Interviews
Interview 1
LES COCHONS DANS L'ESPACE Interview de Black Francis par Christian Fevret Les Inrockuptibles #25, octobre 1990
Les Anti-héros des Pixies rêvent du rock comme d'une aventure dans la 4e dimension : surf et science-fiction à bulles y croiseraient le fer avant de se donner la main. C'est en réalité grâce à Charles "Black" Francis, leur boule de génie, et à son triple de brûlots frappés ou les hippopotames dansent sur un fil. Surfer Rosa, Doolittle, Bossanova. Un fourre-tout jubilatoire ou ils empilent toutes les idées qui déboulent à une cadence effrayante, comme des gamins avides et trop curieux, un foutoir organisé dans leur dos par un esprit cartésien. Pas fou, Black Francis sait bien que ce qui fait de ses barbares le grand groupe de ces années lui échappe entièrement ou presque. Il légitime alors le primaire et le rase-mottes, jusqu'a la nausée.
BF : Tout n'est pas allé trop vite. Je ne suis pas passé du néant au statut de pop-star. Nous sommes en permanence sur le circuit, nous passons six ou huit mois par an à tourner. C'est une vie agréable, j'en suis heureux, mais nous la méritons.
Les Inrockuptibles : Vous donnez toujours l'impression d'être un jeune groupe alors que vous avez déjà une riche discographie derrière vous.
BF : C'est sans doute dû au fait que c'est mon tout premier groupe, comme c'est le premier pour les autres. Nos chansons sont courtes... Nous n'avons absolument aucun problème pour enregistrer des tonnes de morceaux, j'aime accumuler les disques, j'aimerais en faire plus encore.
Les Inrockuptibles : Tu n'as jamais craint d'avoir tout dit sur une courte période ? N'es-tu pas tenté d'économiser pour l'avenir?
BF : Non, car je ne veux rien dire (rires)... Il n'y a pas de risques en terme d'inspiration, car il n'y a pas d'inspiration. Je ne m'inquiète pas, jusqu'à maintenant nous avons toujours réussi à sortir nos disques. Celui qui veut être un bon peintre n'arrête pas de peindre, il peint énormement... Il ne s'agit pas ici de littérature, faire un disque n'est pas comparable à écrire un bouquin. Ici, il faut juste suffisament de mots pour un poème. Chacun a sa petite conception d'un poème, tout le monde peut s'asseoir et en écrire. Et tout le monde peut faire de la musique en grattant un peu de guitare. Pour moi, l'important est de continuer à écrire énormement de chansons pour en réussir de vraiment bonnes. Je ne sais pas s'il n'y a en moi que deux bonnes chansons ou bien une centaine... Il faut donc que je continue de les écrire. Les songwriters d'antan, comme Lee Hazelwood ou Neil Diamond, écrivaient des chansons car c'était leur métier. Ces types-la en écrivaient des tonnes en un rien de temps. Moi, je n'ai pas les mêmes obligations. Si ca ne vient pas, alors tant pis. Si je n'arrive plus à en ecrire de bonnes, alors j'arrêterai en espérant que mon fond de catalogue vende bien et j'essaierai de trouver autre chose a faire.
Les Inrockuptibles : Contrairement aux groupes des annees 50, 60 ou même 70, les groupes contemporains ont tous en commun un sens assez prononcé de l'économie, si ce n'est de la paresse : ils trainent des pieds pour écrire et enregistrer.
BF : Lorsque nous avons commencé les Pixies, nous ne savions pas très bien jouer et je n'avais qu'une très vague idée de ce qu'était un groupe, de la manière de faire des disques... J'ai loué un endroit pour répéter, une pièce merdique qui me coutait très cher. Nous y allions chaque jour, ou chaque nuit, dès que nous en avions l'occasion. Mais toutes les pièces voisines, que d'autres groupes louaient aussi cher, étaient vides toute la semaine. Ils n'y venaient que de temps en temps le week-end. J'ai l'impression que beaucoup de gens sont paresseux. Je le suis aussi... Mais eux se foutent de tout, ils n'écoutent jamais vraiment les disques, ils n'aiment pas vraiment ca. Ca me semble pourtant impossible de sortir un mauvais disque si l'on aime vraiment la musique. Et il y en a pourtant tellement qui proposent de la merde. C'est tellement mauvais qu'on se demande pourquoi ils le font. Il semble évident qu'ils ne devraient pas faire ça... Qu'ils essaient de rigoler un peu, merde!
Les Inrockuptibles : Le groupe s'est-il forme en reaction a votre entourage, avec des partis-pris musicaux assez precis?
BF : Non, non, plutôt par passion pour certains disques. Pas nécessairement beaucoup, ou les disques dans le coup. Simplement un disque que j'achetais, ca pouvait être n'importe lequel... je n'arrêtais pas d'écouter Lust For Life d'Iggy Pop. Ce truc là est sorti en 77 je crois, je devais avoir une dizaine d'années, et je ne l'ai entendu qu'au milieu des années 80, lorsque j'étais au lycée, il y a cinq ans... J'étais capable de le jouer en boucle, sans discontinuer, je l'avais trouvé par hasard chez un disquaire. Ce genre de choses suffit pour m'inspirer. Si nous parlions de temps en temps d'un vague "concept" Pixies, c'était seulement pour blaguer, le lendemain c'était oublié. Nous n'avons jamais travaillé notre son. Ce sont juste quatre personnes qui, ensemble, sonnaient ainsi. Quelque chose d'absolument non intellectuel. Nous n'avons jamais voulu etre branchés sur le réel, nous voulions être plus grands que la vie. Nous ne ressentions aucune filiation avec le grand rêve rock'n'roll. Nous nous contentions de jouer avec un certain desespoir, celui de réussir de bonnes chansons. Nous étions effrayés à l'idee d'avoir honte de nous. Nous sommes morts de trouille à l'idée d'être mauvais.
Les Inrockuptibles : La plupart des groupes, le temps de mûrir, maçèrent quelques temps avant d'être mis sous les projecteurs.
BF : Pas les Pixies: premier groupe, contrat, disque et succès immédiats. Regrettez-vous parfois l'attente, l'anonymat et la frustration nécessaires pour la plupart, que vous n'avez pas connus? Nous avons connu ça un peu, mais combien de temps peut-on rester assis dans sa chambre à jouer de la guitare? On va donc dans les bars, ou on ne reste pas très longtemps si l'on a un minimum de succès. On vous propose alors de descendre faire un tour en Virginie, un petit concert pour 50 dollars, de quoi payer l'essence. C'est l'occasion de quitter la ville, OK, mais pas une vie pour autant, faut gagner sa croute. C'est donc l'Europe et là, on entre dans le circuit en priant pour qu'on vous adore. Voila comment ça se fait, tout simplement.
Les Inrockuptibles : Avez vous été surpris du fait que les européens aient été les premiers à s'intéresser au groupe?
BF : Bien sûr. Car nous jouions pour les kids américains. Je n'ai aucune explication à cela, sinon que le hasard a voulu qu'une maison de disques anglaise soit la première à nous demander. Individuellement, nous n'avions aucune relation particulière avec l'Europe. Nous sommes américains de la tête aux pieds, vous ne trouverez pas plus ricains que nous. Sauf Joey, le guitariste, qui vient des Philippines (rires)... Moi, j'aime bien les films d'auteurs français et j'ai subi beaucoup d'influences musicales anglaises, mais rien de particulier à part ca. Nous avons simplement commencé à jouer des chansons, comme beaucoup.
