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Cette interview de HINT a été réalisée par Gille(rs?) le Le 24/ 05 à Grenoble, (à l'occasion de leur concert à la Baraque avec Portobello Bones et Owun).

Gille(rs?) , c'est le gars de la newsletter gratuite Chambérienne Dead mouth que vous pouvez contacter à l'adresse suivante :

Catharsis, 231 av. de Lyon, 73000 CHAMBERY. Tel. 04 79 96 91 76.

Dead Mouth : N'est-ce pas difficile de composer avec des samples ? De plus en restant original et sans que l'utilisation soit démesurée et que ça finisse par être impersonnel ?

Hervé : C'est une démarche un petit peu personnelle de travailler de cette façon avec un sampler. Justement, c'est peut être parce qu'on ne l'utilise pas comme élément de complément comme le font les groupes guitare-basse-batterie qui décident d'avoir en plus un sampler, mais plutôt comme un élément de départ qu'on va poser sur une boucle, etc... et on va construire le morceau autour de ça même si cette boucle peut disparaître après par exemple. C'est un élément créateur quelque part et si ça se trouve le centre de départ disparaîtra en cours d'évolution du morceau et d'autres vont s'y ajouter. C'est un instrument comme un autre, il ne s'agit pas d'en mettre des tonnes, il peut y avoir des morceaux avec que du sampler et des morceaux où il n'y en a pas, juste un rythme.

 

DM : Ca ne vous fait pas un peu peur le nombre incroyable de trucs avec des samples qui sortent en ce moment ?

Arnaud : Nous on se sent pas spécialement proche des groupes à machines. Tu vois, on nous catalogue " industriel " alors que tous les deux on écoute très peu d'indus. Donc en fait, on se sent plus proche de groupes à composition plus traditionnelle, plutôt que des groupes qui utilisent des machines à tout va... Je crois que dans ces musiques là, il y a un côté froid qui me gène. Je pense que dans Hint , on peut avoir un côté violent ou triste, mais on a pas spécialement un côté froid.

Hervé : Je suis d'accord avec toi, c'est vrai que j'entends rarement une musique avec des machines qui me satisfasse parce que quand je vois un groupe avec un sampler sur scène, j'aimerais bien, si je fermais les yeux, ne pas le savoir, c'est à dire que tu sais pas si c'est lui qui fait ce son là ou une guitare ou autre chose, ça veut dire que c'est une bonne utilisation du sample. Si tu te retrouves avec des gros samples, tu te dis pas de doute y'en a un !

Arnaud : Je pense que le sample passe bien parce qu'au dessus il y a des guitares, du chant et des cuivres. Y'a plein d'instruments traditionnels et classiques qui font qu'on apparaît pas spécialement comme un groupe à machines.

Hervé : Je pense que les machines vont prendre de plus en plus d'importance, forcément, c'était gros comme une maison vu que le prix d'un sampler est maintenant assez bas et qu'en plus les gens ont vachement de mal à se rencontrer pour créer des trucs...et c'est vachement plus difficile de prendre son sax et d'en jouer un petit peu tous les jours que prendre un sampler et sampler un saxo. Ça c'est un peu dans la logique des choses... Mais après il y a sampler et sampler....

 

DM : Dès le départ vous vous êtes dit on va bosser avec une boîte à rythmes, y'aura pas de batteur, ou c'est plus un hasard ?

Arnaud : Oui, et puis au début c'était un parti pris, on aimait bien le son de la boîte à rythmes pour le côté puissant que ça avait. En concert, des fois la batterie a un son d'enfer, mais souvent elle a aussi un son pourri qui fait "poc poc" et vu qu'on avait pas de basse non plus, la grosse caisse de la boîte donnait des basses énormes, très lourdes, plus lourdes qu'une grosse caisse de batterie.

 

DM : C'est pas trop chiant sur scène le côté figé et sans nuances des machines ?

Arnaud : En fait, vu que nous on est pas spécialement figés, je pense que le manque de visuel, de batteur en fait, est comblé un peu par l'image, il y a toujours quelque chose qui bouge en fait. C'est pas figé je pense.

