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Emmanuelle Béart : une comédienne, tout simplement Emmanuelle Béart a beau avoir posé nue il n'y a pas si longtemps pour la couverture d'un célèbre magazine féminin, elle n'en est pas moins de ces stars secrètes du cinéma français. Un peu à la manière d'Isabelle Huppert, dont elle pourrait être une soeur cadette: deux filmographies de grande qualité, des rôles importants au théâtre. Ni l'une ni l'autre ne font parler d'elles dans la presse people, et leurs vies privées restent dans l'ensemble discrètes. Ce qui n'empêche pas le travail de promotion qui va de pair avec le cinéma: on va à Cannes, on pose pour des photos, on donne des entrevues. Avec un mélange parfait de professionnalisme, de sincérité et de réserve.
Petite surprise. Peut-être parce qu'il ne s'agit pas d'un média français et qu'il n'y a pas de photographe ou de caméra, le rendez-vous avec Emmanuelle Béart est fixé chez elle. Et non pas dans un hôtel ou dans des bureaux de production comme c'est toujours le cas dans le milieu du cinéma et du show business. Une grande maison enclavée et bricolée au coeur de Paris, un petit patio ombragé. Il y a d'autres personnes dans la maison.
L'héroïne de l'épisode descend de l'étage. Bottes noires par-dessus des jeans délavés. On s'installe dans un coin salon, tandis que des gens viennent parfois s'affairer à l'autre bout de la grande salle de séjour. Une tisane qui refroidit tranquillement. En un peu moins d'une heure, elle finira par tirer de son paquet l'une de ces longues cigarettes fines qui servent aux gens qui veulent arrêter de fumer. Avoir un film à coeur Manifestement, L'Enfer, de Danis Tanovic- qui prend l'affiche vendredi à Montréal- lui tient particulièrement à coeur. Peut-être parce que ce n'est pas a priori un film grand public et qu'il a besoin d'être soutenu par ses comédiens- qui constituent d'ailleurs une distribution exceptionnelle: Karin Viard, Marie Gillain, Jacques Gamblin, Jacques Perrin, Carole Bouquet. Réalisé à partir d'un scénario, forcément sombre, de Kieslowski, le film met en scène trois soeurs, marquées par un terrible drame familial, devenues en quelque sorte des ennemies. " L'Enfer, dit Emmanuelle Béart, est apparemment très éloigné du premier film qu'avait réalisé Danis Tanovic, No man's land, une oeuvre bouleversante sur Sarajevo en guerre. Et en même temps, c'est un peu la continuation du sujet à un autre niveau. Ce que Danis a connu au début de la vingtaine, c'est une épouvantable trahison: comment les anciens amis de la veille ou de toujours, comment des voisins sont soudain devenus des ennemis mortels. L'Enfer est en quelque sorte une métaphore de cette guerre fratricide: comment trois jeunes femmes peuvent avoir leur vie brisée et se haïr tout en restant des proches, des membres de la même famille. "
Emmanuelle Béart ne fait pas partie de ces vedettes qu'on voit défiler dans les manifestations, haranguer les foules ou pétitionner à longueur d'année. Mais, si j'ose dire, elle a des convictions. En août 1996, on découvrait non sans surprise qu'elle avait décidé de camper parmi les sans-papiers qui occupaient l'église Saint-Bernard à Paris et qu'elle s'était retrouvée à l'aube, un bébé africain dans les bras, en train de se faire expulser plutôt brutalement par la police. Ce qui lui avait valu la résiliation du contrat publicitaire de prestige avec un grand couturier.
Si, cette fois, elle a choisi de tourner avec Danis Tanovic, jeune réalisateur bosniaque de 34 ans installé en France ces jours-ci, c'est à la suite d'une rencontre " capitale " à Sarajevo, il y a trois ans.