Les Inrockuptibles : De quoi as-tu besoin pour écrire? D'être chez toi, tranquille?
BF : Non... Je n'ai pas de chez moi alors...Toute ma vie j'ai habité dans des villes différentes, ma famille est éparpillée et n'arrête pas de bouger. Il n'y a aucun endroit dans lequel j'ai envie de revenir. Mais ça ne me manque pas... Je regrette tous les endroits lorsque je n'y suis plus (rires)... A Los Angeles, la côte Est me manque; A New York, la Californie me manque; en Europe, l'Amerique me manque, et vice versa. Je suis toujours content où je suis, tout en étant impatient d'arriver autre part. Les autres membres du groupe aussi ont la bougeotte, ils adorent tourner.
Les Inrockuptibles : Tu sembles aimer l'excitation et l'activité permanente des Pixies. Est-ce parfois trop?
BF : Rarement. Mais lorsque je suis dans un jour Pixies merdique, alors je n'aime pas les Pixies. PLEIN LES POCHES Tout, dans le divertissement rock d'aujourd'hui, est standardisé car ça existe depuis suffisamment longtemps pour être devenu routinier. Il faut bien a dmettre que l'atmosphère n'est pas particulièrement rebelle. C'est juste du divertissement. J'aimerais bien sûr que ce soit plus rebelle, comme dans les années 40 ou 50, être un de ces musiciens renégats. Et encore, ce n'était peut-être que de la comédie. J'aimerais que ce soit un peu plus excitant... Pas vraiment rebelle, car en fait je me fiche de la rebellion, mais disons d'une culture plus souterraine, plus subculture. Car c'est devenu une culture de masse. Le rock tout entier est accepté, rien n'est plus extrême ou subversif, rien ne peut effrayer ma mère. Elle adore les Pixies.
Les Inrockuptibles : Que peux-tu faire contre ça?
BF : Je pourrais rendre ma musique plus obscure, moins accessible, mais je ne vois pas ce que je pourrais faire pour tout changer. Sauf sortir des disques censurés, les rendre illegaux, voilà qui serait subculture, n'est-ce pas? Je prefèrerais que le rock soit vendu comme de la pornographie, clandestinement, il resterait plus souterrain. Je suis certain qu'il en sortirait beaucoup de bonne musique. Mais maintenant, de quoi est-il question ? De vente de T-shirts... Ca fait du fric. Je me fais pas mal de pognon alors que je ne suis pas une pop-star, je ne suis qu'une merde underground, mon gars... Je suis "Mister rock'n'roll avant-garde from America" et je m'en mets plein les poches.
Les Inrockuptibles : Tu participes donc à ce big business...
BF : J'y participe parce qu'on vend les disques dans les magasins et que j'ai des contrats d'enregistrement. Je fais des disques parce que j'adore les disques, le rock; je suis un fan de disques de rock'n'rollll! (L'accent est dans le rouge)... Ca devient peut-etre ridicule si on résume toute sa vie a ça, si c'est toujours la même comédie à trente-cinq ans; à cet age-la, je devrai peut-être faire autre chose... M'enfin... Peut-être que d'ici un millier d'années, les gens parleront du rock d'aujourd'hui en disant "Mais qu'est ce qu'ils racontaient?! Ils étaient cinglés de dire que c'était en train de mourir, ce n'était que le début!" (rires)...
Les Inrockuptibles : Qu'appelles-tu éléments subculturels exactement?
BF : Eh bien... Tout ce qui est artistique ou culturel sans être nécessairement accessible aux masses, ou qui ne fait pas partie de la conscience de masse. Quelque chose dont on n'entend pas obligatoirement parler a la télévision ou à la radio. Quelque chose qui ne nous a pas été enseigné par les parents, l'école, l'Etat ou même les livres. Ce serait plus intéressant si les choses étaient plus marginales, plus underground, il y aurait probablement plus de bon rock car l'environnement serait plus palpitant qu'il n'est. Mais celui qui existe aujourd'hui rapporte plus à certains, à certains artistes y compris, et ce n'est pas bon. Je suis malgré tout assez intéresse par la musique véritablement mielleuse, abominable, qui vend beaucoup, c'est un phénomène passionnant. Je ne me sens pas insulté, ca ne gâche pas mes journées.
Les Inrockuptibles : Indépendamment de leur musique, les Pixies ont une image assez sage et gentille. N'es-tu pas tenté de paraitre plus agressif, plus arrogant, plus sale?
BF : Si nous étions capables de bien le faire, nous le ferions probablement. Mais que peut-on tenter maintenant? presque tout a été fait. Il faudrait vraiment que j'aie une idée phénoménale... Mais je ne vois rien qui pourrait faire dire de nous "Waouh, ces gars-la sont vraiment différents!". Qu'est-ce que je peux bien faire? Porter une putain de veste de cuir? Me dresser les cheveux? Je ne peux rien faire qui n'ait été déjà essayé des milliers de fois. Je fais bien de juste être là et de jouer mon truc dans mon coin. Crois-moi, j'aimerais bien magnétiser les gens, les aspirer dans mon monde d'amusement, mais je n'ai pas encore trouvé les fringues magiques.
Les Inrockuptibles : De la trilogie sex, drug & rock'n'roll, les Pixies semblent n'avoir gardé que le dernier élément. Qu'avez-vous fait des deux autres ?
BF : Je ne dirais pas que nous n'avons jamais fait référence au sexe ou à la drogue dans certaines de nos chansons. Le sexe et la drogue seront toujours là, mais... C'est trop ennuyeux (rires)... C'est trop associé à des gens que je trouve généralement écoeurants... Des gens de mon age... La manière dont les drogues et le sexe sont présentes dans les arts ou dans la musique est toujours caricaturale. Des clichés, on n'en dit jamais rien de nouveau, rien dont on puisse être fier. Beaucoup en parlent comme de deux mondes dangereux et rebelles, alors que ce ne sont que deux des plus vieux éléments de la culture de l'humanité. Si on doit s'y consacrer, alors que ce soit de manière authentiquement poétique, passionnelle, et non comme c'est fait généralement... Minable et vulgaire (dégout).
Les Inrockuptibles : Visiblement, tu n'es pas tombé dans l'autre extrême, le culte du corps et de la santé.
BF : Il se peut que ça influence ma façon de me nourrir, l'endroit où je vis, mais je peux vous garantir que ça n'a absolument aucune incidence sur ma musique ou sur mes disques. Je fais des disques parce qu'ils sonnent bien et que j'aime les écouter. J'ai toujours suffisament de bons disques avec lesquels je peux me mettre en compétition. Regarde moi: franchement, est-ce que j'ai l'air de me préoccuper de la mode? (rires)... Mais je n'éprouve pas pour autant le besoin de prendre des distances avec ce qui m'entoure, de me protéger ou de fuir. Je m'en fous, je préfère ne pas en parler plutôt que de me rebeller contre ce que sont les autres. Bon Dieu, qu'est-ce que j'y peux? Est-ce qu'ils vont changer parce que j'ai écrit une putain de chanson là-dessus? Non (rires)... Ecrivons plutôt sur des choses plus cool. Contre quoi ou contre qui se revolter? Et imaginons que je le fasse, mes "cibles" ne le sauraient même pas... Non, s'il y a des éléments de la societé que je n'aime pas, je n'ai pas besoin de m'y exposer. Ce qui est plus facile lorsqu'on joue du rock.
