Dans Les Cigares du Pharaon (1934), Tintin se trouve impliqué, par hasard et malgré lui, dans un trafic de stupéfiants qui va l’entraîner jusqu’en Inde. Entre-temps, il aura rencontré Dupond et Dupont, deux policiers balourds dont les rôles vont s’affirmer progressivement.
Poursuivant les trafiquants jusqu’en Chine, Tintin fera, dans Le Lotus Bleu (1936), la connaissance de Tchang, un jeune Chinois qui lui fera perdre ses derniers préjugés. En Rastatopoulos il se découvrira par contre un redoutable ennemi qu’il retrouvera d’ailleurs plus tard...
Hergé, dont la technique narrative et graphique ne cesse de s’affirmer, accorde désormais une importance essentielle au scénario et à la documentation. Son souci de véracité se confirme à tous les niveaux, et c’est sans complaisance qu’il juge la politique expansionniste du Japon dans le conflit qui l’oppose alors à la Chine.

1937 est une course poursuite palpitante. Tintin s’embarque pour l’Amérique du Sud afin de récupérer un fétiche volé. Là-bas s’opposent toutes sortes d’intérêts : militaires, économiques, la guerre du Gran Chaco venait d’opposer, trois ans durant, la Bolivie et le Paraguay
Hergé trouve dans l’actualité du temps d’autres thèmes intéressants. La presse fait alors état d’un trafic de fausse monnaie, et c’est l’Ile Noire (1938). Tintin file en Ecosse, où un gorille hante un manoir isolé sur une île rocheuse.


Pays imaginaire, la Syldavie sert de décor à l’épisode suivant : Le Sceptre d’Ottokar (1939). C’est dans ce petit royaume d’Europe orientale que Tintin fera la connaissance de la pittoresque Bianca Castafiore, avant de voler au secours de la monarchie syldave, déjouant un complot qui n’est pas sans allusion à l’Anschluss et à la Seconde Guerre mondiale qui s’annonce. Les contraintes de l’occupation allemande en Belgique (1940) et la menace de la censure de la presse conduisent Hergé à prendre ses distances vis-à-vis de l’actualité et à approfondir son univers propre loin des angoisses et des vicissitudes de
Le Crabe aux pinces d’Or (1941) renoue avec l’aventure exotique. Celle-ci mène Tintin en Afrique du Nord. Il y déjoue les plans d’une bande de malfaiteurs qui dissimulaient de l’opium dans des boîtes de crabe.
C’est à la faveur de ce récit que Tintin fait la rencontre inopinée de celui qui deviendra son principal compagnon d’aventures : le capitaine Haddock.


Premier épisode à paraître en couleurs, L’Etoile mystérieuse (1942) se fonde sur la chute, dans les régions arctiques, d’un aérolithe qui contiendrait un métal inconnu.
Tintin et Haddock font partie de l’expédition scientifique qui, aux prix d’une hallucinante course contre la montre avec des financiers sans scrupules, tente de la récupérer
Dans Le Secret de la Licorne (1943) et Le Trésor de Racham le Rouge (1944) qui en est la suite, Tintin accompagne le capitaine Haddock sur les traces de son glorieux ancêtre, le chevalier François de Hadoque.
Inventeur d’un sous-marin de poche en forme de requin, un certain Tryphon Tournesol contribue à la découverte du trésor, avant d’offrir au Capitaine le château de ses aïeux : Moulinsart



Dans Les Sept Boules de cristal (1948), sept savants sont mystérieusement frappés de léthargie à leur retour d’expédition dans les Andes. Le professeur Tournesol ayant disparu, Tintin et le Capitaine partent à sa recherche.
C’est au Pérou, dans l’épisode intitulé Le Temple du Soleil (1949) qui conclut cette aventure, qu’ils le retrouveront, prisonnier des derniers Incas. Ensemble, ils parviendront à délivrer les victimes de la malédiction qui les paralysait.


Partout dans le monde, des moteurs d’autos explosent : l’essence doit être trafiquée! Une crise pétrolière menace. Au Moyen Orient, le cheik Bab El Ehr tente de renverser Ben Kalish Ezab, et ce conflit local peut dégénérer en une guerre générale. C’est bien assez pour inciter Tintin à se rendre, toutes affaires cessantes, Au Pays de l’Or noir (1950).
Objectif Lune (1953) détaille les prémices et les préparations de l’expédition lunaire que compte entreprendre le professeur Tournesol au départ du sol syldave


On a marché sur la Lune (1954) décrit le premier voyage spatial et l’exploration de notre satellite par Tintin et ses compagnons, quinze ans avant l’Américain Armstrong! Une anticipation remarquablement documentée et époustouflante par l’acuité visionnaire du récit
L’Affaire Tournesol (1956) , ou "comment la science peut oeuvrer sans être convoitée par les militaires": dans le climat tendu de la guerre froide, cette nouvelle aventure entraîne à nouveau Tintin en Syldavie et en Bordurie. Inventeur d’un dispositif à ultra-sons, le professeur a été enlevé. Un courtier en assurances, qui s’avérera être un casse-pieds invétéré, en a profité pour faire son apparition dans l’aventure : Séraphin Lampion. Course poursuite, rebondissements, retrouvailles, fuite éperdue... dont l’enjeu semble être un banal parapluie : c’est sans doute aussi l’épisode le plus policier de la série.