" J'étais allée en Bosnie pour présenter Les Destinées sentimentales d'Olivier Assayas. Cela se passait au Centre André-Malraux, dirigé par Francis Bueb, un homme qui a quitté Paris en 1992 pour ouvrir une librairie à Sarajevo, en pleine guerre, et qui n'en est plus reparti. C'est de lui qu'il est question dans le film admirable de Jean-Luc Godard. C'est à cette occasion que j'ai vu No Man's Land, un petit chef-d'oeuvre."
" À la fin de cette guerre, Danis dit qu'il se sentait comme un vieillard. Mais, aussi, qu'au fil du temps, il se sentait rajeunir tous les jours. Les gens qui viennent de ces pays de guerre ne sont pas des enfants de bourgeois qui jouent à la souffrance. Après ce qu'il a vécu à 20 ans pendant le siège, le cinéma est par définition léger. On peut avoir côtoyé la mort et aimer le rock, faire de la musique, rire, manger. Malgré la noirceur du scénario de L'Enfer, ce fut l'un des tournages les plus gais, et on a beaucoup ri. Il est vrai que, finalement, on rit aux enterrements... D'ailleurs, le prochain film de Tanovic sera... une comédie à l'américaine. " Et le théâtre Une relation avec un réalisateur a forcément quelque chose de personnel. Le paysage bosniaque est également hanté par Emir Kusturica, grand cinéaste, qui a dit des horreurs sur les Bosniaques. " Danis et lui ne sont pas les meilleurs amis du monde, pour rester polie. Et dans la mesure où Danis est un ami, je ne pourrais pas l'être avec Kusturica. Louis-Ferdinand Céline a écrit l'un des plus grands romans du XXe siècle, mais je n'aurais pas mangé avec lui. "
C'est peut-être ainsi qu'Emmanuelle Béart a mené, presque depuis le début, une carrière cinématographique de 18 ans: " Il m'est arrivé de recevoir de très bons scénarios et de refuser en me disant: je n'ai pas envie de passer quatre mois de ma vie avec cette personne. J'ai joué dans des films très différents, certains très sombres, d'autres légers. Je n'ai jamais regretté mes choix parce que j'avais d'abord choisi une personne avec qui je m'entendais bien. Comme le disait si drôlement Mastroianni: parfois dans mes voyages, je me suis trompé de cheval. C'est pas grave: j'ai vu du paysage... "
Mademoiselle Béart ne regrette rien de son palmarès- qui est d'ailleurs impressionnant: Sautet, Rivette, Raul Ruiz, Yannick Bellon et quelques autres. Mais s'il lui fallait à tout prix choisir ses quatre favoris: La Belle Noiseuse, Un coeur en hiver, Les Enfants du désordre et Une femme française. Il y a du sérieux chez elle.
Cela va sans doute de pair avec le théâtre, où elle poursuit une carrière également impressionnante, plutôt loin des projecteurs: " J'ai fait l'équivalent de sept années entières au théâtre, précise-t-elle. Dont deux années en tournée avec le Strindberg monté par Luc Bondy. "
Pourquoi le théâtre, qui est exténuant et qui ne procure pas le dixième de la gloire que rapporte le cinéma? " À chaque fin de tournée, je me dis que je ne ferai plus jamais de théâtre. Et puis je me rappelle à moi-même qu'au théâtre j'éprouve une émotion que je ne retrouve nulle part ailleurs. Je suis comme la plupart des comédiens: j'ai besoin des deux. Du cinéma aussi. "
Et si l'ancienne lycéenne de Marie-de-France à Montréal était, tout simplement, une comédienne?
