Vers la fin d'un discours extrêmement important
le
grand homme d'Etat trébuchant
sur
une belle phrase creuse
tombe
dedans
et
désemparé la bouche grande ouverte
haletant
montre
les dents
et
la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
met
à vif le nerf de la guerre
la
délicate question d'argent.
Prévert aime bien se moquer de la politique. Dans nombre de ses poèmes, il présente le quotidien et ajoute quelques exagérations, pour illustrer sa pensée.
C'est exactement ce de quoi il s'agit dans ce poème, court, mais non sans humour et sans message et où aucun mot n'est choisi au hasard.
· Dans ce poème, Prévert s 'amuse dans de nombreuses phrases à utiliser le sens propre de certains mots ou expressions.
· Ligne 4 : " tombe dedans " -> il joue sur le sens premier de l'expression " phrase creuse " de la ligne 3 ; ce dernier qualifiant la phrase de " creuse " signifie que la phrase n'a aucun contenu. La ligne 2 : " trébuchant " a la même signification que la 4.
· Ligne 5 : " bouche grande ouverte " . L'homme politique a la bouche ouverte parce qu'il est en train de parler mais en vain, car sa phrase est " vide " ; mais aussi parce qu'il " tombe " et donc qu'il panique.
· De plus , Prévert utilise des expressions (Lignes 7-10)
· Ligne 7 : " montre les dents ", signifie être menaçant (comme un chien qui gronde en
découvrant ses crocs).
L'orateur sourit pour essayer de camoufler son erreur.
Il a la bouche grande ouverte (ligne 5), donc pour se donner bonne impression, il sourit.
· Ligne 9 : " met à vif " : entre dans le vif du sujet . Un élément crucial dans les discours est l'argent (lignes 9 et 10).
· Ligne 9 : " le nerf de la guerre " . C'est l'argent (ligne 10)
· Ligne 10 : " argent " . C'est le nerf de la guerre (ligne 9)
Prévert utilise l'expression à la ligne 9 et sa signification à la suivante. Par cela, il insiste sur la notion d' " argent ". On retrouve là le surréaliste, qu'est Prévert, qui boude les valeurs de ce genre.
· On retrouve aussi trois champs lexicaux dominants :
· Le discours : discours (1), phrase (3), raisonnements (8), question (10)
· La chute : trébuchant (2), tombe(4), désemparé (5), bouche grande ouverte (5), haletant (6)
· La dent : bouche (5), dents (7), carie (8), nerf (9)
· Dans tout le poème, un son revient presque à chaque vers : le son " en "
· Le début et la fin du poème sont plutôt sérieux, évoquent des sujets importants (ligne 1 : " discours extrêmement important " ; ligne 10 : " la délicate question d'argent ").
Or entre ces deux extrémités, le texte est assez humoristique et ironique.
· Ce poème contient de nombreuse figues de style qui l'embellissent :
-> FIGURES DE MOTS
*Métaphores. Ce sont des comparaisons simplifiées. On compare deux mots qui ont une caractéristique commune mais on enlève la charnière de liaison.
· Ligne 3 : " phrase creuse " . Ceci exprime que la phrase est vide, qui n'a pas de contenu important, sans intérêt.
· Ligne 8 : " la carie dentaire " . Cette expression signifie : la tâche, l'erreur
*Métonymie . On rapproche deux termes liés par un lien logique.
· Ligne 2 : " trébuchant " et ligne 3 " creuse " : on peut remarquer un rapport cause - conséquence entre ces deux mots.
· De même, on aperçoit le même procédé entre les expressions " creuse " et " tombe " des lignes 3 et 4 (lien cause - conséquence).
-> FIGURES DE CONSTRUCTION
*Antithèse . C'est rapprocher deux termes qui ont des sens opposés ou qui évoquent des réalités opposées.
· On retrouve une antithèse entre la ligne 9 : " le nerf de la guerre ", et le titre (" Le discours de la paix ") et également la ligne 8 : " pacifiques".
*Oxymore . Il s'agit d'un cas particulier de l'antithèse : on rapproche dans une même expression deux mots qui ont un sens opposé ou qui évoquent des réalités opposées.
· Ligne 1 : " Grand homme d'état trébuchant ". Il fait une opposition entre la puissance de l'homme d'Etat et le fait que celui-ci soit faible et trébuche. Cette idée de grandeur commence dès la ligne1 : " extrêmement important ".
· Ligne 3 : " belle phrase creuse " : opposition entre les termes " belle " et " creuse "
*Chiasme . C'est une construction croisée où les rappels se font en diagonale, où on rappelle la même structure en inversant les termes. L'auteur a utilisé le chiasme aux ligne 2 (" grand homme d'Etat trébuchant ") : il a inversé les noms et les adjectifs, et 8 (" carie dentaire de ses pacifique raisonnements ") où il a également déplacé les noms et les adjectifs.
-> FIGURES DE PENSEES
*Hyperbole. C'est une exagération. On force sur les sens des mots. Prévert utilise des superlatifs, des adjectifs mélioratifs . Il Insiste sur l'importance du discours et sur la puissance de l'homme
· Ligne 1 " extrêmement "
· Ligne 2 " grand "
· ligne 3 " belle "
Conclusion
Ce poème montre tout à fait l'appartenance de Jacques Prévert au mouvement surréaliste. En effet, on en retrouve les grandes caractéristiques : utilisations de jeux de mots, d'expressions, interprétations de certains mots au premier degré. Le texte contient aussi un message : ici le poète se moque de la politique et ramène le politicien au rang de simple mortel.