Dans l’album Coke en stock (1958), le lecteur apprend que le trafic d’esclaves existe encore. Au terme d’un périple au large des Emirats arabes et à l’issue d’un impressionnant combat naval, Tintin parviendra à démanteler l’odieux commerce clandestin organisé par le sinistre Rastatopoulos
Un avion de ligne à bord duquel le jeune Chinois Tchang se rendait en Europe s’est écrasé dans l’Himalaya. Tintin au Tibet (1960), pure histoire d’amitié, sans le moindre méchant, décrit la recherche désespérée à laquelle Tintin se livre pour retrouver son ami. Ce récit pathétique, qui rompt avec le ton extraverti des épisodes précédents, démontre que la fidélité et l’espoir sont capables de vaincre tous les obstacles, et que les préjugés - en l’occurrence, à l’égard de l’"abominable homme des neiges" - sont bien souvent le fruit de l’ignorance.


Dans Les Bijoux de la Castafiore (1963), les principaux protagonistes de la série se retrouvent à Moulinsart pour y vivre une véritable comédie classique à huis clos. Tournant résolument le dos à l’aventure pour s’attache à la difficulté de la communication entre les êtres, un "anti-récit" truffé de malentendus et de quiproquos plus cocasses les uns que les autres.
Vol 714 pour Sydney (1968) , c’est le voyage interrompu, le détournement qui bouleverse tout, l’incursion de Tintin et de ses compagnons dans l’inconnu, dans un monde irréel animé par des phénomènes télépathiques, c’est le contact incroyable avec des extra-terrestres et la sortie d’un rêve...
Mais en est-ce bien un


Nombre histoire de vengeance avec prise d’otages sur fond de guérilla, Tintin et les Picaros (1976) marque le retour de Tintin au San Theodoros, le pays de l’Oreille Cassée . Hergé y risque un constat doux amer, tendant à faire croire que tout en ce monde n’est que mascarade
Resté inachevé à la mort d’Hergé, en 1983, Tintin et l’Alph-Art (1986) devait décrire les milieux des sectes, et amener Tintin à s’immiscer dans un monde qu’affectionnait Georges Remi, dit Hergé : celui de l’art contemporain, celui de l’avant-garde... Si cet album posthume ne peut qu’évoquer la trame de ce récit suspendu, il est en revanche le témoignage de l’état pur de l’extraordinaire talent narratif et graphique du père de Tintin. Comme cette aventure, comme Tintin, nous aussi, lecteurs, nous restons magiquement suspendus à la plume d’Hergé. Vive Tintin

AU CINÉMA
LES FILMS AVEC COMÉDIENS:
C'est sur une plage d'Ostende qu'une amie d'Hergé découvrit celui qui allait incarner Tintin au grand écran: Jean-Pierre Talbot. Malgré toute la bonne volonté du monde et un succès relatif à leur sortie à l'écran, les deux films ne sont pas vraiment passés à l'histoire...
Le premier film, Le mystère de la Toison d'or, date de 1961. Un vieil ami de Haddock, Témistocle Paparanic, meurt en lui léguant son navire la « Toison d'or ». À Istambul, il découvre que ce n'est qu'une coquille de noix dans un état plus que lamentable. Pourtant, un certain Anton Karabine lui offre 600.000 livres en échange du navire. Intrigués par tant d'intérêt, Tintin et Haddock suivent les pistes pour apprendre que des années auparavant, Paparanic et son équipage avaient fait un coup d'État au Tétaragua, en Amérique latine, et avaient occupé le pouvoir pendant trois jours. Chassés du pays, Paparanic s'enfuit avec l'or de la banque centrale. Le trésor sera finalement retrouvé... à bord du navire, les barres recouvertes de peinture noire formant le bastingage.

Le second long métrage, Tintin et les oranges bleues, fut quant à lui tourné en 1964. Tournesol vient de publier un livre sur la faim dans le monde et lance un appel aux savants du monde pour l'aider à la combattre. Son confrère espagnol, Antémar Zallaméa, lui expédie un paquet contenant une orange bleue, variété qui pourrait croître sur un sol désertique. Tournesol part en Espagne retrouver Zallaméa, mais les deux hommes sont enlevés. Avec l'aide d'une bande d'enfants, Tintin et Haddock libèrent les deux savants, séquestrés par un émir voulant s'approprier la découverte.

En 1972 sortit le deuxième long métrage animé de Tintin, (le premier étant, Le Temple du Soleil ) Tintin et le lac aux requins. Pour éviter les pièges de l'adaptation d'un album, le film se fonda sur un scénario original de Greg. L'histoire se déroule presque entièrement en Syldavie. Tournesol vient d'inventer une sorte de photocopieur en trois dimensions, capable de reproduire n'importe quel objet. Rastapopoulos a accumulé des oeuvres d'art volées dans son repère englouti sous les eaux du lac et tente de s'emparer de l'appareil. Avec l'aide de Niko et Nouchka, deux jeunes Syldaves, Tintin réussira à déjouer ses plans. Du film sera tiré une adaptation en bande dessinées. Encore une fois, le résultat fut assez peu convaincant. On est loin du style d'Hergé et du charme des albums.

Jusqu'à maintenant, nous n'avons plus revu Tintin au grand écran. Steven Spielberg avait bien acheté les droits d'adaptation pour le cinéma, mais il semble que la tâche lui ait semblé trop ardue. Plus récemment, les compagnies Ellipse et Nelvana ont produit des dessins animés destinés à la télévision et assez bien réussis. Si, encore une fois, les scénarios s'éloignent un peu trop des originaux et le charme des albums n'y est pas tout à fait, ils ont au moins le mérite d'avoir fait découvrir Tintin à toute une génération de jeunes américains...