source : Louis-Bernard Robitaille pour La Presse (18 mars 2006) |
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Les petits papiers d'Emmanuelle Béart Ambassadrice de l'Unicef pour la France, actrice et femme accomplie, Emmanuelle Béart a deux atouts : un talent incontesté et la liberté de déplaire. Reste à savoir si, au jeu des petits papiers, elle déshabillera aussi son âme. Sexe « Oh, non! Pitié, pas ce mot un samedi matin! Maintenant le mot - «sexe» - me renvoie à l'image que le public a de moi. Quant à penser que je suis un symbole sexuel, je ne sais vraiment pas quoi vous dire. » Fidélité « Après le mot "Sexe", je pioche "Fidélité"... Ce sont deux mots qui me vont bien, qui font partie de ma vie. Oui, oui, je suis fidèle, même si les autres ne le savent pas toujours... Je peux m'absenter d'une histoire d'amour, cela ne m'empêche pas de rester profondément fidèle aux bienheureuses heures de bonheur. Je suis fidèle aussi à une éthique, une morale qui gouverne ma vie. A mes engagements. » Bébé « Il y a une certaine continuité entre ces trois mots: quand on couche avec un homme et qu'on lui est fidèle, il peut arriver qu'on lui fasse un bébé. (Rires.) J'ai eu deux enfants, mais je ne crois pas que j'en aurai d'autres. Lorsqu'on me demandait, à 17 ans, ce que je voulais faire dans la vie, je répondais: des bébés. Ça me paraissait la seule profession digne de ce nom. Et aujourd'hui, c'est sûrement ce qui prend le plus de place chez moi, et en moi. » Copines « C'est un mot que je n'aime pas. J'ai une petite poignée d'amis, hommes et femmes, auxquels je suis fidèle et auxquels je peux consacrer du temps. Je n'ai pas besoin de copines, je n'ai pas le goût des relations superficielles. Je préfère être seule, ça ne me dérange pas.» Allumeuse « Pour moi, c'est un joli mot qui n'a rien de péjoratif. Je l'assume avec ma propre définition: quelqu'un qui met de la lumière et qui provoque du désir, de l'envie. J'imagine qu'on a dû me traiter d'allumeuse quand j'étais plus jeune... Maintenant, si l'on prend ce mot dans un sens sexuel (très long silence), non, je n'en suis pas une. » Mort « Si je pense à la mienne, elle ne m'effraie pas du tout. C'est celle des autres, ceux que l'on aime, qui est inenvisageable, inconcevable. Abominable. On prend conscience de la mort lorsqu'on met des enfants au monde. Et puis, ensuite, la vie fait qu'on y est confronté et que ça devient une réalité. Je n'ai rien connu de plus douloureux. » Premier Amour « Il s'appelait Alain Coq, le bien nommé. Je devais avoir 4 ans. Lui était un vieux... au moins 5 ou 6 ans ! C'était mon prince charmant. Je me souviens que nous nous sommes mariés auprès d'un arbre. Je le trouvais très beau. L'amour pour la vie, ça marque une petite fille... L'amour, c'est la grande affaire de ma vie. Je n'ai pas le souvenir de ne pas avoir été chavirée par un homme un jour de ma vie !» Flambe «Ce mot ne fait pas partie de mon univers. Je ne suis pas une accro aux dépenses, je ne m'achète rien en particulier. Je loue mon appartement, je ne possède rien. En même temps, je suis incapable de faire des plans d'épargne. Mais je ne flambe pas pour moi. J'ai toujours considéré que mon salaire de comédienne est un salaire collectif qui doit permettre aussi de faire vivre mes proches.» Frivolité « Cela me fait un bien fou de tomber sur ce mot, parce qu'on me perçoit toujours comme quelqu'un de très différent de ce que je suis au fond. Cela vient de mes films, comme de mes engagements humanitaires et de mes interventions télévisées, qui n'appellent pas les crises de fous rires. Mais dans la vie, mes rares amis peuvent en témoigner, je suis quelqu'un de très gai. Voilà : je sais aussi être une grande déconneuse.» Maltraitance « Mon implication dans la lutte contre la maltraitance des enfants à travers mes missions pour l'Unicef a sûrement à voir avec un souvenir extrêmement pénible. Je devais avoir 9 ans. J'avais une amie de classe qui m'invitait parfois chez elle. J'apercevais toujours une petite fille triste errant avec un balai ou une pile de linge. J'ai ensuite appris qu'elle venait de la Ddass, un mot qui ne signifiait alors rien pour moi. C'était une petite fille maltraitée, puis abandonnée par ses parents, qui avait été recueillie par la famille de mon amie. » Partir « C'est bien de terminer par ce mot. "Partir"... c'est vraiment moi: deux valises, un billet d'avion, et hop ! un tournage ou un voyage. A Paris, je me sens en transit, c'est pour cela que je déménage tous les trois, quatre ans. Cette bougeotte permanente vient aussi de mes origines, grecques, maltaises, juives, croates et que sais-je encore... Je suis faite de plein de mondes. De plein de couleurs différentes qui se mélangent et me poussent à prendre le large dès que je le peux. Partir, c'est vivre.» source : Fabrice Gaignault pour Marie Claire (date de l'entretien inconnue) | | | | Elle rêve d'une traversée du désert...
