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Fiche
technique
Année de réalisation : 1947
Production : Majestic Films
Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Scénario, adaptation : Henri-Georges Clouzot et Jean Ferry
Dialogues : Henri-Georges Clouzot
Auteur adapté : Stanislas-André Steeman d'après son
roman Légitime défense
Chef opérateur : Armand Thirard.
Son : William-Robert Sivel
Décors : Max Douy.
Musique : Francis Lopez, Albert Lasry.
Montage : Charles Bretoneiche.
Directeur de production : Louis Wipf
Titre original : Joyeux Noêl
Titre anglais : Jenny Lamour
Récompense : Prix international de la Mise en Scène à
la Biennale de Venise (1947)
Interprétation
Suzy Delair (Jenny Lamour) / Simone Renant (Dora) / Claudine Dupuis
(Manon) / Jeanne Fusier-Gir (la dame du vestiaire) / Gilberte Géniat
(la concierge) / Dora Doll (Léa) / Annette Poivre (la standardiste)
/ Joëlle Bernard (Ginette) / Palmyre Levasseur / Yvonne Ménard
/ Claire Olivier
Louis Jouvet (Inspecteur Antoine) / Bernard
Blier (Maurice Martineau ) / Charles Dullin (Brignon) / Pierre Larquey (le
chauffeur de taxi) / Raymond Bussières (Albert) / René Blancard
(le chef de la P.J) / Jean Daurand (Picard) / Robert Dalban (Paulo) / Paul
Demange (un inspecteur) / Bob Ingarao (un inspecteur) / Charles Blavette
(Poitevin) / François Joux (l'officier de police Faillard) / Léo
Lapara (Marchetti) / Jean Sinoël (le vieux journaliste) / Henri Arius
(Léo) / Jacques Grétillat (Auguste) / Jean Dunot (le chanteur
Nitram) / Jean Hébey (l'excentrique) / Paul
Temps / Gabriel Gobin (le patron du café) / Fernand-René (Moreuil)
/ Georges Pally (le régisseur) / Charles Vissières (Fallourd)
/ Henri Niel (un inspecteur) / André Numès fils (un inspecteur)
/ Frank Maurice (l'inspecteur Dietrich) / Raphaël Patorni / Joe Davray
/ René Lacourt / Claude Péran / Jean Sylvère / Gilbert
Moreau / Marcel Rouzé / Sacha Tarride / Michel Seldow / Maurice Juniot
Résumé du scénario
La pétulante chanteuse Jenny Lamour
se produit dans les music-halls avec son mari, Maurice Martineau, qui l'accompagne
au piano et qui est d'une jalousie maladive . Brignon, vieux vicieux, fait
poser des filles légères chez Dora, une photographe, amie
de Jenny. Brignon invite Jenny, mais Martineau en prend connaissance et
menace de de le tuer devant le personnel d'un restaurant à salons
particuliers où il est allé les rejoindre. Pourtant Jenny,
escomptant faire avancer sa carrière, accepte un nouveau rendez-vous
chez Brignon, et se invente une visite auprès de sa grand mère
soit disant malade pour donner le change à Maurice mais ce dernier
évente le mensonge. Chez Brignon Jenny assomme celui-ci pour échapper
à ses avances et le laisse pour mort. Parallèlement Maurice
se confectionne un alibi pour aller supprimer Brignon. Il sera sensé
avoir passé la soirée au Music -Hall alors qu'en fait il sortira
puis reviendra, après avoir accompli son forfait, par une
petite porte arrière pendant la seconde partie du spectacle. Mais
quand il arrive chez Brignon,il trouve son cadavre dans le salon devant
la cheminée. Comble de malchance sa voiture est volée devant
le domicile du mort et il perd un temps précieux pour regagner le
music-hall ce qui fragilise fortement l'alibi qu'il s'était ménagé.
L'inspecteur Antoine est chargé de l'enquête un soir de Noël.
Son investigation le mène dans les milieux du music-hall. Il fait
ainsi connaissance de Jenny Lamour et de son mari, ainsi que de la tendre
Dora. Ces rencontres lui permettent de philosopher un
peu sur les vicissitudes de cette chienne de vie. Il soupçonne Martineau,
pour sa jalousie, et ne tarde pas à découvrir que l'alibi
ce dernier ne tient pas la route. Il est arrêté mais Antoine
découvre peu à peu la vérité : Jenny n'a pas
tué Brignon. Dora s'était rendue sur les lieux pour effacer
les traces et Martineau l'avait trouvé abattu devant sa cheminée.
Tout le monde se retrouve au poste où Martineau tente de se suicider,
mais à la denière minute le voleur de la voiture de Martineau
est arrêté : c'est un dangereux truand qui projetait un casse
et qui est le véritable auteur du Meurtre de Brignon. L'inspecteur
et son équipe le démasquent et après un interrogatoire
serré il passe enfin aux aveux. La nuit de Noël se termine.
