Juifs

Juifs

Les Roumains, installés dans les postes de l'administration publique, et l'armée roumaine qui apparaissait dans l'éclat clinquant de sa gloire toute fraîche et triomphante, se constituèrent en une nouvelle classe dirigeante, dans une large mesure isolée de ceux qui parlaient d'autres langues, tandis que les Souabes de Bucovine se réfugiaient dans une teutomanie d'inspiration pan-germanique, brandissant des drapeaux et guignant nostalgiquement l'Empire Bismarckien. Les Ruthènes ne voulaient rien avoir à faire avec les anciens Autrichiens par lesquels ils s'étaient sentis jadis relégués à un rang inférieur, pas plus qu'avec les Roumains qui leur faisait maintenant grise mine.

Les Polonais, les Russes, et les Arméniens étaient depuis toujours dispersés en petits groupes éclatés, et vivaient plus que jamais en vase clos. Tous ensemble ils méprisaient les Juifs, sans voir que non seulement ceux-ci jouaient un rôle économique prépondérant, mais aussi qu'ils étaient culturellement les seuls à se préoccuper autant de la tradition que de la création. Mais on ne les fréquentait pas (on évitait ainsi le risque de « Bolchévisme » engendré par la rencontre avec ce qui était trop moderne, et de la sorte on sauvegardait un patrimoine d'idées et de « saines » conceptions  artistiques acceptées avec une égale crédulité.

Gregor Von Rezzori, Les neiges d'antan.

Les premiers Juifs de Bucovine sont arrivés de Pologne en 1650 pour le négoce d'alcool et du textile devenant par là les principaux rivaux de la puissante communauté armenienne.

A partir de  1775, la Bucovine devenue une possession  des Habsbourg après une courte occupation russe, la colonisation juive va s'intensifier, les nouveaux arrivants profitant de l'abolition de la frontière entre Galicie et Bucovine appelée pour un temps encore Moldavie autrichienne.  Le recensement du gouverneur autrichien de Splény atteste de la présence de 2650 juifs en 1775 (3,9 % de la population),  en 1848 on en dénombre 11 580, en 1910,

102 919.













La relative prospérité de la communauté en raison de son incroyable dynamisme dans le monde du négoce a certainement concouru à accroître les tensions avec les autres groupes ethniques : en 1910 sur un total de 10 312 commerçants bucoviniens  8 452 étaient Juifs soit plus de 80%, tandis que sur les 9 322 artisans que comptait la Bucovine, 5 091 étaient de confession israelite (55 %).           

En 1930, les Juifs représentaient un peu moins de 11 % ( 13,2 % en 1910 ) de la population de la Bucovine se concentrant principalement dans les centres urbains dans lesquels ils représentaient bien souvent le premier groupe ethnique .

Dans la seule ville de Suceava, devenue aujourd'hui la capitale de la Bucovine du Sud les Allemands de religion mosaïque -appellation officielle des juifs de l'Empire Austro-Hongrois- représentaient 45 % de la population de la cité et possédaient pas moins de 18 synagogues , une seule a survécu aux remaniements urbains réalisés au cours des années 70-80 alors que l'essentiel de la communauté avait déjà fui le pays dans les années 50 devant les brimades du nouveau régime en place.

L'événement majeur qui a marqué la minorité juive de Bucovine est la montée de l'antisémitisme roumain dans l'entre-deux-guerres.

Ils seront tout d'abord victimes de nombreux pogroms qui connaîtront leur apogée en 1941, lorsque le mouvement fasciste de la Garde de fer s'appliquera, au nom de la défense de l'orthodoxie et de la lutte contre le Bolchevisme, à pourchasser, persécuter la population Israélite, et à exécuter les membres les plus éminents de son intelligentsia.

Bien qu'alliée à l'Allemagne nazie, la Roumanie refusera de mettre en place la Solution Finale sur son territoire. Toutefois, les Juifs connaîtront l'épreuve de la déportation sur les territoires conquis sur les soviétiques et gérés par la Roumanie, baptisés "Transnistrie". Transnistrie qui entre 1941 et 1944 sera vouée à devenir un immense ghetto pour Juifs et Tsiganes roumains.

Si les Juifs et les Tsiganes de Roumanie n'ont pas été tous déportés en Transnistrie, on évalue entre 105 000 et 150 000, le nombre de victimes juives .

L'entrée victorieuse des troupes soviétiques en Roumanie en 1944, la prise du pouvoir par les communistes en 1947, l'antisémitisme stalinien conjugué à la création de l'Etat d'Israél, poussa les Communistes à favoriser le départ des Juifs, suspectés de « Sionisme ».

Près de la moitié partirent dans les 2 années qui suivirent la création de l'Etat d'Israël  (1947-1949).

En 1956, la Roumanie ne comptait plus que 146 264 juifs, alors qu'ils étaient 735 032 en 1940, et que selon les projections elle aurait dû atteindre 746 104 individus . On évalue à a peu près 500 000 départs, l'émigration juive entre 1945 et 1956.

Selon le recensement roumain de 1992 il n'y aurait plus que 9 670 Juifs en Roumanie (24 667 en 1970) dont 296 en Bucovine du Sud ...c'est à dire 0,3 % de la population israélite de Bucovine en 1910 )…

Le vieux cimetière juif de Suceava.

Ancienne Synagogue de Vatra Dornei.

Nouvelle Synagogue de Vatra Dornei.

Synagogue de Siret.

Monument aux morts juifs de la Ière guerre mondiale (à Suceava).

Synagogue d'Itzkany (Itcani près de Suceava).

Photos et texte F.Beaumont,

2000-2004

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