Conclusion

 

  Conclusion et prolongements      
 

 

 

Postérités

Frank Lloyd Wright et R. Buckminster Fuller eurent, chacun à leur manière, une influence considérable sur l'Architecture après les années 60, aussi bien aux Etats Unis qu'en Europe. Il vaut mieux négliger la descendance de Taliesin, cette école d'architecture que Wright avait créée en Arizona. Celle-ci forme encore aujourd'hui de parfaits petits clones, et s'apparente plus à la secte d'irréductibles. Aux yeux de l'histoire de l'architecture, Wright est resté comme le défenseur d'une modernité alternative à celle du mouvement moderne. Bruno Zevi et Kenneth Frampton firent de Wright le fondateur d'une modernité organique, s'appuyant sur les potentialités du génie du lieu et sur un certain "régionalisme critique ". Ce mouvement qui n'en a jamais été, s'opposait au style international, puis à ses dérives et au néo-modernisme, qui s'exprimait à l'époque dans la mégastructure technologique. Dans le contexte américain des années 60, Robert Venturi opposa d'un côté l'urbanité informe, banale et spontanée des " hangars décorés " de Los Angeles et Las Vegas, et de l'autre les " canards " modernes. Il voyait dans ces mégastructures une prouesse technologique déplacée, sans rapport avec les véritables mutations de la ville contemporaine, invisibles aux yeux des architectes. Il n'hésita pas à trouver dans Las Vegas, une nouvelle Rome à vénérer, ou encore une déviation commerciale et fun au modèle de Broadacre City. Cette dernière affirmation est quelque peu abusive, et si l'on doit trouver une filiation contemporaine à l'Usonie, elle se situe certainement plus vers le concept d'Edge City, que nous traiterons plus loin. Quant à Las Vegas qui évolue a un rythme frénétique, elle symbolise plus que tout autre, l'essence de la ville américaine avec ses images et ses simulations. Mais ironie de l'histoire, les développements actuels de Las Vegas, font ressembler les hôtel-casisnos de plus en plus aux mégastructures, certes délirantes.

 

Archigram

C'est peut-être en Europe, et en particulier en Angleterre, que la postérité de Buckminster Fuller fut la plus forte. Reyner Banham y communiqua les idées manifestes de Fuller sur l'évolution de l'industrie et de la technologie. Le groupe Archigram s'empara avec talent de ce discours et des icônes véhiculés par Fuller. Ils poussèrent ses concepts d'éphémérité à leur paroxysme, en les appliquant à la société pop, cette société de masse et de consommation arrivée à maturité. Par son projet Montreal Tower débuté en 1963, Archigram fit un hommage au pavillon de Fuller réalisé pour cette même exposition universelle. Un mat porteur central par lequel transitent l'ensemble des flux, supporte des plate formes recouvertes par une enveloppe géodésique. Le projet "Walking Cities" peut être également vu comme un clin d'oeil au projet Dymaxion World Ocean Town Plan. Ce sont des villes-objets, machines habitables, traduction littérale de la deterritorialisation et délocalisation de la ville. Elles se déplacent en groupe ou toute seule, allant chercher du travail et des emplois là où ils se trouvent : à Manhattan dans le berceau du capitalisme. Elles s'en vont ensuite au soleil côtoyer les pyramides et le Sphinx dans le désert d'Egypte. Archigram s'appropria également les dômes géodésiques, et les blocs techniques connectant le territoire. Ces concepts se traduisirent dans les projets de structures gonflables et éphémères, que l'on retrouve entre autre dans les projets "Air Hab Village" et le plus ambitieux "Instant City". Ce dernier projet, qui date de 1968, avait été conçu pour exporter dans les provinces anglaises la nouvelle culture pop, localisée jusque là dans les grandes métropoles comme Londres. Cette architecture de l'éphémère s'accompagnait d'un travail sur le media, et sa fusion possible à l'architecture. Archigram furent parmi les premiers à remplacer l'architecture statique par des artifices et des simulations. Archigram poussa à l'absurde la dématérialisation de l'architecture avec les projets de "Cushicle" en 1966 et "Rockplug & Logplug" en 1969. L'architecture est respectivement réduite à un vêtement médiatique et polysensoriel, ou bien à un objet médiatique fusionné comme un caméléon au paysage, sur lequel viennent se brancher les beatniks, et autres hippies.

