Alors l'embryon humain devrait-il avoir un droit à la vie? On ne peut
répondre que ça dépend de la culture de chacune des sociétés
et de son éthique vis-à-vis une telle problématique,
si problématique il y a. Par ailleurs, si on se pose la question à
savoir si l'embryon a droit à la vie (en supposant bien sûr que
l'embryon est un individu en devenir, ce qui fait aucun doute à mon
avis), on devrait pouvoir être en mesure de se demander si tout individu
a aussi droit à la mort, en référence ici à l'euthanasie
active ou au suicide assisté comme choix individuel.
Au même titre que l'euthanasie, l'avortement n'est pas, a priori, un
choix de société puisque les valeurs des uns ne sont pas nécessairement
celles des autres. Il en va d'une éthique tout à fait personnelle.
Et par quelle Autorité quelqu'un s'accorderait-il le droit de juger
les valeurs d'une autre personne? La décision de se faire avorter devrait
être prise à la suite d'une approche humaniste entre la patiente
et son médecin. Ce n'est pas non plus diminuer la valeur de la vie
que d'y voir d'autres valeurs qui lui sont rattachées. Que l'on soit
d'accord ou pas avec leur évaluation, les femmes ont droit, elles aussi,
à leur échelle de valeurs. Toute femme ayant atteint la maturité
a le droit de décider ce qu'elle veut faire de son corps, y compris
la question de donner la vie ou pas.
Mettre un enfant au monde doit être un geste rempli d'humanisme. L'enfant
doit surtout être désiré de ses parents et naître
dans des conditions favorables à son bien-être physique et psychologique.
Cet enfant a aussi droit à une bonne éducation lui permettant
de bien fonctionner dans la société. Trop souvent nous rencontrons
des personnes mal équipées pour faire face à la vie,
et une naissance non désirée peut être la cause de biens
des maux. Ne serait-il pas plus humain d'interrompre le début d'une
grossesse plutôt que de risquer de mettre au monde un enfant dont la
jouissance d'une vie normale et équilibrée soit perturbée?
Cela dit, comment arrive-t-on à respecter la vie tout en souhaitant
légitimer l'avortement? Par exemple le libre-choix à l'avortement
soulève un problème d'éthique et la solution n'est pas
évidente à l'intérieur de luttes idéologiques.
On se questionne encore à savoir quand commence la vie! Pour certains,
la vie commence à la naissance. D'autres par ailleurs croient que la
vie dans le sein maternel débute lorsque "spermato" rencontre
"ovula", ou encore après quelques semaines de gestation lorsque
le foetus est viable. Et que c'est criminel d'interrompre une grossesse!
Il semblerait donc y avoir différentes façons de concevoir la
vie, dépendamment de la niche idéologique dans laquelle on crèche.
Ironiquement, on pourrait même aller jusqu'à dire que l'homme
qui jette son sperme après la masturbation, et la femme qui a ses menstruations
chaque mois peuvent être accusés de meurtre puisque ces substances
n'ont pas servi à la reproduction et qui sont sans aucun doute porteuses
de vie. Comme on peut le voir, ces raisonnements mènent à la
confusion, et ce qui est plus grave encore, c'est la culpabilité qu'ils
peuvent développer à la suite d'un avortement souvent nécessaire
à l'équilibre psychologique de la personne impliquée.
Je ne pense pas que le respect de la vie puisse se situer à ce niveau.
Mais bien plutôt dans la reconnaissance des besoins et des aspirations
de chacune à vouloir mener à terme ou non une autre vie. Le
choix à l'avortement devrait être fait en toute liberté,
afin de conserver une qualité de vie qui existe déjà,
c'est-à-dire celle de la personne en cause qui, à mon avis,
a droit au plus grand respect.
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