 

DM : D'ailleurs à propos des images, c'est vous qui réalisez vos projections ou est ce quelqu'un d'autre qui s'en occupe plus particulièrement ?

Arnaud : En fait, c'est un copain à nous qui nous suit en concert et qui connaît les morceaux absolument par cur. Il y a un schéma : telle vidéo sur tel morceau, telle diapo sur tel break, c'est en fait un canevas assez rigide sur lequel il a une part d'improvisation importante, où il peut injecter du 16 mm, des éléments de diapos et d'autres vidéos en pure liberté. Il connaît la musique aussi bien que nous, c'est un 3ème musicien en fait. On nous demande souvent s'il y a une synchro machine qui gère le visuel par rapport à la musique, mais pas du tout. On m'a expliqué qu'il y avait des logiciels qui le faisaient, mais on n'est pas équipé, c'est bien une 3ème personne qui s'en charge.

Hervé : Il fonctionne comme nous sur scène. Il y a des morceaux évolutifs, alors l'image peut être toute aussi évolutive. C'est une part de liberté qu'il a autant que nous. Suivant l'ambiance, il va mettre telle diapo, il va faire évoluer la chose en fonction de nous. Mais en ce qui concerne la base des images, c'est nous qui les avons bossé aussi et d'ailleurs maintenant, on aimerait bien que ce soit la personne qui fasse le visuel qui se mette un petit peu à la création, parce que nous on a plus trop le temps de s'en occuper.

 

DM : Par rapport à la fois où je t'avait eu au téléphone tu m'avait dit que tu n'était pas 100% content de "Dys-"....ça m'a un peu étonné...

Hervé : Ben ça commence à venir...c'était pareil pour "100%... ", j'ai du mal à apprécier les albums sur le tas comme ça dès qu'ils sortent... c'est un sentiment que j'ai toujours. Enfin "Dys-" ça va maintenant je commence à bien l'aimer....

Arnaud : Moi, je suis content. Il y a des choses qui auraient pu être mieux parce qu'on était dans le speed, mais je suis très très content du son, de l'ampleur du son. Je le trouve moins étriqué que celui du 1er album.

Hervé : C'est sûr que ça dépend de quel côté on le voit. J'ai quelques frustrations au niveau des morceaux, certains morceaux me plaisent moins...

Je le considère encore comme un album intermédiaire, je préfère voir vers l'avant plutôt que me figer sur celui là...il a été fait un petit peu dans le speed, c'était l'aventure quoi...

 

DM : Ce speed, c'était plus au niveau de l'enregistrement studio ou plus au niveau composition des morceaux ?

Arnaud : En fait y'a des morceaux qu'on jouait depuis longtemps sur scène, et qu'on a enregistré pour l'album, et ces morceaux rendaient bien sur scène, parce qu'ils étaient bien puissants et très basiques, en gros c'était gros rythme groove, gros son de guitare sur 2 accords et tout, efficace quoi ! Et une fois sur bande, on s'est dit : putain ! ils sont vachement pauvres par rapport à d'autres ! Donc on en a jeté 2 ou 3 comme ça. Alors, on s'est retrouvés un peu à court de morceaux. Y'a un morceau qu'on a rattrapé de justesse, qu'on a complètement transformé, c'est le morceau Dys-, un autre qu'on a totalement composé en studio en 2 jours. On s'est risqués et au final on est contents de ces morceaux. Ce sont ceux qui donnent peut être la meilleure image de Hint actuellement. Je pense que l'avenir de Hint est plus dans l'optique des 2 morceaux qu'on a composé sur le vif...