Les Inrockuptibles : L'une des principales motivations pour les groupes a pourtant souvent été la réaction contre un environnement et des valeurs.
BF : Mais aujourd'hui, il y a tellement de gens qui font toutes sortes de disques imaginables, qu'en termes de musique, je ne vois pas très bien contre quoi on pourrait se rebeller. Il y a bien sur les gros trucs commerciaux du Top 50, mais à quoi bon se révolter contre ca ? Il y a même quelques bonnes choses là-dedans, meilleures que certains disques underground de merde. Maintenant, tout le monde fait des disques, chacun a son groupe. Je ne veux pas paraître blasé à ce sujet, mais... RIEN QU'UN BALLOT Je suis plutot épicurien: j'aime aller au cinéma, au restau, le rock. Si je voulais devenir moins épicurien et plus sérieux dans ma vie quotidienne, je laisserais tomber ma guitare. Je ferais quelque chose qui n'a besoin ni d'une putain de guitare, ni d'un bus de tournée. C'est vrai que j'ai parfois besoin de me forcer, pour me lever le matin, pour me mettre en action. Mais je ne sens pas pour autant d'affrontement entre ce que j'aime faire et une espèce de paresse... Car on ne peut arriver à rien de bien en se contentant de cracher quelque chose, sauf hasard exceptionnel. Il faut quand même y travailler, ca se compte en heures quand on s'y met. Non pas du temps paresseux, mais du temps sérieux. Et c'est ce que je fais.
Les Inrockuptibles : Tu n'as pas besoin de te forcer pour ça?
BF : Non, car j'aime le faire... Je me dis "Well... Il serait temps de faire un autre disque!" Car si je n'en fais pas un nouveau, mes autres disques vendront moins et je ne gagnerai pas d'argent lorsque je partirai tourner. Il existe de nombreuses raisons pratiques pour lesquelles j'ai besoin de continuer à faire de la musique... Mais ce n'est pas difficile de travailler dur, on le fait, tout simplement, parce qu'on est curieux. Les Inrockuptibles : J'ai pourtant l'impression que notre génération se distingue par une espèce d'apathie qui l'empêche de passer aux actes. Comme si on devait batailler contre soi-même pour concrétiser la moindre chose. Il y a toujours la médiocrité, on peut toujours se battre contre la médiocrité, le monde est sacrément mediocre, les gens sont des têtes de cons médiocres, ils ont de la merde entre les oreilles, ils ont des gouts médiocres. Ca a toujours existé, il y a toujours eu les trous du cul du monde contre lesquels se rebeller, les gens qui font des disques merdiques pour les mauvaises raisons merdiques. Rien qu'en descendant la rue, j'ai à me battre contre la médiocrité, car je dois croiser tous ces trous du cul.
Les Inrockuptibles : Il n'y a pas que la médiocrité contre laquelle il faut se battre, il y a aussi la paresse et le manque de volonté, qui peuvent paralyser les plus doueé, comme un fléau.
BF : J'ai l'impression que les gens sont, naturellement, paresseux. Moi, je fais de la musique pour des raisons qui ne sont pas intellectuelles. je fais de la musique car elle-me-fait-me-sentir-bien. C'est une fuite. Le rock'n'roll, c'est s'évader du réel, c'est dehors, sortir. Voila pourquoi j'en fais. Lorsqu'à la radio j'entends la bonne chanson au bon moment, je m'évade. Je m'évade de tout ça, de la vie... S'évader est peut-être un mot trop fort... En tout cas le rock'n'roll me fait un putain d'effet, me fait me sentir sacrément bien (il soupire de satisfaction). J'ai été sauvé du rituel ordinaire du travail. Mais si je n'avais pas le rock, je me porterais bien quand même, il y a beaucoup d'autres choses à faire qui n'impliquent pas ce rituel du travail. Avant le groupe, je cherchais quoi faire à l'universite. Mais si je n'étais pas tombé sur la musique, je n'aurais eu absolument aucun problème pour trouver autre chose, tellement il y a de choses a faire.
Les Inrockuptibles : Visuellement, les Pixies c'est la non-image, l'aspect du groupe est d'une banalité très eloignée du glamour de la plupart des groupes marquants.
BF : Nous aurons certainement moins de succès a cause de ca, nous ne toucherons sans doute pas le grand public parce que nous ne sommes pas des clichés rock'n'roll. C'est bien le cliché qui domine la pop-culture de masse et ceci partout dans le monde, c'est le plus bas dénominateur commun. Moi, je serais peut-être d'accord pour faire un effort, mais seulement si c'est de manière intéressante... Mais après tout, je n'y pense pas et je n'en ai pas besoin, je gagne assez bien ma croute avec ce que je fais, alors...
Les Inrockuptibles : Comment as-tu pris le fait que Kim, votre bassiste, ait parallèlement fondé son propre groupe, les Breeders ? Y a-t-il un danger pour les Pixies ?
BF : Elle avait sans doute besoin d'être un peu sur le devant de la scène. Mais quant à savoir si c'est dangereux... Pilote d'essai, voilà qui est dangereux (rires) Est-ce que cela peut affecter le groupe ? Bien sûr si elle ne vient pas pour les répétitions ou pour tourner... Mais si les autres veulent faire des disques différents, ca m'est egal, je leur souhaite bonne chance. Moi, j'écris les chansons des Pixies et je ne laisserai personne d'autre écrire beaucoup de chansons pour les Pixies. Eux écrivent donc des chansons qui voient le jour autre part et c'est OK pour moi. Généralement, la vie interne de Pixies est sans difficultés, facile. J'écris toutes les chansons, donc, ca donne le ton. Je crois qu'eux acceptent sans problèmes que je sois au premier plan. Je ne pourrais pas envisager d'être en solo, car c'est bien de jouer toujours avec les mêmes, c'est ça le rock'n'roll: (prenant l'intonation d'un présentateur d'émission enfantine) "Joey ! Et Dan ! Et Kimmy ! Et Charlie ! Ils sont tous ici ! Et qui sont-ils ? Ce sont les Pixies !"... Voilà ce qu'on aime, non ?
Les Inrockuptibles : As-tu besoin d'être au premier plan ?
BF : Oh oui, beaucoup. C'est mon premier groupe et c'est moi qui l'ai fondé, pas eux. Eux n'ont pas écrit soixante chansons, moi si. Je ne dis pas ça sous une forme critique, je constate, c'est tout. En fait, je n'éprouve pas le besoin d'être connu ou reconnu, mais j'ai besoin de ces chansons, j'ai besoin de les écrire. Meme si j'apprecie... Tout le monde aime àtre sous les projecteurs. Il se pourrait que je ne puisse plus m'en passer et même que ça me change, et alors ? Que pourrais-je y faire, sinon l'accepter? (rires)... Je ne crois pas avoir beaucoup changé ces derniers temps, en tout cas, mes amis ne m'ont rien dit.
Les Inrockuptibles : Tu parais attacher une importance toute particulière à l'aspect non intellectuel, comme pour te dédouaner de quelque chose.