 

Green Architecture

Au cours des années 70 et 80, l'architecture radicale et alternative pris forme aux Etats Unis essentiellement dans le courant vert. La "green architecture" ont pour principales figures James Wine du groupe Site, et Emilio Ambasz. Ils cherchèrent à développer un architecture plus en phase avec les problèmes écologiques et sociaux de cette fin de siècle. Le groupe site se singularisa pour avoir travaillé dans les années 80 pour la chaîne de supermarché "Best". Ils réalisèrent plusieurs grands magasins spectaculaires, qui sont de véritables objets publicitaires tout en s'intégrant au paysage. Site réalisa également tous les éléments de paysage lors de l'exposition universelle de Séville en 1992. James Wine ne cherche pas à masquer l'artificialité de l'architecture paysagère. Au contraire les installations de Séville joue sur cette seconde nature crée de toute pièce. Emilio Ambasz développe quant à lui des projets de mégastructures vertes. Dans un milieu naturel, l'objet architectural s'efface dans le sol, renouvelant les typologies troglodytiques, comme pour le projet de musée historique de Phoenix. En milieu urbain, le bâtiment revêt une peau de verdure et ménage en son sein des paysages artificiels, qui se télescopent à la turbulence urbaine. Mais Ambasz et Wine ne sont que la partie émergée de l'iceberg "eco-tec" aux Etats Unis. Un fort mouvement alternatif et sous terrain se développe sur la côte Ouest, en Californie ou encore dans l'Arizona. Ce mouvement reprend à son compte les idées écologiques de Fuller, mais développe une architecture moins spectaculaire et commerciale, en prônant une attitude low tech.

 

Ville mediane pour nouveau nomade

Broadacre City et Dymaxion World peuvent nous paraître aujourd'hui comme des prophéties de la forme urbaine périphérique dans laquelle nous vivons en cette fin de siècle. La formation de grandes conurbations sur la côte Ouest et la côte Est, ainsi que l'émergence de villes, jusque là considérées comme secondaires, aux rangs de villes mondiales, ou encore la constitution de villes nouvelles périphériques qui catalysent en leur sein les nouvelles industries et la nouvelle économie en réseaux, attestent de ce processus en pleine expansion. La mégalopole de Los Angeles, avec ses 14 millions d'habitants, est certainement l'illustration la plus parfaite de la ville territoriale sans centralité fédératrice, qui a été jusqu'à nos jour, conçue selon la typologie de faible densité de la maison-jardin. Cynthia Ghorra-Gobin, sociologue et urbaniste, parle du "mythe américain inachevé" à propos de Los Angeles. En effet l'idéal naturaliste de vie communautaire en milieu rural servit de caution à l'extension perpétuelle de la ville toujours plus loin. Mais Los Angeles doit faire face aujourd'hui aux problèmes sociaux, ethniques, et écologiques, soulevés par une telle politique. Jusque dans les années 80 la périphérie des grandes métropoles restait toujours dépendante d'une centralité forte, le Downtown, où se localisent les activités commerciales, administratives et les affaires. La migration quotidienne entre centralité et périphérie est un des problèmes majeurs auquel doivent faire face toutes les métropoles américaines. Mais ce qui est entièrement nouveau depuis quelques années, c'est l'émergence en périphérie de morceaux de ville, véritables insularités polyfonctionnelles, organisées autour du travail. C'est dans ces territoires que s'installent les entreprises high tech, les start-up, qui fondent leur réussite sur l'électronique et l'informatique. Ces implantations sont intimement lié au développement des technologies multimédia et de communication. Grâce aux réseaux, le territoire est équivalent en tout point. Des villes comme Seattle, Austin, Houston, Phoenix, Atlanta, etc...s'érigent sur la scène du commerce international. Et potentiellement, tous les noeuds connectés du territoire peuvent participer à cette nouvelle économie en réseaux. Ce type d'agglomération spontanée ou crée de toute pièce, a été appelée par le sociologue Joel Garreau, les Edge Cities, que l'on pourrait traduire en français par ville bordure, en marge ou encore ville médiane. Il rassembla ces recherches en 1991 dans son livre Edge City, life on a new frontier. C'est effectivement une révolution considérable pour la ville américaine qui se développe depuis la révolution industrielle, selon la dialectique downtown-surburbs. Si dans un premier temps, l'exode vers la périphérie fut essentiellement résidentielle, au tournant du XXème siècle la fonction travail migre à son tour. Il est trop tôt pour savoir si ce processus fonctionne de manière satisfaisante, mais en tout cas il semble irréversible. Ces nouveaux espaces sont fondés sur la souplesse et la flexibilité. Il s'agit d'un tissus urbain peu dense, où les bâtiments excèdent rarement plus de 4 à 5 niveaux. Le coût de la construction y est moins cher qu'ailleurs, et les entreprises sont pour la plupart indifférentes à leur image commerciale. C'est l'efficacité et la commodité qui priment avant tout. Les employés de ces entreprises, y trouvent leur compte en pouvant habiter à proximité, pas plus de 8 miles, c'est à dire environ 13 km. Ils habitent dans des pavillons individuels avec jardin, ou dans des condominiums, sorte de lotissements composés de maisons de ville. Les déplacements se font principalement en voiture. Mais du fait de cette configuration décentralisé les risques d'embouteillages sont diminués.