Hervé : Ce sont les plus frais et y'a le côté spontané, c'est à dire qu'ils ont vraiment évolué sur place. En plus, la façon de bosser qu'on a, par séquenceur et tout ça... en fait tu fais ton morceau, tu tranches dans la séquence, tu déplaces le refrain, tu vois t'as possibilité de travailler après coup, dans le même sens que le travail avec les remix. En fait, t'as le morceau enregistré, tu vires la batterie, tu vires ceci, tu vires cela...Ça, je pense que c'est quelque part une liberté qu'on a dans la façon de procéder, de créer, c'est à dire que tant qu'on sent pas le morceau abouti, on va lui triturer la figure quoi ! Alors qu'un groupe autre, il va avoir son morceau et puis a priori, il va pas trop le défaire parce que c'est guitare-basse-batterie et donc il y a moins de possibilités de transformer le morceau jusqu'à ce qu'il soit enregistré. Nous, on a pas de scrupules soit à ne pas l'enregistrer, soit à le couper, à rajouter un sax, à l'allonger,....C'est bien, parce que jusqu'au dernier moment on peut se permettre de le modifier, vraiment jusqu'au studio...

 

DM : Justement, vu que vous êtes vachement libres du point de vue composition, y'a pas un côté un peu embêtant par rapport à la scène ? C'est à dire qu'en studio vous pouvez faire pleins de trucs, mais sur scène c'est limité...

Hervé : Là, on a un petit peu changé notre vision des choses. C'est vrai qu'au début, on essaye toujours de garder un parallèle entre le Cd et les concerts. On se disait vu qu'on arrivera pas à retranscrire sur scène ce qu'on fait sur le Cd, on va essayer de limiter les choses. Maintenant on se dit que la scène c'est pas grave, on verra ce que ça donne, on essayera de faire au mieux. Mais en tout cas, on ne se donne plus de limites en studio. Si en studio on a envie de mettre des violons, des machins...on le fait parce que le morceau, il doit être bien sur Cd. Et sur scène, on met un certain nombre de choses mais pas tout...

Arnaud : De toute façon, c'est comblé par la puissance, y'a pas besoin de faire de la surenchère de production en concert, ça c'est clair. Mais c'est pareil pour pleins de groupes, y'a des groupes qui vont jouer avec une formation traditionnelle, et il y aura des samples sur le disque mais pas sur scène.

 

DM : Vous avez des connexions un peu avec l'étranger ? Point de vue concerts, distribution...

Arnaud : On joue régulièrement en Belgique. Ça le fait hyper bien, les gens sont super cools, et on vend des disques en Belgique, plus qu'en Bretagne ! (rires). Sinon, on joue un peu en Suisse et en Italie sans vraiment de connexions particulières. On est distribués en Belgique par des VPC, et un petit peu en Suisse par un ou deux VPC. Sinon, des connexions concerts, on en a surtout en Belgique.

 

DM : Vous n'avez pas trop de problème niveau " vie sociale ", à concilier musique et autres activités ? Par exemple Arnaud, tu disais dans une interview que tu avais du arrêter la fac...

Arnaud : J'ai arrêté la fac parce que c'était vraiment trash. C'est simple, à mon avis, si tu veux vraiment faire quelque chose avec un groupe maintenant en France ou même ailleurs je sais pas, il faut vraiment que tu fasses que ça, il faut que tu te consacres uniquement à ça. Je pense que si t'as un boulot à côté ou des études, tu vas faire que la moitié des concerts que tu ferais si t'étais libre.

Hervé : C'est déjà difficile quand t'es un petit peu intégré dans le circuit, comme je considère qu'on a la chance de l'être avec les Portobello, Prohibition et compagnie... C'est déjà assez difficile quand tout le monde est disponible à 100% pour assurer les concerts, d'être disponible en général, parce que tu vois, en dehors des concerts c'est idem. Et puis si tu perds ta disponibilité, tu perds du potentiel du groupe obligatoirement. Mais cette évolution est naturelle en même temps. Au début, je me souviens des Thugs qui nous disaient avec mon 1er groupe (ndrl : Shaking Dolls, je pense) : arrêtez les études, ça vous mènera à rien, il faut être disponible pour les concerts et tout. Quand t'as 18 berges, tu te dis à priori je sais pas comment ça va se passer, j'aimerai bien avoir un petit bagage quand même quoi. Voilà, donc tu fait des études, après tu bosses un peu, et puis quand tu vois que ça fonctionne, tu lâches le boulot et puis voilà quoi !

