Arméniens

Arméniens

La tradition populaire indique que les Arméniens seraient venus de Anni,  capitale du royaume de petite Arménie en Asie mineure, après sa destruction en 1313. En fait,  il s'agit tout d'abord d'une émigration religieuse. En 1316,  le pape Jean XXII convainc le patriarche arménien Constantin II et le roi Osinu de s'unir à Rome. Le synode d'Adana entérinera cette union la même année.

Cette tentative d'union avec l'église de Rome provoquera une véritable guerre civile qui entraînera le départ des Arméniens orientaux ou orthodoxes vaincus par les catholiques Arméniens.

Ils trouveront refuge en Moldavie en raison de la grande tolérance des princes Moldaves.

Un document daté de 1445 atteste que les Arméniens avaient leur propre maire à Suceava.

Les Arméniens disposaient d'un certain nombre de libertés, limitées toutefois sous l'impulsion de l'église orthodoxe moldave.

Les Arméniens orientaux demeuraient aux yeux du clergé orthodoxe des schismatiques, monophysistes, ceux-ci n'accordant dans leurs dogmes qu'une essence divine au Christ, tandis que catholiques et orthodoxes lui accordent une double essence, divine et mortelle.

En 1461, le célèbre voyageur serbe Bogdan Baksic note qu'à Suceava : "les Arméniens ont cinq églises, dont deux monastères, et une église épiscopale, et vivent nombreux, en grande pompe et libres".

En 1569, la diète de Lublin (Pologne) chassa tous les habitants n'étant pas catholiques romains ou refusant de se convertir, cette mesure, révélatrice de la concurrence acharnée existant entre commerçants arméniens, juifs et autochtones provoqua un afflux d'Arméniens à Suceava, renforçant encore une communauté représentant environ 1/3 des bourgeois de Suceava.

Les Arméniens n'avaient le droit de marchander que certains articles, et n'avaient le droit d'exercer ni les métiers de boulanger ou de boucher, ni d'acheter des terres pour eux.

Les mariages mixtes étant autorisés et fréquents, il n'y eut jamais d'antagonisme entre les deux communautés (roumaine et arménienne orientale) particulièrement solidaires lorsque la Bucovine passa sous domination autrichienne.

Un document en latin de 1793 indique qu'il y avait à Suceava de nombreux Arméniens qui, en comptant les enfants, étaient près de 3 000, qui possédaient 4 églises dont 3 paroissiales :

Ste Trinité (Sfântul Treime, aujourd'hui rasée),

Ste Croix (Sfânta Cruce, réservée aujourd'hui encore au culte arménien oriental),

St Siméon, devenue une église paroissiale roumaine mais continuant à abriter ce qui reste du grand cimetière arménien.

Après l'installation de l'administration autrichienne en Bucovine, vinrent des Arméniens de Galicie renforçant la communauté aux côtés des Arméniens installés ici depuis l'époque médiévale. Mais ils étaient Greco-romano-catholiques (arméano-catholiques), c'est-à-dire Uniates, rattachés à un Patriarcat Uniate Arméano-romano-catholique à Lemberg (Lvov).

Les Arméniens galiciens formaient une nationalité distincte Polono-arménienne et avaient abandonné depuis longtemps les traditions, la langue et les coutumes arméniennes et étaient donc dans l'ensemble pratiquement assimilés aux Polonais. Ils finirent d'ailleurs par abandonner au cours du XIXème siècle l'arménien comme langue liturgique.

Les Arméniens uniates de Transylvanie n'ayant pas subi une politique d'assimilation forcée aussi poussée qu'en Galicie, conservèrent l'arménien comme langue liturgique. La plupart continuèrent à parler l'arménien dans le foyer familial, même s'il était enrichi, selon l'implantation, d'un grand nombre de mots roumains, magyars, ou allemands.

Toutefois, l'antagonisme existant entre les deux communautés fut renforcé dans les années 20, par l'afflux de réfugiés Arméniens, venus non pas après le génocide de 1915, mais surtout massivement en 1923 suite aux massacres d'une partie des populations grecques et arméniennes des régions de Smyrne, de Sinope, Trébizonde, mais aussi d'Istanbul.

Ces réfugiés pratiquement tous Arméano-orientaux furent particulièrement bien accueillis dans les communautés de Suceava et Câmpulung Moldovenesc, les deux seules communautés arméniennes de Bucovine, restées proches de la langue originelle, des traditions. Les nouveaux arrivants devinrent très vite l'élite de la communauté arménienne, ce qui lui permit de se rappeler ses origines et de retarder une assimilation avec la population roumanophone pourtant inéluctable.

En 1992, on ne recensait que 26 personnes se revendiquant Arméniennes, dont 3 personnes seulement de langue maternelle arménienne.

On peut donc constater une très forte diminution de la minorité Arménienne de Bucovine du Sud, conséquence d'une assimilation qui ne s'est pas faite d'une manière particulièrement rapide, mais tout à fait explicable en raison de la faiblesse numérique de cette communauté. Faiblesse numérique qui a poussé les membres de la communauté en âge de se marier soit à réaliser un mariage mixte, soit à partir pour rejoindre une communauté numériquement plus forte (Bucarest, Constanta) dans l'espoir de trouver l'âme sœur.                                                   

F.Beaumont,2001.

Ancienne école armenienne de Suceava, aujourd'hui presbytère armenien oriental,

Photo F. Beaumont

Cimetière Arménien de la paroisse St Siméon à Suceava.

Monastère de Hagigadar, lieu de pèlerinage arménien.

Stèles funéraires, paroisse Ste Croix de Suceava.

Photos et texte F.Beaumont, 2000-2004

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