BF : Pour moi, le fait est que le côté non intellectuel des choses est toujours plus important que le côté intellectuel (en rythme, il tape du poing sur la table et chantonne)... Voilà, tout se résume à ça... On tombe là-dessus par hasard, on joue de la guitare, on chante une chanson, on va à un concert, on boit de la bière, on écoute de la musique et des disques. Tout ça n'est tout bêtement pas très intello, c'est naturel, c'est humain. Voilà, c'est un fait, ce n'est pas comme écrire des articles, ou un livre, ou théoriser quelque chose. Ce qui est intellectuel, c'est peut-être faire quelque chose à l'encontre des règles pop, briser ceraines de ces petites règles : de petits jeux, de petits jeux de poésie, des textes au style vaguement surréaliste. Enfin, je ne sais pas si c'est intellectuel, mais les gens associeraient ça à de l'intellectualisme. Car qui a le temps de s'asseoir pour causer de surréalisme sinon ceux qui en ont à perdre pour ce genre de conneries ? (rires)... Pas moi.
Les Inrockuptibles : Des titres tels que "Wave Of Mutilation", très marqués, ont aidé à définir certaines des obsessions des Pixies.
BF : Je sais qu'à l'écoute de cette chanson, on pouvait se dire "Voilà un truc qui parle d'extermination, de crucifixion, d'égorgement", alors qu'elle ne parlait en fait que de mignons petits animaux et de courants marins. Je ne crois pas du tout que mes chansons soient habitées par le mal. En réalité, je ne suis qu'un ballot, un Américain moyen... Je m'appelle "Monsieur Dans La Moyenne". Je ne suis pas particulièrement violent, je n'ai pas le profil d'un meurtrier. C'est ma girlfriend qui est un peu criminologue.
Les Inrockuptibles : Les titres de chansons des Pixies semblent un peu travaillés, avec la volonté de paraitre étranges ou différents. Mais on dirait que tu ne veux surtout pas le revendiquer, presque le nier.
BF : Ils me viennent assez naturellement... Je n'ai pas beaucoup de vocabulaire, simplement j'essaye de ne pas écrire trop de stupides chansons de garcons et de filles, je fais de petits jeux de mots, des agencements de rimes. Beaucoup de choses autour de nous sont étranges, cinglées ou surréalistes, c'est très commun. Je ne nie rien, c'est tout simplement que tout ça est très primaire et que je veux que les gens se préoccupent de ce côté non intellectuel: "Allez, pas de foutaises, tout ça n'est que du disco". Je veux que les gens accordent de l'importance aux côtés stupides. Qu'est-ce que le rock, sinon une poignée de gamins dans un garage qui prennent des guitares et une batterie pour se mettre à jouer? Exactement la même chose que Led Zeppelin (rires)... Tu peux faire la même chose que n'importe quelle superstar, rien de plus primaire et de plus marrant.
Les Inrockuptibles : Quand intervient la part de calcul?
BF : Tout n'est pas si spontané que ça. Je réflechis à tout. Rien que par la répétition d'un riff de guitare venu spontanément, on duplique sa spontanéite, on la modifie legèrement parfois. Ca démarre dans la spontanéite, mais finalement tout cela est donc très calculé. Et puis il y a aussi le côté business, on prend un manager, on envoie la bande à une maison de disques, on fait toutes les interviews et toutes les vidéos qu'on nous demande, on lit les contrats qu'on signe, on est tres au courant de cet aspect: nous voulons gagner de l'argent avec ca car nous y consacrons du temps. C'est très amusant de faire des disques, comprenez-moi bien, mais gagner de l'argent aussi.
Les Inrockuptibles : Beaucoup ont été étonnés par quelques prises de position politique, ou tu te disais assez à droite. Plutôt rare pour un musicien de rock.
BF : Ca, c'est parce que les gens ont des idées très préconçues de ce que sont la droite et la gauche, ils généralisent immédiatement la moindre petite opinion. On essaye systématiquement de placer les gens quelque part, tout le monde se trompe... J'ai certaines opinions, si vous voulez ensuite penser que je suis à droite ou à gauche, c'est votre affaire, moi je n'en sais rien. Lorsqu'on dit que les musiciens sont contre les valeurs dominantes et conservatrices, c'est encore un cliché : "Hey buddy, hey mon frère, c'est un rock'n'roll musician, a fuckin' artist, et je sais quelles sont ses opinions ! Et tu sais pourquoi ? Parce que quiconque prend une guitare est censé avoir ces opinions-là"...Voilà comment sont les gens, voilà ce que pensent les types à l'université. Il n'existe pour eux que de très larges catégories impossibles à définir, très floues ; les gens sont très vagues sur les autres. Et là, je ne parle pas des crétins qui font des additions en étudiant la compta, mais bien de ceux qui étudient les sciences politiques, qui font le pied de grue devant les hautes administrations. Je parle de ceux qui pensent croire en quelque chose. Ils croient être sûrs de quel côté eux sont, mais on se rend compte en leur parlant que ça ne signifie absolument rien, rien par rapport à ce qu'ils font de leur vie. C'est n'importe quoi... Alors ? qu'est-ce que ça signifie ? Sinon qu'ils lisent certains livres et qu'ils trainent avec un certain style de gens. Et après ?
Les Inrockuptibles : As-tu, toi, des idées précises sur ces questions ? Des croyances fortes ?
BF : Non, je suis trop occupé à faire mes conneries. J'ai des sentiments primaires à propos de choses de la vie, comme beaucoup. Je n'ai pas de grands idéaux, de grands desseins, sinon d'être le premier groupe de rock à jouer sur la lune. Jouer dans l'espace, voila qui serait sacrément stupéfiant !
Les Inrockuptibles : Même s'il ne s'agit pas encore d'un disque de ballades, Bossanova est moins furieux que Doolittle.
BF : Oui, j'ai essayé de chanter un peu plus, j'ai essayé d'être grandiose, j'ai recherché la grosse guitare de cow-boy, la grosse guitare de surf, science-fiction. (il chantonne en imitant les notes de guitare). J'ai essayé d'être épique, audacieux et sûr de moi, direct. Il fallait peut-être parfois ralentir un peu la vitesse pour ça. Les Inrockuptibles : Tu as toujours refusé toute explication plus poussée de tes disques. Les gens posent des questions très générales. On ne pense pas a son disque en ces termes généraux, on ne se dit pas "Oui, voilà le thème de ce disque." C'est juste une poignée de chansons et si les gens veulent trouver tout ce qu'il y a dedans, ils n'ont qu'à y entrer, en parler et c'est très bien. Mais tu ne vas pas mettre ce genre de choses dans ton article, ce serait très emmerdant. Ce qui motive tout ça sont ces petites raisons particulières sans importance, des babioles, des bêtises rigolotes., pas de celles qu'on peut consigner dans un manuel. Toi en train de m'interviewer, c'est de l'exploitation de personnalité. Mais c'est OK, moi-même je suis intéressé par les personnalités des gens, je lis avec plaisir à propos des autres. Ces jours-ci, j'aimerais bien lire quelque chose sur Link Wray, Travis Wammack, et n'importe quel surf-band. En ce moment, je suis plutôt dans une période surf-bands.
Les Inrockuptibles : Y a-t-il un grand personnage qui t'a particulièrement impressionné, au point de te pousser a jouer ?
BF : Pas un, mais dix ou quinze, des Beatles à Iggy Pop, à Husker Du, Elvis Costello.
Les Inrockuptibles : Voilà quelqu'un à l'opposé de toi, qui intellectualise tout.