DM : Que pensez-vous de la situation en France ? C'est pas trop blasant d'arriver à un certain niveau comme vous et de galérer quand même ? Je pense notamment à l'ancien bassiste de Deity Guns, qui disait en gros qu'il était parti à Londres parce que même un groupe comme Deity Guns ne pouvait pas vraiment marcher en France...

Arnaud : Les Cut The Navel String c'est pareil, ils ont splité pour ça, y'en a un qui s'est barré à Londres, ils se sont tous barrés et tout ouais...Mais je pense qu'on est pas trop à plaindre, si tu vois par exemple les groupes belges comme ils rament ! Parce qu'il n'y a aucun statut, nous on a l'intermittence. Bon y'en a qui vont critiquer le système parce que c'est vrai qu'il est critiquable, mais mine de rien ça fait vivre les groupes comme nous ! Donc, s'il y a plus d'intermittence, pour les groupes ça va devenir concerts le week-end point final, moins de disques, concerts au noir, enfin tu vois y'aura plus de statut quoi ! Enfin, je sais pas, je pense qu'aux USA c'est hyper dur et y'a même des groupes comme Grötus et Neurosis qui jusqu'à il y a un an, avaient des tafs à côté quoi. Tu vois des groupes connus dans le monde entier, ils avaient des tafs à côté, donc on a pas trop à se plaindre je pense..

DM : Y'a quand même un décalage je trouve, parce que depuis quelques années, ça brasse à fond, y'a pleins de petits labels, de splits 45t...

Arnaud : Y'en a pas mal qui sont morts aussi, y'a des groupes qui splitent, y'a des labels qui arrêtent, genre Black & Noir, tu vois les Condense, les Drive Blind, c'est fini...C'est vrai que la presse nationale parle plus des groupes français maintenant. Mais c'est toujours dans un ghetto, c'est toujours tu as un dossier noise française, un dossier HxC français et au lieu d'avoir 3 pages sur tel groupe et 3 pages sur tel autre, tu vas avoir 20 pages sur les groupes américains et anglais, et tu vas avoir un dossier de 3 pages sur 20 groupes français

 

DM : Est-ce que le fait d'avoir appris académiquement un instrument, ne t'a pas trop gêné au niveau créatif ?

Arnaud : Au début, quand j'ai commencé à jouer de la guitare, je jouait du blues comme tout le monde, solos et tout, mais le jour où j'ai connu, d'abord Pixies quand j'était gamin, puis Sonic Youth, puis Deity Guns, j'ai dit ok, j'arrête la guitare et je recommence à zéro pour jouer à ma façon. Mais bon, ça aide quand même parce que t'as appris à être carré, tu comprends comment ça marche un instrument. C'est vrai que le solfège, moi je dis toujours qu'il ne faut pas trop en abuser, sinon je pense que c'est un frein à la création vraiment, à moins d'être une bête de la composition classique. Ça aide un peu aussi à apprendre plus vite les autres instruments que quand t'es autodidacte.

Mais quand tu vois quelqu'un qui sait pas jouer d'un instrument mais qui met toutes ses tripes dedans, ben ça le fait quoi !

 

Ndrl : la discussion a ensuite continué plus ou moins sur le même sujet, et ils sont vite partis manger car les organisateurs les attendaient depuis un petit bout de temps...Ils nous ont dit à la dernière minute qu'ils sortiraient sans doute quelque chose avec un batteur, avec qui ils ont déjà travaillé sur le morceau " The Process " pour la compil' FBWL vol.2, tout ça avant de se lancer dans l'enregistrement de leur 3ème album. Voilà !

DISCOGRAPHIE :    

HINT

Dys

Pandémonim

HINT/UNSANE

Split single Erase yer Head #5

 

(Pandémonium/Sugar & Spice)

100% white puzzle

Présents sur la compil Portobello Amigos

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