Commentaires des participants
Louis Jouvet
: " Ce qui domine surtout chez Clouzot, metteur en scène, c'est
la lucidité. Il explique la scène que l'on va tourner avec
une clarté extraordinaire. C'est comme s'il la projetait devant vous
sur un écran avant même qu'elle soit enregistrée. Il
a, en outre, le don de supprimer complètement la technique dans ses
explications. Quand il indique une scène, on ne voit plus l'appareil,
ni les lumières, ni le microphone: tout a disparu . . . Il entre
au studio avec un découpage précis, où tout est soigneusement
noté . . . Sa maîtrise de metteur en scène est complète;
il est sûr de lui et vise juste . . ." (L'Ecran
français, 5 avril 1949).
Max Douy: "On a tourné pendant huit semaines, on travaillait
de midi à huit heures, quarantes-huit heures par semaine; Clouzot ne laissait rien au hasard. Jouvet avait tout son texte
en tête, Suzy n'était plus gamine et avait déjà
eu un grand entraînement, Blier était un grand comédien.
Clouzot ne vivait que pour son film, il pouvait m'appeler à minuit,
une heure du matin. Il tournait très vite, la caméra toujours
en mouvement et si un éclairage ou le jeu d'un acteur ne lui convenait
pas, on retournait la scène. Mais on tenait toujours le plan de travail.
"
Stanislas-André Steeman s'est plaint de la présence
importune du personnage de Paulo "dont la seule utilité est
apparemment de se faire épingler à point nommé pour
que le film ait une happy end....parce que tu te défends de faire
un 'policier' "
Avis et critiques
Le mérite du meilleur film policier
de ces années là (l' après guerre) revient sans
contestation possible à Henri-Georges Clouzot pour Quai des orfèvres.
Sortant du purgatoire du Corbeau, Clouzot revient
à ses premières amours en adaptant (librement, cela va sans
dire) un roman de Steeman Légitrime défense. Une fois de plus,
c'est l'étude de moeurs qui intéresse le réalisateur,
et non l'intrigue policière. Quai des Orfèvre est un document
sur la police ...et c'est aussi, aujourd'hui encore, Marcel Oms l'explique
très bien " le portrait le plus implacablement lucide de la
France d' après-guerre à travers le portrait sans complaisance
d'un flic sceptique, désabusé et banalement quotidien"
"Ce film avec son interprétation
au plus haut niveau, un excellent décor et une atmosphere caustique
réjouira les passionnés du cinéma français classique
et compte tenu de son intrigue donnera également satisfaction aux
amateurs de suspense et de mystère "
-- Michael Wilmington, Chicago Tribune
"Quai des Orfèvres est
une oeuvre, non pas à voir, mais à revoir et à méditer.
c'est une date dans l'histoire du film policier français. Ce film,
par son réalisme rigoureux, efface d'un trait les faux gangsters.
Oeuvre de qualités rares, d'une beauté formelle qui atteint
à la grandeur autant que l'abject peut être grand".
--Pierre Chartier, France-Libre)
"le realisateur Henri-George
Clouzot , qui obtint le titre de meilleur réalisateur à Venise
pour ce film , est incapable de faire quelque chose de banal ou de standard,
et c'est un don que meme un demi-siècle de distance ne peut ternir."
-- Kenneth Turan, Los Angeles Times
"On peut ne pas aimer l'atmosphère presque noire de ce drame
; on peut ne pas aimer ces personnages dont la dissection révèle
avant tout les insuffisances, les défauts, voire les vices. Mais
comme ils sont d'une aveuglante vérité, c'est le procès
d'une époque ou d'un milieu qu'il faudrait faire et , en définitive,
il ressort de l'oeuvre que Clouzot fait justement ce procès."
--Jacques Doniol-
Valcroze
Point de vue de Jacques Siclier
Clouzot, inquiété à
la Libération, puis de nouveau autorisé à tourner,
choisit pour sa rentrée un roman de Stanislas-André Steeman
dont il avait précédemment adapté deux autres oeuvres
("Le dernier des six", réalisé par Georges Lacombe,
"L'assassin habite au 21", réalisé par lui-même).
Il pensait avec raison qu'une intrigue policière rassurerait les
producteurs et les détracteurs éventuels. Remarquablement
filmé, "Quai des orfèvres" est en fait tout sauf
un film policier traditionnel. Derrière l'enquête menée par
Louis Jouvet reparaît tout l'univers "noir" si cher à
Clouzot et qui était celui du "Corbeau" en 1943. Les rapports
troubles entre Jenny (Suzy Delair) et Dora (Simone Renant) qui préfigurent
ceux de Vera Clouzot et Simone Signoret dans "Les diaboliques",
l'atmosphère du petit music-hall où se produit Jenny, ses
lumières, sa pénombre et les désirs inassouvis des
spectateurs, les interrogatoires dans les bureaux du Quai des Orfèvres
portent la marque de ce grand créateur d'atmosphères. Face
à Jouvet s'impose la performance éblouissante de Suzy Delair,
que Clouzot avait lancée dans "L'assassin habite au 21".
Le personnage de Jenny, avec son arrivisme et sa sensualité provoquante
est, d'ailleurs, la clé du film. (CD-ROM
le cinéma français de 1929 à nos jours) |