Le regard, comme la voix, est doux. Elle s'excuse. Peut-être ne paraît-elle pas très concentrée. Elle vient de passer huit jours à se bagarrer avec une maladie aux allures de gros rhume ou de grippe... Peu avant, alors que sortait sur les écrans Un fil à la patte, le nouveau film de Michel Deville dont elle partage l'affiche avec Charles Berling, elle rentrait de voyage. Une dizaine de jours à Socotra, une île au large du Yémen. «L'île oubliée des hommes et bénie des dieux», dit la légende. Là encore, Emmanuelle Béart y est allée tourner une émission télé pour France 5. Retour à Paris, elle raconte ses voyages au bout du monde ou encore les intimes, les solitaires en nocturne. Rencontre avec une star du cinéma, une femme de bonne volonté qui approche la quarantaine et qui rêve d'une traversée du désert... Un voyage, vous le préparez longuement ? «Je lis beaucoup sur la destination où je me rends. Le Guide du Routard, Lonely Planet , tout y passe... C'est très étrange de partir. Pourtant, je fais les valises tout le temps. Je fais des voyages pour aller tourner, pour des missions pour l'Unicef depuis 1996. Et je peux vous assurer que les hôtels 5 toiles, ce sont des lieux de grande solitude...» Récemment, donc pour l'émission En terre inconnue pour France 5, vous êtes allée à Socotra, au large du Yémen...
«...d'abord, le principe de l'émission est d'inviter une personne un peu connue pour une destination surprise. C'est dans l'avion que j'ai appris où nous allions! Quand on m'a dit Socotra, j'ai cru à une blague... Et de là-bas, de cette île oubliée, je ramène des images au-delà de ce qu'on peut envisager. Il y a encore chez les habitants de Socotra une innocence, une gentillesse, une certaine naïveté... Evidemment, même si nous n'avons pas filmé, nous avons tenu à rencontrer des représentants du gouvernement yéménite pour leur dire qu'il y avait là un endroit pas comme les autres, et qu'il y a urgence à le protéger.» Depuis 1996, vous êtes ambassadrice de bonne volonté de l'Unicef. Il se dit qu'en juin prochain, vous effectuerez votre dernière mission au Kenya... «Effectivement, le mois prochain, je vais au Kenya pour une mission d'information sur les enfants et le Sida. Et il se peut que ce soit mon dernier voyage pour l'Unicef» Pourquoi ? «Au lendemain de mon quatrième voyage, j'avais rencontré des responsables de cette organisation des Nations Unies. Je leur avais alors fait part de ma sensation de ne plus être aussi utile qu'on le croyait. Je pensais déjà que les gens se diraient: Ah! la revoilà de retour de voyage... ", qu'ils me voyaient que moi, Emmanuelle Béart , et n'entendaient plus la cause et les malheurs que je rapportais.» Est-ce à dire que vous ne croyez plus vraiment à cette fonction d'ambassadeur de bonne volonté ?
«Certainement pas... J'aime trop les gens pour ne pas m'intéresser à eux. Depuis toujours, j'ai le sens de l'autre. Mais je pense simplement qu'il est bon de ne pas rester trop longtemps dans ce rôle...» Le voyage qui vous fait rêver ? «Peut-être parce que je suis une grande solitaire, traverser le désert. Pas au figuré, même si ça peut m'arriver avec ce métier! Mais je suis persuadée qu'à un moment donné, quelque chose est nécessaire... Dans le désert, on fait totalement abstraction de l'autre.»
