Allemands

Allemands

La Colonisation autrichienne.

Les premiers colons Allemands sont venus du Banat, de Souabe, de Franconie, de Rhénanie, simples agriculteurs qui s'installèrent dans les villages de Jucica, Rosia, Greci, Mitocu Dragorminei, sans qu'il y ait colonisation pure et simple, mais plutôt cohabitation dans des  villages roumains dépeuplés, processus qui eut lieu de 1774 à 1782.

A partir de 1783 est créé le hameau de Franzthal actuellement en Bucovine du nord, première colonie de peuplement allemand crée sous le patronnage de l'Etat.

En 1784, les prospections géologiques menées par Anton Von Manz permirent de découvrir des gisements de fer, argent, et manganèse rapidement exploités par des mineurs allemands principalement venus de Bohème, Transylvanie et Hongrie du sud. Dès lors, le processus de colonisation allemande connaît une ampleur que n'aurait pas permis la seule colonisation agricole.

En 1918, au moment du rattachement de la Bucovine au royaume de Roumanie l'essentiel de la population allemande se concentrait principalement au Sud de la province notamment à :

Karlsberg ( Gura Putnei), Furstenthal (Voivodeasa), Lichtenberg (Dealul Edri), Schwarzthal (Vadu Negrilesei), Fratautz (nemt Fratauti), Badeutz (nemt Badeuti), Mariensee (Cîrlibaba noua), Itzkany (Itcani), Iakobeny (Iacobeni)….

1940 : La fin du « Buchenland ».

Dans la période Août-Septembre 1940 l'échange officiel de populations s'effectua sous le patronage d'une commission mixte Roumano-soviétique qui fonctionnait aux frontières des deux pays. La majorité de la population roumaine ayant choisi de partir fut évacuée en Bucovine du Sud. Parallèlement, la grande majorité de la population allemande de la Bucovine émigra vers le Reich. L'opération se réalisa pour les habitants du Nord de la province, selon les termes de la convention entre Hitler et Staline, et sur la base de la convention Roumano-Allemande du 22 octobre 1940, pour les Allemands du Sud de la Bucovine.

Le nombre d'émigrants allemands demeure difficile à établir. Le recensement général de la population du 29 décembre 1930 avait enregistré 75 533 Allemands.

Tandis que les autorités allemandes auraient rapatrié entre 1940 et 1943, 95 770 citoyens roumains appartenant à la communauté  allemande de Bucovine. Ce chiffre dépasse donc de 20 240 individus  celui du nombre d'Allemands recensés en 1930, ce qui est pour le moins étrange.

L'hypothèse la plus vraisemblable ,pour expliquer cet écart est que  parmi les réfugiés allemands évacués vers le Reich se trouvait un très grand nombre de couples mixtes. L'importance de ces mariages mixtes explique partiellement qu'en 1940 près de 30% des patronymes des Allemands de Bucovine étaient soit ukrainiens, Hongrois, Italiens, Polonais, Tchèques ou Roumains.       En 1941, 7 180 Allemands ont choisi de rester en Bucovine dont  3 734 ( chiffres du recensement du 6 avril 1941) dans les départements de Suceava, Radauti, et Câmpulung, c'est à dire ce qui correspond, aujourd'hui, à la nouvelle entité territoriale répondant au nom de « Bucovine du Sud ». Les Allemands soumis à la convention du 22 octobre 1940 perdirent leur droit à la citoyenneté roumaine tout en demeurant sous la protection de l'Etat roumain selon les articles 2 et 7 jusqu'à la date du 17 janvier 1942.

Une Identité en sursis.

L'exode des Allemands de Bucovine s'est révélé aussi important que dans les autres régions de Roumanie, toutefois il s'est très fortement ralenti après 1990.

Ce ralentissement du phénomène d'émigration en Allemagne ne peut s'expliquer qu'au travers de l'identité spécifique des Allemands de Bucovine. Comme la plupart des communautés de Bucovine, les Allemands se sont ouverts à d'autres cultures par la nécessaire cohabitation avec de nombreux autres groupes ethniques tous minoritaires. En milieu rural, les anciens villages allemands ne différent en rien, à l'exception de l'église du village, catholique ou protestante, cette dernière étant toujours ornée d'un cantique en allemand. Dans ces villages, il est  encore aujourd'hui difficile de différencier parmi les personnes âgées, Allemands et Roumains, qui s'expriment dans une langue extrêmement enrichie par des mots, voire des expressions de diverses origines.  A Arbore, la plupart des  plus de 60 ans roumanophones sont capables de s'exprimer en allemand, appris au contact des germanophones dans leur enfance. On constate dans une grand nombre de cas une nostalgie de la germanité de ces villages, certains allant jusqu'à entretenir ou surveiller l'église allemande abandonnée.

Aujourd'hui Cîrlibaba, sur la Bistrita dorée, dans la zone de basse montagne des Obcines à l'extrême ouest de la Bucovine du Sud, est la dernière commune à abriter une forte population rurale germanophone : 268 Allemands (13 %) recensés en 1992 (pour 390 en 1977, 17 % des habitants du village). Il s'agit des descendants des colons allemands de Mariensee aujourd'hui incorporée à Cîrlibaba. Ce qui est tout à fait paradoxal, c'est que cette population semble toujours avoir été négligée par le pouvoir austro-hongrois (Cîrlibaba est une commune reculée, difficile d'accès), la colonie ayant été systématiquement oubliée dans le travail cartographique de E. Fischer (Die Bukowina, 1899), mais aussi par la communauté allemande elle-même dans son ensemble, et par les autorités roumaines pourtant si aptes entre 1947 et 1989 à homogénéiser ce qui pouvait l'être. Manifestement Mariensee a été épargnée une première fois par l'évacuation vers le Reich en 1940 - 1941, pour des raisons difficiles à établir, pourquoi ces « Souabes » ont-ils si peu cédé à la tentation de l'évacuation vers "l'Heimat", pour devenir "paysans militaires", sur des terres prises à la Pologne ? Peut-être en raison de l'important brassage ethnique, de l'importance des couples mixtes dans cette zone de contact entre peuplement hutsule, roumain et germanique (à la fois Allemands de Bistritza et « Zipsers » de Iacobeni). Toutefois, aujourd'hui l'essentiel de la communauté vit à Suceava et Radauti, et c'est surtout dans cette dernière ville semble-t-il que la minorité semble réellement préoccupée de perpétuer ses traditions plusieurs fois centenaires.                                               


En Bucovine il avait l'impression d'être un exilé ou plutôt un pionnier qui aurait été trahi et abandonné. Il se comptait au nombre des administrateurs coloniaux de l'ancienne double monarchie austro-hongroise, et à ses yeux c'était un devoir pour de tels fonctionnaires de protéger l'Europe contre l'invasion des hordes barbares qui n'arrêtaient pas de déferler, venues de l'Est. « Engrais de civilisation » c'est le terme que par moquerie il employait pour décrire la fonction qu'il s'était assignée à lui et à ses pareils : il devait s'installer aux marches pour y former un rempart de la civilisation occidentale et se dresser hardiment contre le chaos de l'est .


Gregor Von Rezzori,

Les neiges d'antan.

Eglise saxonne de Suceava, photo F.Beaumont

« Deutsches Haus » ,

Radauti, 2002..

Une dérive mercantile des organisations locales représentants les Allemands de Bucovine ?

Gura Humorului, 2002.

Photos et texte F.Beaumont, 2000-2002

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