BF : Il crache de sacrées bonne rimes. Il est bon, car quelqu'un comme lui peut-être très verbeux. Très bavard, avec beaucoup de vocabulaire. C'est souvent le problème: lorsque les gens essaient d'écrire une chanson sur un sujet particulier, il en sort quelque chose de très verbeux. Mais Elvis Costello s'en sort bien, c'est très riche en vocabulaire mais ça sonne naturel et musical. Moi, j'ai une véritable attitude de fan, j'adore rencontrer des gens célèbres que j'aime, pas seulement parce qu'ils sont surhumains, mais à cause de leur célébrité, parce que ce sont des phénomènes. J'ai regardé leurs photos tant et tant de fois, et les voilà devant moi!... Le dernier en date c'était David Bowie. Il est venu nous voir backstage après un concert des Pixies, on a discuté musique en descendant une bière. Nick Cave, même s'il est consideré comme underground, est l'une de ces célébrités, je suis en admiration. C'est bien de penser que des gens qui font des disques depuis tellement longtemps en écoutent toujours d'autres, choisissent ceux qu'ils aiment. On peut alors se dire qu'on a reussi: on a commencé en écoutant des disques, on a ensuite eu envie d'en faire, des gens les achètent et viennent nous voir en concert. Puis, lorsque quelqu'un qu'on écoutait au debut vient pour vous rencontrer, on se dit que la boucle est bouclée: nous sommes de la même famille, je vais à son concert, lui vient au mien. On se dit "Et bien, il est fort possible que j'aie réussi." C'est con mais... Je fais partie du club. je suis l'un d'eux.
Interview 2
Articles: FACE DE LUNE Interview de Black Francis par Emmanuelle Debaussart Best #297, avril 1993
Le leader incontesté des Pixies se lançant en solo, c'était la révolution dans le petit monde du rock nouveau. Voici en une leçon la bonne approche pour qu'on lui pardonne cet écart de conduite ! "
Certains retournent leur veste. D'autres, pour faire peau neuve, se contentent de retourner leur nom.
BF : "'Black', ça n'a jamais sonné comme un prénom et bizarrement ça perturbait les gens, alors je simplifie, je remets les choses dans l'ordre."
Black Francis est mort. Vive Frank Black. Débarassé de la structure et donc des concessions, l'ex Pixies semble ne plus aspirer qu'à un seul but : n'en faire qu'à sa tête.
BF : "Arrêter les Pixies, sortir un album solo, rien n'était planifié ou calculé. Tout appartenait au domaine des éventualités. Aujourd'hui. Demain. Je ne sais pas. Mais je finirai par partir. Parfois tu y penses. Parfois tu le laisses sous-entendre. Et là ton entourage pousse des hauts cris. Après cinq disques, j'ai considéré que ça suffisait. Il commençait à y avoir quelque chose de trop 'prévisible'. Quoi qu'on fasse je savais qu'à chaque concert on continuerait à nous réclamer 'Monkey Gone to Heaven'. Solo ou groupe, finalement, c'est juste une question de nom que tu colles sur une pochette. Plus que tout, ce qui m'intéressait, c'était la manière de travailler, n'avoir de comptes à rendre à personne. J'ai eu envie de faire le menage. Je voulais retrouver les sensations initiales, voir les choses avec un regard neuf. Bien sûr je retrouve des journalistes à qui j'ai dejà parlé, j'utilise mes connexions pour aider monsieur Frank Black à émerger, mais malgré tout j'aime fantasmer que je débute !"
On aimerait le croire aussi. Mais difficile, dans un premier temps du moins, de fairetable rase du passé. Difficile d'oublier Black Francis et ses Lutins pour goûter cet opus solo d'une oreille vierge. Il est moins question de nostalgie que de comparaisons inconscientes, d'évaluation basée sur la valeur étalon Pixies. Sans être soudain devenus tout à fait limpides, les lyrics se sont faits un peu moins abstraits. Forme et fonds débridés, décomplexés. Musicalement Frank Black se livre avec une bonhomie jubilatoire tout en jouant constamment sur les allusions et les sous-entendus, à la fois badin et cachottier, insatiable. Dualités et boulimie qui débouchent bien évidemment sur un disque hétéroclite, changeant d'atmosphère ou de style d'un morceau à l'autre. Il y a ceux que l'on rattache aux Pixies ("Ten Percenter", "Adda Lee") comme ceux que l'on attribue à feu Black Francis pour des influences déjà citées par le passé ("Brackish Boy", "I Heard Ramona Sing", ...) et d'autres , surprenants, avec un grain de voix jusqu'alors insoupç,onné, qui attestent indéniablement de la réalité de ce nouveau monsieur Black, génie schizophrène ("Two Spaces", "Parry the Wind High"). Preuve de son désir d'éclatement, il a essayé deux batteurs différents, trois guitaristes, dont Joey Santiago (pourquoi lui et pas les autres ? "Parce que ce serait devenu à nouveau un disque des Pixies !"), fait appel à They Might Be Giants,("J'étais un fan avant tout. Admirer des gens et te retrouver dans une situation où tu peux les inviter à jouer sur ton propre disque donne une intéressante combinaison d'émotions,) et tout produit tout seul, ou presque. ("C'était un espéce de pari. Il fallait que j'impressionne la maison de disques, les chroniques, le public... pas facile ! Mais drôle. Parce que nouveau. Et j'y ai pris énormément de plaisir.")
Pari tenu, très certainement, à condition de bien vouloir faire abstraction du C.V. de ce soit-disant voyageur sans bagages. Première étape, donc, vers une écoute objective : se convaincre de la réalité du split...
ED : C'est vraiment définitif ? Dans un magazine anglais ils laissaient entendre que ce n'était peut-être qu'une pause...
BF : Bien sûr il faut toujours qu'ils trouvent quelque chose à imprimer. Les journaux ont toujours fonctionné comme ça. Mais ce n'est pas ce qui me dérange le plus. C'est dur de s'attabler avec quelqu'un, de faire de ton mieux pour répondre à des questions que tu as entendu mille fois, et ensuite, en lisant l'article de constater qu'on t'a poignardé dans le dos. Tant que ç,a concerne le rock ce n'est pas important. Ce qui me gêne c'est la façon qu'ont certains désormais de s'en prendre à moi sur un plan personnel. Un jour on fait de toi une figure mythique et le lendemain on te traite de gros lard. Quand on prétend parler d'art, le minimum c'est de traiter les gens avec un peu de respect. Je n'en demande pas beaucoup, je veux juste ne pas avoir l'impression d'être de retour à l'école. Pas pour le fait que ma musique soit jugée ou notée, mais pour cette cruauté particulière que les gosses pratiquent entre eux. Les journalistes ont parfois des propos aussi gratuitement blessants que les gamins dans les cours de récré. Ca ne sert à rien de s'attaquer aux personnes là où il ne devrait être question que de musique, de ce vieux montre mort que l'on appelle rock et que tout le monde s'acharne à faire revivre.
ED : Tous égo Et toi, tu as un rôle dans cette opération de réanimation ?
BF : "De moins en moins. Je suis de plus en plus convaincu que le rock n'est juste qu'un sous-groupe qui s'inscrit dans l'ensemble des musiques enregistrées. Et il me semble plus acceptable désormais de raisonner par rapport à cet ensemble."
ED : Si tu avais suivi ton idée originale qui était de faire un album de reprises, tu aurais pioché dans cet ensemble ?