Pour vous, l'ailleurs... «... est un mot qui m'est très familier. C'est partout et nulle part. C'est la capacité assez rare de jouir du moment dans lequel je suis et, en même temps, dont je suis décalée!» source : © La Dernière Heure - 07 mai 2005.  Par Armelle HELIOT, mercredi 27 avril 2005
 Dans le pull d’angora qui découvre son épaule, elle a des airs d’adolescente qui sortirait du collège. C’est l’heure où les enfants rentrent de l’école. Le soleil du printemps éclabousse son teint très subtilement hâlé et les mèches souples de ses cheveux mi-longs. Ses mains délicates aux ongles laqués d’un rouge ardent jouent avec les fines cigarettes. Le débit est rapide et sûr. Elle est trop belle pour songer à séduire. Elle est directe et vraie avec ceux qui la connaissent depuis longtemps. Elle ne se protège pas. Elle y va. Elle rit en parlant de Lucette, la chanteuse de café-concert qu’elle incarne dans la version Deville de Un fil à la patte de Feydeau. Elle s’amuse, mais elle est grave lorsqu’elle parle du monde, de ses engagements. De tout ce qu’elle entreprend pour éclairer sa vie. Dans Un fil à la patte de Michel Deville, vous incarnez Lucette, chanteuse de café-concert coeur léger et paroles lestes. Vous plaît-elle ? J’aime ce personnage qui a en elle quelque chose de Célimène. Une séductrice qui tient salon ! J’ai pensé à elle d’autant plus amusée que j’ai joué Le Misanthrope, il y a quelques années. Mais Lucette est plus prosaïque, évidemment. Feydeau est culotté : il montre qu’il s’agit pour beaucoup de vendre son âme en permanence et son corps de temps en temps... mais Lucette est autonome et s’amuse, elle est intelligente, lucide. Le film donne le sentiment d’une troupe unie autour d’un Michel Deville qui s’en donne à coeur-joie. Et pourtant ce serait son dernier film ? Il m’avait téléphoné il y a deux ans, parlant de son avant-dernier film. Et un an plus tard j’ai reçu le scénario de Rosalinde, sa femme, d’après la pièce de Georges Feydeau. Il a réuni les comédiens dont il rêvait, chacun d’entre nous a été désiré, le tournage a été heureux. Et Michel Deville me l’a dit, nous l’a dit, ce serait son dernier film. Il veut passer à autre chose, faire des voyages, découvrir d’autres horizons. Je l’envie. Qu’enviez-vous ? Cette capacité à renoncer, à désirer autre chose ? J’admire sa liberté. J’aime la liberté des autres. Et je dois énormément à la force des autres et en particulier des metteurs en scène que j’ai eu la chance de rencontrer, avec lesquels j’ai travaillé. Tous ont compté pour moi. Yannick Bellon, Claude Sautet qui a été un ami profond, quelqu’un vers qui je me tournais dans les moments graves, Téchiné bien sûr, Rivette, Ozon, Corsini qui m’a fait avancer, a bousculé quelque chose en moi. Que vous a apporté le cinéma que ne donne pas la vie elle-même ou le théâtre ? Le cinéma m’a aidée à me construire, à trouver ma colonne vertébrale, à la consolider. Un jeu de rencontres, les jeux du hasard et de l’amour. Mais tous ces réalisateurs ont une responsabilité dans la femme que je suis devenue. Une femme qui ne s’est jamais contentée de son art. Qui s’occupe des autres, de ses enfants, de sa famille. Comment faites-vous ? J’irais bien chercher les enfants à l’école, mais ils ne veulent pas, ils ont honte ! Je ris, mais j’apprécie leur indépendance. J’ai besoin d’eux, de la maison, des choses de la vie, simples, vraies. J’ai mûri, bien sûr. Au cinéma, dans mes choix, je n’ai pas peur. Je suis plus audacieuse. Je me dis qu’il serait dommage de ne pas oser découvrir d’autres univers et c’est