 

 
 
Scène de la banlieue américaine dans les années 60
Le Las Vegas Strip, 1968
Las Vegas aujourd'hui, le Luxor, une megastructure délirante

 

 

 

 

 

Archigram, Montreal Tower, 1967
Archigram, Air Hab Village, 1967
Archigram, Instant City, 1969
 
Archigram, Walking City, à Manhattan, 1964
Archigram, Walking City, dans le désert, 1964
Emilio Ambasz, Musée historique de Phoenix
Emilio Ambasz, World Trade and Investistment Center, Baltimore
Emilio Ambasz, Coupe sur le World Trade and Investistment Center, Baltimore

 

 

La métropole américaine et sa dialectique Downtown/Suburbs

 

Joel Garreau, Edge City, Life on a New Frontier, 1991
 
 
 
      Wes Jones, High Sierrias Cabins, 1994  
  Deux architectes de la côte Ouest se font l'écho de ce nouveau nomadisme engendré par la révolution digitale, Neil Denari et Wes Jones. Tout d'eux entretiennent un rapport étroit entre technologie et architecture. Depuis quelques années ils développent une architecture néo machiniste qui se rapproche avec le numérique du cyborg. Pour Wes Jones la société électronique ne peut s'abstraire de la mécanique qui lui donne forme. Wes Jones développe une architecture technologique maniériste que l'on peut apparenter au mouvement high tech britannique, ou encore à celle de l'architecte français Jean Nouvel. Dans le projet High Sierras Cabins, Jones assemble des containers de type evergreen, détournés de leur usage, pour en faire une résidence éphémère se posant sur un terrain de la Hope Valley en Californie. C'est une attitude très similaire à celle de Buckminster Fuller quand il transforma des cabines à grains dans le Middle West en des unités d'habitats provisoires. Neil Denari revisite également le thème de l'habitat préfabriqué et mobile, dans son projet de maison prototype pour Tokyo. La forme fait incontestablement référence à la caravane, une thématique récurrente chez Denari. De plus Denari surf avec talent sur les icônes de cette fin de siècle, cherchant à intégrer à l'architecture la culture cybernétique et globale. Le sigle de son agence n'est autre qu'une planisphère sur laquelle il projette les typologies génériques de la ville contemporaine : le lotissement et le centre communautaire. Au tournant du siècle l'urbain périphérique se généralise à l'ensemble du globe.  
Neil Denari, Tokyo Prototype House, 1995
Neil Denari, Tokyo Prototype House, Détail, 1995
Neil Denari, Another Global Surface, Généralisation du processus d'urbanisation périphérique
 
         
  Conclusion et prolongements  

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