BF : "Plutôt dans le sous-ensemble. Les Kinks, Jimi Hendrix, Husker Du... Mais tu peux refaire la liste tous les jours. Il y a tellement de bonnes chansons, et tellement de mauvaises qui quelque part dégagent quand même un truc intéressant !"
ED : Pourquoi avoir gardé celle des Beach Boys ?
BF : "C'était la meilleure de la liste, la plus intéressante, la plus représentative d'un certain style. Et puis, vu le contexte, il y avait l'humour du titre. Tu splittes ton groupe, tu fais un album solo, et tu reprends 'Hang on to your Ego" ! On peut difficilement rêver meilleure opportunité ! Encore que l'ironie de la coincidence ne me soit apparue qu'après coup."
ED : Pourtant, de cet "égo" on en a déjà beaucoup parlé...
BF : J'ai toujours aimé faire des disques tout seul. Même avec un groupe, il faut qu'à un moment je me retrouve seul dans le studio. Je me débrouille pour envoyer tout le monde boire un café et je retravaille avec l'ingénieur. Certains appellent ça 'égo'. Pas moi. Est-ce qu'un metteur en scène accepte facilement d'en avoir trois autres sur le dos ? Non ! Même les ingénieurs du son ne peuvent pas supporter les groupes "démocratiques" où chacun veut prendre la parole, juste pour dire en fin de compte que son instrument n'est pas mixé assez en avant."
ED : Pour toi, en musique, démocratie est synonyme d'anarchie...
BF : "Il y a sûrement des combines heureuses et des gens qui savent s'y prendre. Mais les clichés dominent en règle générale. A quoi pense un bassiste dans le groupe à part se demander si la basse s'entend assez ? Et ça, ça n'arrive pas quand tu es tout seul. Tu n'as pas à t'inquiéter non plus pour ce que tu as envie de rajouter. Penser 'il va falloir qu'on tourne, donc mieux vaut éviter de mettre du saxo sur cette chanson, parce qu'à tous les coups on va nous la réclamer en concert et qu'il faudra amener quelqu'un en plus ou trouver une autre façon de la jouer...'. Là, j'ai enfin pu faire un disque, en ne pensant à rien d'autre qu'au résultat enregistré."
ED : Comment imagines-tu la suite ?
BF : "Je ne sais encore ni quand ni avec qui, mais j'aimerais faire de la scène. Pour le moment j'essaie d'abord d'établir le nom, ensuite on verra. Je voudrais refaire un disque mais, en fonction des réactions, il va peut-être d'avérer qu'un seul suffit ! C'est un hobby vital. Mais un hobby tout de même. Et si je devais arrêter demain de jouer de la guitare, j'aurais plein d'autres trucs à faire."
Interview 3
Interview de Frank Black réalisée dans les studios de Radio FMR, Toulouse, 03 Mai 99
Frank Black (en anglais) : On peut faire l'interview en français, aucun problème !
SDEP - FMR : Dans ce cas on va commencer avec une question de littérature française, en français...
FB : Littérature... hum... mon auteur préféré est Samuel Beckett, qui était un français et pas des moindres, malgré ses origines irlandaises. Il était ici pendant la grande guerre, pendant la résistance ! (en français) dormant dans des poulaillers, dans la paille avec sa compagne... travaillant pour la résistance, combattant les collaborateurs ! Un autre de mes français préféré, originaire lui aussi d'un autre pays, mais qui vint en France... c'est bien sûr Jacques Tati, de Belgique, mais en fin de compte tous les grands artistes français commencent ailleurs et viennent en France parce qu'ils savent où se trouve le meilleur... et... ils deviennent français. C'est chouette, Johnny Holiday, Belge aussi...
SDEP - FMR : Vous aimez Johnny Halliday?
FB : Je ne l'ai jamais vraiment écouté. Je vois ses cassettes sur les arrêts d'autoroutes, aux stations services, aux péages...
SDEP - FMR : Céline Dion, Canadienne...
FB : Oh Céline Dion, elle a déménagé ici ?
SDEP - FMR : non, mais elle nous rend visite très souvent.
FB : Ah !! On regrette de ne pas pouvoir venir à chaque tournée. On adore tourner en France.
SDEP - FMR : Depuis votre précédente tournée française (1996) vous avez enregistré deux albums avec les 'Catholics', comment votre son a-t-il évolué?
FB : Très simplement, vous savez il y a quelques années j'enregistrais en 16 pistes, 24 pistes, 48 pistes ou en numérique. Aujourd'hui c'est infini, mais nous avons enregistré en deux pistes, stéréo : gauche et droite live, complètement live. Donc le son change quand on joue live.
SDEP - FMR : Qu'est ce qui vous a décidé à enregistrer en 2 pistes ?
FB : Un accident
SDEP - FMR : Lequel ?
FB : On a fait une démo, une démo live très vite, en quatre jours. Et... on s'est dit, hum, bon son, ça nous ressemble, voilà la voie! voilà la vérité! voilà la lumière ! Ok ? Une expérience spirituelle.
SDEP - FMR : Comment avez vous connu le cinéma de Tati, au point d'en écrire une chanson ? Tati n'est pas très connu aux USA.
FB : Mais si, il est connu bien sûr ! Il n'est connu des gens qui ne regardent pas de vieux films, mais pour les gens qui s'intéressent au cinéma. Jacques Tati est très célèbre, sûr ! On connaît 'Les vacances de Monsieur Hulot', 'Mon oncle'. On peut voir 'mon Oncle' à la télé chaque année, il repasse sur la chaîne de l'art, avec les films d'auteur. Il a des fans, mêmes aux States.
SDEP - FMR : Etes vous un 'couch patato'?
FB : Oui, ça m'arrive de temps en temps, pas en ce moment... parfois oui, parfois non. La télévision a un grand potentiel, mais n'atteint jamais ce potentiel, vous voyez, elle n'y arrive jamais; elle l'effleure parfois. Mais généralement non, malheureusement. C'est très intéressant, ça l'a toujours été depuis l'age d'or de la télévision dans les années 50. 1950 représente l'age d'or de la télévision. Ces sont les meilleurs shows, personne n'a jamais rien écrit d'aussi bons qu'aux 50ies. Le début était vraiment l'instant, l'Instant, mais depuis ça n'a jamais été égalé. La télévision en direct !
SDEP -FMR : Vous êtes un grand fan de David Lynch
FB : Oui, il y a eu des passages de ma vie où j'étais très intéressé par ce qu'il faisait. Je ne connais par pour autant tous ses films mais j'en connais certains très bien.
SDEP - FMR : Votre préféré est 'Eraserhead' ?
FB : Bien sûr, pour un jeune étudiant envisageant une carrière d'artiste, ou d'écrivain, de musicien, aller un samedi soir, à minuit voir 'Eraser head'... C'est un film marquant, c'est plus qu'un film d'art d'université, c'est plus ça. It's pretty damn good !