aussi pour être plus forte, plus riche spirituellement et transmettre cela à mes enfants. Sans leçons. Je ne suis pas du genre à faire des discours. Je crois que c’est par porosité, par osmose, que l’on transmet. La pensée est plus forte que tout ? L’esprit plus que les apparences ? Je crois au réel. Mais je crois aussi à autre chose. J’ai été élevée hors de toute religion, mais j’aime le recueillement des églises. Le dimanche de Pâques, j’ai été à la messe à Saint-Sulpice. J’aime aussi la petite église de Saint-Germain. Le calme, la paix des églises, l’odeur des cierges et de l’encens, un silence, une lumière, je trouve là un apaisement profond. Pourtant, vous affrontez, vous prenez la parole. N’aimez-vous pas un peu la bagarre ? Il y a des sujets sur lesquels je suis intransigeante. Parfois, je m’exprime avec véhémence parce que je ne peux admettre que l’on ne dise pas la vérité. Je suis blessée par certaines interprétations de l’Eglise catholique... je voudrais que l’on entende des voix comme celles des pasteurs, au temple. Des voix qui parlent avec simplicité, humanité. Je respecte la foi. Je ne veux pas de l’aveuglement. Vous êtes depuis sept ans ambassadrice de l’Unicef. Quelle est votre prochaine mission ? Ce sera l’Afrique, en juin. Ces voyages sont d’une part destinés à apporter un témoignage à ceux qui donnent, à parler des résultats et à envisager ce qu’il faudrait encore entreprendre, mais bien sûr il s’agit d’abord d’aller vers l’autre, l’autre qui est l’enfant et devant lequel nous devons nous sentir si profondément responsables. Je prépare ces missions. Je rencontre des médecins, des psychiatres. Le voyage sera consacré aux enfants orphelins du sida, et, hélas, aucune région de l’Afrique n’est épargnée. Ce sera mon dernier déplacement pour l’Unicef. Ensuite je travaillerai pour une ONG, en France. Car ici aussi il y a du travail. source photo : Paul Delort En terre inconnue - émission du 22 mai 2005 | 
"Il y a sur cette île quelque chose de magique qui doit être préservé" Touchée par la grâce du lieu et de ses habitants, elle veut se battre pour sauver ce qui peut l'être. | | Vous semblez avoir aimé cette île ?
Il y a quelque chose de très spécial ici, et je ne veux pas tout expliquer... Ce ne sont pas seulement les paysages, car des paysages j'en ai vu, j'ai beaucoup voyagé...
C'est un mélange entre ce qu'on voit et les gens que l'on rencontre. La façon dont on nous a reçus, dont on nous a parlé, chanté, essayant toujours de nous faire comprendre, de nous faire plaisir aussi... Ce mélange entre tout ce que l'on peut voir et leur liberté - la façon dont ils se sont ouverts à nous - est pour moi très particulier.
De tout ce que j'ai entendu, concernant la protection de cette île et de ses habitants, ce qui me reste, c'est l'espérance qu'on ne va pas les "pourrir", arriver une fois de plus avec notre science infuse : "nous on sait comment faire, on va vous apprendre..."
C'est moi qui ai eu l'impression d'apprendre beaucoup en une semaine. J'espère que l'on tiendra vraiment compte de leurs urgences, qui sont de manger, d'avoir de l'eau, de se soigner, d'aller à l'école et surtout que ce développement sera fait avec eux... L'espérance qu'ils ne seront pas dépossédés de cette terre qui est magique.
Dernière minute : Quelques semaines après le tournage, une délégation de l'UNICEF, informée et sollicitée par Emmanuelle Béart, est venue sur l'île et a finalement décidé de soutenir un projet d'aide aux écoles et aux associations de femmes.
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