
PORTRAITS
*****André Héléna
(1919 -1972)
Le Personnage
André Héléna est un romancier à la personnalité attachante dont la production abondante et diversifiée au cours des années 50 et 60 couvre une gamme de romans allant de l'excellent au médiocre. Ce manque de régularité explique en partie que, de son vivant, son oeuvre ait été sous estimée, puis soit tombée dans l'oubli après sa mort . Pourtant malgré l'important déchet qui figure dans sa production certains pans de son oeuvre méritent autre chose qu'une lecture de complaisance. Yvan Audouard,qui fut chroniqueur au canard enchaîné, voyait d'ailleurs en lui un prédécesseur de David Goodis.
Auteur dramatique pour la radio en 1958 (le cadavre maquillé sur Europe n°1 et les voyageurs du vendredi sur France2),il a également écrit des paroles de chansons et fait une incursion dans le cinéma (Interdit de séjour dont il a écrit puis novellisé le scénario en collaboration avec Simone Sauvage) mais sa fascination pour le 7ème art n'a pas été payée de retour : Jean-Pierre Melville projeta de tourner sur des scénarios qu'il écrirait mais il n'y eut pas de suite... et ce fut pareil avec Jean Rollin .De même l'adaptation de son roman "le goût du sang" par Marcel Blistène est restée dans les cartons malgré un casting déjà prêt avec des vedettes de l'époque: Alain Bouvette, Armand Mestral, Jacqueline Pierreux et Sophie Desmarets.
Grâce à Bayon, Phil Casoar et Frank Evrard, ses romans noirs sont sortis de l'oubli dans lequel ils étaient injustement plongés .En 1986 dans la collection La Poisse , placée sous leur direction, ils ont fait rééditer par U.G.E.-10x18- six de ses romans, puis en 1988 aux éditions Fanval ils ont fait paraître dans la collection Fanval Noir, spécialement créée pour la circonstance, la série des compagnons du destin (dix volumes "formant une anthologie du malheur et de la pègre de l'après-guerre" où les héros sont des paumés soumis comme des marionnettes aux caprices du destin et où les femmes tiennent généralement un rôle maléfique et ambigu ).Les rééditions des volumes dans "La Poisse" sont accompagnées d'une présentation et d'une postface signée des trois responsables dans lesquels ils argumentent leur démarche de réhabilitation et cognent assez durement - et injustement -sur les deux principaux éditeurs des livres d'Héléna : Roger Dermée puis Frédéric Ditis.
Pour la réédition des "compagnons du destin", Bayon, Casoar et Evrard ont utilisé la même structure de présentation et ont demandé, pour chaque ouvrage, à différentes personnalités une postface dans laquelle chacun évoque les souvenirs plus ou moins nets qu'il a gardés de l'auteur et apporte son hommage à l'oeuvre et (ou) à l'homme. Sont ainsi intervenus : Yvan Audouard, Yves Boisset, George J Arnaud, Alain Page, Léo Malet, Gérard Mordillat, Pierre Genève, Jean Rollin, Claude Vareilles et Frédéric Ditis lui-même (ce qui prouve qu'il n'était pas rancunier).La lecture de ces postfaces est intéressante à plus d'un titre : outre les anecdotes qui y sont contées (on y apprend notamment par Léo Malet, qui fut son copain, qu'Héléna faisait du porte à porte pour vendre ses bouquins et boucler ses fins de mois !), chacun y va de son petit couplet sur les difficiles début du roman noir français à l'époque et sur la malchance des auteurs qui suivaient cette voie.Eléments Biographiques et parcours professionnel
Né le 8/4/1919 à Narbonne, où il a passé son enfance et son adolescence, André Héléna a gardé, malgré les épreuves qu'il a traversé au cours de son existence, le coté gai, enjoué, drôle, volubile et insouciant des gens du Sud-Ouest. Ce caractère affable, cordial et spirituel tranche tout à fait avec le ton de ses meilleures oeuvres qui sont sombres, poignantes, tragiques et désespérées et se déroulent sur un fonds de critique de la société et des mécanismes juridico-policiers bien avant la tendance actuellement en vogue.Il déclarait lui-même en 1958 dans Mystère Magazine à propos de ses débuts dans le roman policier " je venais d'écrire un livre dont je serai toujours fier parce que j'ai été le premier de toute la presse à parler des interrogatoires abusifs de certains policiers : ça s'appelait les flics ont toujours raison "
Il est monté à Paris en 1936 à l'âge de 17 ans pour participer à l' équipe technique du tournage du film "Arsène Lupin Détective" réalisé par Henri Diamant-Berger dont la vedette était Jules Berry. C'est à cet âge également qu'il aurait publié son premier recueil de poèmes " Le bouclier d'or".
Il retourne ensuite à Narbonne, fait une sortie en Espagne pendant la guerre civile. Il est réformé en 1939 et passe la période de l'occupation allemande à Leucate avec sur la fin un passage au maquis en 1944.
Après la guerre il exerce différents petits métiers et est notamment représentant en produits 3D (Dératisation, Désinsectisation et Désinfection).Il tente ensuite de lancer une revue poétique "La poterne"... et se retrouve en prison pour détournement de souscription, ce qui est sans aucun doute une conséquence de son naturel méditéranéen, négligent et insouciant.
Naturellement l'expérience de la geôle va l'inciter à écrire des romans noirs et il entame sa carrière de romancier noir en 1948 avec "Les flics ont toujours raison" suivit de "Le bon Dieu s'en fout"(49) et d'une dizaine d'autres titres jusqu' en 1952. Puis à partir de 1953 il se lance dans l' écriture de deux séries : "les compagnons du destin" d'une part où les personnages évoluent dans une ambiance sombre, glauque, cafardeuse et misérabiliste et "l'Aristo" d'autre part où il met en scène un personnage décontracté qui relate ses exploits dans un style relâché, argotique et amusant.
Parallèlement il fournit dans différentes collections (sous son nom ou sous divers pseudonymes) de nombreux romans à tendance noire afin de se procurer la monnaie qui lui fait défaut et que réclame son impécuniosité permanente mais qu' il dépense largement en traînant de bistrots en bistrots.
Après son second mariage (Le premier alors qu'il était jeune n'avait pas duré longtemps) il semble être entré dans une période plus sereine confortée par son arrivée en 1956 dans l'équipe de Frédéric Ditis.Cet éditeur a beaucoup fait pour la littérature policière dont il fut une sorte d' éminence grise: il a créé en 1945 les collections "Détective-club" en Suisse et en France, puis la collection "La Chouette" et "J'ai Lu policier". Il a publié, entre 1956 et 1962, 25 romans d' André Héléna dans sa collection La Chouette (8 sous son nom et 17 sous le pseudonyme de Noël Vexin).
Ensuite Héléna fera son entrée au Fleuve Noir où seront publiés de 1965 à 1967 dans la collection Spécial Police une dizaine de romans dont la qualité se situera dans la bonne moyenne de cette collection.
Pendant ces périodes, où ses livres ont eu une audience non négligeable, il ne perdra pas pour autant son habitude de bâcler différentes sortes d'histoires -y compris une cinquantaine de pornos -qu'il vendra à la sauvette sous pseudonymes à différents éditeurs de seconde zone.
Alcoolique, malade, il retournera au pays et terminera sa carrière à Leucate en vivant des fruits d'un héritage jusqu'à sa mort en novembre 1972 à l' âge de 53 ans.
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1er Trimestre 1999