SDEP - FMR : Si bon que vous avez repris une chanson du film
FB : Oui, la chanson 'In heaven' de Peter Ivers qui a écrit la musique. Mon guitariste a travaillé avec ce type, qui est mort depuis, il a été tué. On a une chanson qui parle précisement de lui, et d'un autre type d'Eraser head', Jack Nance qui est également mort il y a deux ans. Il a été tué à Los Angeles, les deux ont été tués. Donc nous avons une chanson sur le premier album des 'Catholics' appelée 'I gotta move' qui est vraiment à propos de Peter Ivers et Jack Nance, deux personnes qui ont été tuées à quinze ans d'écart, mais qui avaient tous les deux un lien avec ce film 'Eraser head'. Enfin, Jack Nance s'était vraiment engagé dedans, ses cheveux, cette coiffe, cette coupe géante pendant cinq ans! Ils ont tourné le film pendant cinq ans; un film indépendant prend beaucoup de temps à réaliser... cinq ans, c'est dingue, dingue. Peter Ivers, l'auteur de la chanson d'Eraser head', le theme 'Lady in the radiator' (il se met à chanter) In heaven, everything looks fine... la rumeur affime qu'il a été tué parce qu'il était homosexuel et Jack Nance on dit anglais never take shit from anybody il était toujours prêt à se défendre, et à Los Angeles il y a deux ans, à Pasadena, il était dans un magasin de donuts et deux jeunes délinquants ont essayé de lui chercher la merde. Jack Nance était un espèce de vieux type alcoolique, il a essayé de se battre avec ces deux jeunes types et il l'ont rossé. Il était mort le lendemain. Il n'a pas survécu Parfois ces évènements sombres ont une influence sur vous, ça ne rend pas Jack Nance plus heureux, ni Peter Ivers, mais ça me fais du bien parce que le fait d'entendre parler me fait écrire une chanson dessus. Je dis pas 'puisse quelque chose de bon en ressortir', ce serait un cliché mais ça vaut la peine d'y réfléchir. C'est quelque chose qui mérite qu'on y pense. 'The last stand of Sazeb Andlib' c'est à propos d'un Pakistanais qui était dans la même école que moi quand j'étais jeune. Il y étais plusieurs années plus tard quand j'étais plus vieux. J'ai lu son histoire dans les journaux, un jeune gars d'origine Pakistanaise d'autres gamins, certainement une bande, à L.A. ont commencé à chercher la merde. Il était fier, comme Jack Nance, he would'nt take any shit from anybody. Et ainsi... il a été battu si violemment qu'il est mort. C'était il y a quatre ans, à Narbonne. Pas en France, le nom de l'école où je suis était Narbonne High School en Californie, à Los Angeles. Je n'aime pas écrire à propos de sujets si tristes.. je sais pas si ça amène quoi que ce soit, ou si le monde en ressortira meilleur... C'est bien de pouvoir être inspiré par des événements tristes parfois.
SDEP - FMR : Quelle est l'origine de votre nom de scène, Frank Black / Black Francis?
FB : Bon... la raison d'être de ce nom comme surnom ou nom de scène c'est le principe même du nom de scène comme Johnny Holiday ou n'importe quel autre... avoir un nom pour son art... c'est un héritage. Par exemple aux Etats unis beaucoup d'artistes, comme les chanteurs de blues ou de jazz. Ces types, ces bluesmen noirs avaient toujours un nom de scène. Il se débarrassaient du nom qui leur avait été donné, et ils avaient un nouveau nom, personnel. Je ne sais pas si c'est l'origine des noms de scène dans le reste du monde mais aux Etats-Unis c'est enraciné quelque part entre le Jazz et le Blues. Dans mon cas, je sais vraiment pourquoi... si ça marche pour Iggy Pop et Little Richard, pourquoi pas pour moi ?
SDEP - FMR : Les Catholics jouent avec vous depuis trois ans...
FB : Peut-Être un peu plus longtemps, j'ai rencontré le batteur et le bassiste il y a quatre ans quand j'avais accepté une offre qui m'avait été faite de courte tournée en France pendant l'hiver, janvier février, je n'avais pas de groupe et il sont venu faire la tournée avec moi et voilà, ils sont restés avec moi pendant à peu près quatre ans ou peut-être plus, je ne sais pas. Le guitariste qui est avec nous maintenant est nouveau, il nous a rejoint l'année dernière; mais on le connaissait depuis longtemps.
SDEP - FMR : Vous vous souvenez de votre date à Toulouse, il y a cinq ans au Confluent ?
FB : A l'extérieur de la ville? Le courant s'était coupé... on jouait avec They might be giants. Le saxophoniste de They might be giants est monté sur scène et a joué pour le public, et personne n'est parti. Ca a duré longtemps, 45 minutes peut-être, ou une heure avant que le courant revienne. Tout le monde a été très patient, c'était un bon public.
SDEP - FMR : Comment avez-vous rencontré Good Noise, votre label électronique aux USA...
FB : Ils m'ont appelé. C'est tout. Ils ont appelé et ils m'ont dit "est-ce qu'on sortir vos disques sur Internet? ". On a répondu " oK". Ca fait de la pub. C'est pas mon label pour les Etats-Unis, mon label s'appelle SpinArt. Ca, c'est qu'un extra, une sorte de second label. On ne sait pas trop où ça va nous mener... l'Internet évolue très vite, on verra ce qui arrivera. Reid Paley (première partie de FB pour cette tournée française) est également sur ce label.
SDEP - FMR : Qu'est que vous pensez de la révolution qu'amène Internet sur l'industrie de la musique ?
FB : Je pense qu'il y a beaucoup de controverse à propos du MP3 et du piratage. Mais de manière générale je pense que c'est une bonne chose, je ne suis pas très inquiet de perdre de l'argent avec des chose pareille, des gens qui mette des morceaux en ligne... Ce n'est pas un problème. Mon manager s'occupe de ça, il m'en a encore parlé d'un aujourd'hui...
SDEP - FMR : Ah ?! Justement, il m'a écrit...
FB : Ah oui? Je pense que sait qui tu es... Je leur ai dit " Laissez le type garder la chanson sur son site! Quelle importance? Voyons Ken (Ken Goes, manager) c'est fait! " Ecoute moi, tu peux la remettre en ligne, c'est Ok.
SDEP - FMR : Merci beaucoup !!
FB : Je leur ai dit! On s'en fiche! Une chanson... quelle importance.
SDEP - FMR : Quelles sont vos relations actuelles avec les anciens membres des Pixies ?
FB : On s'est séparé il y a 6 ou 7 ans. Il n'y plus beaucoup de relations...
SDEP - FMR : Vous avez tout de même continué à travaillé avec Joey Santiago.
FB : Nous sommes resté bon amis, nous l'étions déjà avant. On a conservé une forte amitié depuis notre jeunesse, depuis nos 18 ans. On habite pas loin, on est resté proches. Mais on ne joue plus très souvent ensembles. Ce n'est plus l'histoire de deux types qui jouent ensemble, c'est celle de deux types qui... se bourrent la gueule ensemble. (rires)
SDEP - FMR : La pochette de Pistolero rappelle celle Doolittle.
FB : Ce n'est voulu. C'est ma copine qui dessine mes pochettes maintenant. On a un petit business Frank Black à la maison. Je fais des disques et elle fait des Tee-shirts, des pochettes d'albums. A la maison. C'est juste une image qu'elle a acheté à un photographe sur Internet, précisément. Avant elle ne travaillait qu'avec des images entièrement créées par ordinateur, elle voulait avoir quelque chose avec de la vraie lumière. On n'avait pas le budget, l'argent de faire venir une vrai photographe qui aurait pris une jolie photo; c'était donc beaucoup moins cher d'acheter une photo auprès d'une banque d'images sur Internet pour avoir une image en véritable lumière. Un autre gros avantage d'Internet est qu'on peut obtenir ce qu'on cherche a deux heures du mat'. "Hey! Si on prenais une photo avec des cartouches... Vous voyez, on paye 100 $ et c'est bouclé, c'est super.
