là-bas, ce ne sont pas des géants, mais des moulins ; et ce que vous prenez pour des bras, ce sont leurs ailes, qui font tourner la meule quand le vent les pousse.


- On voit bien que tu n'y connais rien en matière d'aventures. Ce sont des géants ; et si tu as peur, ôte-toi de là et dis une prière, le temps que j'engage avec eux un combat inégal et sans pitié.
Et aussitôt, il donna des éperons à Rossinante, sans se soucier des avertissements de Sancho, qui lui criait que ceux qu'il allait attaquer étaient bien des moulins et non des géants. Mais don Quichotte était tellement sûr de son fait qu'il n'entendait pas les cris de Sancho et que, même arrivé devant eux, il ne voyait pas qu'il se trompait.
- Ne fuyez pas, lâches et viles créatures, criait-il, c'est un seul chevalier qui vous

attaque !

Sur ces entrefaites, un vent léger se leva, et les grandes ailes commencèrent à tourner. Ce que voyant, don Quichotte reprit :
- Vous aurez beau agiter plus de bras que n'en avait le géant Briarée, je saurai vous le faire payer !

Là-dessus, il se recommanda de tout son cœur à sa dame Dulcinée, la priant de le secourir en ce péril extrême. Puis, bien couvert de son écu, la lance en arrêt, il se précipita au grand galop de Rossinante et, chargeant le premier moulin qui se trouvait sur sa route, lui donna un coup de lance dans l'aile, laquelle, actionnée par un vent violent, brisa la lance, emportant après elle le cheval et le chevalier, qu'elle envoya rouler sans ménagement dans la poussière.


Source : Cervantès, Don Quichotte, trad. par Aline Schulman, Paris, Seuil, 1997.

 

 

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