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Une définition du Libre Examen

Chose promise, chose due, voici donc un article sur tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Libre Examen (sans jamais oser le demander). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’une quelconque liberté accordée aux étudiants et qui leur laisserait la faculté de pouvoir choisir librement la date de leurs examens. Si c’était le cas, l’ULB n’aurait certainement pas à se préoccuper de son avenir, le taux d’inscription y doublerait (voire triplerait) chaque année …

Le principe du Libre Examen (ou, en "jargon" ulbiste, du Librex) est en fait l'un des principes fondateurs de l'Université Libre de Bruxelles. Ce principe est d'ailleurs défini de manière formelle dans les statuts de l'université à l'article I : "L'université libre de Bruxelles fonde l'enseignement et la recherche sur le principe du libre examen. Celui-ci postule, en toute matière, le rejet de l'argument d'autorité et l'indépendance de jugement"

Historiquement, la fondation en 1935 de l’Université Libre de Bruxelles répondait à une volonté de réaction face à la montée en puissance de l’Eglise catholique au sein de l’enseignement. En effet, l’enseignement catholique, par le biais de l’université de Louvain (dont l’un des principes fondateur est de répandre à travers tous le pays un enseignement en accord avec la religion catholique), tendait à cette époque à occuper une place de plus en plus importante dans la formation.

Face à cette hégémonie, et surtout face au “danger” qu’elle représentait, quelques personnages influents, dont le plus connu est certainement Théo-dore Verhaegen, fondèrent ce qui deviendra l’ULB, afin d’offrir aux adolescents boutonneux sortant de leurs études secondaires une alternative philosophique lors du choix de leurs études.

Il s’agissait surtout d’offrir un enseignement dégagé de toute entrave politique et idéologique, c’est-à-dire à l’époque surtout de la doctrine catholique ou, en définitive, de l’opinion de l’Eglise qui s’érigeait comme institution omnisciente sur tout sujet. De cette opposition historique entre ces deux universités est née une “théorie” selon laquelle les deux courants seraient mutuellement exclusifs. On ne pourrait être à la fois chrétien et libre-exaministe. Cette “théorie”, souvent avancée comme argument-marteau par les extrémistes des deux camps (“Tu es avec eux ou tu es avec nous, il n’y a pas d’alternative possible”) ne résiste pas longtemps à une analyse sérieuse de ce qu’est réellement le Libre Examen.

En effet, la définition que nous avons donnée plus haut postule le rejet de l’argument d’autorité (quelqu’il soit, et c’est cela qui est important) et l’indépendance de jugement. Dans cette optique, une adhésion à la foi chrétienne, si elle est le résultat d’une réflexion personnelle, n’est aucunement incompatible avec la démarche libre-exaministe. Par contre, devraient être rejetées toutes les tentatives d’imposition d’une foi ou d’une croyance quelconque par une autorité “supérieure”. Ainsi, les radicaux évoqués plus haut et qui tentent d’imposer leurs vues en en appelant à des arguments simplistes, même s’ils se réclament libre-exaministes, ne sont en fait que des copies conformes des radicaux des autres camps dont ils se disent les adversaires.

Ce qui nous amène au deuxième point, certes moins souvent soulevé, mais à mon avis nettement plus sensé, de cette petite réflexion, à savoir qu’en définitive, le Libre Examen contient en son sein sa propre négation, puisque y adhérer revient à accepter un argument d’autorité. Je dirais que c’est à la fois vrai et faux. Vrai car l’on ne peut échapper au fait qu’adhérer à un courant de pensée (de même qu’à n’importe quelle théorie scientifique ou autre) nécessite, du moins au départ, l’adhésion à des principes de bases que d’autres ont définis. On ne peut partir de rien, même si l’on désire créer, inventer, définir un nouveau concept. On le fait toujours par rapport à quelque chose qui existait antérieurement. En ce sens, le Librex est une doctrine qui prône le rejet de toute doctrine, d’où une certaine confusion.

Mais s’arrêter à ce stade de la réflexion constituerait à mon sens une erreur. En effet, le Libre Examen se distingue d’autres courants similaires par le fait qu’il résulte d’une constante remise en question. Rien n’est figé. Si l’un des principes antérieurs sur lequel il se fonde nous apparaît comme erroné, rien ne nous empêche de le remettre en question, de le discuter, d’éven-tuellement le faire évoluer ou carrément de le supprimer, ce qui revient à dire qu’il n’existe pas réellement de dogmes directeurs au sein du Libre Examen.

A la lumière de ce dernier paragraphe, je concluerai en disant que, contrairement à ce que le titre de cet article pouvait laisser espèrer, il n’existe pas de définition formelle du Libre Examen, ou plutôt il en existe autant que de libre-examisnistes de par le monde. Il s’agit donc plus d’une manière de vivre au quotidien, à laquelle nous sommes libre d’adhérer ou non et qui repose sur le respect de cette règle fondamentale : toutes les libertés sont permises mais ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. Si l’on respecte cela, alors nous pourrons sans aucun doute engager des réflexions et des débats constructifs sur tous les autres problèmes auquels nous sommes confrontés avec l’espoir d’aboutir à une solution satisfaisante pour tous ... Et si vous avez envie d’en discuter, je suis toujours prêt!

Librexement vôtre, Benoit


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Benoît Moreau (UIC95)