SDEP - FMR : Vous avez produit l'album de Reid Paley, c'est quelque chose que vous aimez faire? FB : Je n'ai pas beaucoup d'expérience dans ce domaine. Reid Paley, je le connais depuis longtemps, on est amis. Je suis un musicien, je ne suis pas vraiment un producteur. Si on me demande, j'y réfléchirait, mais je suis plus un musicien qu'un producteur. SDEP - FMR : Qu'est que vous préférez faire? Tourner, jouer, enregistrer...
FB : C'est difficile à dire... hum, je n'ai pas de préférence. C'est pareil.
SDEP - FMR : C'est pareil, parce que vous enregistrez live?
FB : Oui, ces expériences sont devenues de plus en plus similaires, c'est évident à moins d'enregistré un album live dans un club ou d'enregistrer avec un groupe plus important, avec plus d'instruments, un orchestre ou d'autres guitares... un piano, des cuivres ou n'importe mais LIVE, rassembler plein de musiciens dans une grande pièce et jouer dans un vieux style Frank Sinatra... Pas forcément de la musique dans le style de celle de Sinatra, mais la même situation, un grand orchestre live.
SDEP - FMR : Que sont devenus les aliens dans vos deux derniers disques?
FB : Eh bien, ils m'ont demandé de m'arrêter d'attirer tant d'attention sur eux. "Ils" je ne sais pas si c'est les extraterrestres ou le gouvernement, mais je me suis moi-même demandé d'arrêter pour ma propre sécurité.
Interview 4
Interview de Black Francis et Kim Deal avec MTV News 10 octobre 1997 pour la sortie américaine du double CD Death to the Pixies
MTV : Sur cet album il y a un tas d'aliens, comment et d'où c'est venu ?
BF : Il y a seulement - comment d'aliens dessus ? Un ou deux ? Mais on en avait avant, maintenant tout le monde nous parlent des aliens. Il y a The Dance of the Manta Ray et Manta Ray, ...
KD : Elles sont toutes des B-Sides c'est peut-être la raison...
BF : Et alors..?
MTV : Il y a la surfeuse, la chanson anagramme, qu'est-ce que c'est ?
KD : Est-ce à propos d'un alien ?
BF : NON !!!
MTV : Elle s'appelle Surfer...
BF : Ouais, qu'est-ce que ç'a à voir avec les aliens ?
MTV : Mais ça ne rappelle pas un autre monde, une "silver-skinned person" ?
BF et KD : Velouria.
MTV : Parlez-moi de Velouria.
BF : Et bien, le continent 'frère' de l'Atlantide est Lemuria, dans l'Océan Pacifique, et les habitants ainsi que leurs cultures sont allés dans le Mont Shasta, dans le Nord de la Californie. C'est une montagne creuse ; ils vivent dans cette montagne maintenant. C'est une continuité. Alors, 'lemur skin', la fourrure, Velouria rime avec Lemuria, et c'est à peu près l'ensemble que cette chanson rappelle.
KD : Donc ils existent ou pas...tu as dit qu'ils y vivent encore actuellement...
BF : Ouais !
KD : Mais ils sont supposés y vivre, mais ils n'y sont pas vraiment ?
BF : Non, ils vivent à l'intérieur de la montagne...
KD : Vraiment ?! Des gens vivent vraiment dans la montagne ..?
BF : Oui !!!
KD : Oh.
MTV : Tu chantes juste cette chanson et tu sais pas si c'est vrai..?
KD : J'ai juste eu à la chanter, alors je sais pas si c'est vrai ou pas.
MTV : N'as-tu jamais désiré savoir ce qu'il chantait dans Rock Music ou un truc dans le genre ?
KD : Sur celle-là je ne pense pas qu'il chante quoique ce soit, mais je viens d'apprendre récemment qu'il chantait quelque chose en ce moment.
MTV : Mais tu t'es pas demandé quand il chante "let's string up Kim and throw darts at her" ?
KD : Je devrais comprendre qu'il s'agit de moi ?
MTV : Quand j'écoutais vos chansons avant et que vous chantiez "Is she weird is she white", les chansons signifiaint quelque chose , ou c'est juste cool de dire ces choses et de jouer de la guitare bruyante ?
BF : C'est ce que ça représente pour tout le monde.
MTV : Tu écris une chanson à propos de quelqu'un ou bien tu trouves que c'est cool de dire et crier comme ça ?
BF : Et bien je pense que le format est comme ça : guitares, basse, batterie, la voix, et cette dernière en tant qu'instrument. Au moins en général, la voix est instrumentale...
MTV : Alors comment tu trouves les paroles ?
BF : Et bien tu vois, A plus D plus E signifient R, tu vois ce que je veux dire ? Les lettres, les syllabes, les consonnes, tu vois ça doit pas être be-boo-ba-looba-be-bop-bamblam...
MTV : Mais comment tu trouves ton inspiration pour monter sur scène et faire ce que tu fais ?
BF : On a fait pas mal de fric ! C'est juste pour le fric ! NON, tu sais, il faut juste que tu viennes avec ta "dope" musicale pour chanter.
MTV : Beaucoup de personnes prennent leur inspiration des mots qu'ils chantent.
BF : Mais je pense que d'autres non, même s'ils l'affirment, je pense que non. Je pense que c'est le format, et on suit tous ce format.
MTV : Mais tu ne suis pas vraiment de format. Ce qui est bien dans la musique c'est que ça change de format.
BF : Non je veux dire que le format est bon au contraire. C'est juste que...t'as un stylo, une feuille blanche et tu peux écrire tout ce que tu veux très vite, donc il y a plein de trucs qui t'inspirent dans la musique sans la sorte de ... car des fois t'arrives même pas à savoir ce que ça veut dire, dans un club, ou à un concert. Pas toujours.
MTV : Alors c'est juste une histoire de "faire du bon son" ?
BF : Et bien "I am the walrus, I am the walrus" tu vois ce que j'veux dire, c'est comme ba-ba-baloo-ba-bam...
MTV : Je veux juste rester sur ce détail un petit moment : alors "your bone has a little machine" c'est juste un "brouillage verbal" ?
BF : Et bien c'est pas du scat mais presque.
MTV : Tu viens juste de terminer une tournée en Europe. Est-ce que Boston était votre première date de concert aux USA ?
BF : Springfield Mass !!!!
MTV : Parle-moi un peu de l'Europe. Vous êtes considérés comme des dieux là-bas...
BF : On peut dire ça comme ça !
MTV : Pourquoi vous êtes si grands en Europe ?
BF : Je sais pas vraiment.
MTV : Il ne s'est rien passé de spécial quand vous y étiez ?
BF : Oui pleins. On a fait beaucoup de francs en France cette année. Je pense qu'on va être comme Johnny Holiday. C'est un grand chanteur en France et en Belgique.
MTV : Et ils pensent tous qu'il est Américain...
BF : Il est Belge et fête ses 50 ans cette année.
MTV : Quand on a fait une interview l'an dernier Kim, tu as dit que tu ne cherchais pas plus de fans.
KD : Mais on a fait ce festival et on a été bons et tu peux être bon comme l'ont fait The Cure. C'a été un bon festival.
MTV : Quels changements avez-vous fait ?
BF : Des amplis plus gros et plus de matos !
KD : Plus de lumière !